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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 16:04

Après lui, le déluge ?, par Jeanne Favret-Saada

5 septembre 2014 par Paul Jorion

Billet invité.

La présidence de François Hollande se défait de plus en plus vite, au gré d’événements désormais incontrôlables...

L'élection du président au suffrage universel, tant appréciée des Français, est désastreuse dans la Ve République, pas nécessairement dans tout régime présidentiel.

Si l'on pouvait interroger le psychiatre du Président Hollande, il nous dirait certainement que François est en profonde dépression. L'élection du président de la République Française au suffrage universel a la valeur d'un mariage entre la personne de l'élu et la personne morale qui l'élit, c'est à dire la Cité des gens de toute race qui se reconnaissent membres de la République Française. Peu importe ce que François a raconté à la France pour coucher avec elle. Peu importe ce que la France s'est racontée à elle-même pour se laisser pénétrer par François. L'élection de celui-ci par celle-là les unit par la chair, même s'ils ne se comprennent plus du tout. Même si celui-ci se moque des sans-dents de celle-là.

En politicien professionnel, François Hollande ne peut pas être autre chose que détaché de la belle qu'il engrosse. Mais l'homme est profondément mal avec lui-même. Il fait l'amour sans Amour et sans préservatif en sachant parfaitement qu'il est séropositif. Séropositif du syndrome d'immunodéficience libérale acquise. Ce syndrome réduit la politique à des éléments de langage qui programment le cerveau des nations pour qu'elles fassent semblant de jouir sous les violences de la religion féroce. La religion de la monnaie virtuelle qui ne féconde aucune réalité que celle des représentations idéologico-mathématiques des technocrates politico-financiaristes.

L'intellect du Président Hollande fonctionne parfaitement ; il virevolte avec les concepts et les sondages d'opinion. Mais la chair de François est profondément blessée comme celle de la République Française qu'il a épousée. C'est la magie de l'élection du Président au suffrage universel. François peut dire ce qu'il veut à sa belle ; il ne peut radicalement pas nier qu'il l'a baisée et qu'il est en train de la jeter. La France est en plein divorce avec son Président parce qu'ils se sont bel et bien mariés pour le meilleur et pour le pire jusqu'à la fin du quinquennat.

Il faut ici voir la différence abyssale entre la position de François et celle de sa maitresse Angela. Angela n'est pas élue par les Allemands mais par ses partisans élus députés de la coalition électorale qu'elle dirige comme chef de parti. Angela est patronne d'une entreprise d'éléments de langage électoral. Son boulot se limite à discuter avec les cadres de sa coalition politique. François est lui personnellement et directement responsable devant chaque Français, même ceux de la minorité qui se sont soumis à la décision de la majorité. Si les Français sont au chômage et mettent leurs entreprises en faillite, François en est personnellement responsable. Angela, elle, est juste comptable de l'équilibre des dépenses et des recettes de l’État fédéral allemand, lequel est juste responsable du marché unique allemand à l'intérieur de la zone économique de libre échange qu'on appelle Union Européenne.

La position de François n'a rien à voir non plus avec celle de Manuel. Manuel est le copain d'Angela parce qu'ils font le même métier : produire du discours et tenir les comptes avec les cadres du parti. La réalité des sans-dents en France ou en Allemagne n'est absolument pas leur problème : ni dans leur intellect, ni dans leur chair. La Vème République Française est grâce à l'élection du Président de la République au suffrage universel le seul régime politique de la zone euro qui puisse prétendre accéder à la démocratie. Pour une raison toute simple : que le pouvoir y est incarné dans la chair d'un humain en relation personnelle avec d'autres humains.

Tous les technocrates de France, d'Europe et du monde ne souhaitent qu'une seule chose : que François Hollande abolisse l'élection du Président au suffrage universel afin d'annuler définitivement toute incarnation possible de l'économie du capital par le travail de la politique. La démocratie des sans-dents ne doit plus exercer la moindre contrainte sur la république de l'argent. Les partis politiques et les cabinets de finance doivent avoir l'exclusivité de la modélisation de l'humain. La modélisation se substitue à la représentation. Seule la pureté mathématique d'un capital ou d'un solde budgétaire mérite d'avoir un prix. Le travail de conceptualisation politique de l'économie doit avoir pour seul objectif de maximiser ce que la finance libérale sait penser : la plus-value monétaire nominale. La plus-value qui s'écrit en chiffres sans réalité nécessaire pour la vie des gens.

La position de François Hollande est la pire qu'ait jamais connu un président de la Vème République. Le Président est l'humain de chair et d'os à qui les Français demandent des comptes sur leur vie concrète. Mais la technocratie européo-mondialiste a ôté par le dollar secondé par l'euro tout pouvoir d'action réelle à la Présidence française. La monnaie, par laquelle les Français et les autres Européens se rendent des services dans un État de droit commun, a été arrachée au pouvoir politique, lequel a dans un régime de liberté des citoyens, pour fonction de garantir la justice par la justesse économique entre des humains égaux en droit à la bonne vie.

La technocratie libérale a capté le pouvoir monétaire pour qu'il ne soit plus possible de donner un prix à la vie des sans-dents. Pour que la démocratie soit un pur élément de langage électoral qui ne coûte rien en n'engageant à rien. Il faut ici mentionner la brillante efficacité de la constitution présidentialiste des États-Unis d'Amérique. Le Président des États-Unis est bien élu au suffrage universel indirect mais à la tête d'une fédération de 50 souverainetés juridiques différentes dans une seule zone monétaire fédérale. Le métier du Président des États-Unis est de raconter les histoires que ses électeurs lui achètent sans avoir le droit de contrôler l'origine réelle des financements qui font une politique à mettre en oeuvre.

La République des États-Unis et la République Fédérale d'Allemagne sont des démocraties nominales à cause du fédéralisme qui ôte au chef de l’État la responsabilité charnelle en dernier ressort d'appliquer la justice entre les citoyens d'un même État de droit. La seule responsabilité humaine réelle du Président des États-Unis est de flinguer ou non des Afghans, des Irakiens ou des Soudanais avec des drones. La seule responsabilité du Président allemand, dont seuls les juristes connaissent le nom, est de dire si les comptes budgétaires d'Angela Merkel sont justes ou faux.

Le Président Hollande est le seul chef d’État membre du Conseil de Sécurité de l'ONU, qui soit obligé d'être en dépression si ses électeurs concitoyens le sont. Tous les autres dirigeants occidentaux sont ontologiquement irresponsables de ce qui peut arriver au monde, à leur peuple et à l'humanité. Si notre président est en condition d'accéder a la conscience de sa responsabilité humaine, la bonne nouvelle est qu'il a la possibilité constitutionnelle de prononcer l'état d'urgence financière de son pays. L'article 16 de la Constitution dispose :

« Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel.

Il en informe la Nation par un message.

Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d'assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d'accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet.

Le Parlement se réunit de plein droit.

L'Assemblée nationale ne peut être dissoute pendant l'exercice des pouvoirs exceptionnels.

Après trente jours d'exercice des pouvoirs exceptionnels, le Conseil constitutionnel peut être saisi par le Président de l'Assemblée nationale, le Président du Sénat, soixante députés ou soixante sénateurs, aux fins d'examiner si les conditions énoncées au premier alinéa demeurent réunies. Il se prononce dans les délais les plus brefs par un avis public. Il procède de plein droit à cet examen et se prononce dans les mêmes conditions au terme de soixante jours d'exercice des pouvoirs exceptionnels et à tout moment au-delà de cette durée. »

Comme Louis XVI, François Hollande joue sa tête. Mais aujourd'hui, ce n'est pas seulement la France qui est en faillite mais la zone euro, la zone dollar, donc tout le pseudo-système monétaire international. Une faillite délibérément construite par la technocratie libérale pour faire disparaître les États et ne plus avoir à supporter le prix fiscal du vivre ensemble. Une faillite qui est concrètement la disproportion radicale entre les dettes publiques et privées accumulées et la productivité de l'économie réelle dans le monde. Une faillite qui est l'insolvabilité nominale des citoyens qui travaillent face à des capitalistes qui spéculent hors de toute loi et de toute réalité du vivre ensemble.

Les pouvoirs exceptionnels que doit prendre François Hollande si la République Française a encore une existence légale sont simplement de rétablir la souveraineté monétaire de la France et de l'Union Européenne. L'Allemagne part en vrille emportée par ses vieux démons impériaux au centre du continent européen. Les banquiers européens et étatsuniens ne savent plus quoi inventer pour titriser le néant afin d'obtenir des liquidités auprès des banques centrales. Et les dettes publiques qui permettent légalement de gager l'émission monétaire sont hors de contrôle si l'euro-franc et l'euro-dollar ne sont pas dévalués en euro-mark et en euro-yuan.

L'euro-livre a été dévaluée dès le krach des subprimes pour que l'économie britannique et la City restent liquides dans l'économie mondiale. C'est quand-même à la portée de notre Président d'ouvrir le prochain livre de Paul Jorion sur Keynes pour apprendre le b-a-ba d'une chambre de compensation internationale qui fonde la monnaie sur la démocratie !

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Philosophie politique Etat
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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 11:40

Restaurer la condition monétaire de la démocratie

Régime mondial de la guerre de tous contre tous

Le capitalisme financier libéral est le système économique mondial depuis la chute en 1991 du capitalisme communiste autoritaire de l'empire soviétique. L'effondrement du système de la propriété collective des moyens de production en Russie et en Ukraine a laissé la place à un capitalisme oligarchique sauvage que des États de droit nominaux trop faibles ne peuvent ni réguler ni tempérer. Comme dans l'Occident libéral, le capital productif est entre des mains exclusivement privées poursuivant des intérêts particuliers inconvertibles en bien commun.

L'Occident libéral et l'Occident russe ont le même système de propriété du capital. Mais il demeure aux États-Unis et en Union Européenne un résidus de structures étatiques qui interdisent la guerre ouverte entre les intérêts particuliers. La discussion publique sur la possibilité d'un intérêt général n'est pas totalement abolie à l'Ouest. En Russie et en Ukraine, tout est de fait privatisé derrière une loi publique quasiment décorative. Les clans et les mafias industrielles, financières contrôlent intégralement la politique économique de production et de distribution des moyens de vie et d'enrichissement.

A l'Est comme à l'Ouest, il y a la même explosion des inégalités de niveau de vie et de responsabilité entre ceux qui vivent du prix de leur travail et ceux qui spéculent sur l'instabilité du capital. La différence majeure est dans la persistance d'une puissance publique d'arbitrage et de régulation de l'économie plus forte à l'Ouest qu'à l'Est. Les cadres idéologiques opérant sont identiques : inexistence d'un intérêt général réel, c'est à dire d'un régime d'égalité des droits et devoirs à vivre des fruits de son travail plutôt que du pillage du bien commun qu'est le désir de justice dans le vivre ensemble.

La chute de l'empire communiste a levé à l'Ouest toutes les barrières morales à la prédation du bien commun par le capitalisme financier libéral. Le financiarisme libéral pose l'impossibilité du bien commun par l'individualisation absolue de tout intérêt. L'intérêt général ne peut pas exister du fait que tout individu se retrouve en guerre contre tous les autres pour le pouvoir et la richesse individuels. L'effacement de l'intérêt général par le capitalisme libéral a été accompli dans deux guerres mondiales qui ont rendus les États souverains infiniment débiteurs du système financier privé de collecte de l'épargne des citoyens.

Fin du non-système de la guerre des systèmes

La guerre civile ukrainienne est l'un des derniers spasmes de l’État du droit nominal qui rend non réalisable le régime de la souveraineté de l'intérêt général. Le système de souveraineté par les États-nations a été maintenu au sortir de la deuxième guerre mondiale parce qu'il rendait lisible la guerre idéologique entre la liberté formelle et l'autoritarisme communiste. Plus profondément, le remboursement des dettes de guerre des États à leurs citoyens obligeait de toute façon les nations à se soumettre soit au système financier libéral en dollar soit au Gosplan soviétique. Les nations n'étaient plus libres car les États avaient perdu leur capacité d'émission monétaire au bénéfice du système bancaire international garanti par la Réserve Fédérale des États-Unis.

Le financiarisme libéral arrive au bout de sa course en Ukraine. Il est incompréhensible et incontrôlable par les peuples et il ne permet pas à différents peuples de cohabiter sur une même terre. La rentabilité marginale du financiarisme libéral repose sur la guerre nécessaire. L'Ukraine est à la frontière des deux visions nationaliste et internationaliste du capitalisme libéral antagonique. Ce pays ne peut basculer ni du coté de l'OTAN-Union Européenne ni du coté de l'empire russe : le basculement de l'Ukraine signifierait la fin de la guerre civile mondiale nécessaire au contrôle du vivre ensemble par la finance capitaliste privée.

Le président russe s'est opposé à l'intégration de l'Ukraine dans l'espace de l'Union Européenne car les oligarques russo-ukrainiens auraient perdu le contrôle de la frontière occidentale de l'Ukraine, donc des recettes commerciales et douanières qu'elle génère. La position de l'UE est elle, totalement indéterminée : l'intégration de l'Ukraine est politiquement valorisante car elle accroît le prestige d'une union de façade qui n'a par ailleurs aucune prise sur les réalités économiques et politiques. Sur un strict plan économique, les banques et firmes multinationales européennes ont plus à perdre qu'à gagner dans le pourrissement des relations entre l'Est et l'Ouest.

Le gagnant provisoire, s'il y a quelques plus-values financières à réaliser, est le système politico-financier des États-Unis. Barack Obama peut rappeler qu'il préside quelque chose en faisant manoeuvrer militaires et diplomates. Mais c'est surtout le système financier en dollar qui gagne quelques semaines de survie en paraissant plus éloigné de la zone de conflit et en finançant les belligérants de tous les cotés. Le perdant provisoire de la guerre civile ukrainienne est à coup sûr la démocratie et le reste d'amour de la démocratie que la kleptocratie libérale n'est pas parvenu à éradiquer dans l'âme des peuples.

La guerre civile ukrainienne ressemble furieusement à la Guerre des Balkans provoquée par le démantèlement de l'Empire Ottoman à la veille de la première guerre mondiale. Le pouvoir politique européen complètement polarisé par la guerre des intérêts économiques et financiers avait été incapable du moindre arbitrage au nom de l'intérêt général. La première guerre mondiale devint l'issue nécessaire à l'effacement du pouvoir politique par le financiarisme libéral. Quand l'intérêt général n'a plus de représentation efficace, la guerre de tous contre tous est le plus sûr moyen de soutenir la rentabilité du capital nominal mis en sûreté dans les paradis fiscaux.

La finance et la politique en guerre contre l’État de droit

Vladimir Poutine et Victor Porochenko sont dos au mur à cause de la fuite des capitaux et de l'effondrement des recettes fiscales de leurs États officiellement rivaux. Derrière les apparences politico-médiatiques d'une rivalité Est-Ouest, le capitalisme libéral fait tout simplement la guerre aux peuples au cas où ils voudraient travailler pour vivre les uns par les autres plutôt que comme esclaves des oligarchies de l'argent. Ce qui se joue en Ukraine, c'est l'alternative entre une transformation de la guerre froide de la finance en guerre civile mondiale généralisée ou bien la reconstruction d'un ordre politique international stable du vivre ensemble.

L'ordre géo-économico-politique issu de la deuxième guerre mondiale est totalement obsolète. Il conduit nécessairement à la guerre générale pour simuler la solvabilité financière. L'accumulation de dettes par la guerre chaude ou froide ne permet plus d'asservir les peuples. La mondialisation dans la transparence numérique ne permet plus de dissimuler le gaspillage de la richesse empruntée aux peuples par la sous-rémunération du travail. Si les États emploient les maigres recettes fiscales qui leur restent à financer les guerres que les politiciens provoquent pour cacher leur impéritie et si les banques prêtent l'épargne des travailleurs à l'industrie de la guerre capitaliste, tout le système se précipite dans l'insolvabilité car il devient explicitement suicidaire de travailler pour payer des impôts et rembourser ses emprunts.

Le krach des subprimes n'est jamais que la faillite du système financier libéral ; celui qui a financé les guerres des États-Unis contre les peuples qui se construisent par la souveraineté monétaire. L'Union politique des Européens a été sabotée par la monnaie unique ; elle instaure la guerre économique entre des vieilles nations privées de vrais États souverains nationaux et fédéral qui puissent garantir le remboursement des dettes par leurs ressources fiscales propres. L'euro pérennise l'obligation mondiale d'emprunter à la Réserve Fédérale des États-Unis. Maintenant qu'il n'existe plus aucun pouvoir politique responsable dans le magma européen, l'Otan peut prononcer des sanctions contre la Russie pour exciter les peuples les uns contre les autres.

La rupture majeure entre 1914, 1939 et aujourd'hui est dans la révélation désormais explicite de l'incongruité économique du financiarisme libéral. La contradiction réside dans la disjonction absolue et délibérée entre la dette financière mondiale et l'économie réelle du capital et du travail. Aucun observateur attentif et honnête de l'équilibre géo-économique mondial ne peut ignorer que la réalité économique interdit le remboursement de toutes les dettes comptabilisées dans le système financier. Il est désormais impossible de ne pas répartir les pertes. Le problème est bien politique.

La Russie et l'Ukraine cherchent à contrôler le Donbass simplement pour saisir du collatéral réel contre leur émission monétaire dont la crédibilité s'effondre auprès des acteurs économiques réels. Bien évidemment, ce que pensent et veulent les ukrainiens russophones du Donbass n'a aucune espèce d'importance quand il s'agit de faire rentrer les impôts en Russie et en Ukraine. Le raisonnement d'Angela Merkel et de François Hollande obéit à la même logique. Il faut faire peur pour que les impôts rentrent afin que l'Allemagne et la France soient crédibles à garantir leurs banques en faillite qui financent les belligérants d'Ukraine.

Pas de démocratie sans marché des changes régulé par la responsabilité politique

Comme les capitaux circulent en totale liberté, grâce au dollar et à l'euro, hors de tout contrôle et de toute fiscalité d'intérêt général, un responsable politique ne peut que brailler et gesticuler pour donner l'illusion qu'il agit pour le bien de ses électeurs. S'il existe encore un pouvoir politique qui veuille prévenir le chaos général, il décidera de rétablir la responsabilité politique de l'économie par la souveraineté monétaire. La monnaie est la capitalisation économique d'un bien commun assurable par des États de droit délimités et identifiés. Sans la territorialisation des monnaies par la souveraineté du Droit, il est impossible de mesurer l'efficacité économique d'un pouvoir politique constitutionnellement régi par la Loi et le service de tous les citoyens.

La finalité économique d'un marché des changes entre des monnaies adossées à des systèmes juridiques souverains est d'assurer le risque d'injustice par la mutualisation fiscale entre et dans les communautés de citoyens. Les États-Unis d'Amérique ne sont pas une vraie démocratie car le même dollar sert à mesurer la responsabilité des gouvernements fédérés, du gouvernement fédéral et de tous les autres gouvernements du monde emprunteurs obligés sur le marché du dollar.

L'Union Européenne n'est pas une démocratie car la parité de l'euro en dollar mesure l'efficacité du système politique européen comme si les gouvernements allemand, italien, espagnol et français étaient identiques dans leurs politiques territoriales, sociales et économiques. L'Allemagne et la France ne sont plus gouvernées mais administrées par un pouvoir financier vaguement communautaire qui ne contient aucun principe de solidarité. Le capitalisme libéral est le régime de l'irresponsabilité parfaite du réel. La politique de la zone euro est dirigée par les algorithmes des traders et avocats de Londres, New-York, Dubaï et Singapour.

L'Ukraine et la Russie ne peuvent pas construire leur démocratie car tous les actifs réels de leurs marchés interdépendants sont titrisés dans les bourses de l'Ouest et déposés en garantie de leurs dettes en euro et en dollar. Les oligarques russes et ukrainiens négocient d'égal à égal avec leurs pouvoir politique du fait que les dépôts privés qui financent les dettes publiques sont dans les paradis fiscaux de l'Ouest. Le système financier libéral en euro-dollar est la cause de la guerre civile ukrainienne qui nourrit toutes les filières de corruption et de spéculation contre la paix civile.

De la même manière qu'il y a abandon définitif de la démocratie en Amérique et en Europe tant que les monnaies ne sont pas re-nationalisées et re-souverainisées, il n'y aura pas de paix et de démocratie en Ukraine tant que l'Ukraine russophone n'aura pas sa propre monnaie dans une confédération ukrainienne ; tant qu'il n'y aura pas un vrai marché des changes européo-russo-ukrainien régulé et supervisé par un État confédéral européen qui garantisse la démocratie par un euro confédéral convertible en responsabilité politique nationale.

Il est temps que les citoyens d'Europe se remettent au travail !

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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 19:39

Etat de droit, république et démocratie

L’État de droit est un régime politique d'arbitrage mais qui n'a pas de consistance sans différenciation à la fois pratique et principielle de l'intérêt général et de l'intérêt particulier. Les conditions de possibilité d'un État de droit réel qui ne soit pas seulement une image esthétique, sont nées de la transformation de la république platonicienne en démocratie aristotélicienne. Le marché aristotélicien des biens est républicanisé par l'éthique de la monnaie.

L’État de droit démocratique qui ne soit pas juste une république, développe la justice par la double discussion du principe et de son interprétation pratique dans la réalité des cas particuliers. L’État de droit est l'existence d'une formulation publique de la loi, discutable par les citoyens autant que sa mise en pratique ajustée à chaque citoyen particulier. L'Etat de droit est l'application égale à tous les citoyens quel que soit leur rôle des principes communs d'une même loi nationale.

L'intérêt général supérieur aux intérêts particuliers élève la république au degré de la démocratie. L'égalité positive en droit des intérêts particuliers est la transformation en réalité démocratique des pouvoirs de la république de l'intérêt général. La publicité de l'intérêt général fait la réalité des intérêts particuliers solidaires par un bien théorique et pratique qui appartienne à tous les citoyens. Dans la démocratie aristotélicienne, la république des droits se réalise selon la loi véridiquement commune par l'échange des biens en monnaie.

Conditions générales de la justice réelle et concrète

Il résulte de la réalité démocratique des lois publiques d'égalité entre citoyens qu'il n'est de justice jugée que sur des cas particuliers parfaitement distincts en principe et en pratique, des principes généraux. Dans notre civilisation de démocratie réelle publique, la justice porte exclusivement sur l'égalité de principe entre des intérêts concrets particuliers posés sur le même plan d'un droit commun de volonté générale. L'égalité est uniment qualitative et quantitative.

Un juge qui arbitre entre des intérêts généraux et particuliers ne peut pas dire la justice dans le bien commun si l'intérêt général ne transcende pas les intérêts particuliers mis en balance ; si donc la représentation de l'intérêt général n'est pas incarnée par des individus "fonctionnaires" physiquement différents des intérêts particuliers qui s'affrontent ; si enfin le juge lui-même n'est pas placé dans la dépendance exclusive de l'intérêt général matériellement immunisé des intérêts particuliers.

Or l'intérêt général matérialisé, individualisé et dirigé au-dessus des intérêts particuliers, c'est l’État. Depuis Platon et Aristote, deux expériences de l’État s'affrontent : l’État comme principe qui ne répond pas de la réalité et l’État comme réalité qui doit répondre de la conformité des intérêts particuliers à un intérêt général public incarné. Aujourd'hui le débat sur l'effectivité de l’État de droit porte sur les modalités d'incarnation du pouvoir politique. Si le droit n'est juste qu'un principe, une bonne norme suffit à la réalité de l’État de droit.

Le libéralisme totalitaire

La pratique du droit comme idéalité réelle désincarnée est la position gagnante de la mondialisation libérale actuelle. Le libéralisme des Lumières fut autant politique, c'est à dire démocratique, qu'économique, c'est à dire républicain. La mondialisation économique menée par la monnaie des républiques anglo-saxonnes, la livre sterling, puis le dollar finalement renforcés par l'euro, a relégué la réalité démocratique dans l'idéalité républicaine. La démocratie n'est plus une question de réalité mais un simple principe qui s'applique tout seul par des normes et des institutions.

Deux expériences de réalité, la production de justice et la monnaie, illustrent l'empire du matérialisme libéral dans le monde moderne. La justice s'est désincarnée dans une prolifération de textes abstraits illisibles par les citoyens. Les normes sont appliquées exclusivement par des administrateurs et des experts qui travaillent des dossiers loin des personnes physiques singulières. Le justiciable ne voit plus son bien par rapport à autrui mais par rapport à son gain ou sa perte en comptabilité monétaire.

La monnaie n'est plus la rémunération d'un effort réel de production de biens pour des citoyens conscients mais la quantification d'une hiérarchisation des individus selon leurs facultés calculatoires. La comptabilité s'abstrait des biens réels par le capital financé en crédit bancaire. La justice n'est plus qu'une affaire de prix quantique ; et le prix n'est plus qu'un classement d'actifs financiers par des règles de pouvoir comptable sur des individus insensibles. Un arbitrage moderne n'est que financier, que réalisation monétaire d'un rapport de force inhumain.

Traité transatlantique et liquidité du néant

La platonisation libérale du monde a la force de la simplicité. La justice est automatique et ne coûte plus rien ; sauf à celui qui doit apprendre par le solde débiteur de son compte en banque à quel point il doit son existence aux sages qui émettent la monnaie et créditent chaque individu selon ses mérites absolus éternels. L'égalité pratique de rang envisagée dans le marché commun transatlantique entre un État particulier et une entreprise publique multinationale a pour but de solidifier la non-distinction libérale entre l'intérêt général et l'intérêt particulier.

La manœuvre est systémique ; elle est conduite en toute transparence par les intérêts particuliers qui possèdent le système libéral de négation des États ; le système de désincarnation de l'intérêt général des personnes morales et physiques dans la démocratie formelle. Si l'on convient que la démocratie n'a rien à voir avec la réalité des personnes, alors l’État de droit n'est effectivement nullement menacé par l'accord transatlantique. Les technocrates de Bruxelles ne font que leur boulot de production de normes qui accroitront la liquidité du grand marché.

Ce n'est effectivement pas la faute de Bruxelles si les pouvoirs politiques nationaux se montrent incapables de réguler la délibération et l'application des lois ; si la politique des personnes est incapable de rigueur budgétaire ; si la démocratie ne trouve pas d'autre financement que dans la dette. Ce n'est pas la faute de Bruxelles si l'inexistence de l'intérêt général dans l’État de droit anglo-saxon permet le financement illimité des équilibres économiques domestiques par l'épargne étrangère, laquelle est miraculeusement drainée par la rentabilité financière du marché des intérêts privés.

De la simplicité du projet européen

Ce n'est pas non plus la faute de Bruxelles si la zone euro a préféré confier à la BCE l'assurance en dernier ressort des équilibres financiers des États de droit nationaux. Le marché unique construit par la Commission Européenne sous le contrôle du Parlement Européen est explicitement un système de normes qu'une entreprise saura toujours mieux interpréter et appliquer dans son intérêt particulier qu'un État divisé par les opinions particulières sur l'intérêt général.

Quoi donc de plus naturel, simple et logique que de mobiliser les intérêts particuliers des deux cotés de l'Atlantique sur des normes communes qui évitent tout enlisement du business dans de coûteux débats sur les états de la justice ? L'intérêt particulier n'est-il pas déjà auto-financé et auto-régulé par des individus visiblement plus raisonnables que les autres ?

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 15:17

Gestion actif-passif, gestion des risques, les commentaires d'un consultant spécialisé : Gilbert Issard

Le nécessaire contrôle des agences de rating : un étonnant vide juridique

Le capital ne fait pas tout : oui mais de quel capital parle-t-on ?

Réformes prudentielles en cours : le discours en contradiction avec une réalité non reconnue


Les réformes sont en discussion entre les Etats et les autorités monétaires pour sortir de la crise de solvabilité et de liquidité. La solvabilité du système financier sera renforcée par le relèvement des normes de capital obligatoire pour recevoir des dépôts et consentir des crédits. La liquidité des banques sera garantie par l'obligation de détenir des réserves d'actifs dont le prix soit peu sensible aux fluctuations du marché et de la conjoncture économique. Les nouvelles règles sont consignées dans le projet de réglementation internationale dit de Bâle III.

Les bases fausses de la finance sans le Droit

L'examen technique de l'organisation du système financier débouche sur la même problématique étudiée sous l'angle moral, juridique et économique. Il existe une continuité logique entre l'exécution et l'organisation concrètes des activités financières et la philosophie qui structure leur cadre réglementaire et leur régulation. Cela peut paraître évident ; mais à examiner concrètement les choses, on découvre des contradictions profondes entre les règles appliquées ou envisagées et les finalités réelles de la finance.

Financer, c'est mesurer en risque et en crédit le prix futur des objets économiques à produire et à vendre. C'est-à-dire, échanger et mettre en commun des règles d'anticipation de la rentabilitéfuture des investissements. Comme on ne connaît pas le futur avec certitude mais que néanmoins on décide de produire des objets de valeur qui répondent à nos besoins, l'activité financière consiste à échanger les appréciations de la valeur dont la production est engagée en intelligibilité de la matérialité physique. Les uns empruntent ce qu'ils sont sûrs de produire tandis que les autres achètent la plus-value sur le surplus de production probable après remboursement effectif des emprunts. Il y a donc du fait de l'engagement de la production économique sur le futur, un marché de la mesure en crédit des objets d'investissement et un marché du risque de non-réalité à terme des mesures en crédit. Le marché du risque est en logique, s'il ne l'est en pratique, le lieu d'échange de la probabilité de réalisation concrète de la valeur prêtée en crédit

L'impasse logique dans laquelle la crise actuelle nous place par rapport aux réglementations en vigueur et à venir, est qu'il est intellectuellement impossible et concrètement stérile de mesurer la valeur probable future des biens économiques sans s'engager à assumer en réalité les erreurs de mesure. Autrement dit, il n'y a pas de crédit sans option financière : l'acheteur du nominal dispose de la mesure en certitude ; l'acheteur de la prime dispose de la mesure en incertitude ; le vendeur de l'option acheteur de l'incertitude du nominal dispose de la prime pour couvrir la non-réalisation possible par l'acheteur de la mesure nominale qu'il a vendue. Le nominal d'une option est un crédit ; et il n'est pas de crédit sûr qui ne soit le nominal d'une option.

Les choix non assumés de l'économie mondialisée

Si faire crédit, c'est choisir un critère de la valeur future et en assumer la réalité du risque, quel sens cela a-t-il de réguler les agences de notation séparément de tout acheteur de prime ?

  1. Maintenir l'opacité du marché du risque pour garantir les bénéfices de quelques initiés.

  2. Dispenser les banques centrales et les Etats d'assumer le coût financier de leurs possibles erreurs de régulation du crédit.

Quel sens cela a-t-il de restreindre par des ratios arbitraires la transformation de la liquidité financière par le système bancaire ?

  1. Faire porter par les banques le coût en activité économique réelle de la politique de facilité monétaire nécessaire au refinancement des déficits publics,

  2. Dispenser les banques centrales et les États de coordonner leur émission monétaire et leur régulation par des principes universels concertés de solvabilité publique et privée.

L'effondrement conceptuel du système financier international est le résultat de la mondialisation sans État de droit. Sans règles communes adoptées par les opérateurs internationaux et grâce à la création monétaire internationale non régulée, la masse mondiale des crédits a enflé sans que les primes de risque correspondantes soient exhaustivement achetées. Les pertes latentes se sont accumulées dans les bilans financiers des banques et des Etats. Il est désormais évident pour beaucoup d'agents économiques que l'économie réelle ne couvre plus la mesure vendue de sa production future. Les échanges réels se ralentissent à cause de la crainte de défaut d'un gros débiteur qui mettrait en péril une zone monétaire et tous les engagements financiers qui s'y mesurent.

L'absence ou le défaut de régulation actuel est la confusion permanente entre les objets réels d'investissement, leur mesure en valeur de crédit et le risque qu'ils comportent s'il existe un véritable engagement de rembourser ses dettes dans les échanges internationaux. Un principe simple de régulation serait la formation d'un marché par des négociateurs identifiables et engagés dans des règles communes de mesure de la valeur. Une règle fondamentale accessible à toute culture est de garantir tout crédit par la vente de sa prime d'option sur un marché transparent où les offres de prix sont mises en concurrence sur des informations standardisées déposées dans le marché.

 

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Pierre Sarton Du Jonchay

  • : Le blog de Pierre Sarton du Jonchay
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  • : La crise économique actuelle a ses racines dans la civilisation. La compréhension des phénomènes en cours exige une redéfinition de la monnaie, du crédit, du risque, du marché et de la responsabilité publique. La discussion est ouverte.
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