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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 16:13

Inflation de monnaie, déflation du crédit, asservir la finance au droit du travail

Comment la mutation de l'euro en étalon de crédit européen peut rétablir la prospérité économique de l'Union Européenne des démocraties. Application du principe keynésien de compensation internationale des parités de change nationales à la refondation de l'euro dans une zone de stabilité et de croissance.

La monnaie définie comme crédit forcé par la loi

La tension croissante sur les taux d'intérêt des dettes publiques dans la zone euro exacerbe le débat sur la réalité d'une menace inflationniste. Les Allemands sont réputés s'opposer à la monétisation des dettes publiques par la banque centrale. Les pays les plus endettés de la zone euro ne voient pas eux de risque d'inflation dans un contexte d'effondrement de la croissance économique.

Pour échapper à la croissance exponentielle de leurs charges d'intérêt sur les emprunts à venir, les pays surendettés souhaitent déconnecter les taux d'intérêt d'une appréciation de leur solvabilité par le marché. L'Europe germanique créancière nette en euro du reste de la zone veut éviter la dépréciation de la monnaie de compte de l'épargne.

Depuis la première guerre mondiale, les banques centrales ont la faculté d'émettre de la monnaie par des crédits dont le remboursement ne peut pas être légalement mis en doute. Le cours forcé par la loi de la monnaie a été inventé pour matérialiser la solidarité d'un pays dans les investissements d'intérêt national ; en l'occurrence la victoire sur les ennemis extérieurs lors de la première guerre mondiale.

Le pouvoir libératoire de la monnaie définit la monnaie comme unité de compte du crédit indubitable de la banque centrale. Depuis un siècle, les lois monétaires nationales interdisent dans tous les pays de considérer un risque de non-remboursement des crédits consentis par la banque centrale. En vertu du pouvoir libératoire de toute monnaie centrale, les pays sur-endettés réclament aujourd'hui de la BCE des crédits à taux préférentiel ; un taux qui les exonère du prix de leur défaut possible.

Monétisation des dettes et partage du risque de perte

La monétisation des dettes publiques par la BCE peut se faire par deux canaux. Le canal déjà utilisé est celui du rachat des titres publics sur le marché secondaire. Les détenteurs de titres ayant déjà prêté aux États les revendent à la BCE. Les titres achetés par la BCE sont réglés en monnaie créditée sur le compte de dépôt des banques intermédiaires ; la BCE devient créancière directe des États.

Le taux d'intérêt réglé par tout emprunteur évalue l'incertitude encourue par les créanciers sur la capacité du débiteur à produire à terme toute la richesse anticipée dans le crédit. Les dettes rachetées par la banque centrale mutualisent les pertes possibles des prêteurs. Si les débiteurs font défaut sur tout ou partie de leurs dettes, les pertes sont prise en charge par la collectivité. Pour une même unité monétaire, chaque créancier a potentiellement moins de pouvoir d'achat réel.

Par nature, le crédit accordé par une banque centrale répartit sur les détenteurs de monnaie les non-remboursements de tout débiteur. La liquidité des dettes publiques sans concentration du risque de perte sur les seuls porteurs de titre les rend plus enclins à accorder des taux modérés sur les nouveaux emprunts publics. Le bénéfice en intérêts de la monétisation des dettes publiques est partagé entre État et créanciers futurs aux dépens des créanciers passés.

L'autre canal de monétisation des dettes publiques consiste à dispenser les États de se présenter sur le marché. Le taux d'intérêt de la liquidité allouée directement aux États est administré par des contrats politiques. Les banques et fonds d'investissement ne prennent plus aucun risque sur le remboursement des dettes publiques ; donc ne bénéficient plus des taux d'intérêt élevés qui dédommagent par avance du coût de l'insolvabilité potentielle des États.

Économie du possible par la transformation financière

Si la BCE attribue directement ses émissions de monnaie aux États, il revient au seul banquier central européen de mesurer le crédit qu'elle consent indépendamment des taux d'intérêt. Le montant des crédits aux États devient indépendant du jugement que les épargnants portent directement ou indirectement sur la capacité des autorités publiques à conserver dans la durée l'équilibre emploi-ressource des budgets publics.

Avant les conséquences potentiellement inflationnistes, l'opposition allemande aux deux formes de monétisation des dettes publiques est justifiée par le principe financier de la démocratie. L'émission monétaire de la banque centrale est contrôlée par la liberté responsable des épargnants. Si le taux d'intérêt des emprunts publics n'est pas fixé par le marché, alors la limitation de l'émission monétaire par l'épargne effectivement constituée par les citoyens disparaît.

La question est posée de ce que deviendra la monnaie émise par la BCE au-delà des limites demandées par le marché de l'épargne en taux d'intérêt. Le rôle des banques et fonds de transformation de l'épargne est justement de collecter les revenus épargnés par l'économie réelle pour les ré-affecter à la production publique et privée des biens et services futurs. La fonction du système financier est d'anticiper les besoins des épargnants et le prix réel de leur satisfaction future.

Les erreurs financières d'anticipation rendent l'épargne sans contrepartie réelle au moment de la dépense. Si une banque centrale émet plus de monnaie que ce que permet une anticipation prudente par l'épargne des besoins futurs de l'économie, les intermédiaires financiers recherchent quoiqu'il en soit des emplois sûrs et rentables à la ressource dont ils disposent ; rentables pour rémunérer leur travail d'anticipation et sûrs pour justifier la confiance des épargnants et déposants.

Les prix internationaux déconnectés du travail de production

Dans le passé, toutes les expériences d'émission monétaire au-delà de l'épargne librement constituée par le marché ont débouché sur une hausse générale des prix. Plus les encaisses augmentent, plus les gens ont tendance à dépenser alors que l'offre de biens et services n'a pas réellement augmenté. Or depuis les années 80, l'inflation monétaire n'entraîne plus le glissement général des prix. La libéralisation des échanges internationaux dilue les conséquences des politiques monétaires locales.

La surabondance monétaire dans un pays est absorbée par une capacité de production de l'économie mondialisée. Mais la libéralisation du commerce international s'est accompagnée de la dérégulation financière. Les années 80 ont abandonné aux réseaux bancaires privés toute la circulation internationale des capitaux. La puissance publique a renoncé à vérifier le droit dans l'espace international.

Tout excédent local de liquidité issu de la politique monétaire est exporté dans les pays où les capacités de production sont sous-employées ; ou sous-développées au regard du niveau d'éducation de la population. La circulation internationale privée du capital financier exclut toute appréciation publique de la prise en compte de l'intérêt général par les intérêts privés. Les taux de change sont fixés selon l'offre et la demande de monnaie des opérateurs privés ; ils définissent le prix relatif des juridictions nationales par la conversion du capital d'une monnaie à l'autre.

Tous les prix sont négociés dans la limite des bénéfices privés tirés des échanges de biens et services réglés en crédit et en capital international. Or le régime du libre échange des biens réels, du crédit et du capital ne contient aucune norme de droit du travail commune à un espace de civilisation. Les droits du travail, la protection sociale publique et l'équilibre de négociation des salaires sont réduits à des coûts entre les pays.

Les prix des transactions commerciales et financières internationales n'établissent aucune primauté du travail dans le prix des biens et services échangés. La finalité humaine de l'échange est matérialisée dans les monnaies nationales par l'intérêt général formellement représenté par la politique monétaire. La conversion privée des monnaies fait disparaître la rémunération du travail en droit dans le prix international réglé par les exportateurs d'une monnaie et par les importateurs de biens et services.

Les monnaies qui ne sont plus la réalité du droit

L'évaluation en droit du travail contenu dans les échanges internationaux est exclue de la négociation internationale des prix, du crédit et du capital. Les opérateurs internationaux privés négocient exclusivement sur la plus-value de leurs opérations. Ils fixent les taux de change pour que la plus-value soit toujours excédentaire en faveur de l'investisseur ou du prêteur.

La négociation privée des changes est rationnellement portée à surévaluer le prix comptant des monnaies contenant un droit protecteur pour le travail. En revanche, le prix de conversion des monnaies dont le droit est moins favorable à la rémunération du travail doit être sous-évalué à terme. Cette asymétrie est en pure logique financière nécessaire à la protection des épargnants : les emprunteurs doivent dégager sur le prix du travail qu'ils achètent la plus-value qui garantit le crédit et attire de nouveaux épargnants prêteurs.

Dans les transactions internationales privatisées, un salaire est un coût sur la solvabilité immédiate de l'emprunteur même s'il est le revenu qui financera la consommation future. En l'absence de règle internationale d'intégration du prix du droit du travail dans les prix, les liquidités supplémentaires produites par les banques centrales sont investies dans la croissance de la production là où le travail est sous-rémunéré ; soit en droit dans les pays sous-développés soit en monnaie dans les pays développés.

La mondialisation privée des échanges économiques ne contient pas de norme de protection des revenus du travail ; elle élimine de fait la hausse des prix à la consommation. En revanche, les excédents d'émission monétaire sont investis dans des actifs financiers et des biens durables. L'inflation se manifeste par l'appréciation des placements financiers indépendante de la production réelle effectivement financée.

Guerre civile mondiale contre les privilèges financiers

La capitalisation des entreprises cotées, les matières premières, la terre et l'immobilier augmentent indépendamment des perspectives réelles de bénéfice. Dans l'économie internationale non régulée par les droits du travail, l'inflation monétaire induit des bulles de spéculation financière et la volatilité des capitaux entre les monnaies. La masse mondiale des crédits peut croître beaucoup plus que la production réelle sans augmentation des prix à la consommation.

L'éclatement des bulles de plus en plus nombreuses et fréquentes impute les pertes de crédit aux épargnants financiers ; mais accroît aussi les dettes publiques des États qui protègent leurs épargnants. La supposée phobie des Allemands pour l'inflation est en fait une condamnation morale de la spéculation libre par le crédit. L'Europe germanique a une culture de la monnaie fondée sur le contrôle politique de la finance.

Si la BCE continue d'émettre de la monnaie au-delà des revenus effectivement épargnés par les Européens, il n'y aura pas d'inflation comme sous la République de Weimar mais une révolution comme sous la France de 1790 submergée d'assignats. La finance internationale s'est constituée en état virtuel de droit hors du commun de la démocratie politique.

Les définitions légales de la monnaie, spécialement aux États-Unis et dans la zone euro, accorde au système financier le privilège d'imposer des prix selon des intérêts particuliers exclusivement privés. Il en résulte un déséquilibre général des échanges désormais évident du marché mondial. L'intérêt public au plein emploi du travail selon les besoins de consommation exprimés, calculés et garantis ne peut pas être pris en compte dans les politiques monétaires asservies à la plus-value financière.

L'économie mondiale détruite par les monnaies non régulées

Depuis 1976, les accords internationaux de la Jamaïque ont entériné les changes internationaux flottant en dollar. Les déséquilibres de paiement des échanges de biens et services entre États de droit sont comblés par un crédit illimité en dollar. Il n'existe plus aucun critère de droit dans la fixation des parités internationales de change. L'inflation du crédit ruine les épargnants et les salariés mais ne provoque plus de hausse des prix à la consommation.

L'augmentation exponentielle de l'endettement public a masqué provisoirement le démantèlement international des droits du travail. La dette publique a soutenu des dépenses de consommation d'une production importée dont le prix ne rémunère pas les besoins humains qui la motivent. La monétisation des dettes publiques est l'ultime étape de désintégration de la monnaie non indexée sur les besoins humains vitaux.

La persistance est virtuelle du système actuel d'émission de la monnaie déconnectée de la réalité humaine. Les monnaies n'ont aucun pouvoir d'achat réel mesurable garanti au-delà des quelques jours de crédibilité que leur accorde les acteurs économiques. L'anticipation de la production s'effondre et sa représentation par l'épargne. Sans étalon international de crédit, le calcul économique détruit le travail qui rend les emprunteurs solvables.

L'étalon international de crédit signifie l'impossibilité de négocier le prix international des monnaies sans intégrer la rémunération du travail qui produira la contrepartie des dettes. Une telle impossibilité est effectivement réalisée par la convertibilité publique des monnaies qui soit distincte de la négociation des crédits internationaux. L'équilibre international des changes doit être négocié par des garants publics du droit indépendants des garants publics du crédit.

La monnaie empruntée aux étrangers ne doit pas être celle qui rémunère le travail. En distinguant un instrument de règlement exclusivement international de la monnaie de règlement national, les dettes publiques garantissent les droits du travail mais ne peuvent plus être limitées par la solvabilité internationale de la monnaie nationale. L'application nationale du droit est en équilibre nécessaire avec l'économie internationale par la parité de change nationale garantie par la prime de change en monnaie internationnale.

Ré-indexation de l'euro sur le prix réel du travail

La monnaie de crédit international dissociée de la monnaie nationale de rémunération du travail indexe le crédit sur les revenus réels du travail et non sur la plus-value financière qui le garantit. Dans le système international des monnaies préconisé par Keynes dès 1944, la compensation internationale des changes dans une monnaie internationale fixe un équilibre des parités monétaires sur le potentiel de production réel des économies nationales.

Les monnaies nationales se dévaluent ou se réévaluent en monnaie internationale selon l'efficacité du travail domestique à produire la contrepartie des emprunts de monnaie. Si l'Union Européenne convertit l'euro en monnaie commune des démocraties européennes, alors la BCE ne monétise les dettes publiques en monnaie nationale que dans la limite de solvabilité du travail des Européens dans leur monnaie nationale.

La fonction économique fondamentale des autorités publiques nationales redevient la promotion du travail domestique par l'application des lois, par l'investissement public, par l'assurance de l'équité et par la régulation du crédit domestique. Les préjudices infligés à la rémunération du travail par les défaillances de la régulation domestique du crédit sont sanctionnés par la dévaluation des monnaies en euro. La restauration du crédit de l'euro rétablit le droit de la démocratie.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Régulation
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OmniTech Support Review 30/10/2014 13:04

The mutation of the euro in the European standard is a topic that is discussed for a long time. This is all due to the currency inflation and deflation of the credit. This will affect the exchange rates of the country a lot.

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