La crise économique actuelle a ses racines dans la civilisation. La compréhension des phénomènes en cours exige une redéfinition de la monnaie, du crédit, du risque, du marché et de la responsabilité publique. La discussion est ouverte.
Commentaire déposé sur le Blog de Paul Jorion.
La crise actuelle est un problème de vivre ensemble dans la mondialisation. Ce vivre ensemble a été depuis plusieurs siècles organisé par des empires successifs qui sont désormais multiples et en compétition non coopérative. L’Union Européenne a été construite sur une double intuition : premièrement que la paix entre les hommes ne peut pas advenir sans démocratie multinationale ; deuxièmement que les petits États européens existeraient difficilement sans s’associer entre les empires étatsunien, russe et maintenant chinois, indien ou arabo-musulman.
Le modèle expérimenté en Europe de concert des nations a pu se généraliser cahin-caha au monde entier. La guerre impériale s’est grosso modo déplacée sur le terrain de l’économie par le jeu de la finance mondialisée. L’Europe s’est laissée absorber dans ce jeu-là malgré son inspiration et son projet démocratiques. Elle n’a pas voulu construire les conditions financières de la démocratie. L’euro a été créé pour faire pièce au dollar comme outil économique de l’impérialisme. La zone euro a adopté sans se l’avouer la logique financière du Reich allemand. Cette logique agit actuellement conformément à sa nature : l’empire détruit la démocratie, la raison d’être de l’Union Européenne.
Dans ce contexte, les institutions européennes sont dans une position ambigüe. Elles incarnent l’Union dans sa dérive impériale tout en étant garantes de la raison d’être du projet, c’est à dire la démocratie. Le Conseil Européen cristallise tout particulièrement l’ambiguïté : composé de personnalités politiquement responsables devant les citoyens nationaux, il se conduit comme directoire impérial en tant que pouvoir européen qu’aucune assemblée de citoyens européens ne peut contredire. Le triomphe mondial de la guerre économique des empires place les démocrates européens dans une obligation d’insurrection. S’ils veulent néanmoins préserver la paix à l’intérieur de la communauté européenne multinationale, il est impératif de constituer des corps intermédiaires pour formuler collectivement les conditions de la poursuite du projet de démocratie européenne.
Les démocrates européens doivent se prémunir contre l’impérialisme de la race et l’impérialisme de la Loi, les deux impérialismes qui déterminent l’ordre monétaire actuellement en vigueur en Europe. La constitution d’associations européennes de citoyens est donc bien le moyen de reconstruire la politique et la finance sur la délibération des règles européennes du vivre ensemble. Le travail associatif européen doit préparer la transformation du Parlement Européen en assemblée constituante (suggestion totalement pertinente entendue récemment sur France Culture ; j’ai oublié de qui).
La communauté des démocraties européennes doit s’élever au-dessus de la guerre économique mondiale des empires. La monnaie commune à coté des monnaies nationales et régionales est l’instrument de ce saut quantique : elle permet la mesure économique des engagements démocratiques entre les nations qui vivent leur souveraineté dans le respect des autres nationalités même non encore démocratiques. Le Parlement Européen doit être la chambre de discussion des lois de subsidiarité des intérêts nationaux aux intérêts de la société humaine universelle démocratique. Les lois de l’Union Européenne doivent définir cette subsidiarité afin que le juge puisse arbitrer les relations internationales à l’intérieur d’un marché de la démocratie. Un marché où s’échange la valeur politique et économique de droits humains réels et universels.