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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 13:32

Ré-humaniser immédiatement la monnaie

Depuis la confirmation en juillet 2011 d'un deuxième défaut grec malgré un plan européen de redressement décidé en mai 2010 et depuis la dégradation de la notation de la dette publique américaine sur laquelle repose l'évaluation monétaire et financière de toutes les dettes du monde, le système bancaire mondial s'achemine vers son euthanasie toute proche.

Le diagnostic d'un excès mondial de dettes est clairement formulé et démontré. La faillite générale est pourtant différée par l'accumulation de dettes nouvelles dans les banques centrales et les quelques États dont la solvabilité est supposée encore crédible. La crise est dans sa phase paradoxale ; l'explication de la dette entraîne l'aggravation de la dette.

Le monde entre étymologiquement dans une apocalypse. L'homme a jeté par la dette un voile sur sa réalité. Empêtré dans ce voile insensé, il découvre qu'il est davantage que ce qu'il se doit à lui-même. Il lui faut dépasser le voile, passer à travers le mur de la dette, pour connaître au-delà du présent ce que la dette représente.

Les dettes sont des anticipations comptables du futur. Elles engagent le futur au présent. Mais elles ne sont pas tout le futur qui par nature n'est pas encore. Derrière la représentation comptabilisée en monnaie, il y aura des vies humaines. Elles reprendront les promesses héritées du passé mais les transformeront dans leur réalité présente pour que le passé soit vivable dans la perspective d'un futur désirable.

L'apocalypse en cours est le dévoilement de la réalité derrière l'exercice de son actualisation financière. Après avoir essayé de réduire toute sa réalité à des prix présents en monnaie, après avoir confié toute son économie politique à son intelligence spéculative, la société humaine mondialisée redécouvre la pluralité de ses points de vue dans une réalité commune. Or il existe bien une monnaie représentative de la diversité commune des choix humains de vie.

Vie humaine en trois dimensions

La réalité humaine s'analyse en trois compartiments distincts synthétisé par la vie individuelle des personnes en société. La réalité empirique est celle qui s'impose d'elle-même à la sensibilité de l'homme par la matérialité. Cette réalité est la même hors de la volonté humaine pour tous les hommes vivants au présent.

A l'opposé, la réalité psychique est propre à chaque personne. Le psychisme est le nœud de relations de la personne avec les autres en elle-même. Dans le psychisme de la personne, le passé s'associe au futur par le présent ; et la vie sociale personnelle s'incarne dans les virtualités de la réalité empirique. La troisième réalité est virtuelle. C'est le lieu de la volonté individuelle et collective qui met l'homme en action.

L'action transforme réciproquement la réalité psychique par la réalité empirique. Dans la réalité virtuelle de l'homme se développent toutes les représentations qui et que décident la personne en société. La réalité virtuelle s'exprime par le discours et par toutes les productions humaines ; productions dans la réalité empirique présente issue de la réalité psychique historisée par la virtualité.

La réalité virtuelle interfère avec la réalité psychique dans l'intimité de chaque personne. Seule la réalité empirique est observable exclusivement au présent. La temporalité se situe dans la réalité psychique. Elle se communique entre les hommes par la réalité virtuelle sous la forme du discours. Le discours exprime toutes les virtualités du temps en deçà et au-delà du présent empirique. La finance, la banque et la monnaie sont des activités de la réalité virtuelle.

Conditions réelles de la virtualité financière

La finance est la virtualité des actions humaines dans le temps. Elle donne des prix au passé. Elle mesure les prix du futur au présent. Elle inscrit la réalité empirique présente sur un axe virtuel du temps collectif. L'objectif financier est la transformation collective de l'héritage du passé en objets voulus de bien commun ; bien commun négociable exprimé collectivement dans des biens personnels.

L'existence de la finance est réelle par la mise en relation de la réalité empirique avec la réalité psychique. Le psychisme humain se satisfait de la réalité empirique si elle est utilisable dans la relation entre individus dépendant les uns des autres. Si les réalités empiriques circulent d'une personne à l'autre, elles leur apportent individuellement un bien qui est commun ; un bien reconnu comme tel par les personnes en relation d'échange.

Historiquement, la virtualité financière opère le réel à deux conditions : la loi et le marché. La loi structure par la réalité virtuelle la relation entre les psychismes personnels. Le marché est la réalisation empirique de la relation des personnes par les corps. Les corps sont les personnes instituées par la loi dans la réalité empirique. Sans la loi, les corps ne sont plus l'expression des personnes sur le marché.

Avènement du totalitarisme financier

La virtualité financière n'opère la réalité que si la détermination de la loi des échanges sur le marché reste extérieure à la finance. Or la libéralisation des marchés depuis les années 70 a consisté à laisser la finance définir ses lois. Les agents de l'autorité publique dépositaires de la loi et vérificateurs de la loi entre les personnes se sont retirés des marchés.

Le marché abandonné à la finance ne réalise pas des relations entre des personnes. Il absorbe la réalité empirique des corps dans la réalité virtuelle des individus interchangeables. Toute réalité humaine est placée sur le plan de la virtualité. Toute personne est prêteuse et emprunteuse des prix en monnaie. La finance de marché auto-régulée par sa propre loi adosse le prix des emprunts au prix des prêts. La réalité empirique sous-jacente au prix est éludée.

La finance auto-régulée raisonne exclusivement en plus-value. Pour que les prêts soient suffisants pour rembourser tous les emprunts, il faut que les prêts croissent dans le temps plus vite que les emprunts. La plus-value sur les prêts doit être calculée pour lever tout doute sur les emprunts. Alors le calcul se substitue à la réalité.

La virtualité du calcul financier raisonnant sur lui-même n'a plus de considération pour la réalité empirique. Le bien ne peut plus être une réalité sensible mais uniquement le prix d'une plus-value. La plus-value raisonnée dans la virtualité devient l'unique horizon de la vie psychique. Le psychisme colonisé par le calcul de la plus-value en monnaie n'accède plus à la réalité empirique.

Le vivre ensemble détruit par la finance sans loi

La crise des subprimes a révélé la totale émancipation financière de la réalité. Les dettes s'étaient accumulées dans le seul but de faire des plus-values comptables sans qu'aucun besoin humain ne soit satisfait. Comme les États de droit ont légalement renoncé à imposer une règle humaine à la finance, ils ont accru leurs propres emprunts pour refaire la crédibilité de la plus-value financière virtuelle.

Depuis aout 2011, la finance dérégulée laisse voir que les plus-values accumulées sur les États n'existent pas dans la réalité. La dette publique des États-Unis, le plus gros emprunteur de la planète a été dégradée. Les États, dépositaires de la loi d'un bien commun, sont devant l'alternative de reconnaître que le système financier n'existe plus comme bien dans la réalité psychique ; ou de modifier la loi pour asservir la réalité humaine empirique à la virtualité financière érigée en seule réalité possible.

Comme la réalité empirique de l'économie humaine mondiale est divisée entre des nationalités désunies, la paix civile mondiale est contrainte de s'appuyer sur la virtualité financière. Les lois sont différentes selon les nations. Les marchés réels sont nationaux et régionaux mais pas internationaux. Le maintien légal de la paix et des échanges internationaux oblige en théorie les États à se désintégrer et les banques centrales à émettre de la monnaie hors de toute mesure de la réalité empirique.

Prédation légalisée du réel

Après avoir absorbé la réalité empirique, la virtualité financière absorbe la réalité psychique. Les autorités politiques se mettent à démanteler les États auxquels les marchés ne prêtent plus. Il est question aux États-Unis de supprimer les services publics fédéraux. Dans la zone euro les parlements des pays surendettés sont dessaisis de leurs pouvoirs budgétaires et fiscaux.

Dans le reste de la zone euro et au Royaume-Uni, les dépenses publiques de protection sociale et de protection du travail sont officiellement diminuées afin de rééquilibrer les budgets. Tout se joue dans la virtualité financière où il faut simuler un équilibre des prêts et des emprunts hors des réalités humaines psychique et empirique.

La simulation financière de la réalité est jouée par le prix des prêts prétendu inférieur à l'échelle du monde au prix des emprunts et des fonds propres du système financier. Or les prix sont calculés par les opérateurs financiers sur des marchés qui n'existent pas dans la réalité vérifiable. En l'absence d'une loi humaine commune d'appréciation des prêts et des emprunts internationaux, les prix ne sont pas mesurés selon le même temps réel d'un système juridique à l'autre.

La réalité en retournement contre la finance

La convertibilité des monnaies non régulée par les États autorise les banques internationales à comptabiliser des contrats dans la monnaie de leur choix au prix de leur choix. La soustraction de la finance aux réalités psychique et empirique est accomplie par la légalité de la banque de l'ombre. La licéité des prix et des échéances de crédit comptabilisés échappe à toute vérification publique.

Le sens psychique des monnaies est désormais inversé. Les monnaies ne sont plus émises à proportion du règlement des transactions reconnues légales. Elles sont émises à proportion des besoins empiriques que le psychisme doit dissocier de la loi. L'homme est obligé d'abandonner la loi du vivre ensemble pour ne pas reconnaître l'inexistence de la plus-value financière dans la réalité vraie.

L'émission de monnaie par les banques centrales hors de tout bien visible dans la réalité empirique implique la disparition du système financier à brève échéance. Les liquidités empruntées à la banque centrale sont immobilisées dans le soutien du prix des actifs fictifs accumulés dans les bilans financiers. La monnaie n'est plus liquide pour financer des projets réels.

La réalité lisible dans le marché régie par la loi

L'Allemagne prépare l'abandon de l'euro. Elle ne peut plus perdre l'épargne des Allemands dans des prêts internationaux à des activités sans réalité empirique donc sans consistance morale. Les autres créanciers nets du monde comme le Japon, la Chine et le Brésil préparent de leur coté l'abandon du dollar. La promotion du FMI dans une nouvelle régulation internationale des monnaies prend acte de la défaillance de la Fed et de la BCE.

Les deux banques centrales prêtent leur liquidité à la plus-value financière et non à des emprunteurs dont la solvabilité soit démontrable. Fed et BCE sont dans l'incapacité d'apprécier les débiteurs de la monnaie qu'elles émettent à cause de l'utilisation multinationale de la liquidité de leur crédit. La solvabilité des monnaies serait mesurable à condition d'une intégration des économies par les souverainetés nationales responsables de la solvabilité selon la loi qu'elles appliquent effectivement.

Remettre la monnaie sous le régime d'un bien commun consiste à remettre la finance sous le contrôle des lois nationales. L'équité financière est impossible sans l'adhésion morale des parties à une même loi. Mais les lois nationales restent librement appréciables dans la réalité empirique de n'importe quelle monnaie s'il est institué une monnaie mondiale commune ; une monnaie dédiée à l'appréciation de la loi d'économie de n'importe quelle souveraineté nationale sur son propre marché.

Monnaie universelle de décompte de la légalité nationale

S'il existe un marché financier international fondé sur l'appréciation des monnaies d'application des lois nationales à des marchés nationaux, alors les parités de change intègrent la réalité empirique dans la réalité virtuelle par la réalité psychique d'une loi humainement appliquée. Lois et monnaies deviennent de la réalité virtuelle négociable dans les pays où elles sont émises.

En dehors de sa nationalité, l'étranger ne doit pas pouvoir dissocier la richesse concrète, de la loi qui la définit ni de l'unité monétaire nationale qui comptabilise la richesse réelle. Entre deux monnaies nationales, les différences d'appréciation d'un emprunteur par rapport à un prêteur doivent s'exprimer par une monnaie neutre d'égale signification quelle que soit la position des parties.

Un marché financier international peut par nature unir des virtualités nationales distinctes en formant une même réalité empirique quelle que soit la nationalité. Cela se réalise effectivement en rétablissant la relation logique entre la loi et la monnaie : la monnaie est la représentation dans la réalité empirique nationale de la loi appliquée dans la réalité psychique. De la restauration de la virtualité financière de la loi par la monnaie naît l'étalon monétaire universel.

Loi universelle du crédit indexé sur la réalité

La monnaie universelle est la conséquence de l'application universelle des lois nationales à la condition de transactions internationales visibles sur un marché transparent. L'application d'une loi nationale à une transaction internationale doit être alors explicitement garantie par la communauté internationale. Et le prix des monnaies nationales en monnaie internationale varie selon le risque que les lois nationales ne soient pas appliquées.

Pour indexer la parité d'une monnaie nationale sur l'application d'une loi nationale il suffit de garantir en monnaie internationale les emprunts internationaux des États et des banques nationaux. La régulation financière s'applique par les parités nationales contractuellement dévaluées si la prime de garantie de tous les emprunteurs n'est pas positive en monnaie internationale.

La régulation universelle du crédit par la cotation publique des primes de crédit implique simplement un marché mondial unifié où tout acheteur de prime est vendeur de sa propre prime. Le marché multinational de garantie du crédit émet la monnaie universelle à proportion des crédits effectivement garantis et effectivement remboursés.

Société multinationale de démocraties

De la même manière que la fusion financière des réalités empirique et psychique provoque la destruction de la civilisation, la distinction multinationale des trois dimensions de l'homme vivant rétablit l'équilibre mondial de l'existence humaine personnelle et sociale. La monnaie d'un marché international du crédit d'une réalité commune restaure instantanément la possibilité d'un bien humain dans la diversité des personnes et des nations.

L'apocalypse financière exposée au regard du monde vient du croisement des cultures dans une représentation globalisée du monde. La numérisation en réseau de la connaissance humaine confronte plusieurs visions contradictoires d'une même réalité empirique. Le psychisme humain fait face à un choix radical entre l'uniformité rêvée ou la pluralité acceptée.

Soit les hommes se refusent dans leurs différences : la guerre économique se prolonge. Les nations s'effacent derrière des intérêts financiers en lutte pour asservir l'homme à de fausses dettes. Soit les hommes décident de s'enrichir de leurs différences : les nations se démocratisent pour discuter les lois qui transforment la réalité en satisfaction humaine. Alors la monnaie traduit la réalité empirique d'une virtualité au service des personnes en collaboration dans la démocratie multinationale.

 

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