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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 23:47

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A Pierre Sarton du Jonchay, à propos de vos billets invités

Valeur et capital : commentaire sur le billet de Paul Jorion

Sont reproduits ici, le commentaire de Paul Jorion à mon billet sur son Blog et ma réponse à son commentaire


Paul Jorion

J’ai lu votre réponse. J’apprécie vos tentatives de clarification et je soutiens toujours votre effort d’intégrer la dimension temps dans notre compréhension des mécanismes économiques mais il me semble que ce que vous intégrez dans cette dimension temps reste inanalysé – ou reprend simplement ce qu’en dit la « science » économique (= idéologie de la classe financière), ce qui pour moi revient au même. Il me semble que ce que Schizosophie, Pierre-Yves D. et moi-même vous disons – chacun à sa façon – est que vous êtes parvenu à cantonner la « soupe refroidie » de la « science » économique dans une partie circonscrite de votre modèle mais qu’elle y est toujours, infectant l’ensemble. Il s’agit maintenant de l’en faire sortir une fois pour toutes.

PSJ : utilité de l'effet dans le système aristotélicien de valeur

Nous sommes confrontés au minimum aux limites du langage. Notre langage est à la fois la conséquence (l’effet dans le temps humain) de notre histoire collective et de notre histoire individuelle. Comme nous employons tous les mêmes mots de la même langue pour échanger, c’est vraiment compliqué de voir dans chaque propos ce qui vient de l’individu et ce qui vient de la collectivité. Je crois notre vie plus importante que les mots que nous employons pour la communiquer et la comprendre. En même temps notre vie est communication et ne peut pas se passer du langage des mots. L’utilité du modèle aristotélicien du langage est pour moi de représenter le plus simplement possible cette part de la vie humaine qui échappe à la détermination nécessaire mais non suffisante du langage. A la matière, à la forme et à la fin qui expriment des vérités hors du temps et des individus qui doivent les assumer, l’effet ajoute une explication non analytique de ce qui est simplement donné à notre observation.

L’effet sépare la réalité du langage pour que la formation de la réalité reste ouverte. Ouverte à chaque personne, à chaque individu vivant en relation avec d’autres vivants qui évoluent dans le temps qui n’est pas fini. Sans l’effet, l’individu se fige dans les déterminations de son langage ou du langage des autres. Sans l’effet, l’individu est totalement analysé et n’a plus de liberté à exercer, de fin à choisir, de réalité à comprendre. L’effet conceptualise la valeur qui vient de la matière, de la forme et de la fin, en offrant à chaque individu le temps et la liberté d’en choisir le sens. L’effet est rassurant parce qu’il permet une liberté non analysée mais inquiétant parce qu’il livre la liberté à l’analyse.

En supposant acquise l’existence de l’effet pour nos interlocuteurs sur ce blog, je prends les mécanismes économiques tels qu’ils nous font effet actuellement pour en déconstruire l’analyse actuelle, c’est à dire l’analyse qu’en produisent ce qui en parlent actuellement pour une quelconque raison. En le faisant sur ce blog je suggère que je partage des fins identiques aux vôtres et à celle de la communauté du Blog de Paul Jorion. Il en résulte que nous confrontons les fins et les formes que nous n’avons pas en commun qui nous révèlent réciproquement dans nos différences. Pour moi, l’expérience est formatrice. Mon intelligence et mon langage s’enrichissent de nouvelles formes qui me donnent valeur à moi-même qui soient valeur pour d’autres. L’existence de l’effet fait qu’il n’y a pas de nécessité à ce que mon jugement s’impose à qui que ce soit et réciproquement.

Les fins que nous partageons sur le Blog sont de sortir du mal être où nous plongent l’expérience et le spectacle de la vie politique, sociale et économique actuelle. Nous supposons que nous ne sommes pas seuls à éprouver ce mal être ce qui nous pousse à l’analyser ensemble pour en proposer des solutions. Des solutions que nous pressentons collectives puisque le problème posé est la destruction du lien social par la disparition de la valeur commune. Ma proposition est bien d’analyser le problème par la conceptualisation de la valeur et du capital dans la causalité d’Aristote. Cet exercice est motivé par la fin à atteindre que nous partageons et non par les formes, capital et valeur, que justement nous ne partageons pas par l’effet de la « science économique » et de sa pratique financière.

J’enferme la soupe froide de la science économique et financière actuelles dans un effet qui s’impose comme fait que nous sommes nombreux à ne pas approuver ; c’est à dire à lui dénier de la valeur. Ce qui ne me conviens pas dans la science économique actuellement appliquée c’est l’absence de considération des effets. C’est une religion (mise en relation) de la matière qui exclut la religion des fins. Nous sommes des individus et pas des personnes. Nous sommes déterminés par les objets qu’on nous vend et qu’on nous force à produire à un prix dont les arguments ne nous sont pas lisibles car sans alternative. Ce système s’impose par l’idée que la liberté, la valeur et le capital sont des fictions non discutables maîtrisées par quelques experts qui connaissent le secret de la main invisible. Pour que ces fictions redeviennent des réalités que nous sachions maîtriser, je ne vois pas d’autre moyen que de les axiomatiser selon des finalités que nous discutons et choisissons.

Je reste enthousiasmé par Comment la réalité et la vérité furent inventées : l’invention de la réalité est toujours en cours par le langage qui est formé dans les fins que nous envisageons. La science économique et financière qui est en train de s’effondrer est celle qui se refuse à considérer les fins humaines pour capter les réalités au profit de quelques privilégiés. Si ce système dont les vices ont été analysés par Marx et bien d’autres a perduré jusqu’à nous, c’est qu’il doit aussi avoir des vertus. S’il s’effondre aujourd’hui comme jamais, c’est que certaines de ces vertus ont été récemment escamotées et certains vices promus par la finance moderne. Parmi ces vices, il y a les paris sur le fluctuations de prix ; des prix qui ne sont plus liés à aucune réalité par la fragmentation des marchés et des lois applicables. Le crédit de l’économie réelle est capté pour générer des gains fictifs prélevés sur ceux qui travaillent effectivement.

La soupe refroidie est-elle la science économique qui ne contient aucune fin humaine ? Elle explique le chômage et la baisse des revenus salariaux par l’inutilité des hommes à la production d’équilibres économiques et financiers qui ne les concernent pas. La neutralisation des fins humaines par la négation de la valeur des effets n’est-elle pas une axiomatique qu’on ne peut combattre que par une autre axiomatique ? Aristote doit subvertir Platon non pas parce que Platon est méchant mais parce qu’il ampute le langage de la réalité humaine de sa liberté et de sa capacité à grandir. Si la fin donne un sens à la liberté humaine dans le temps, si les fins individuelles sont identifiables qui prélèvent la valeur dans la réalité au lieu d’en produire, n’est-il pas possible que la monnaie, le crédit et le capital soient des outils de valeur par la responsabilité des effets ?

L’outil financier de responsabilité de la certitude et de l’incertitude de la valeur ne pourrait-il exister dans l’option négociée dans un marché de transparence des engagements ? C’est l’option qui relie dans un système un nominal contrôlable par la démocratie, un prix déposé dans le marché, un dirigeant responsable de la réalité à terme du nominal et une prime. La prime ne donne-t-elle pas le prix de l’incertitude du prix nominal à l’origine de l’option ? N’est-elle pas la reconnaissance des limites d’une analyse et la valeur possible d’une réalité humaine qui peut dépasser ses limites ? La prime devient à l’échéance la plus-value sur le prix réalisé à la condition de la vérification marchande par le client final de la compétence de l’entrepreneur à anticiper le prix de la valeur. Le capital défini par la prime d’un prix stable engagée en réalité devient ainsi la garantie de la mesure du crédit et l’anticipation de la plus-value du travail à transformer le temps par l’intelligence de la réalité. La plus-value identifiée comme résultat de la réalisation effective d’un engagement revient au travail qui produit la valeur.

Le concept d’option désinfecte-t-il l’argumentation économique du phénomène de la valeur ?

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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pascale desnos 18/11/2010 20:16



Peut-être que l'un des moyens pragmatiques de se mettre d'accord sur d'éventuelles solutions face à une crise - dont il semble que les causes et les effets soient partagés - soit la révision de
nos "outils" comptables nationaux et internationaux.


Alors, les valeurs sous-tendues seraient nécessairement revues avec les problématiques du moment.


Reste la question du "comment faire" pour être entendu.


pascale desnos



Pierre Sarton du Jonchay 19/11/2010 09:34



Il est clair que partager le langage de mesure des prix manifeste une communauté de valeur, une même façon d'identifier et de compter la valeur. Si la titrisation des subprimes pratiquée aux
Etats-Unis a fait tellement de dégâts, c'est qu'ils ont vendu leurs normes comptables sans le dire explicitement et sans qu'elles soient vraiment comprises par le reste du monde qui les a
achétées.


Il me semble que les monnaies sont des outils comptables. Donc il faut considérer que travailler dans une monnaie pour régler, comptabiliser et épargner, c'est choisir un certain corps de règles
comptables. Si on organise le marché des monnaies, donc les opérations de change, sur un principe d'égalité des conceptions de la valeur où aucune monnaie n'a de privilèges, alors les options de
change mesurent le risque des normes comptables dans une zone monétaire. La prime de change exprime l'instabilité de la mesure dans une monnaie par rapport aux autres monnaies. De là on peut
construire un système international de comptabilité sur l'unité comptable sous-jacente à tous les comptes financiers couverts par des primes de change. Qu'en pensez-vous ?


Un programme pour la présidence française du G20



jean.monville 17/11/2010 21:34



Si vous résumiez votre discours dans un langage simple et aisément accessible,  le texte qui en résulterait serait à mon sens beaucoup plus puissant.


Je pense que vous vous fourvoyez dans des analyses, apparemment sophistiquées, mais en réalité très convenues de la crise actuelle. La raison fondamentale de la crise est le gonflement insensé de
la dette, surtout publique. La dette issue de la crise bancaire n'a provoqué qu'une petite vaguelette sur un océan de dettes publiques.


La valeur qui est bafouée est celle de la vérité. Les dirigeants veulent "protéger" les citoyens, alors que qu'ils devraient les inciter à regarder la réalité en face. la décroissance est
inévitable si nous continuons à traiter socialement le chômage, en affublant cette politique de justifications morales et ou philosophiques. 


Jean Monville



Pierre Sarton du Jonchay 17/11/2010 23:15



Ce post reproduit un message que j'ai envoyé à Paul Jorion à la suite de son interpellation sur l'interprétation qui pouvait ressortir de mes analyses. Il est chargé de tout un contexte qui
mélange deux niveaux de discussion : le diagnosctic que nous faisons de la crise et le langage disponible pour rendre compte de ce diagnostic. J'approuve le diagnostic que vous résumez. Mais il
pose une question morale : qu'est-ce qui est acceptable et qu'est-ce qui ne l'est pas dans les conséquences à venir de la situation décrite ? Je crois que ce qui ne va pas, c'est que nous
n'arrivons plus à discuter en société d'un bien commun collectif qui soit source de progrès personnel et social. Il faut donc rétablir les conditions de la discussion et sortir des caricatures de
la valeur dans lesquelles la finance matérialiste et libertaire nous enferme avec la complicité d'idéologues de tous bords.



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