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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 19:06

Un programme pour la présidence française du G20

Réponse aux commentaires déposés sur le Blog de Paul Jorion.


L'option : outil universel de mesure du risque de la valeur vraie

Paul Jorion fournit dans Comment la vérité et la réalité furent inventées, une explication de la structure logique de l'option. Page 217 :

Si la Réalité-objective est la manière dont l’Existence-empirique est représentée automatiquement par tout discours codifié selon les règles de la logique, alors le miracle de leur concordance s’explique aisément : la Réalité-objective est le discours sur l’Existence-empirique qu’engendre la logique grâce à la vertu qui lui est propre d’éliminer de son compte rendu l’illusion à laquelle est sujette la perception, prévenant ainsi l’apparition du paradoxe en son sein. Cette élimination est automatique, car fondée sur les trois termes du syllogisme : les deux extrêmes mis en communication par le moyen terme. [...] Le mystère de l’harmonie préétablie entre la logique et la réalité objective n’en est pas un, puisque c’est la première qui engendre la seconde, en la présupposant simplement conforme au principe de ses règles.[...] Aristote codifie cette structure [l'harmonie préétablie par le discours logique] d’une manière si complète que Hegel, à la suite de Kant, constate qu’il n’a pas été possible au cours de vingt siècles de parfaire sa tâche.

Le propos de Jorion n'est pas d'expliquer l’option mais de poser la différence entre ce que l'intelligence observe par la sensibilité et ce qu'elle en dit par le langage. En dépit de cette différence, la logique intrinsèque au langage assure une relation constante avec les éléments de la réalité observée découpés selon des règles contenues dans cette logique. L'adéquation de la réalité observée exprimée dans le langage à la réalité observable imposée par l'existence physique n'est nullement la preuve d'une logique intrinsèque à la matérialité physique ressentie. Elle révèle en fait la finalité de la logique du langage destiné à exprimer par l'intelligence ce qu'elle perçoit de la réalité.

La réalité-objective est la forme que l’intelligence humaine projette dans la matière, représentation formelle dans notre esprit de l’existence-empirique. Le discours (logos) contient en lui-même la logique par laquelle nous modélisons notre perception de l’existence-empirique et notre intuition de l’être-donné (« réalité ultime et irréductible ») ; parce que c’est la fin que tout homme sensé donne au discours d’exprimer son modèle de perception de l’existence-empirique qui est sa vie à lui. La finalité que tout sujet locuteur met dans le discours qu’il tient est de s’exprimer dans son existence-empirique et son être-donné subjectifs. Celui qui ne parle pas de ce qu’il veut croire qu’il comprend qu’il perçoit passe pour fou. Dans ce cas l’effet du discours est la folie, une situation sociale de rupture entre l’existence-empirique, la réalité-objective et l’être-donné (réalité ultime invisible du sujet et de l’objet). Paul Jorion est explicite sur le fait logique que la relation établie par le langage entre la réalité-objective et l’existence-empirique d’une part et la réalité objective et l’être-donné d’autre part est analytique. Ces relations sont des fictions produites par notre intelligence qui sépare ce qui nous vient exclusivement par la sensibilité avec des outils qu'elle élabore d'elle-même. Cela signifie que l’existence-empirique est dans le monde sensible, que la réalité-objective est dans notre intelligence et que l’une et l’autre sont reliées par notre jugement, vrai ou faux, et non par une mécanique immuable en soi. La codification aristotélicienne du discours logique repose sur l’enchainement réciproque de l’effet, de la fin, de la forme et de la matière.

L'apport fondamental du rappel de Paul Jorion est de rétablir la responsabilité du sujet dans toute connaissance scientifique. Le monde sensible ne peut être objectivement connu et fonder notre réalité que si l'intelligence est capable de séparer dans le langage qu'elle utilise ce qui se rapporte à l'objet distinctement  de ce qui se rapporte au sujet. L'intelligence doit armer la liberté du sujet à faire en lui-même le tri entre ce qui est de lui et ce qui n'est pas de lui. La connaissance objective, qui vient du sujet faute de quoi elle n'est pas connaissance, est objective si le sujet parvient à séparer sa subjectivité de ce qu'il connaît. La logique est le choix libre du sujet de se plier à ce qui n'est pas de lui. La logique est la condition de l'étude scientifique comme la condition de la compréhension de l'autre qui donne accès à la connaissance universelle dont la logique fait partie. L'abandon progressif depuis la Renaissance de l'exigence scientifique de reconnaissance de l'autre pour accéder à la connaissance objective du monde explique les errements de la science économique moderne et de ses applications par la finance dans le jeu politique mondialisé.

La crise actuelle est l'ultime étape du renfermement de l'individu sur lui-même construit par le capitalisme issu des Lumières, le régime politique de l'économie de promotion du raisonnement humain sans obligation d'accueillir l'altérité radicale à soi-même. L'extension de la logique à tous les champs de la connaissance humaine a laissé croire à ses acteurs sujets que la rigueur du raisonnement suffisait à garantir la conformité de la réalité objective construite à la réalité objective observable. L'illusion d'objectivité sans altérité s'est renforcée dans le monopole logique de la civilisation occidentale issue du moule de l'Antiquité méditéranéenne. A la fin du vingtième siècle, le monopole occidental de la logique est brisé par l'irruption de l'Orient asiatique et chinois dans l'économie mondiale de la connaissance. Deux logiques se confrontent dans un même système mondialisé d'échange. L'Occident découvre sans vraiment le réaliser dans les dérèglements de son économie matérielle qu'il a perdu le sens de l'altérité, le sens de la valeur de l'autre radicalement différent de sa personne dans une même humanité. Selon la même logique capitaliste que l'Occident, la Chine marginalise l'Occident dans son propre système par sa masse économique.

L'économie mondiale se dérègle par hétérogénéité des principes d'évaluation des limites de l'action humaine dans le monde physique. La déstabilisation des principes de la valeur s'exprime dans la guerre des monnaies visant à manipuler les prix internationaux par le taux de change des monnaies nationales. Les grandes puissances se battent sur des variations entre discours différents et non sur l'écart commun de l'équilibre international du discours avec la réalité objective. Tout le monde confond son propre discours avec la réalité et chaque individu forme des prix où l'autre quel que soit son statut social, politique ou national, ne peut plus trouver sa propre valeur. Le risque, écart entre la réalisation subjective du futur et sa réalité advenue objective au présent, est subverti par l'affrontement de discours sans signification partageable. Le risque du discours n'est plus le résultat incertain de la collaboration des sujets dans la réalité mais la guerre sans limite de chaque individu contre tous les autres. Evidemment la logique de la guerre recommande de se soumettre au plus fort hors de toute logique de valeur.

Le rappel de Paul Jorion sur la distinction logique entre réalité objective et réalité subjective réhabilite un très vieil instrument financier dévoyé par l'abandon de la structure de pensée aristotélicienne. Qu’est-ce que l’option dans la logique de la langue aristotélicienne ? D’abord un nominal, un morceau de discours sans verbe, nommé par un sujet pour désigner un élément de l’existence-empirique. Ensuite un prix qui ordonne l’objet formé par le sujet dans le nominal à d’autres nominaux qui représentent d’autres prix. Le nominal associé au prix (le strike dans le langage financier) qui désigne une matière réelle objectivée est rassemblé dans le terme de sous-jacent. Le sous-jacent nominal avec son prix contiennent une matière (l’objet futur auquel est attribué un prix), une forme (la relation anticipée entre l’objet et son prix) et une fin qui est l’objet réalisé au prix anticipé à l’échéance du nominal. Notons au passage que la réalité désignée dans le sous-jacent de l’option est un certain objet, à un certain prix, à un certain instant du temps pour un certain sujet qui nomme afin de réaliser l'écart possible entre la réalité future et la réalité qu'il pourra concrètement observer.

Le sous-jacent nominal d’une option est une fiction associant un sujet nommant, à une matière, une forme et une fin. Et l’effet ? A l’origine du sous-jacent nommé, l’effet se trouve uniquement dans le sujet qui nomme. La parole est la seule existence qui exprime l’objet évoqué dans le futur et le rend accessible aux sens avant l’échéance. A l’échéance du sous-jacent nommé, l’effet se trouve dans la livraison à l’acheteur de l’option au prix anticipé de l’objet nommé. L’effet de l’option est l’effet du temps pour l’acheteur et le vendeur. L’effet de l’option est de transférer l’incertitude réelle du prix de l’acheteur au vendeur, de transformer l’incertitude du vendeur en certitude pour l’acheteur. L’effet du temps de l’option est de transformer l’incertitude du prix d’origine en réalité certaine pour l’acheteur et en réalité incertaine pour le vendeur. L’effet de l’échéance du temps de l’option est de transformer l’incertitude du temps de l’option en certitude de la réalité pour le vendeur. La certitude de la réalité du prix nominal du sous-jacent de l’option est la prime. La prime est le prix de l’effet du nommage incertain de la réalité dans le temps.

La prime d’une option est l’effet de la réalité incertaine d’une réalité choisie certaine dans son prix à terme. La prime a un prix négociable de l’origine à l’échéance de l’option ; un prix qui résulte de la fixité du prix nominal sous-jacent à l’option ; d’une fixité en RÉALITÉ et non seulement nominale. Par quel miracle la nominalité (réalité-objective) se transforme-t-elle en réalité (existence-empirique) ? Par quel miracle encore la réalité incertaine de la prime et du nominal se transforme-t-elle en réalité et prix certain de cette réalité ? Par le miracle de la logique qui exprime la réalité-objective distincte de l’existence-empirique. Grâce à l’option dans la réalité-objective, l’acheteur et le vendeur anticipent la réalité avant qu’elle ne soit objectivement perceptible dans l’existence-empirique du sous-jacent.

Le miracle de la certitude de la réalité-objective hors de l’existence-empirique ne se produit qu’à certaines conditions dont on va voir qu’elles ne sont évidemment pas remplies dans l’existence-empirique actuelle de l’économie de marché sans loi réelle. Première condition : justement l’acceptation de la logique du langage. Un sujet parle pour être écouté par un autre sujet dans des termes (des formes) communs à une société de langage. Si un vendeur d’option attribue un prix nominal à un sous-jacent dont il achète la prime à l’acheteur de l’option, il faut que le nominal renvoie à une même réalité empirique pour l’acheteur et le vendeur. Une même réalité empirique nommée signifie qu’un tiers parlant la même langue désignera le sous-jacent de l’option selon les termes exacts employés par l’acheteur et le vendeur ; les mêmes termes entre trois sujets de l’origine à l’échéance de l’option.

Deuxième condition : la réalité du prix nominal. L’option certifie le prix à terme d’un objet qui ne peut être que réel c’est à dire distinct de l’existence-empirique mais néanmoins rattachable visuellement à l’existence-empirique, c’est à dire devant témoin à un instant défini du temps. Cela implique que pendant toute la durée d’une option pendant laquelle le sous-jacent est invisible en tant que tel puisque son existence est future, l’acheteur et le vendeur soient bien autonomes dans leur intelligence du nominal sous-jacent ; donc que leur autonomie soit constatée par un tiers qui nomme le sous-jacent par lui-même et distingue clairement l’acheteur et le vendeur qui le nomment identiquement. Cette deuxième condition signifie que l’option négociée sans intermédiaire entre l’acheteur et le vendeur n’est pas une réalité objective mais subjective manipulable de façon invisible par l’un ou par l’autre. Cette deuxième condition signifie aussi qu’il existe un garant de la production du sous-jacent (emprunteur du prix nominal) pour fournir quoiqu’il arrive la contre-réalité du prix nominal.

Troisième condition : la matérialité de la réalité. Un prix est un nombre d’une réalité quantifiable donc limitée par le temps et la physique (physis pour Aristote). Si le sous-jacent ne peut être compté dans l’existence-empirique et le nominal porté dans le temps par un intermédiaire métreur objectif du temps de l’acheteur et du vendeur, le prix ne peut pas exister hors de l’intelligence des négociateurs d’option. Alors en effet le prix ne dit rien à l’acheteur ou au vendeur de l’option, car au moment de la livraison du sous-jacent l’un ou l’autre n’a aucune certitude d’existence d’une relation entre le prix garanti et la chose livrée. Les trois conditions d’existence de l’option se résument dans l’existence d’un marché organisé où les objets et sujets engagés soient visibles et réunis par une même loi de correspondance entre la réalité-objective et l’existence-empirique.

L’option selon la causalité aristotélicienne n'a pas de sens pour un matérialiste qui s'enferme dans l’existence-empirique du monde financier actuel. Un monde qui confond par le langage la réalité-objective et l’existence-empirique, qui ne connaît pas dans l’effet la quatrième dimension de la réalité humaine, celle qui accepte une réalité humaine non réduite par la fin, la forme et la matière. La plupart des options (produits dérivés) négociées aujourd’hui (notamment option de change et CDS) sont des fictions absolues réconciliables avec aucune réalité faute d’un marché (chambre de compensation) où les contrats soient déposés chez un tiers indépendant des contractants. La plupart des produits dérivés ne peuvent pas être rapprochés d’un sous-jacent lui-même négociable en transparence. La terminologie contemporaine nominaliste des options est auto-référencée sans aucun rattachement à une quelconque réalité effectivement observable. Le choix du spéculateur acheteur ou vendeur de la prime d'option est rarement d'anticiper un écart de prix entre son anticipation nominale et la réalité mais de faire croire à une réalité par un prix d'un sous-jacent qui n'existe pas.

L'idéaliste est d’accord avec le matérialiste qui lui dit que le langage se suffit à lui-même. L'idéaliste n’a pas pour fin de mesurer un risque réel puisque l'existence-empirique est déjà la réalité-objective en soi. La perfection du Droit et du discours juridique est pour le nominalisme juridique contemporain de ne jamais être confronté aux faits, c’est à dire à des effets qui soient distincts et transcendant au discours qui les nomme. Discourir de la réalité-objective sans la distinguer de l’existence-empirique permet d’annuler soit les fins soit les effets. Ainsi les scientifiques et les financiers peuvent théoriser les effets sans s’occuper des fins (pourquoi discutez-vous ce prix ou cette réalité qui ne dépendent pas de vous ?) et les philosophes et juristes peuvent théoriser les fins sans s’occuper des effets (pourquoi discutez-vous de ce que je vous dis alors que vous ne connaissez rien aux fins que je théorise ?).

Confondre la fin et l’effet a pour conséquence concrète de supprimer le choix humain dans la réalité physique ou de supprimer la vie humaine personnelle subjective dans la discussion des fins. L’option est l’outil financier, juridique et scientifique qui garantit l’existence distincte de la fin et de l’effet en maintenant la cohérence dans le temps et entre des sujets libres, autonomes et responsables de leurs fins, de leurs formes et de leur matière commune d’humanité. Le vrai scientifique dans n’importe quel domaine considère toujours sa théorie comme l’option d’un nominal dont l’expérience lui donnera le prix réel. L’option scientifique produit en connaissance de la réalité la prime de confiance dans l’être-donné de l’homme toujours observé jamais asservi.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 17:53

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La guerre civile mondiale est déclarée par la monnaie

Commentaire déposé sur le Blog de Paul Jorion suite au billet ci-dessus de l'auteur de ce blog.


La valeur de l’homme, c’est sa vie. Mais pas une simple existence dans le temps entre une date de naissance et une date de décès. La marque de la vie humaine est la transformation du monde vivant. A la mort physique d’une personne, le monde aura changé parce que cette personne aura vécu. Il en est de même pour tous les individus : ils vivent parce qu’ils veulent apporter leur transformation personnelle à l’état (le résultat d’être) du monde. Cela signifie que l’homme vivant travaille. Pas seulement pour changer l’état de la matière mais pour informer la matière de sa personne. Par le travail, la matière a acquiert une forme qui crée un objet de valeur.

La forme est métaphysique : la matière physique reste la matière physique, même quantité, même composition, après transformation en objet. Le travail de la matière en objet imprime la marque de son sujet. Le travail est donc source de la valeur en différenciant la matière entre l’objet et le sujet. La valeur est bien la transformation du monde par la personne humaine qui travaille. Mais toutes les transformations ne se valent pas. Le changement de forme qui vaut l’homme répond à la fin de l’homme ; à la fin de celui qui travaille pour la fin de celui qui consomme. La valeur du travail passe par l’échange dans le temps : d’abord une discussion des fins des personnes qui travaillent pour consommer, ensuite une négociation de la transformation de la fin du travailleur en fin du consommateur et enfin les transferts de matière qu’implique la transformation négociée.

La vie humaine de travail est valeur de transformation de la matière terrestre par les fins humaines. On découvre ici la dimension capitale (oui capitale) de la valeur humaine. La fin est la réalité métaphysique de délimitation et d’identification de la personne. La personne est la fin pour laquelle l’individu humain vit. Les personnes ne sont pas interchangeables ; parce qu’elles ont leurs fins propres qui les caractérisent, qui les rend uniques. La liberté est la spécificité de la vie humaine personnelle. L’homme subit les déterminations de la matière, se soumet à la logique des formes qu’il reçoit mais choisit ses fins. Même au fond de l’esclavage, il est libre de ses fins. La personne reste éternellement la personne unique et libre de toute autre personne. Le travail qui dépense l’énergie dans la transformation matérielle est plus fondamentalement découverte des fins de l’autre. Ne pas reconnaître dans le travail la quête des fins de l’autre conduit à détruire la possibilité de la valeur (là est la crise actuelle).

La liberté de la vie humaine pose la question de l’autre. La matière est aussi la relation de fait qui réunit les sujets par une même existence physique. Le sujet humain unique est semblable à son prochain par la même matière dont il est fait. L’appartenance à un même monde physique oblige à la négociation d’une communauté métaphysique. Chaque homme a ses fins propres qu’il impose aux autres ou qu’il fait entrer dans les fins d’autrui. L’effet de la valeur est donc non seulement la matière informée par des fins humaines mais la conciliation des fins humaines par le vivre ensemble. Il suffit d’un seul refus du vivre ensemble pour détruire la valeur que l’humanité produit. C’est exactement ce que font le gouvernement et la réserve fédérale étatsuniens par la relance du quantitative easing. La planche à billet n’est pas destruction de la valeur par sa matérialité mais par sa causalité dans la transformation des fins humaines en réalité physique.

L’État de droit étatsunien pousse le plus loin possible la logique actuelle du monde des fins non discutables. La valeur y est conçue sans régulation par les fins humaines. Les fins sont absorbées dans la matière. La valeur n’est que quantité et la vie n’est rien d’autre que l’augmentation des quantités. La monnaie, qui exprime la quantité de toute chose indépendamment de la diversité des propriétés matérielles de l’existence physique, est l’outil universel de création de la quantité. Les autorités étatsuniennes qui expriment la conception publique de la valeur mondiale s’adonnent au pur capitalisme quantitatif : elles créent du signe sans valeur probable, sans échange de fins pour former la réalité de la valeur. Un nouvel univers conceptuel advient où le bien commun est objet de spéculation. Une poignée d’individus s’essaie à absorber dans sa métaphysique particulière la réalité physique universelle.

Les États-Unis vainqueurs de la deuxième guerre mondiale ont cru que leur loi politique était la meilleure possible pour définir la valeur de l’humanité. Leur unité de compte de la valeur s’est imposée dans toutes les transactions internationales. Le dollar est devenu l’étalon monétaire de la valeur produite dans le monde. Le système étatsunien de conciliation des fins humaines a fait croire que la vie pouvait se limiter à transformer la matière. La société humaine mondiale ne s’est pas rendue compte que des fins individuelles prenaient le pas sur le principe de soumission réciproque d’une offre à une demande de valeur collectives. Les fins individuelles des intermédiaires financiers dominent les fins individuelles des responsables politiques, qui dominent les fins individuelles des états nationaux, qui dominent un monde sans valeur commune. Les personnes n’existent plus ni individuellement ni collectivement. La monnaie enfle d’une mesure de la réalité qui ne veut connaître aucune fin.

L’inflation monétaire dissout la mesure des liens sociaux. Il devient impossible de donner un prix à la demande de l’autre ; impossible de définir une offre qui la satisfasse dans les limites de la réalité matérielle ; impossible d’accumuler le capital métaphysique de formes propres à répondre aux fins humaines. La planche à billet force le crédit d’une réalité dont le futur n’est plus échangé. La masse des crédits s’accroît provisoirement sur une réalité à laquelle la monnaie ne donne aucun prix crédible. Le travail perd le sens de la valeur, renonce à réclamer l’évaluation en monnaie qui lui revient. Le travail renonce à projeter dans le futur ce qu’il peut se demander à lui-même. A l’inflation de monnaie par le crédit répond la déflation de la réalité humaine du travail. Les pays émergents répondent à la demande des pays développés qui s’endettent de ne plus travailler. La prise de conscience brutale d’une réalité très en dessous de la valeur que les monnaies lui donnent entraînera la guerre civile ou la reconstruction mondiale de la démocratie.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 11:31

Pas de vraie solution sans les États, suite...

Oui au mondio : mais comment va-t-il fonctionner ?


Monsieur Dufau, pouvez-vous nous en dire plus ?

Que serait le mondio ? Si je vous suis bien : ni un étalon matériel physique comme l'or ni l'administration abstraite d'une unité de compte par un Etat particulier. Serait-ce un droit de tirage spécial comme celui qui existe au FMI ? Vous militez pour une gouvernance plus internationale et plus paritaire du FMI. Quelle en serait la règle de décision ? L'unanimité des pays adhérents paraît utopique. Quelle serait la règle de majorité ? Comment voyez-vous l'indépendance ou la dépendance du FMI réformé par rapport aux gouvernements nationaux et aux intérêts nationaux ? Quels seraient les critères d'émission des DTS-mondios ? Comment se mesureraient les éventuels excès ou déficits d'émission ?

Comment organisez-vous le marché des changes des monnaies nationales en mondio ? Quel serait le rôle des États ou des banques centrales dans la fixation et/ou la gestion de leur parité ? Comment serait régulée ou interdite la spéculation contre une parité jugée incompatible avec les équilibres réels et financiers ? Comment seraient conciliées les visions économiques et politiques des parités et de la liquidité du mondio ? Qui aurait droit à constituer des réserves en mondio, voire à épargner ? Les États, les banques, les industriels multinationaux, les particuliers ? Y aurait-il un critère objectif d'émission du mondio qui ne puisse pas être acheté par des intérêts nationaux ou économiques particuliers ? Comment se définirait l'équité de ce critère entre tous les intérêts en jeu ?

Quels sont les courants de pensée de l'économie politique qui vous paraissent le plus avancés dans le sens de vos propositions ? Quels sont les obstacles intellectuels ou philosophiques non surmontés ? Pensez-vous qu'il faille aller au bout de la dépression qui s'annonce pour que les esprits se libèrent et se stimulent ? Quel coût politique et social sommes-nous capables d'assumer ?

Crise mondiale pas de vraie solution sans les Etats : Encore une fois, votre analyse est lumineuse...

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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17 avril 2010 6 17 /04 /avril /2010 11:30

Une science morale


Réponse à Jean Peyrelevade et Habsb quant à l'exercice de la responsabilité politique de régulation du système financier.

@Peyrelevade et habsb

Votre point de vue Monsieur Peyrelevade sur la nature scientifique de l’économie est intellectuellement réconfortant. Ne pas s’y retrouver dans les théories économiques ne doit pas nous désespérer d’y comprendre quelque chose. Une observation humble et prudente des réalités sensibles et raisonnables devraient nous permettre de progresser. Il est compréhensible que l’exercice soit difficile aux politiques à qui l’on réclame l’omniscience et l’omnipotence.

Je souhaite ne pas partager votre pessimisme et comprendre comme habsb que vous posez l’économie comme science morale. S’il en est ainsi, alors l’économie est un art politique autant qu’une discipline individuelle. Une méthode que nous choisissons pour transformer les ressources rares de notre existence terrestre en prospérité ;la plus grande satisfaction possible du plus grand nombre possible de besoins humains avec des ressources limitées.

Si l’économie est une science morale, alors elle pose le problème de la définition du bien économique et du comportement raisonné à adopter pour réaliser ce qu’on choisit comme bien. Ce qui spécifie l’économie dans la morale, c’est l’adoption explicite de la contrainte des ressources limitées à l’accomplissement du bien reconnu. Votre affirmation de la monnaie comme bien commun et votre recherche des meilleures combinaisons de dépenses publiques, de niveau de salaire, d’investissement et d’échanges internationaux s’inscrivent à mon sens dans une réflexion réellement morale.

En poussant l’hypothèse jusqu’au bout et en analysant la nature de l’activité financière telle que nous l’avons vu se développer, il n’est pas absurde de définir la finance comme activité de définition et de réalisation des objectifs de morale économique. On découvre alors que la crise actuelle n’est pas un dysfonctionnement économique mais la conséquence d’un équilibre désormais mondial des choix d’organisation économique dans l’expression des buts poursuivis par une société mondiale.

Si crise il y a, c’est que les résultats obtenus de nos choix ne sont pas satisfaisants pour tout le monde objectivement et subjectivement.

La question devient ici fondamentalement politique. L’économie mondiale est-elle au service de toutes les sociétés et de toutes les catégories sociales et de tous les individus ? Les États sont-ils solidaires dans la poursuite d’objectifs nationaux compatibles entre eux ? Les États sont-ils responsables du financement des missions qu’ils se donnent envers leurs ressortissants ? Les hommes d’État sont-ils économiquement responsables du bien public qu’ils ont le mandat de réaliser ?

Il est possible de répondre oui à ces questions d’économie morale. La conséquence morale logique en est l’instauration d’un vrai marché par la solidarité des États de droit. Un marché de la certitude transparente des engagements économiques définis en droit par la responsabilité économique des États. Un marché qui fonde la valeur des monnaies sur le respect du droit engagé nationalement et internationalement par les États. Un marché qui fonde une monnaie internationale par l’équivalence des risques encourus dans tout crédit international. L’instauration de la responsabilité économique internationale des États est le vrai substrat de la monnaie, celui que Keynes a esquissé dans sa proposition du bancor sans parvenir à démontrer la pertinence et l’opérationalité de sa gestion. Tous les outils existent désormais de gouvernance des monnaies et des marchés financiers ; si des États décident de se saisir de leurs responsabilités.

Comment réglementer demande Habsb : par le Droit, le marché et la monnaie.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 11:30

Le débat se développe ; comment débouchera-t-il dans la réalité ?


Echange entre habsb et l'auteur de ce blog dans Refondation du capitalisme de Jean Peyrelevade. Habsb commence par réagir à Comment nous pouvons choisir de ne pas faire faillite

Habsb : des principes de droit remis en cause

Pierre Sarton du Jonchay

“il faut externaliser par le marché la couverture de tout risque de crédit par des investisseurs identifiés responsables sur leur patrimoine personnel de leurs erreurs de calcul”

C’est nier le principe de la responsabilité limitée.

On a toutefois vu avec la faillite de Lehman Bros que les actionnaires peuvent perdre toute leur mise à cause de leurs erreurs de calculs. Cette faillite est d’ailleurs un cas d’école de libéralisme économique, où chacun paie pour ses erreurs. D’autres banques auraient du suivre Lehman mais l’Etat s’ en mêle et oblige les contribuable à payer. C’est le socialisme de l’intervention étatique dans le marché, c’est la régulation qui ne fixe pas de règles mais se limite à redistribuer.

Je crois comprendre que votre suggestion est celle de réinstaurer lo Steagall Glass Act, mais ce ne servirait à rien. D’abord pourqu’il soit éfficace, il devrait être appliqué dans le monde entier et aucune loi n’est appliqué dans le monde entier. En suite les particuliers y échapperaient et comment sousestimer aujourd’hui la puissance de feu des investisseurs particuliers?

La solution est d’empêcher l’Etat de s’immiscer dans le marché, comme vous dites chaque actionnaire doit être responsable des risques qu’il prend. Le problème est qui empêchera les politiciens de faire quoi que ce soit? Pour cette raison je suis plutôt favorable à un retour de la convertibilité or.

Pierre : le droit ne doit pas desservir la rationalité économique

@Habsb

Il ne s’agit pas de nier la responsabilité limitée mais de préciser à quoi s’applique les limites de la responsabilité. Quand une société d’actionnaires attribue à ses dirigeants un certain capital, il doit effectivement leur être possible de ne pas risquer plus que leur part de capital. Quand les dirigeants s’appuient sur leur capital pour emprunter et accroître leurs anticipations de plus-values, ils devraient être réellement soumis à la double limite de ne faillir en aucun cas à rembourser les emprunts sans pour autant faire perdre aux actionnaires plus que le capital. La responsabilité limitée s’applique bien actuellement aux actionnaires mais reste sans conséquence financière sur les dirigeants qui prennent trop de risque et imputent leurs pertes à leur créanciers. En l’occurrence, les banques internationales ont mis leurs pertes à la charge des États pour épargner les déposants.

Si l’on institutionnalise et organise le marché des Credit Default Swaps pour tous les gros emprunteurs y compris les banques qui reçoivent des dépôts, on crée les conditions objectives d’une responsabilité financière des dirigeants. Les créanciers voient dans le cours du CDS le prix du crédit des dirigeants qui achètent le CDS à des banques d’investissement à proportion de leur endettement. Dès que la prime du CDS devient négative, cela montre que le marché anticipe des pertes sur crédit. Le levier du capital par la dette devient trop élevé et doit être réduit par la vente d’actifs non stratégiques. Les banques d’investissement vendeurs du cds exercent un contrôle sur les structures financières ; elles régulent l’endettement des banques de crédit et des entreprises qu’elles couvrent afin de rester gagnantes sur les primes de CDS qu’elles touchent.

La régulation est construite sur l’avis croisé des investisseurs et des banques d’investissement. Le marché du risque surveillé en droit par la puissance publique organise la confrontation de l’offre et de la demande de risque en fonction de la dette effective des débiteurs. Le marché contrôle, est contrôlé et est transparent. Et la responsabilité est limitée pour tout le monde.

Vous remarquez à juste titre qu’une telle régulation doit opérer partout pour être efficiente. Et qu’elle ne doit pas être contournée par les États et les gérants publics. C’est pour cela qu’il faut créer une monnaie internationale sous l’autorité de la société des États de droit qui veulent échapper à l’anarchie financière et assumer la régulation de la finance par le Droit. Cette monnaie (le bancor pour honorer Keynes) accueille tous les dépôts et réserves qui ne veulent pas s’investir dans un pays particulier. Cette épargne extra-nationale protégée par les États financièrement civilisés est recyclée dans des prêts internationaux à un coût de liquidité très bas grâce au rachat systématique du risque de crédit par des investisseurs. Le bancor est régulé par une autorité financière arbitrale qui met tous les États à égalité de droit avec les investisseurs et épargnants. La loi de l’offre et de la demande s’applique strictement autant pour la liquidité que pour le risque.

Les Etats et nations qui aiment l’anarchie financière sont libres d’y demeurer. Ils sont jugés par le marché monétaire international qui fait monter la parité monétaire s’il les trouve efficaces et la fait baisser s’il ne les trouve pas sûrs. La fiction disparaît d’un marché sans droit et sans responsabilité. Le défaut de l’or est qu’il n’est pas responsable et pas disponible en fonction des besoins. Ce n’est pas le cas de la responsabilité humaine quand il existe une loi commune pour la mettre en œuvre.

Habsb : en quoi le droit est-il conforme à la réalité économique ?

PIERRE SARTON DU JONCHAY

Trop de sujets en même temps !

1) La responsabilité financière directe des dirigéants ne saurait jamais être engagé ! En aucun cas et jamais les dirigéants ne possédent les sommes investies pour compte de la banque, qui appartiennent aux actionnaires. Voulez-vous donc reserver l’accès aux postes de direction aux seuls milliardaires? Ou préférez-vous que cette responsabilité directe soit vanifiée par le patrimoine insuffisant d’un dirigéant issu de la classe moyenne? Beacoup plus logique serait alors la responsabilité illimitée des actionnaires, comme c’est le cas pour les banques privées en Suisse. On pourrait certes l’étendre à toutes les banques, mais êtes vous prêt à être le cible d’ une action de dédommagement à cause de vos quelques actions de la Société Générale?

2) le marché des CDS commence à s’institutionaliser en Europe: il est tellement gros et il réveille les appâts des banques. Vous verrez que le grand public finira par faire trading de CDS comme il s’est mis aux OAT et aux actions, il faudra juste inventer des dispositifs pour s’adapter aux conditions de liquidité, que sais-je des microCDS. Je ne vois toutefois pas comment cela pourrait limiter les risques ou responsabiliser les dirigéants. Le seul changement, est que les banques engrangeront encore plus de commissions.

3) le problème insoluble du bancor est celui de la governance de son émission. Est-ce que une autorité quelconque aura le droit d’émettre periodiquement des bancor, ou bien la quantité de bancor est determinée une fois pour toutes, et les Etats se les échangent entre eux?

Dans le deuxième cas on a exactement l’équivalence bancor = or.

Dans le premier cas, vous devez expliquer qui aurait le droit d’émettre des bancor acceptés dans le monde entier. Aujourd’hui c’est le pays le plus puissant, les US, et le bancor s’appelle dollar, nul besoin de lui changer de nom.

Plus que le nom vous voulez peut être changer d’émetteur. L’Allemagne a essayé avec l’Euro sans trop de succès, tout simplement parce que l’Europe n’est pas une nation mais 27 nations. Et voudrez vous donc qu’une monnaie qui ne décolle pas car gérée par 27 nations soit remplacée par une autre, gérée par 160 nations?

Pierre : des principes de responsabilité intellectuelle

@habsb

La dispersion de nos sujets n’est qu’apparante. Nous passons en revue tout les segments de la réalité financière qui font le sujet unique de notre discussion : la responsabilité. Nous vivons dans la crise actuelle les conséquences d’un choix idéologique déjà ancien de ne considérer de la réalité que sa part objective. Le problème est que l’activité financière est une activité de décision éminemment dépendante de la subjectivité.

Un dirigeant financier travaillant sur le réel physique ou le réel anticipé décide du levier du capital par la dette de son objet d’anticipation. Sa responsabilité est bien de rembourser toutes ses dettes par la mobilisation mesurée du capital ; maximal pour couvrir toute insuffisance de la valeur ajoutée sur la valeur empruntée, minimal pour maximiser la plus-value par unité de capital immobilisé. Cette responsabilité n’est pas matérielle mais formelle. La matière investie est apportée par les actionnaires et les créanciers. La forme, c’est à dire l’intelligibilité et la crédibilité du levier du capital par la dette, est apportée par le dirigeant financier.

La responsabilité financière dirigeante illimitée signifie l’obligation de transparence aux actionnaires et créanciers par l’intermédiaire du marché. Le droit du créancier à ne pas supporter le risque de crédit d’une anticipation est matérialisé par le droit de l’actionnaire à limiter le risque engagé par le dirigeant. Le droit de l’actionnaire est la responsabilité illimitée du dirigeant à acheter au marché la réalité de son anticipation en remboursement certain du crédit et en versement probable de la plus-value.

Le marché est dans le cadre idéologique actuellement dominant un système de concurrence quantitative. La course à la taille escamote la qualité réelle des objets échangés et davantage encore la finalité de l’échange à satisfaire des besoins offerts et demandés par tout agent économique. Le levier invisible du capital par la dette n’est pas ouvertement négocié et donc non mesurable par la réalité exhaustivement présente dans le marché. Un dirigeant financier n’est pas explicitement responsable dans sa rémunération de l’écart entre la mesure des anticipations vendues à ses actionnaires et créanciers et la réalité effectivement produite. Les pertes éventuelles sont réparties entre propriétaires du risque et du crédit ; celui qui les a vendues n’en subit pas les conséquences.

Le marché est virtuel qui ne met pas la responsabilité financière dans l’obligation de réconcilier des décisions avec la réalité objective ; objectivité de la réalité qui contient les décisions financières des autres indépendamment de soi. Si le marché des CDS était réel, il obligerait les dirigeants bancaires vendeurs de prime à les faire acheter par les emprunteurs. Les investisseurs seraient propriétaires du risque dont ils vendent le prix et les emprunteurs disposeraient de la mesure réelle du risque qu’ils émettent. La responsabilité formellement illimitée de tout dirigeant à rembourser ses dettes serait mesurée et limitée par la responsabilité du marché. Si la responsabilité de direction financière n’est pas posée en droit, la transparence spéculative et comptable n’a pas d’autre motif que de détourner la réalité en simulant des décisions et des possibilités qui n’existent pas en réalité.

Le bancor est effectivement impossible sans droit de la responsabilité dirigeante. Mais si des États formés dans le droit décident d’ouvrir sous leur juridiction un marché extra-national de responsabilité dirigeante, ils créent la possibilité d’émettre une liquidité monétaire internationale engagée par l’intelligence de la réalité réconciliée avec tout objet de crédit et de risque. Une monnaie produite par un marché extra-national de droit protégé dans des espaces nationaux, peut compter tout engagement international par l’égalité des droits à la valeur. Les États sont renvoyés à leur mission essentielle de production et d’application du droit propre à la production de valeur effective dans leur espace national et international. La gouvernance de l’émission monétaire est une responsabilité dirigeante de calcul économique à la condition d’un État de droit dirigé vers sa finalité non économique.

Merci de votre questionnement très stimulant.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 11:00

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/a/a4/Aristoteles_Louvre.jpg/200px-Aristoteles_Louvre.jpg

Paul Jorion fournit dans Comment la vérlité et la réalité furent inventées le concept d'analyse du moment actuel de crise de la connaissance

Comment les activités économiques ont assèché l'intelligence humaine.
Comment sera reconstruit un cap universel de civilisation.


Quatre axes de causalité réciproques

Depuis le 4ème siècle avant Jésus Christ, l'humanité dispose d'une théorie complète de la connaissance, de l'observation et du raisonnement. Aristote a produit sur la philosophie et la science grecques la première synthèse théorique du fonctionnement de l'activité d'entendement humain dans le monde sensible. L'homme interagit avec la matière du monde auquel il appartient. Il comprend les effets de sa vie terrestre par l'élaboration de formes dans son intelligence ; des images de raison par lesquelles il s'explique les effets de sa matière en conséquence de ses décisions. Aristote pose l'homme comme un être décisif du monde terrestre ; un sujet qui choisit ses fins à l'intérieur d'un contexte matériel objectif mathématiquement limité. L'homme connaît et façonne son univers par la matière qui s'impose à lui. Elle produit des effets qu'il veut ou ne veut pas en choisissant la forme qui relie l'effet à la cause matérielle.

Aristote a fondé l'intelligibilité de la vie humaine dans l'univers des quatre dimensions causales : la matière, l'effet, la forme et la fin. La fin est un problème religieux : comment et par quoi les hommes sont ils réunis en société et civilisation ? Quelle est la nature de leur relation au monde matériel ? A la Renaissance, les savants qui théorisent la connaissance humaine s'insurgent contre le pouvoir politique religieux. L'exploration de la diversité du monde implique de forger de nouveaux concepts non inscrits dans les écritures saintes. La cohérence verbale de la société européenne est menacée. L'occident choisit de poursuivre le mouvement d'individuation de la connaissance. Le pouvoir politique perd sa dimension religieuse et la science s'émancipe du vocabulaire canonique des clercs. Le système causal d'Aristote éclate : le monde sublunaire renvoie au Ciel le questionnement des causes finales. La matière, l'effet et la forme sont les problèmes exclusifs de la société terrestre et de la science objective.

Depuis la Renaissance, la révolution politique, économique et industrielle se développe sur un système cognitif à trois natures de causes. La production humaine de richesses matérielles a explosé ; mais la civilisation n'a plus de cause finale. Le triomphe actuel de l'individualisme exprime une causalité finale propre à chaque individu, non partageable avec quiconque. Jusque dans les années soixante-dix du vingtième siècle, la base culturelle de la modernité est restée unifiée par la domination politique de grandes puissances de civilisation européenne. Depuis une génération, l'émergence économique d'un monde multipolaire produit une concurrence de civilisations non coordonnées par une communauté de fins. La rupture épistémologique de la Renaissance exhale la plénitude de ses effets. La société humaine mondiale n'a plus de principe d'unité.

Les choix non assumés de l'économie mondialisée

Nous sommes entrés dans une phase d'instabilité aiguë d'un système financier international sans forme établie. L'unification de l'économie mondiale multipolaire n'a pas de cadre politique adapté. En causalité aristotélicienne, l'économie mondiale est une matière sans forme. Les effets économiques ne sont pas intelligibles par rapport à des fins compréhensibles. Les économies nationales sont en concurrence sans en partager les règles financières. Les taux de change comptant, à terme et optionnels ne traduisent pas d'anticipation ordonnée, intelligible en économie des échanges internationaux. Les critères d'équilibre futur des échanges physiques et financiers ne sont pas partagés. Les marchés ne produisent aucune mesure claire des risques sous-jacents aux équilibres macro-économiques. Les autorités politiques n'ont pas de base objective pour ordonner leurs décisions de régulation.

Dans le système actuel d'échange, l'économie internationale est appréhendée uniquement sous sa dimension matérielle. Les choix humains ne sont pas mesurés en réalité de leur risque et de leur crédit. La non-réalité des investissements engagés n'est pas systématiquement mesurée ni imputée à ses sujets opérateurs. Les crédits s'accumulent sans preuve internationale objective de la solvabilité des emprunteurs. Sans étalon monétaire international intelligible en droit, le calcul économique est en lui-même informe, non rationalisable. Il fournit des indications erronées en projection d'offre et de demande dans le temps. Le concept juridique et financier de l'option qui contient l'expression aristotélicienne de la finalité le démontre.

L'option est forme d'intelligibilité de la mesure financière ; forme financière de la décision humaine des objets de valeur sous la contrainte de la réalité. L'option quantifie la valeur nominale des effets à venir d'une décision économique. La prime cotée d'une option indique en temps réel l'appréciation par le marché du risque positif ou négatif de la décision d'un certain objet à un certain prix. Un marché unifié par une même définition de l'option comme responsabilité des prix en risque et en crédit d'un objet dans la durée future. L'option est forme universelle de production du crédit stable. Le crédit s'y définit comme engagement du prix futur d'un objet anticipé par un gérant. Le gérant porte le risque du crédit dans la durée de l'option. Il réduit le risque mesuré dans la prime par l'information de la matière sous-jacente au nominal de l'option. Il est personnellement garanti, c'est à dire controlé, par les propriétaires de sa prime de risque ; prime qui constitue le capital de l'anticipation de l'objet qu'il gère. La définition universelle donc régulable du crédit stable, est formellement un étalon international de la valeur économique ; étalon du droit des personnes à l'économie de la valeur indépendamment de leur nationalité ; étalon dont l'inexistence matérielle déforme l'économie.

Le prix du choix

Ce concept d'option est d'une extraordinaire fécondité, intuitivement assimilé par toute culture. Tout homme engage sa production future dans les limites quantifiables de la réalité mesurée par la société constituée en marché. Tout crédit est le nominal d'une option. Tout risque est prime d'un crédit sous-jacent à une option. Toute option est choix d'un objet de valeur ; choix vendu aux propriétaires de son capital. L'option structure toute responsabilité financière réciproque de l'individu par la société, de l'opérateur privé par l'opérateur public de droit. Elle articule toute responsabilité vendeuse d'un objet futur de valeur à la disposition monétaire à terme de son prix nominal ; à l'achat par une responsabilité acheteuse du capital de sa plus-value en risque à l'origine. Toute prime d'option rémunère la régulation d'un engagement par le droit nommé dans les limites de la réalité.Le droit est matière nominalement formée des effets d'une fin choisie dans une même société.

Le concept d'option est utilisé et partagé par toutes les cultures qui s'affrontent aujourd'hui dans la régulation de l'économie moderne. Il contient la notion de marché et d'autonomie de l'individu chère aux anglo-saxons ; la notion de bien public garantie par l'autorité publique chère aux latins ; la notion de rationalité de la limite matérielle chère aux germains. L'option est la matière financière de la décision individuelle d'un objet de valeur future définie en droit commun. Une matière sans effet en l'absence de marché. Le vrai marché de l'option confronte les sujets d'un même droit sous l'arbitrage public ; arbitrage de l'intérêt commun à l'objet des décisions individuelles particulières.

Sous l'hypothèse d'un droit universel de l'option de responsabilité de tout objet d'anticipation financière, les monnaies apparaissent non gouvernées dans l'économie mondialisée. La valeur du Droit de chaque zone monétaire est instable, non objectivement mesurable à ses étrangers. Les débiteurs internationaux d'actifs en dollar ou en toute autre monnaie ne possèdent aucune mesure stable en droit de leurs engagements. Depuis octobre 2008, la masse des anticipations financières mondiales s'est irréversiblement décrochée de la réalité qu'elles mesurent. La mesure internationale du capital et du crédit n'a plus de réalité. Les État développés accumulent plus de dette publique en valeur absolue qu'ils n'obtiennent de croissance économique réelle dans le monde entier.

Le multiplicateur de la confiance

L'application du modèle de l'option aux politiques économiques des pays développés signifie qu'ils paient en primes d'importations la décision implicite des droits de douane massifs qu'ils vont appliquer aux pays émergents. Or les pays émergents ne reconnaissent pas la nature incertaine de leurs exportations. Non seulement la croissance mondiale réelle est désormais négative, mais elle est achetée par le gel en puissance des échanges entre zones monétaires différentes. A l'intérieur-même des zones monétaires, le maintien d'un semblant de croissance se règle par la vente cachée d'options de fiscalité aux États. Il est désormais trop évident que la pression fiscale va devenir écrasante ou que les services publics minimaux ne seront plus financés. Les États sont en cours de démantèlement financier. L'internationalité détruit la nationalité

La crise financière grecque annonce des souffrances redoutables. Le système financier international est maintenu à flot par un accord tacite de garantie réciproque avec les grands États. L'accord tient tant qu'il demeure un espoir que la croissance future restaure la solvabilité publique. Cet espoir exige une rigueur financière qui ne peut pas être autre chose que la mesure des pertes latentes accumulées et leur imputation sous forme de prime de risque à des agents économiques identifiés. Tous les débiteurs physiquement infaillibles, les États et les personnes physiques, von avoir le choix entre se retrancher des marchés financiers ou entrer en négociation réellement réciproque. Sans critère international de solvabilité, l'incertitude des choix et de l'égalité de traitement entre tous les acteurs implique des primes de risque exorbitantes pour les emprunteurs les plus faibles. La matière financière internationale va se contracter par l'exclusion de ses opérateurs quantitativement trop marginaux.

La fécondité de l'option est de rationaliser l'autodestruction économique sous-jacente aux équilibres financiers en cours ; rationalité homogène à la modélisation de la décision possible de surmonter la crise de civilisation. L'option en instance de négociation est la réappropriation légale du système financier international par les États ; Etats compromis dans le renflouement formel mais non matériel et donc non réel du système financier non régulé par une fin. Le nominal en arbitrage est un système juridique de régulation internationale des marchés monétaires et financiers. Sans l'achat de l'option, les marchés non régulés achèteront la prime de risque de l'effondrement systémique non dissimulable en cours de matérialisation. Une société d'États de droit peut acheter l'option d'un étalon international de la valeur. Elle fournirait aux marchés l'engagement de gérance du réalignement du calcul économique sur la réalité humaine et physique. La prime achetée par la seule décision de refondation légale d'un système international d'équité est le prix de la responsabilité publique internationale de la réalité des équilibres économiques.

La liquidité limitée par le risque

L'économie de marché ne peut pas maîtriser l'incertitude de la réalité future sans égalité de droit à s'engager dans la décision des objets futurs de la valeur. La confrontation internationale marchande des intérêts particuliers de toute nature n'a pas de forme ni de rationalité sans l'investissement de l'État de droit dans la transnationalité équitable. La matérialité économique de l'État de droit transnational est sans réalité en l'absence d'une monnaie internationale gérée à égale distance de tout intérêt particulier, fût-il des nations les plus puissantes. La création d'une monnaie internationale matérialise ipso facto l'intérêt d'une civilisation mondiale distincte des nations ; d'une civilisation d'intérêts monétaires nationaux distincts et articulés au droit de la personne universelle. Le nominal de l'option du droit universel de la valeur économique choisie est par nature définition de l'unité de compte transnationale de tout engagement financier.

L'option de l'étalon monétaire international est la réponse du droit à la nécessité économique exprimée par Keynes et Mundell d'un outil de régulation des échanges internationaux. Il constitue ipso facto la trame de régulation du crédit par le capital ; une option de régulation souveraine du marché par la solidarité de tout État ; une option gérée par un système bancaire dédié exclusivement à cet effet indépendant des intérêts nationaux. Dès sa mise en œuvre, un tel système garantirait les réserves de change des pays émergents ; mutualiserait par le marché le risque des objets de la masse monétaire mondiale porté par les monnaies de réserve actuellement nationales ; autoriserait la fluctuation ordonnée des monnaies selon l'anticipation marchande des équilibres commerciaux et financiers.

Les techniques financières de marché sont désormais abouties pour une gestion parfaitement stable du risque, du crédit et de la monnaie. Un ordre est latent dans les marchés financiers modernes qui attend une régulation par un droit commun endossé par les États. Il n'est aucune nécessité à créer un gouvernement mondial pour émettre une monnaie internationale stable. Il suffit de créer un marché transnational de la liquidité des contrats financiers fondé sur une stricte séparation du prix en risque et du prix en crédit de tout objet d'anticipation de la valeur économique ; séparation nécessaire dans l'ordre international mais que les États nationaux peuvent librement renier dans leur espace monétaire propre sans rien changer à leur régulation actuelle.

Le crédit séparé du risque

Une monnaie transnationale de marché implique un système bancaire extra-national implanté dans les pays fondateurs ; mais soumis à une banque centrale internationale contrôlée par une banque de régulation publique multinationale. L'équilibre du marché du capital et du risque distinct du marché de la liquidité de crédit implique une stricte séparation entre quatre activités fondamentales en régulation les unes des autres : le courtage marchand, le crédit, l'investissement et l'assurance. Un principe d'achat de la prime de risque de toute cause de crédit assure l'adossement d'une monnaie absolument stable à des crédits exempts de tout risque. Une monnaie dont l'émission est strictement limitée par le capital investi dans la couverture des emprunts et rémunéré par la plus-value ; une plus-value mesurable en intelligence du recyclage garanti de toute épargne internationale.

La monnaie transnationale dont la stabilité ne dépendrait pas des économies et politiques monétaires nationales reconstituerait, sans l'or abandonné en 1971, l'étalon monétaire des échanges internationaux. Le marché des changes dans une unité de compte mondiale serait soustrait aux manipulations de parité hors de la transparence des équilibres de risque et de crédit. Aucun État n'impose ses intérêts sans se soumettre au jugement économique du marché de la communauté internationale. Les États fondateurs du nouveau système sont propriétaires de son capital de stabilité issu de la réduction permanente des risques par l'intelligibilité active de tout objet de valeur. Une régulation rentable et rémunérée par la cotation systématique des primes de tous les risques des objets régulés. Le marché international du risque s'articule au marché de la liquidité du crédit par la cotation des options de tout nominal de crédit.

L'adhésion de seulement deux États significatifs à un étalon monétaire international suffit à la régulation de toute dette internationale. L'alliance de la Grande Bretagne avec la zone euro peut en être la fondation. Il suffit de séparer juridiquement les opérateurs financiers transnationaux des opérateurs nationaux. La sûreté du système transnational auto-régulé dans la communauté de mesure des intérêts nationaux abaisserait le coût systémique du risque. La liquidité sans forme matérialisée par les banques centrales retrouverait les limites du choix humain de la réalité telle qu'elle est. Nous sortirions de la déflation du réel produite par l'inflation incontrôlables des risques non assumés de la vie humaine. Notre subjectivité entamerait sa réconciliation avec le monde objectif. Nous retrouverions la responsabilité de notre avenir.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 17:35

La crise a ses racines dans notre civilisation


Ce post commente l'intervention de Monsieur Peyrelevade à L'économie en questions sur France Culture le 27 mars 2010

Votre débat de ce matin avec Patrick Viveret et Olivier Pastré sur France Culture a été vraiment éclairant sur l’étendue des analyses suscitées par la crise très profonde que nous affrontons. Il est réconfortant d’entendre de Patrick Viveret que les contradictions économiques, sociales et politiques actuellement exprimées mettent en cause notre civilisation-même. Réconfortant de vous entendre vous accorder sur l’absence criante de vraie régulation financière. Mais inquiétant de constater la profondeur des divergences sur le contenu d’une régulation de notre système d’économie de marché.

Vous avez placé le cœur du débat dans la nécessaire distinction entre le financement des activités économiques et les paris financiers. Patrick Viveret vous a appuyé à affirmer la nature de bien public de la monnaie mais sans vous suivre sur le rôle des acteurs privés dans l’émission monétaire. Vos points de vue assez proches auraient été conciliés par la définition philosophique de la monnaie que vous avez esquissée. Si l’attribution de valeur économique par l’outil monétaire incombe aux initiatives individuelles par l’intermédiaire des banques, il ne devrait pas être possible d’attribuer de la valeur à des réalités socialement et politiquement inacceptables. La monnaie est un bien public au sens où elle ne devrait pas être utilisée à rémunérer des productions ou des fictions qu’une société civilisée ne peut pas reconnaître comme valeur. Si la monnaie émise par les banques permet d’afficher des bénéfices d’investissements qui n’existent pas ou de refinancer des États insolvables, le calcul économique est dévoyé de sa finalité à promouvoir le bien être matériel.

Les banques et la monnaies ne peuvent pas être régulées sans distinction substantielle du risque et du crédit. Le crédit est la matière de la monnaie ; il ne peut pas être produit sans que la société confirme par l’intervention de l’État que son objet soit de la valeur véritable en droit et en réalité certifiable à venir. Le risque ressortit à la forme de la monnaie au sens aristotélicien du concept de forme. Le crédit est intelligible en tant qu’anticipation d’une valeur future certaine s’il est conforme au droit approuvé démocratiquement par la société ; et conforme à la réalité objective limitée du monde physique. Le risque n’a pas la même substance philosophique et mathématique que le crédit ; il résulte de l’incertitude réelle de la définition et de la mesure des objets futurs de la valeur. Le résultat d’un investissement ne peut pas être certain. Mais il ne doit pas compromettre la certitude d’une promesse en crédit qui fournit la matière de l’unité de compte monétaire de laquelle procède tout calcul économique. La séparation des activités de crédit et d’investissement est incontournable pour que l’économie et la monnaie soient effectivement intelligibles au service de l’homme.

J’achève un ouvrage d’épistémologie économique et financière où j’en produit la démonstration. J’en tire comme vous des conclusions simples et radicales. Sans la restauration de l’État de droit dans le système financier et monétaire international, il est impossible de rétablir l’économie sur des bases stables ; c’est à dire sur un système de rationalité qui permette d’économiser l’énergie humaine à construire les conditions matérielles de sa satisfaction. La réintroduction du droit dans l’économie mondialisée débouche sur l’instauration d’une monnaie internationale telle que recommandée par Keynes et sur la régulation internationale des échanges économiques et financiers par la responsabilité des personnes privées et publiques.

Tous les outils de résolution de la crise sont à notre disposition. Il faut simplement accepter une logique commune de raisonnement où chacun accepte de laisser advenir dans la réalité les conséquences de ses choix sans y compromettre l’intelligence de son prochain pleinement reconnu dans ses droits humains.

Voyez-vous dans le synopsis de mon manuscrit des idées utiles aux débats en cours ? Merci de votre avis éclairé.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 07:36

Capitalisme est un mot. Comme tous les mots, il a d'abord le sens que lui donnent ceux qui l'emploient. Le sens que l'expérience personnelle de la vie donne aux paroles humaines. Ce mot fait partie de notre expérience de civilisation actuelle.

Nomme-t-il la richesse ou la pauvreté ? La valeur ou le sacrifice ? Le calcul ou la confiance ? La mécanique du réel ou les décisions humaines ? Le présent ou l'avenir ? Le bonheur ou le malheur ?

Âme est aussi un mot. Plus délicat à employer que capitalisme. Il nous questionne sur la vie : en quoi sommes-nous vivants ? Qui ou quoi est vivant ? Quand et comment sommes-nous vivants ?

Capitalisme désigne apparemment un système social et politique de production de richesses. Quelles richesses produit-il ? Est-il vivant ou mort ? Le capitalisme a-t-il une âme ? Est-il une âme capitaliste ?

Discuter n'est pas la fin ultime de ce blog. Il n'y aura certes que des discussions. Mais nourries par des vivants, qui vivent ce qu'ils disent et disent ce qu'ils vivent. Le but est l'échange de l'intelligence concrète des mots de l'économie. Nous supposons nos désirs confrontés aux limites de la réalité : comment le raisonnement de la rareté se met-il au service du désir vivant ?

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 14:43

Cap, accélération, déviation et perte des instruments


Un navire en construction sur sa route

L'Insee vient d'afficher un deuxième trimestre consécutif de décroissance du PIB français pour le début de l'année 2009. La France est techniquement en récession. Cette conjoncture est-elle comparable aux précédentes récessions ?

Comparons une économie nationale à un navire voguant sur l'océan. Imaginons le navire allant vers sa destination en se transformant sous l'action permanente des ingénieurs et techniciens à son bord. Ils apportent sans cesse des améliorations à la conception du bateau, à sa fabrication. Le navire accélère en permanence son allure sous l'effet de ces améliorations. L'accélération est la croissance économique ; chaque année, le navire a parcouru une plus grande distance que l'année précédente.

La récession est le ralentissement du navire. La distance parcourue annuellement se met à décroître d'une période à la période précédente. Les passagers toujours actifs et inventifs ne parviennent plus à entretenir l'accélération. Si le ralentissement se poursuit, le navire peut s'arrêter alors que tout le monde voudrait qu'il accélère. Techniciens et ingénieurs ont-ils un moment de faiblesse ? Sont-ils temporairement à court d'idées ? Ou l'équipage s'inquiète-t-il du cap ?

Les passagers sont eux-mêmes le cap

Si le navire ne va pas dans la direction qui convienne au moins à la majorité des passagers, ils baissent les bras. Imaginons que le système financier donne la vitesse et les déviations du navire par rapport au cap. Imaginons l'absence de champ magnétique en économie : il n'est possible que de décider une direction et de mesurer en permanence les déviations par rapport à la direction décidée. Il n'y a de nord que celui désigné par les passagers.

Imaginons que la direction est décidée par le marché dans l'équilibre de l'offre et de la demande de toute valeur marchande y compris financière. Imaginons que la mesure de la direction et de la vitesse économique se fasse par la monnaie, que la monnaie soit fabriquée par une autorité monétaire ; que cette autorité n'ait pas d'autre critère que la valeur échangée sur le marché pour fabriquer la monnaie qui la mesure. Imaginons donc que la valeur de la monnaie dépende de l'hypothèse du marché seule direction connaissable de la val, qu'il n'y ait pas d'autre vérification de l'hypothèse que la conviction partagée par la majorité de la meilleure direction prise.

Alors la récession brutale est soit une baisse de moral exceptionnellement profonde, soit une erreur de cap majeure. L'énergie apportée à l'avancement du navire a-t-elle faibli ? Ou l'accélération est-elle mesurée par rapport à un cap supputé qui n'est pas le cap réel ? Qui n'est pas non plus le cap souhaité assimilé au cap hypothétiquement souhaité. Si le navire absorbe la même énergie pour aller dans une direction perpendiculaire, il va à la même vitesse mais paraît arrêté par rapport au cap supputé.

Quelle réalité est en observation ?

La science probabiliste délimite la question posée mais pas le sens interrogé dans la question. Quand un grand nombre de mesures effectuées dans des conditions similaires sur un même phénomène s'ordonnent selon des lois mathématisables, alors le phénomène obéit à une rationalité qui permet d'en prévoir l'évolution dans le temps et dans l'espace. Si la prévision se révèle non conforme à la réalité après expérimentation, toutes les mesures souffrent d'un même biais qui invalide l'instrument de mesure mais pas l'hypothèse de rationalité mal mesurée.

Notre navire n'a qu'un seul instrument, la croissance de la valeur économique, pour mesurer son cap et son accélération. Une baisse de moral et une erreur de cap sont matérialisées par les mêmes mesures non nulles d'écarts entre le cap fixé et le cap effectif. Qui s'interprètent aussi comme écarts entre l'accélération fixée et l'accélération effective. L'équipage est à lui-même la mesure de son cap et de l'accélération du navire. Comprendre la récession, c'est conjecturer sur soi-même.

Quelles sont les manifestations de l'actuelle récession ? Un freinage rapide, profond et simultané de la croissance dans le monde entier comme il n'en est jamais arrivé dans toute l'histoire de l'humanité. S'il n'est pas possible d'affirmer le bon cap, il est plus que probable que nous ne le suivons pas. Si l'équipage cherche un motif de se remettre au travail, il doute que ce sera sur le cap de l'économie mondiale en 2007 et 2008. Si la reprise arrivait, ce serait que nous ayons changé de cap. Qu'est-ce qui a changé ?

Le volontarisme remplace-t-il la gouvernance ?

Jusqu'à l'été 2008, les prix ont augmenté ; y compris les profits des entreprises et les budgets des États. A l'automne 2008, tout s'effondre. Le G20 annonce des réformes et un effort concerté pour maintenir les dépenses publiques alors que les recettes chutent pour une durée déclarée et voulue brève. Les États ont constaté la panne financière conséquente aux incidents accumulés depuis l'été 2007 : la vitesse du navire est donnée en fort ralentissement par les marchés financiers ; la dérive par rapport au cap, potentiellement très élevée. A la prolongation de la récession inacceptable si elle est vraie, les États subsituent leurs décisions de relance. Ils remplacent l'équipage défaillant.

Supposons que la vitesse du navire soit mesurée par le volume de crédit disponible à l'économie mondiale ; que le risque soit les dérives par rapport au cap fixé par le marché. La crise des sub prime a alors été une première alerte à bien tenir le cap. Comme chacun peut l'expérimenter, ne pas tenir sa direction fait perdre de la vitesse pour une même consommation d'énergie. Pour lutter contre la crise du crédit interbancaire susceptible de ralentir la croissance, les grandes banques centrales ont augmenté leur part de crédit à l'économie mondiale.

Mais maintenir sa vitesse quand le gouvernail est imprécis, cela augmente les zigzags du navire. L'économie mondiale a maintenu son allure en 2008 mais en augmentant son potentiel de déviation par rapport au cap. En septembre 2008, l'instabilité du gouvernail est devenue trop forte : l'explosion des risques a détruit massivement le crédit. Le navire s'est mis à ralentir brutalement. Le ralentissement se poursuit aujourd'hui. La distance parcourue en 2009 sera inférieure à 2008 comme jamais depuis 1945. Il n'est pas sûr que la vitesse se stabilise en 2009 encore moins qu'elle revienne à l'accélération.

L'accélération du crédit nourrit le freinage du risque

Les causes du risque sont-elles connues et aujourd'hui corrigées ? Trop de risques ont détruit le crédit. Les États produisent du crédit de remplacement avec des déficits budgétaires massifs. Le système financier ne produit plus suffisamment de crédit par lui-même, ne demande plus suffisamment de crédit aux banques centrales. Les États-Unis et le Royaume-Unis empruntent directement à leur banque centrale. Le risque a-t-il baissé, baisse-t-il ou va-t-il baissé ?

Le ralentissement du navire reste la seule force de réduction du risque. L'instabilité du gouvernail faiblit d'autant moins que les États sont en insolvabilisation rapide. Ils produisent du risque en accélérant ; personne ne peut certifier que le navire se stabilise sur le bon cap. Le contraire est malheureusement plus probable. Parce que les signaux produits par le système financier sont de plus en plus faussés par l'instabilité de la mesure de la vitesse et de la déviation par rapport au cap d'équilibre ; cap qui découle de la réalité du moral de l'équipage, de sa détermination à choisir.

Le système financier a suffisamment d'indicateurs pour mesurer l'instabilité de la réalité économique ; suffisamment pour considérer la mesure produite de l'équilibre totalement imprécise ; suffisamment pour ne plus produire tout le crédit qui nourrisse la croissance. Il n'y a pas de raison de croire que les contribuables rembourseront les dettes publiques, que le surcroît de croissance à venir permettra un désendettement que la croissance passée n'a pas maîtrisé.

Etalon forcé pour forcer la mesure

Les banques centrale produisent l'étalon monétaire de mesure de la valeur par leur politique de crédit. Pour maintenir leur production de crédit au profit des États et des systèmes financiers, les banques centrales abandonnent la mesure de la réalité possible. Elles produisent du crédit en réalité non remboursable. Elles qualifient de crédit ce qui est réellement du risque. Le risque est l'anticipation de la valeur future incertaine par rapport au crédit qui anticipe la valeur future quasi-certaine. Les banques centrales produisent du risque.

Elles s'exposent à des pertes en prêtant sans être totalement sûres du remboursement ; ipso facto elles créent de la monnaie sans pouvoir d'achat certain en contrepartie ; pouvoir d'achat non parfaitement réel parce qu'entaché d'incertitude. La valeur de la monnaie devient incertaine. Comme le risque est justement l'incertitude de la valeur anticipée, comme il ne peut être mesuré que par différence, entre la valeur anticipée et la valeur anticipée certaine, comme la certitude de la valeur anticipée disparaît avec le doute du crédit, comme l'absence de crédit est l'absence de contrepartie certaine à la monnaie, comme la monnaie devient incertaine, l'économie perd la faculté de mesurer ses risques. L'économie mondiale détruit la réalité du crédit et s'installe dans l'incertitude du risque non mesurable.

La destruction de la monnaie relancera-t-elle le calcul économique ?

Pourquoi faut-il forcer la monnaie pour relancer les anticipations de la valeur future ? L'affirmation gratuite d'une vitesse est d'un cap est le seul moteur de confiance qui permette de retrouver un cap en conservant de la vitesse et d'accélérer si le cap est reconnu bon. La confusion instaurée par la dérégulation des années soixante-dix et quatre-vingts entre la mesure du risque et la mesure du crédit ne permet plus de distinguer le cap de la vitesse. La monétisation indistincte du crédit et du risque dans un marché unifié a été retenu comme meilleure esquive au débat non tranché de la certitude du cap.

Les mêmes institutions financières mesurent le crédit et le risque par lesquels elles dégagent leurs bénéfices. Une vue optimiste du crédit est nécessaire pour maximiser les résultats sur le risque. Une vue optimiste de la valeur réelle est nécessaire pour maximiser les résultats du crédit. Mais trop de risques tuent le crédit. Et trop peu de crédit écrase les bénéfices du risque. Risque et crédit s'équilibrent par une anticipation réaliste de l'avenir. Mais quel intérêt l'institution polyvalente a-t-elle à voir objectivement la réalité ? Elle doit déformer sa vision du risque pour oser faire du crédit et déformer sa vision du crédit pour oser prendre des risques.

La crise actuelle termine le cycle amorcé en 1929 d'ajustement du système financier à la monnaie fondée sur le seul crédit : abandon de la définition métallique de la monnaie pour relancer la croissance par le crédit, reprise de la croissance sous l'impulsion de la deuxième Guerre Mondiale, dérégulation de la croissance par l'excès de crédit, dissimulation du risque par décloisonnement des marché, arrêt de la croissance par incertitude insurmontable de la valeur future. L'économie ne croit plus à la réalité d'une anticipation sous une même responsabilité de la valeur en risque et de la valeur certaine du crédit.

La finance : mécanique ou système de responsabilité ?

Le risque est bien de la valeur incertaine jusqu'au décompte du réel. Bénéfice quand la valeur anticipée est effectivement produite ; perte quand la production réalisée ne suffit pas à rembourser les crédits ; crise quand trop de pertes sont réalisées en même temps. Crise quand l'anticipation de la valeur s'est désintéressée du réel ; quand le risque n'a pas vu que l'économie réelle ne suit plus. Si les mêmes institutions négocient le crédit et le risque, elles surestiment la réalité des bénéfices possibles pour faire du crédit et surestiment la solidité réelle des crédits pour dégager des bénéfices. Ceux qui sont récompensés pour apporter l'énergie d'accélération du navire le sont aussi pour confirmer le bon cap qui détermine l'accélération réelle !

La prudente séparation institutionnelle entre les activités d'investissement et de crédit a été abandonnée dans les années quatre-vingts pour libérer le crédit et la croissance dans les pays occidentaux. La prolifération des innovations financières des trente dernières années a considérablement affiné la mesure de tous les risques. La qualité des instruments a fait croire à la possibilité d'un pilote automatique se substituant à la fragilité du jugement humain. La réalité est qu'en matière financière, il n'existe pas de nord magnétique pour indiquer une fois pour toute son cap à une intelligence artificielle.

Le cap est en discussion permanente entre des responsabilités définies et partagées : responsabilité de marché de désigner la valeur à produire, responsabilité de crédit d'anticiper la valeur à produire pour enclencher sa production, responsabilité du risque d'attribuer les rôles et de vérifier la tenue des objectifs fixés par le marché. Connaissons-nous aujourd'hui notre cap économique et la finance qui nous y mène ?

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 15:55

Denis Guedj et les mathématiques financières


La valeur de l'outil n'est pas celle de l'ouvrier

La colère de Monsieur Guedj est vraiment stimulante ! NicoDim dans son commentaire nous livre une juste explication de ce qu'est le travail du banquier, de l'utilisation qu'il a des mathématiques et de sa responsabilité. Tout cela est lié dans les faits autant que certains le veuillent mais nous renvoie à des réalités bien distinctes.

«L’essence des mathématiques est la liberté» : les mathématiques sont une logique de raisonnement sur les quantités. Nullement contraintes par le réel, que nous regardons sous l'angle que nous voulons, et nullement déterminées, puisque nous choisissons nos objectifs et les raisonnements qui nous y conduisent.

Les MAF existent parce que nous voulons échanger des biens rares, quantitativement limités, en leur donnant un prix, une mesure de quantité, au présent et dans le futur. Le transporteur qui veut continuer de travailler en 2010 se pose aujourd'hui des questions sur le prix de son kérosène en 2010. C'est pourquoi le banquier lui propose une garantie de prix par laquelle il prend en charge la différence positive ou négative entre le prix calculé aujourd'hui pour 2010 et le prix constaté en 2010 pour 2010.

Les mathématiques sont utilisées pour calculer le prix futur. Elles ne décrètent pas la réalité en 2010 ; elles ne prédisent strictement rien ! Elles modélisent quantitativement le passé pour estimer le futur qui sera tel qu'annoncée à la condition que la tendance ne change pas et que les mesures utilisées dans le modèle soient bien fidèles à la réalité passée...

C'est là qu'interviennent les responsabilités et la morale. Les bons mathématiciens s'intéressent aux outils de mesure et à la délimitation de l'objet mesurable. Les bons financiers calculent des prix futurs possibles pour gérer la différence entre le prix anticipé et le prix réel de l'achat réel. La malhonnêteté financière consiste à partir d'un réel passé insuffisamment et imprécisément mesuré et à masquer l'incertitude de l'avenir par une rationalité mathématique qui ne se confond pas à la réalité.

L'exemple de NicoDim est lumineux : il suffit de réussir à leurrer quelqu'un une fois avec un mauvais modèle pour que le premier contrat vendu donne réalité à l'artifice conceptuel. Une fois vendu et payé, le modèle a produit un flux financier qui est la mesure bien réelle d'une fiction. On le revend, on l'achète, on le dérive et toute l'attention se porte sur l'artifice financier plutôt que sur le vrai prix du kérosène en 2010.

La colère de Monsieur Guedj est salutaire : est-il honnête d'engager l'intelligence mathématique dans des syllogismes dévastateurs ?

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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