Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 15:16

L'homme épuisé par le consumérisme

« Les Français comme la plupart des habitants de la Terre attendent qu'on s'adresse à leur intelligence » (Bernard Stiegler, Philosophie Magazine, septembre 2011). Cette proposition affirme la condition de possibilité de la démocratie dans notre pays. Pour le moment nous sommes dans la république platonicienne analysée par Bernard Stiegler où des élites repliées sur leurs techniques nous offrent le spectacle d'une politique étrangère à la vie réelle des citoyens. Les croyances ne peuvent plus se former ; la confiance est sans matière ; le crédit est spéculatif donc sans effet.

La financiarisation de l'économie humaine a rompu tout lien entre le crédit et la politique. C'est bien la cause profonde de la crise des dettes publiques que la finance de marché exacerbe avec la complicité d'une certaine politique en exigeant le retrait de la puissance publique de l'économie. La continuité du réel est rompue entre le court terme et le long terme ; où l'on détruit à court terme l'existence de la société politique nécessaire à l'investissement humain du long terme.

Le consumérisme est cette consommation addictive du présent par l'emprunt d'un futur qu'on ne pense pas, qu'on ne prépare pas et qu'on ne produit pas. L'illusion destructrice du consumérisme est directement issue de la finance spéculative consistant à monétiser au présent le prix de la possibilité d'un investissement que personne n'engage dans la réalité. La finance simule une continuité idéelle de la réalité du futur avec le présent que personne n'investit ; elle construit une rupture masquée dans le calcul entre le présent et le futur.

Le rôle des politiques devrait être de rompre cette mystification par la parole proposée aux électeurs. Si la parole politique dessine les vrais avenirs possibles (sortir de la caverne platonicienne), alors elle peut réguler la finance en décidant la séparation les activités d'investissement et de crédit : afin que l'investissement soit bien la garantie du crédit qui soit bien le prix certain de l'existence d'un futur réellement investi.

Réaliser la monnaie de la contribution

Le concept d'économie de la contribution défendu par Ars Industrialis dit beaucoup de la restauration à accomplir dans le réel de la continuité entre le présent et le futur. Cette continuité repose sur l'existence d'une société solidarisant les individus dans le temps et dans l'espace. Elle repose sur une formulation vivante des lois du vivre ensemble dans un espace humain constitué en politie. Et elle repose sur la répartition économique des contributions dans des projets négociables. L'économie de la contribution est une économie monétaire au sens aristotélicien du terme. Une monnaie qui ne peut pas rester post platonicienne comme celle d'aujourd'hui captée par des oligarchies.

Pour réaliser l'économie de la contribution, la monnaie doit mesurer l'économie réelle de toute connaissance humaine utile au bien commun. La monnaie ne doit plus pouvoir représenter la numération spéculative de la richesse qui n'est pas produite. Les agoras virtuelles qui sont nées du marché numérisé de la connaissance issue de l'Internet offrent par des adaptations marginales le cadre pratique d'une finance non spéculative. Paradoxalement, la finance a inauguré ces agoras depuis trente ans par l'informatique mais se fait dépasser par les places de marché virtuelles à finalité commerciale, scientifique, industrielle ou culturelle.

Pour que ces agoras virtuelles ne soient pas détournées par la spéculation mais deviennent des espaces de contribution réelle, il faut re-territorialiser la monnaie sur des communautés humaines politiquement constituées. La numérisation du marché autorise la matérialisation des adhésions des sujets de la contribution à des lois d'échange formellement identifiées et garanties par la république (puissance publique commune de l'agora). Le principe de fonctionnement de l'agora contributive est connu et éprouvé : c'est la compensation de marché. Mais pour que la loi politique soit compensée à l'intérieur de l'agora, il faut que lui soit associée une seule monnaie d'identification et de matérialisation de la loi appliquée.

Compenser la loi signifie mesurer le prix de son efficience contributive par rapport à d'autres lois appliquées dans d'autres agoras. La territorialisation de la monnaie consiste donc à séparer les agoras par des monnaies différentes relatives aux lois différentes qui s'y appliquent. Le prix relatif de chaque territorialité se mesure par la cotation comme marchandise des monnaies dans les agoras où elles sont étrangères. Ainsi les puissances publiques responsables de l'efficience de la contribution dans l'agora du réel sont-elles mesurables et convertibles à l'intérieur de leur périmètre de souveraineté.

Système politique d'information de la contribution

La monnaie de la contribution crée l'économie de la contribution à condition d'une triple séparation des espaces, des lois et des autorités publiques d'arbitrage de la contribution. Les agoras sont ouvertes les unes sur les autres par leur séparation-même réalisée dans des monnaies différentiables mais convertibles selon la loi de chaque cité. La monétisation de la contribution différentiable par les lois rend toutes les contributions intelligibles, mesurables et échangeables par la concurrence politique à dire par le langage la valeur possible des activités humaines.

L'enclosure numérique de la contribution garantit la société constituée par un capital de lois. L'agora toute entière finance l'application de la loi et non des intérêts particuliers libres d'obligations de solidarité. L'agora numérique contient par nature un capital non exportable parce que sans règlement hors de l'agora. Concrètement, les contributeurs d'une agora sachant la valeur que donne à leur contribution la loi qu'ils appliquent adhèrent à la collectivisation fiscale partielle de la richesse produite. Contre l'impossibilité d'exporter discrètement leur contribution sans la faire mesurer par l'agora, les citoyens discutent l'impôt et son calcul dans les lois qui instituent leur solidarité.

Dans l'économie de la contribution monétisée par des agoras différentiables, l'impôt est une contribution libre et obligatoire à la loi politique de contribution. L'impôt dû à une société politique ne peut pas fuir car le prix des contributions est transparent et réglé par le fonctionnement-même de l'agora numérisée. La « libre circulation du capital » n'est plus une spéculation libre sur le prix des lois mais le libre choix des agoras où l'on produit et vend ses contributions dans des lois communes.

Il existe bien un discours de rupture réaliste avec le consumérisme et la spéculation financière. L'économie de la contribution réunit dès à présent toutes les conditions possibles de sa mise en œuvre. L'effondrement réel de la finance spéculative crée même une obligation de passage à l'économie de la contribution qui prolonge la possibilité de la vie civilisée. Il suffit que le pouvoir politique aiguillonné par les citoyens suspende la convertibilité privée des monnaies et l'allocation gratuite illimitée de monnaie aux banques.

E pluribus unum : une devise pour l'Europe

L'inconvertibilité des monnaies et la nationalisation des systèmes bancaires est de toute façon une conséquence inéluctable de la disparition de la liquidité bancaire internationale. Si cette mutation n'est pas explicitement assumée par le pouvoir politique, elle sera rampante ; donc illisible pour les peuples et accomplie par la corruption financière du politique. Elle débouchera sur des guerres civiles. La raison et la prudence politiques dictent d'accomplir cette mutation par le choix transparent et partagé d'une solidarité financière assumée et assurée par les gouvernements de la zone euro.

La mise en faillite réelle de la spéculation financière dans la zone euro implique la territorialisation virtuelle de la monnaie : maintien de l'euro comme monnaie de la communauté politique européenne des 17 mais dévaluation par les monnaies nationales des dettes qui compromettent la confiance internationale dans la stabilité de l'euro et dans la société politique qui la soutient. Une telle réforme restaure un prix de la responsabilité politique à l'intérieur des États nationaux et définit une responsabilité politique euro-européenne lisible, critiquable et vérifiable par les citoyens européens.

Ars Industrialis

Groupe économie de la contribution, séance du 17 décembre 2011, partie 02 :

Monnaie/dette : paix monétaire et financière au sein de la zone Euro


 

 

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article
28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 20:19

Le cercle des Echos : Main invisible, fin de la mystification, avènement de la vraie monnaie

Par le mythe de la main invisible, la monnaie a été dissociée de la démocratie. Le fait est évident en zone euro où les élus de la démocratie n'ont plus aucune autorité monétaire. Les électeurs français ne peuvent plus douter que les candidats à la présidence refusant ou omettant de mettre l'euro sous le contrôle du Parlement européen n'ont plus la volonté de servir le bien commun des citoyens.

La monnaie selon Aristote

La définition de la monnaie livrée par Aristote il y a 23 siècles a été délaissée par la théorie idéaliste de l'économie fondée sur Adam Smith. La monnaie neutre qui ne reflète pas la loi morale active des échanges s'effondre 240 ans après la Richesse des Nations. La monnaie est réellement depuis l'origine instrument de compte, de règlement et d'épargne. La monnaie idéelle d'aujourd'hui est instrument de spéculation politique et financière hors de toute loi du réel.

Dès qu'une société établit un système commun de numération de tous les objets qu'elle y échange, elle a une unité de compte qui fait monnaie. L'existence d'une société politique dans une loi commune de délibération de la valeur des choses s'exprime par un même système de prix. Les nombres attribués aux biens échangés exprimés dans la même unité de compte font la valeur numéraire de la monnaie. Une société est constituée en politie par une loi commune de comptage de la valeur collective ; dès lors, la monnaie règle les échanges pour signifier la valeur de la politie dans la politie.

Un achat réglé par une certaine quantité de monnaie signifie que la transaction, le prix et l'objet échangés sont conformes à la loi de la politie ; conforme à ce que les citoyens ont décidé de considérer comme réellement droit et juste. Le compte et le règlement introduisent alors la comptabilité du temps commun de la politie. Une même façon de compter à l'intérieur d'une société synchronise la valeur du temps dans le crédit.

L'existence politique d'une unité de compte signifiant le règlement des prix produit l'épargne monétaire. L'épargne en monnaie représente la mesure des biens investis par la politie dans son futur collectif. Le règlement d'un prix en monnaie offre à tout vendeur de conserver le signe pour acheter quelque chose dans le futur. Si la politie est stable dans sa constitution, dans son principe de légalité et dans sa loi de production économique, un épargnant ne peut pas douter de la conservation de son pouvoir d'achat par la monnaie de la politie. Le commerce du temps devient possible.

Éthique de la monnaie

La monnaie de compte, de règlement et d'épargne est la condition de la loi d'économie. Par la monnaie, la politie aristotélicienne règle le calcul économique. La monnaie est l'institution du travail d'intelligence humaine vérifiant que tout échange dans le temps et dans l'espace crée plus de valeur qu'il n'en détruit. La valeur économique est en logique aristotélicienne le surplus de matière produit par l'éthique des échanges dans la démocratie. La valeur est prisée par la monnaie du fait d'une éthique de l'échange dans la politie.

La politie de la démocratie alloue à tout individu citoyen la liberté de discussion du prix de tout ce qui s'échange. Cette liberté est le fait de la loi adoptée par la société. La loi politique de la démocratie économique repose sur l'interdiction de la moins-value. Un échange est illégal en éthique de la démocratie si pour l'une des parties à un échange, le prix de ce qui est cédé est supérieur au prix de ce qui est acquis. Le prix est une information de la matière : la plus-value résulte de l'information par la loi et non d'une soustraction de matière à quelqu'un.

La loi fondamentale de la démocratie donne à tout individu d'être le sujet de ses décisions économiques. Comme sujet économique de la démocratie, le citoyen a une capacité personnelle de jugement où il compare ce qu'il veut à ce que ses contreparties potentielles lui proposent. Comme la raison commande de refuser l'acquisition d'un objet de moindre prix que l'objet cédé en paiement, l'éthique d'égalité des droits commande en sens inverse de refuser la cession d'un objet de moindre prix que l'objet acquis.

Économie de falsification

Dans la loi démocratique de l'économie, vendre sciemment une moins-value est un jeu de parole contre la réalité. Acheter une plus-value certaine par un prix de légalité dissimulée à l'intelligence du vendeur est une falsification du réel. Spéculer par le discours contre la volonté individuelle objectivement exprimée dans le prix est un crime contre la démocratie. Le calcul du prix par l'intérêt individuel exclusif est interdit : la seule cause du prix admise par la démocratie est l'équilibre transparent des intérêts déposés dans le marché au vu de tous.

L'économie de la démocratie définie par Aristote contient deux plans de raisonnement et de jugement : la réalité objective et la réalité subjective. La confusion des deux plans dissimule la subjectivité dans l'objectivité. La réalité objective est commune et partagée dans la mesure où elle est régie par la loi ; la loi discutable dans l'ordre métaphysique au-dessus des contraintes imposées par la réalité physique. La réalité objective est d'autant moins discutable que la société des sujets individuels construit la loi du réel dans la discussion politique.

La démocratie aristotélicienne est la discussion de la loi qui permette la philia (civilité) ; la subjectivité s'affranchit des déterminations de la physique par la métaphysique négociable dans la politie. La séparation transparente du physique et du métaphysique est la condition de la vérité démocratique. Au Siècle des Lumières, la métaphysique est absorbée dans la physique particulièrement dans le monde anglo-saxon. La vérité disparaît dans la réalité. La science économique se détache de la politique. Ainsi, la finance d'aujourd'hui s'est affranchie de la loi.

Sans distinction par la monnaie du prix de la chose physique et du prix métaphysique du crédit, l'intelligence humaine n'a plus la liberté de chercher ce que veut l'individu dans la société ; l'économie du réel objectif détermine alors des équations sociales d'échange et non des équilibres négociables de subjectivité. Adam Smith fonde l'économie libérale par un ordre transcendant d'une réalité qui n'est plus vraiment négociable par n'importe quel citoyen.

La main invisible du mal

En fondant une économie objectiviste sans responsabilité politique du sujet, Adam Smith permet l'abolition de la démocratie. Le théoricien involontaire de la main invisible pose l'éthique sans loi. La confrontation naturiste des intérêts particuliers suffit à dégager une stabilité des prix selon une optimalité qui ne serait pas discutable. Selon Adam Smith, l'homme n'a pas besoin de comprendre ce qu'il est pour vivre et produire la richesse. La discussion économique de la loi est inutile et la démocratie sans rapport avec l'économie.

La science économique fondée sur Adam Smith est la loi même au lieu d'être la logique de discussion de la loi. Par la main invisible, l'économie n'est plus la transformation de la réalité par la loi de démocratie. Le libéralisme économique est la théorie de la loi soustraite à la démocratie ; donc l'économie humaine livrée à des oligarques omniscients. La transformation opérée par Adam Smith du libéralisme politique en libéralisme économique a pour conséquence de réduire la démocratie au bavardage. L'empire de la monnaie s'est librement érigé au-dessus de la loi.

L'effet du moralisme smithien est manifeste dans la crise actuelle : la loi est inutile. La loi n'est plus délibérée dans des budgets ; les vraies décisions politiques ne sont plus que l'émission de la monnaie. Toute l'économie humaine appartient à ceux qui décident des prix par la causalité de la monnaie dans le crédit. Le crédit est dicté par le pouvoir de financer la politique ; il n'est plus réalisable en biens par les sujets de l'économie.

Le crédit est dans la démocratie l'application réelle de la loi entre le prêteur et l'emprunteur du prix ; du prix de l'objet librement échangé à la condition de la loi appliquée. Mais une fois que le libéralisme économique abolit l'existence concrète de la loi politique, le crédit n'est plus qu'une écriture légale dans les comptes d'une banque. La loi ne peut plus justifier le prix qui n'est plus un crédit réel ; lequel n'est plus la justification véritable des comptes en monnaie.

Globalisme impérial

Au temps de Smith, le crédit est possiblement matière de la monnaie par l'interdiction sociale du paiement sans éthique. Dans le monde globalisé d'aujourd'hui, la loi sous-jacente à la monnaie est impensable. L'éthique des échanges est pure fiction en l'absence de formulation mondiale d'une loi minimale ; d'une loi qui protège la liberté du sujet, appelle la responsabilité du vendeur et exige la réalité de l'objet. La loi humaine n'est plus la question des prix internationaux.

Les héritiers de Smith ont bien vu comment la liberté internationale des échanges sans loi politique du prix leur livrait tout le réel. Le dollar n'est pas émis sur la discussion des prix en dollar ; l'application à tout emprunteur de la loi des États-Unis n'est pas vérifiable dans les comptes en dollar. L'euro n'est pas émis sur le crédit d'une loi commune appliquée aux échanges entre Européens. Les monnaies internationales en circulation libre créent une réalité libre de toute loi. Les prédateurs sont des bienfaiteurs par détermination de l'économie.

Il n'existe aucune solidarité politique entre les utilisateurs libres du dollar, de l'euro et des autres monnaies de réserve internationales. Tout le système monétaire international est construit sur la finance exemptée de loi politique. Le prix ne renvoie pas à la loi ; le crédit est réputé exister par le seul prix annoncé par une banque. Les banques centrales et commerciales sont libres de faire enfler les dettes internationales et nationales au-delà de toute limite réelle ; au-delà de toute appréciation légale de l'économie du réel.

En 2007, la dette mondiale a débordé la réalité : les plus-values financières d'émission libre du crédit sont devenues inférieures aux moins-values infligées à l'économie réelle. Techniquement, les primes de crédit comptabilisées ne couvrent plus les moins-values latentes. Le pouvoir financier ne peut plus préserver son empire monétaire sans mettre les polities en faillite ; sans détruire les réalités sociales par de fausses créances . Les institutions politiques internationales sont lancées contre les démocraties nationales écrasées par des dettes imposées aux plus faibles.

La raison financière sans démocratie est une bombe logique. L'oligarchie ne trouve plus aucune limite au pillage des réalités humaines par la monnaie. Le cœur de l'apocalypse monétaire (vision de révélation de la fin d'un temps) est la zone euro. La spéculation financière enferme la politique européenne dans son propre suicide par la fausse alternative de la monnaie unique ou de l'abandon de l'euro. Or la monnaie unique détruit la démocratie et l'abandon de l'euro détruirait l'économie de l'Union européenne (UE).

Économie européenne de la démocratie

L'euro dissocié de toute loi efficiente détruit l'économie réelle des sociétés. La restauration démocratique de l'Europe implique simplement la ré-indexation légale de la monnaie sur le réel. L'UE a institué pour la première fois dans l'histoire de l'humanité l'exercice de la démocratie à double niveau : national et confédéral. Pour que les deux niveaux de pouvoir servent la démocratie, il suffit de décomposer le système de l'euro en figures monétaires nationales et confédérales ; et de doter la confédération européenne d'une politie démocratique.

L'UE est de fait une confédération de démocraties nationales : deux régimes de délibération de la loi cohabitent. Les droits des sujets sont définis et appliqués par les États-nations pendant que l'économie des objets marchands est régie par la loi communautaire. En différenciant les monnaies nationales de la monnaie commune, l'UE rend les démocraties nationales négociables et mesurables les unes par rapport aux autres. L'équité financière entre les démocraties nationales est l'objet de la démocratie confédérale.

L'alignement des monnaies sur la nationalité des lois appréciables dans le double exercice national et multinational de la démocratie produira une configuration politique miraculeuse. La subjectivité de la discussion politique reprend la maîtrise de l'objectivité économique. Toute loi devient négociable non seulement par ce qu'elle dit, mais par ce qu'elle produit. Le prix des monnaies devient rationnellement variable selon le jugement du bien humain et selon le constat du réel.

Pour que l'équilibre monétaire des comptes réglés en épargne se réalise en conformité nationale et confédérale, il faut une loi monétaire confédérale interdisant la conversion des monnaies nationales hors de l'euro confédéral. Et il faut une responsabilité de cette loi monétaire devant le Parlement Européen ; donc une détention du capital de la BCE par le pouvoir exécutif financier communautaire devant le législatif confédéral.

Alors la responsabilité politique des nations européennes se mesure exclusivement en économie commune de la démocratie confédérale ; et la responsabilité politique commune est librement appréciée par les monnaies nationales en économie commune. La compensation en euro des lois, des crédits, des réalités économiques et des autorités politiques prise les figures nationales de la démocratie par des monnaies distinctes négociées en transparence légale.

L'euro confédéral restaure la stabilité du discours sur la réalité sensible. Toute vérité scientifique est appréciable par la prime de crédit de l'auteur identifiable d'un énoncé ; par la prime d'investissement du producteur réel de l'objet ; et par la prime de change de la démocratie dépositaire d'une loi de vérité. La réalité économique européenne confédérale est discutable dans la pluralité nationale de la démocratie.

Le crédit de la démocratie

À son apogée virtuelle, l'empire de la monnaie est en ruine. Cette dichotomie radicale entre l'objectif et le subjectif offre au jugement des peuples une réalité limpide. Les oligarques se réclament de la raison technique contre toute délibération de la loi de rationalité économique. La loi non discutable ne produit plus aucun crédit ; la révolte des peuples contre le faux crédit déguisé en loi sera invoquée pour justifier le terrorisme d’État.

Pour donner sa chance à la démocratie, il suffit de constater que le dollar et l'euro monnaie unique ruinent l'économie. Et il faut pousser au pouvoir des gouvernements engagés à rendre leur responsabilité mesurable par la monnaie nationale. L'euro monnaie de crédit commun étalonne les démocraties nationales. Alors les États surendettés seront dévalués en euro. La démocratie retrouve le prix de la vérité des richesses qu'elle produit.

Les lois économiques non mesurables par la démocratie sont toxiques ; elles détruisent toute possibilité de confiance rationnelle dans l'économie de l'échange. La démocratie est la raison réelle de l'échange humain. Si l'Europe n'est pas capable de restaurer la démocratie, elle entraînera le monde dans le trou noir de la finance sans loi. Le monde attend que les Européens se soulèvent contre la corruption financière. Les Français éliront-ils le président d'une démocratie ?

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article
24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 23:55

La crise de la zone euro est l'épiphénomène d'un défaut systémique mondial : la masse mondiale des crédits construite sur la liquidité non régulable du dollar internationalisé ne peut plus être ré-indexée sur la croissance de l'économie réelle. Le système bancaire international prend ses dernières plus-values sur la zone euro qui est le seul système monétaire à extérioriser le risque de crédit entre des économies nationales différentes à l'intérieur d'une même politique monétaire.

En l'occurrence, l'Allemagne est attentive au surendettement de ses partenaires qu'elle finance directement par la monnaie unique. La menace d'une sortie de l'Allemagne de l'euro rend crédible la faillite possible des autres États de la zone. Cette possibilité est achetée en dollar avec les CDS grâce aux liquidités empruntées à la BCE ; lesquelles doivent être réemployées dans des placements sans risque ; c'est à dire couverts par des CDS contre le risque de défaut des États Européens.

La principale utilisation de la liquidité quasiment gratuite en dollar et en euro est désormais l'accumulation de créances off shore sur des États qui ne peuvent plus ne pas tomber formellement en faillite à cause de leurs engagements hors-bilan. Les emprunts illimités des banques à la BCE sont garantis par les États qui détiennent le capital de la BCE. Plus les banques spéculent avec les liquidités de la BCE plus elles gagnent sur la couverture de leur risque public ; lequel croît indéfiniment avec l'exposition des États au risque systémique de la BCE.

Spéculer contre les États et la BCE est une obligation systémique à l'intérieur de la zone euro à cause de la réglementation prudentielle. A l'extérieur de la zone euro, la spéculation contre la BCE est une source de plus-value à saisir impérativement pour ne pas tout laisser à la concurrence. La zone euro est donc déjà morte dans le système actuel de la spéculation libre entre monnaies. Les eurobonds n'y changeront rien : il est clair que l'Allemagne en portera l'essentiel du risque ce qui attirera contre elle toute la spéculation au fur et à mesure que les autres pays européens tomberont sous assistanat financier permanent les uns derrière les autres.

Absorbé par l'obsession de rester liquide, le système financier international ne voit pas que l'éclatement de la zone euro précipitera tout le système dans l'abime. Les créances off shore accumulées contre l'euro bloqueront instantanément toute liquidité des capitaux en dollar. Les paiements internationaux seront interrompus et toute l'économie mondiale s'effondrera dans la disparition totale de toute confiance.

Les gouvernements n'ont plus aucune influence sur le système bancaire international tant qu'ils ne reprennent pas le contrôle nominal de la liquidité des banques centrales. Si le système bancaire mondial ne se remet pas de lui-même sous le contrôle juridique des États, l'opération se fera dans la violence : soit par des coups d’État, soit par des émeutes, soit par des guerres.

La libre circulation des capitaux apparaît clairement comme mystification financière. La liberté en vigueur est simple alibi d'opacité pour prélever en toute impunité des plus-values fictives sur l'économie réelle. La zone euro a tout les moyens de mettre fin à la prédation financière par un marché interne de capitaux qui soit dissocié des intérêts de crédit, d'investissement, d'assurance et de change.

Un marché transparent en euro sous contrôle des institutions financières publiques de la zone euro produirait bien un équilibre des prix, des échanges et du droit. Une compensation en euro des pertes de crédit bancaire par les pertes de crédit public peut être réalisée par la restauration des monnaies nationales exclusivement convertibles en euro. La dévaluation des euro-monnaies des membres trop endettés de la zone rétablirait la liquidité par la dépréciation des dettes, la resolvabilisation des emprunteurs par la compétitivité du travail et la réévaluation du capital réel.

La consolidation du crédit et des monnaies dans la zone euro doit être opérée avant l'effondrement général politique et financier. La majorité des professionnels de la finance sait le régime actuel de la dérégulation incompatible avec la croissance humaine. Il ne faut pas attendre la catastrophe pour construire la crédibilité de l'alternative.

Le schéma de la compensation européenne en euro transformé en étalon de crédit est la solution économique la plus crédible. Compte tenu de la neutralisation du pouvoir politique par les divergences culturelles et doctrinales internationales, les banques et les banques centrales doivent engager la discussion des réformes monétaires qui leur évitent le défaut général.

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article
16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 18:38

Le Cercle des Echos : république ploutocratique et démocratie financière

La république de l'argent

L'actuelle crise financière est une crise de la république qui ne sait pas être une démocratie. La république des citoyens et la république des marchands est une seule et même réalité publique. Le citoyen est libre dans la république d’échanger par lui-même à la condition d’agir publiquement ; à la condition de se soumettre au jugement public.

Dès que l’échange est libre, la république différencie par la monnaie les échanges qu’elle accepte des échanges qu’elle n’accepte pas. Un échange acceptable a un prix public en monnaie tandis qu’un échange inacceptable reste privé et sans prix en monnaie. Échanger en public sous le contrôle de la république, c’est se mettre sur le marché pour former des prix par la loi. Le citoyen de la république est nécessairement un marchand qui offre et demande librement en s’exposant au jugement public matérialisé par la monnaie.

Inévitablement la république discrimine les citoyens par l’argent car le jugement public distribue l’argent par le marchandage. Le marchandage est la liberté de proposer différents critères de la valeur : le plus convaincant capte le plus d’argent. Si la république ne pose pas de critère de valeur supérieur à la libre confrontation des idées sur le marché, la rhétorique détermine le prix des échanges. La rhétorique est aujourd'hui la spéculation financière.

Finance et monnaie de la démocratie

La seule manière de soustraire la république à la ploutocratie, est la démocratie. La démocratie n'est pas le pouvoir du nombre mais le pouvoir de la délibération. La délibération est la confrontation des discours qui libèrent ; c'est à dire des discours qui laissent toujours le choix de la réalité derrière les mots. La délibération démocratique laisse à chaque personne la liberté de son jugement sur ce qu'elle choisit comme son bien. La démocratie est la délibération des limites de la liberté qui permettent la liberté de chacun.

La démocratie s'est opacifiée depuis trois siècles à cause de la libre monétisation républicaine des échanges. La fondation de la démocratie par la distinction radicale du sujet et de l’objet a disparu dans l'opacité des marchés non régulés par la loi. Dans la démocratie, tout sujet a un statut dont Aristote explique qu’il est le déterminant premier du prix. Un statut signifie que la place du sujet dans la démocratie est indépendante des objets qu’il manipule et échange.

Le statut du citoyen crée une valeur de l’individu dans la démocratie absolument indépendante de ce qu’il peut vendre ou acheter. C’est la raison par laquelle les états nationaux se sont constitués. Les nations démocratiques se sont forgées par une conception partagée et commune du statut du citoyen. La citoyenneté a impliqué des systèmes de solidarité économique indépendante d'une valeur marchande des individus.

Les monnaies nationales sont apparues variables les unes par rapport aux autres à cause de l’efficacité différente des systèmes nationaux de solidarité entre citoyens. Un même objet issu de deux marchés nationaux distincts a le même prix sur le marché mondial mais s'exprime en monnaies distinctes selon les droits effectivement reconnus à la personne qui produit et qui vend.

Chute de la ploutocratie républicaine

La république mondiale du libre échange a à partir du XVIIIème siècle détruit les démocraties nationales. La destruction s’est opérée par l’idéologie libertaire et par la monnaie. Les libertaires ont proclamé que la liberté ne souffrait aucune loi. La monnaie est devenue une matière de même valeur pour tout pays indépendamment du droit positif. Le crédit public de l’État de droit a été remplacé par la spéculation privée sur l’étalonnage physique de la valeur.

Jusqu'à la Révolution Française, l'émission monétaire est un monopole régalien. Il est nécessaire que la monnaie à l'effigie du souverain témoigne de l'existence d'une comptabilité de la valeur fondée sur une responsabilité humaine de la loi du vivre ensemble. L'avènement de la république comme souveraineté de la loi détachable de ses interprétations humaines change la nature de la monnaie et la source de l’émission monétaire.

La décision privée du monarque républicain ou des représentants de la république devient moralement suffisante pour émettre la monnaie. La monnaie ne réprésente plus la loi vivante d'un bien commun effectif mais la nomination abstraite d'un bien théorique non nécessairement vérifié. L'étalonnage de la monnaie se fait sur la seule matérialité physique, par exemple l'or, et non sur la vérification de la justice des échanges par le souverain.

Dans le régime de la souveraineté exclusivement populaire ou nationale, il n'y a plus d'interprétation humaine de la loi dans l'émission de la monnaie. L'étalonnage physique de la monnaie introduit un critère apparemment objectif de valeur de la monnaie. En réalité l'émission monétaire est le fait d'un jugement bancaire de la valeur attribuée à des créances privées. Le critère de la valeur n'est plus délibéré en public.

Après l’abandon de l’étalon or, c’est la spéculation des États les uns contre les autres puis la spéculation privée qui sont devenus les seules causes de représentation de la valeur par la monnaie. Dans le libre échange marchand mondialisé d’aujourd’hui, le citoyen n’a plus aucun statut. La valeur du citoyen de la république mondiale est strictement proportionnelle au capital monétaire qu’il est capable de capter. Le résultat est la guerre économique de tous contre tous qui engloutit les États dans la confrontation généralisée des intérêts ploutocratiques.

Restauration financière de la démocratie

La seule et unique façon d’en sortir est l’instauration de la démocratie au-dessus des républiques nationales. Si la monnaie est redéfinie comme unité de compte de l’option mondiale de démocratie, alors toute évaluation de prix peut se subordonner à l’achat marchand d’une prime de garantie du droit de l’acheteur d’un objet. Tout vendeur de quoi que ce soit ne gagne de l’argent sur le marché mondialisé qu’à la condition de servir la citoyenneté d’un acheteur quelle que soit sa nationalité.

Concrètement, le système de la monnaie limitée par les choix effectifs de la démocratie est celui qu'avait proposé Keynes en lieu et place de l'actuelle république mondiale du dollar. L'unité de compte internationale représente l'égalité entre les démocraties. Elle mesure le crédit des souverainetés à délibérer et appliquer la loi des citoyens.

La monnaie sous-jacente à l’option rétablit la primauté du sujet citoyen qui ne peut plus vendre sans être garanti par l’acheteur de sa prime lui-même soumis à la loi nationale d'une démocratie. Le bancor de Keynes sous-jacent au marché financier transnational est émis à proportion des garanties internationales souscrites sur des emprunteurs internationaux impérativement tenus par la loi de la monnaie empruntée.

Le bancor est une prime de crédit sur le prix du réel. Il transforme les démocraties nationales en acteurs de la démocratie universelle. Il suffit de domicilier les transactions financières internationales dans les pays où la démocratie est vivante par l’indépendance du pouvoir judiciaire. Les engagements internationaux sont contrôlables par la démocratie s'ils sont déposés sous le regard d'un juge indépendant exclusivement tenu par la loi de la démocratie.

L’Union Européenne se revendique société multinationale de démocraties. Elle s'est justement dotée d'organes communs du bien de ses citoyens dans leur république. Elle dispose de pouvoirs judiciaires constitutionnellement indépendants. Les citoyens européens peuvent fonder la démocratie s'ils libèrent leurs républiques de l’argent. Si les citoyens retirent aux banques le pouvoir d'émettre le prix de leurs droits. Si les citoyens redonnent au pouvoir politique la responsabilité de la valeur de leurs droits. Aux armes les citoyens !

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article
4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 17:38

La bible judéo-chrétienne est le plus ancien traité d'économie politique dont dispose l'Occident. La monnaie y est présentée comme un instrument matériel de l'économie interpersonnelle de l'amour. La tragédie civilisationnelle politique et financière en train de s'accomplir est celle de l'adoration du veau d'or dans le Sinai pendant que Moise reçoit la Loi. La monnaie est la matérialisation de la loi de vie en société ; donc la quantification politique du travail humain de transformation collective de la matière en objet d'expression de l'amour entre les membres de la société.

Depuis le début de l'ère industrielle moderne, la civilisation humaine découvre, derrière la loi de vie en société organisée, son extraordinaire capacité de transformation de la matière par le travail. La loi de vie est contenue dans la monnaie qui compte le prix des activités humaines. Elle a été oubliée derrière ce qu'elle produit : la monnaie a été déconnectée du crédit ; et le crédit a été détaché de la rémunération du travail. Les hommes perdent dans la crise actuelle la signification de leur travail ; le travail n'est plus production de vie pour les autres mais sacrifice d'adoration du veau d'or. Toute la finance spécule sur l'image quantitative de la richesse et cesse de financer l'économie de la réalité humaine travaillée.

Derrière l'humanité qui se détruit dans la spéculation idolâtre, l'humanité qui anticipe, entreprend et travaille continue de se recevoir de la loi de l'amour. Pour protéger l'investissement humain de l’idolâtrie financière, il suffit de rendre distincte la vraie monnaie des monnaies falsifiées par la spéculation. L'Union Européenne peut convertir l'euro en étalon de crédit objectif, c'est à dire en unité de compte infalsifiable du prix du travail mu par la loi du vivre ensemble dans la durée. L'UE est un espace multinational de vivre ensemble par la réception de la Loi dans des nationalités et des cultures distinctes.

L'UE peut créer un marché financier unifié de compensation des lois nationales, du crédit de tout emprunteur et du travail personnel de production. L'euro est alors converti en monnaie européenne véritablement commune de mesure de la justice, du crédit et du travail comme biens universels de l'humanité. L'euro commun permet de réguler la convertibilité des monnaies nationales rétablies. A l'intérieur de la communauté juridique européenne, les monnaies nationales quantifient la responsabilité des nationalités à appliquer les lois communes de la justice, du crédit et du travail.

Le marché européen de compensation en euro est la mise en commun de la loi dans les coeurs. Il expose en pleine lumière les compensations privatives opérées par le système financier opaque en monnaie spéculative. La compensation européenne instaure simplement la transparence et le traçage des contrats financiers d'assurance, d'investissement et de crédit qui financent un vrai travail de transformation du réel dans la Loi. L'euro étalon de crédit multinational européen devient outil de moralisation de la finance ; les acteurs de l'économie réelle sont restaurés dans la Loi du vivre ensemble. La spéculation reste libre mais ne peut plus détruire le vrai travail sans que personne ne puisse en juger de bonne foi.

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article
30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 11:14

La systémique de compensation financière appliquée aux dettes de l'Europe vis-à-vis de la Chine doit reposer sur un étalon de crédit international. Cet étalon peut être créé par exemple par la monétisation du DTS que le gouverneur de la Banque Populaire de Chine a réclamé en mars 2009. Il doit permettre l'équilibre des obligations du créancier et du débiteur. La Chine constitue actuellement une épargne sur le reste du monde par ses réserves de change. Pour que cette épargne repose sur la solvabilité à terme de ses débiteurs, il convient que l'Europe ou tout autre pays empruntant l'épargne chinoise développe son potentiel de production à terme par l'investissement dans l'enseignement et la recherche. Cet investissement n'est possible que par des parités de change qui expriment l'inversion à terme des flux nets d'échange de biens et services. Autrement dit, les monnaies européennes ne peuvent pas afficher par rapport au yuan une parité qui surestime le prix actuel de la richesse à produire par les Européens dans le futur.

Notre systémique financière actuelle consiste à émettre de la monnaie comme instrument de prix par adossement à la dette recyclant l'épargne. La monnaie instrument de paiement mesure l'épargne, définit le crédit et compte la richesse concrète à produire sur le futur. Si les prix internationaux résultent des rapports d'endettement et non des rapports de compétitivité qui permettent le remboursement à terme des dettes, alors les créances-dettes finissent forcément par se déprécier aux doubles dépens des épargnants et des entrepreneurs-travailleurs qui ne peuvent plus préparer l'avenir au présent. La crise mondiale de la dette met les pays développés au chômage et détruit les réserves financières que les nouveaux pays développés constituent sur leur futur.

La cause de cette mécanique infernale est la confusion systémique entre la monnaie qui d'une part compte les activités réelles et les décisions financières des pays et d'autre part mesure le crédit international. Le dollar, et dans une moindre proportion l'euro, comptent à la fois la dette extérieure des Etats-Unis et de l'Europe et les réserves de change des pays émergents. Les émergents s'achètent des réserves de revenu dans le futur en exportant davantage qu'ils ne consomment. Les développés vendent des réserves par une consommation plus dynamique que la production réelle. Mais l'échange est fictif si les développés n'investissent pas dans leur production future qui remboursera ce qu'ils doivent. Le futur est mis en contradiction avec le présent par les parités de change qui ne permettent pas d'engager au présent la production du futur que les épargnants prêtent à leurs débiteurs.

La contradiction économique et financière du dollar entre la Chine et les États-Unis est la même que celle de l'euro entre l'Europe germanique et l'Europe latine. Le seul moyen de surmonter ces contradictions est la distinction de la monnaie qui compte le réel d'avec la monnaie qui compte l'adéquation de la monnaie au réel. Les monnaies actuelles comptent le réel. Il manque une monnaie pour compter le crédit international sur le seul plan de la cohérence systémique du crédit avec les réalités nationales et régionales. La monnaie de crédit international, donc le DTS voire l'euro transformé en monnaie européenne commune à coté des monnaies nationales rétablies, doit servir à réguler les parités de change pour que toute dette internationale soit toujours remboursable.

La systémique de compensation financière est le moteur d'équilibrage des monnaies réelles par la monnaie financière internationale. La monnaie d'étalonnage international du crédit ne peut être logiquement émise qu'à proportion d'une compensation entre les appréciations des différentes figures de la réalité économique ; figures de réalité qui sont celles des emprunteurs et des prêteurs internationaux. Les primes de crédit international, les primes de change et les primes d'investissement actuellement échangées dans des transactions internationales privées doivent l'être dans une compensation internationale publique. Un marché financier transparent de compensation internationale tel que réclamé par Keynes il y a 70 ans et que les États-Unis ont récusé pour imposer leur dollar et leurs compensations privatives opaques.

Si une solution globale peut émerger, une compensation internationale en DTS monétisé serait surveillée par le FMI dont le capital soit détenu proportionnellement au poids des États dans l'économie mondiale. La compensation serait l'adossement de la masse mondiale des primes de crédit garantissant effectivement la solvabilité de tout emprunteur à la somme des primes de change et des primes de capital. Les primes de change évaluent le risque de crédit à terme des monnaies nationales ou régionales. Les primes de capital évaluent la suffisance du capital effectivement souscrit par les investisseurs en couverture de leurs emprunts internationaux. Ainsi la compensation en monnaie de crédit international provoque-t-elle un équilibre mondial dynamique du crédit par les fluctuations des parités de change déterminées par les souscriptions internationales de primes de crédit, de primes de capital et de primes de change.

Le détail des règles politiques, juridiques et financières nécessaires à la mise en oeuvre d'une compensation internationale en monnaie de crédit international est décrit dans Capital, crédit et monnaie dans la mondialisation et en plus résumé dans Constitution politique de l'économie. Toutes les règles et tous les instruments existent déjà mais ne sont pas mis en oeuvre dans un système financier international régi par l'égalité des droits entre les peuples et les États. Rien ne s'oppose à la régulation financière objective, publique et transparente sauf la mythologie d'une finance et d'une monnaie fidèles à la réalité qui existerait hors de la décision humaine. Si des financiers et des politiques réalistes se rapprochent, ils peuvent poser par la systémique de compensation en démocratie les conditions d'une réconciliation du calcul politique et financier avec la réalité humaine sociale, individuelle et collective.

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article
19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:06

De quoi parlons-nous ?

Le terme de « souveraineté monétaire » peut être remplacé pour ceux qui n’aiment pas le « souverainisme » par « responsabilité juridique nationale du crédit international de l’État-nation ». Si une nation est un patrimoine spirituel et matériel collectif de vivre ensemble dans un même droit, alors il est logique que les nations constituées soient solidaires en crédit comme en débit des pertes et des gains de patrimoine face aux autres nations. Les outils de cette solidarité nationale de crédit sont la monnaie et les budgets publics.

Un budget met en correspondance par la comptabilité en monnaie le droit et l’interprétation économique du droit. Une même monnaie implique un même droit et un budget commun. Sans les trois outils alignés de la juridiction, du budget et de la monnaie, les nations qui veulent rester distinctes sont obligées d’avoir des monnaies propres pour ne pas s’anéantir réciproquement. La variation du change d’une monnaie dans l’autre traduit en temps réel la variation relative des patrimoines nationaux entre deux nations en relation d’échange matériel, intellectuel et spirituel. La relation de crédit international est civilisée par les monnaies nationales.

Dans un contexte international, les règlements de crédit qui sont la contrepartie des excédents de livraison de biens et services réels ne peuvent pas être soldés autrement que par un règlement patrimonial ; un règlement en prix d’une capacité de production de biens et services réels dans le futur. Un règlement patrimonial international est une variation de change : le débiteur net en excès de dette dévalue par rapport à ses créanciers.

Sortir de la contradiction qui nourrit la spéculation

Dans un contexte d’accumulation excessive de dettes internationales, le seul moyen de rester en bons termes juridiques est le règlement patrimonial par la variation du change entre monnaies nationalisées. La dévaluation est l’alternative à la suspension de paiement qui est un acte juridique de rupture.

La crise de la zone euro est de nature politique. Les traités fondateurs de l’euro ont omis de prendre position sur la nature politique de la zone euro : nation unique ou fédération de nations. La monnaie unique est venue contredire l’organisation politique qui est restée confédérale. La zone euro n’ayant pas encore choisi entre fédération ou confédération ne peut pas se dispenser de rétablir des monnaies nationales jusqu’à la constitution d’un budget fédéral substantiel assis sur des institutions fédérales.

La zone euro est de fait une confédération. Tant qu’elle le reste, il lui faut une monnaie commune pour réguler les changes et les crédits entre les nations qui la composent. Sans restauration des monnaies nationales, la confédération européenne et a fortiori la fédération sera brisée par la conflagration entre des nations européennes qui ont conservé leur identité. La monnaie n'est pas seulement une représentation de la matière mais aussi de l'intelligence et de l'esprit qui sont encore nationaux.

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article
18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 15:44

La conférence organisée par le Centre Porte-Haute de Mulhouse aura lieu le mercredi 23 novembre à 19 h 00 - Maison diocésaine Teilhard de Chardin - 17, rue de la Cigale - Mulhouse

L'exposé en quatre parties donnera lieu à une discussion critique de la proposition de transformation de l'euro en étalon international du crédit et de régulation financière.

 
Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article
7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 12:43

Le drame se noue dans la zone euro : la Grèce a perdu toute possibilité d'emprunt sur le marché financier. Or l’État grec reste en situation de déficit massif, officiellement de l'ordre de 8% du produit intérieur brut. Au sein de la zone euro, deuxième monnaie de réserve internationale derrière le dollar, un État est devenu existentiellement dépendant de la solidarité financière de ses partenaires.

Pour la première fois depuis 1945, un émetteur de dette publique sous-jacent à une grande monnaie de réserve se retrouve illiquide. Par le fait de la monnaie unique, il n'est plus possible légalement de restaurer la liquidité de la Grèce par la dévaluation. Les créanciers de l’État dépositaire de la loi en Grèce se tournent vers les autres États européens pour obtenir l'application de la loi grecque sur les emprunts publics.

L'interprétation du défaut financier de la Grèce sort du paradigme juridique et économique habituel. Le partage d'une même monnaie entre plusieurs États implique de fait la solidarité budgétaire. Le remboursement complet des titres de dette publique déposés à la banque centrale en garantie de la monnaie émise incombe à l'ensemble des États de la zone. Or le traité fondateur de l'euro récuse la solidarité des budgets publics par le motif de la monnaie commune.

La crédibilité financière de l'euro n'est plus assurée ni à l'intérieur de la zone ni à l'extérieur. La loi politique de l'euro n'est pas transformable en rationalité économique ; l'impossible dévaluation de la monnaie des Grecs interdit l'ajustement économique des prix domestiques. Le rééquilibrage des échanges extérieurs nécessaire à la réduction de l'endettement intérieur et extérieur ne peut être obtenu que par diminution autoritaire des revenus, des salaires et des emplois publics.

La politique en conflit avec l'économie

Le marché financier international sait d'expérience le redressement impossible des comptes extérieurs d'un État sans l'ajustement de la parité de change. Or le déficit des finances publiques est supérieur à la croissance réelle dans la quasi-totalité des États européens. La dette publique croît partout plus vite que la production qui permettrait de la rembourser. Les Européens sont dans l'impossibilité d'agir sur la parité de change de l'euro même si elle se révèle incompatible avec la croissance économique dans la majorité des États membres.

La baisse autoritaire des revenus est la seule option des gouvernements européens pour forcer l'épargne qui évite la croissance des dettes. Or cette politique avait été adoptée pour résorber les dettes de la première guerre mondiale. Elle avait conduit les Européens au nazisme et à la deuxième guerre mondiale. Le marché international se prépare donc à l'éclatement politique de la zone euro.

L'expérience de l'euro met en contradiction la politique et l'économie. Le dilemme ne peut pas être résolu par le Fonds Européen de Stabilité Financière. Les États ne peuvent plus abonder le FESF sauf à augmenter leurs dettes. La solidarité financière maintenue jusqu'à présent ne change pas la situation individuelle de chaque État. Toute allocation de fonds supplémentaires au FESF se traduira par une dégradation de la solvabilité générale.

Les gouvernements européens négocient une ingénierie financière pour afficher une augmentation des capacités d'intervention du FESF sans allocation budgétaire publique. Mais la transformation du FESF en fonds spéculatif à effet de levier se heurte à des obstacles juridiques, logiques et politiques.

Le tribunal constitutionnel allemand a rappelé en septembre que la démocratie allemande interdisait des engagements budgétaires publics irrévocables sur le futur. Le financement allemand du FESF est donc strictement limitée par le contrôle budgétaire des parlements allemands représentant le contribuable et l'épargnant. Or l'opinion publique allemande et internationale comprend la crise mondiale de la dette comme l'incapacité du système financier international à maîtriser les effets de levier.

La solvabilité réelle des emprunteurs publics et privés n'est pas objectivement mesurable par les règles en vigueur ; lesquelles ne sont pas intégrées dans le calcul financier des parités de change. Le système monétaire ne contient pas de loi d'ajustement du prix des dettes à l'économie réelle ni en Europe ni dans le reste du monde. Le FESF accroît une capacité globale d'endettement sans pouvoir relancer la croissance réelle. La liquidité des dettes n'est pas restaurée.

Lever l'incohérence du système des monnaies

Sans négociation politique des parités de change compatibles avec la restauration des équilibres économiques, les États étrangers n'ont pas d'intérêt économique à investir dans l'euro. L'importation de liquidités extérieures aura pour effet de réévaluer l'euro par rapport aux autres monnaies ; donc d'aggraver l'insolvabilité européenne par une perte supplémentaire de compétitivité extérieure.

L'économie financière internationale s'est développée sur l'impossibilité de réguler le crédit en l'absence de coordination politique internationale des changes. L'absence d'étalon de crédit international a créé un intérêt financier à provoquer le surendettement international. Les opérateurs internationaux produisent leurs plus-values sur le risque d'intermédiation de l'épargne internationale qu'ils assurent.

Le défaut de l'euro exprime l'absence d'ordre monétaire international réalisant l'équilibre du crédit. Les pertes de change potentielles internationales sont déjà mesurées par les marchés dans la prime de crédit (CDS) des emprunteurs systémiques et dans la chute de la capitalisation des banques. Ce qui reste inconnu, c'est l'emprunteur caché le moins solvable du système qui sera le facteur de la rupture des paiements internationaux.

Le monde appelé au secours de l'euro sait que l'enjeu véritable est le système mondial des monnaies. La Chine a réclamé explicitement en mars 2009 par le gouverneur de la banque populaire de Chine, Zhou Xiaochuan, la transformation du DTS, monnaie du FMI, en étalon de crédit international ; un étalon universel de crédit pour compenser par le droit public l'équilibre international des monnaies, de l'épargne, de la production et des échanges.

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article
4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 10:47

ImageJorion

Gouverner c’est choisir


Le terme de « politique » désigne à la fois les décisions politiques et le cadre de prise de décision. Le cadre de décision fonde la distribution des pouvoirs politiques. Si gouverner, c’est choisir, une question fondamentale se pose : qui choisit quoi ? Dans la démocratie, les rôles du pouvoir politique sont répartis entre le judiciaire, le législatif, l’exécutif et la représentation du peuple par les figures de l’agora ; le lieu où s’échangent les textes possibles de loi, les décisions effectives et les biens économiques.

Dans la ploutocratie, les rôles du pouvoir politique sont répartis entre les gérants de la monnaie : le pouvoir financier prend les décisions d’émission de la monnaie par le crédit et l’investissement ; le pouvoir politique stricto sensu garantit le cadre de décision qui permet l’émission de la monnaie. Dans la ploutocratie, le marché est une chambre d’enregistrement et d’exécution par les non-citoyens des décisions discutées et prises par l’oligarchie politique et financière.

Deux visions de la monnaie internationale

Il y a deux lectures de la compensation internationale en bancor. Une lecture aristocratique : elle constitue un directoire mondial pour définir le cadre de compensation et prendre les décisions de compensation. Les décisions de compensation définissent le prix du bancor en biens réels et en équilibre international des paiements. Le résultat de la compensation est la balance des crédits en bancor qui reconnaît ex post ce que chacun avait le droit de vendre ou d’acheter pour que l’équilibre mondial de la liquidité soit préservé.

Les pénalités sont infligées à ceux qui ont trop vendu : le crédit qu’ils croyaient avoir accumulé ne leur est pas reconnu par le directoire. Les décisions du directoire ne sont pas anticipables ni discutables. Si elles sont anticipables, des spéculateurs financiers viennent proposer avant la décision des assurances sur leurs conséquences économiques inopportunes. Si elles sont discutables, des spéculateurs politiques viennent intriguer moyennant finance pour orienter les décisions du directoire.

La deuxième lecture est démocratique. Elle fonde la compensation sur un marché où toutes les offres et toutes les demandes sont admises sans restriction de statut social, politique ou financier. La seule condition de recevabilité d’une transaction à la compensation est le provisionnement du prix proposé vendeur et acheteur par des opérateurs indépendants de l’acheteur et du vendeur. Quelle que soit l’offre de bien et de prix proposés, acheteurs et vendeurs sont engagés par la couverture des acheteurs et vendeurs primaires (acheteurs de la prime et vendeurs de la prime).

Acheteurs et vendeurs primaires sont eux-mêmes couverts sur leur offre de prime. L’autorité de compensation est elle-même couverte par des primes de capital cotées dans la compensation. Si l’autorité de compensation commet une erreur de jugement sur l’équilibre compensé qui inflige un préjudice à quiconque, le dédommagement décidé par le pouvoir judiciaire est versé sur le capital de l’autorité de compensation et sinon par les acheteurs primaires de capital de compensation de marché.

Bon sens et logique

La compensation adossée au marché régulé par l’égalité des droits de la démocratie produit des décisions anticipables, discutables et systématiquement traduites dans la réalité matérialisée par la monnaie internationale ou nationale garantie en droit. Keynes était un rationaliste réaliste. La finance et la démocratie n’étaient pas suffisamment développées à son époque pour qu’il fasse une proposition explicite de marché international d’option des décisions politiques par la responsabilité financière et des responsabilités de prix par la réalité politique.

Dans l’explication qui précède, le mot « valeur » n’a pas été prononcé une seule fois. La valeur n’explique rien ni du prix ni de la monnaie. Par contre pour justifier une préférence pour la lecture aristocratique de la compensation keynésienne, l’argument premier ne peut être que celui de la valeur ; sans marché, un directoire monétaire mondial n’a rien à dire d’autre que sa valeur intrinsèque pour expliquer et justifier ses décisions auprès d’un peuple voué à l’ignorance et l’inculture.

Le directoire monétaire mondial existe déjà quelque part entre la Fed, le Trésor étatsunien, le FMI, la BCE et le Conseil Européen. Comme il n’y a pas de vrai marché international qui soit un cadre de discussion de la régulation financière, le système monétaire international repose entièrement sur une autorité informelle et invisible qui ne voit pas la réalité économique. Cette réalité sans cadre politique se désagrège. Le pouvoir politique se désintègre dans l’anarchie financière.

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article

Pierre Sarton Du Jonchay

  • : Le blog de Pierre Sarton du Jonchay
  • Le blog de Pierre Sarton du Jonchay
  • : La crise économique actuelle a ses racines dans la civilisation. La compréhension des phénomènes en cours exige une redéfinition de la monnaie, du crédit, du risque, du marché et de la responsabilité publique. La discussion est ouverte.
  • Contact

Recherche

Catégories