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7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 12:49

Le signe monétaire marqué par le temps

Principe de l'intérêt négatif sur la liquidité monétaire

Johannes Finckh est l'auteur de travaux de recherche sur le « signe monétaire marqué par le temps (SMT ou MMT dans la suite de ce billet pour monnaie marquée par le temps) ». Le concept de SMT est tiré de l'oeuvre de Silvio Gesell qui inspirera la théorie keynésienne de la monnaie. Gesell avait préconisé dès 1916 de forcer la liquidité des encaisses monétaires par un intérêt négatif sur les dépôts bancaires et la monnaie fiduciaire, pièces et billets en circulation. L'intérêt négatif crée une incitation économique à l'utilisation rapide des encaisses afin qu'une même masse monétaire produise davantage de transactions et de croissance de la valeur ajoutée.

Keynes reprendra le principe de l'intérêt négatif sur les créanciers de l'économie par la préconisation d'une intervention de l'État dans les mécanismes bancaires d'émission de la monnaie. Dans la théorie keynésienne, la politique monétaire publique produit un intérêt négatif sur les détenteurs d'avoirs liquides par trois canaux d'efficience :

  1. le déficit du budget public oblige les banques et les épargnants à financer l'augmentation des dépenses publiques stimulant l'investissement et la production

  2. la masse des crédits en cours inscrits dans les comptes bancaires augmente les anticipations de production économique par une demande publique indépendante de la demande privée

  3. une encaisse publique se constitue en concurrence avec les avoirs monétaires privés pour stimuler la dépense globale au-dessus de la dépense privée bridée par une épargne monétaire excessive («euthanasie des rentiers» par augmentation forcée de la masse monétaire)

L'intérêt négatif du SMT s'applique à toutes les liquidités monétaires scripturales ou fiduciaires ; il est proportionnel au temps comme l'intérêt positif sur les dettes mais indépendant de l'origine des fonds, salaires, marges sur vente ou rémunération d'investissements. Dans la réalité économique actuelle où les politiques monétaires recherchent la stabilité du pouvoir d'achat du signe monétaire unitaire, les frais bancaires et la fiscalité font office d'intérêt négatif sur l'épargne monétaire. Mais cet intérêt n'est pas au sens strict proportionnel au temps ; il est déterminé par l'origine des fonds et par la situation économique et le niveau de revenu du déposant.

Abolir la rente spéculative

La finalité actuelle de l'intérêt négatif prélevé par la fiscalité n'est donc pas la vitesse de circulation de la monnaie mais la redistribution des revenus et le financement de la consommation et de l'investissement public. Dans la proposition de Johannes Finckh, l'intérêt négatif revient à une taxation de la liquidité du capital financier ; c'est à dire du capital conservé en monnaie qui n'est ni prêté, ni investi mais conservé liquide à des fins de spéculation sur la variabilité des prix indépendante de l'offre et de la demande réellement exprimées des biens et services produits ou à produire.

Dans la crise financière et monétaire actuelle, le SMT est une solution potentielle à trois ruptures systémiques :

  1. l'effacement des États de droit par l'évasion fiscale non maîtrisable issue de la libre circulation monétaire du capital

  2. la fuite de la liquidité de l'économie réelle dans l'économie financière spéculative métaphysique

  3. l'explosion des pertes systémiques de liquidité empruntée disproportionnée à la liquidité réellement prêtée issue des engagements effectifs de production réelle

La convertibilité des monnaies d'une zone monétaire à l'autre est totalement prise en charge par des opérateurs privés ; ces opérateurs pratiquent le secret face à la puissance publique susceptible de réclamer des taxes en vérifiant la destination légale des mouvements de fonds. Les États financés par les crédits directs ou indirects des banques centrales sont donc asphyxiés par des taux d'intérêt réels réclamés par les épargnants défiant des débiteurs. Les dettes publiques apparaissent radicalement disproportionnées aux ressources fiscales limitées qui rembourseront des crédits en croissance illimitée.

L'intérêt négatif du SMT est donc le moyen :

  1. de rééquilibrer les comptes publics par une ressource prélevée sur le capital monétaire spéculatif

  2. de faire exister le prix de la stabilité systémique sur les acteurs économiques accumulant des avoirs monétaires

  3. de racheter par le système monétaire les déséquilibres que les acteurs économiques peuvent ignorer entre leurs investissements et leur épargne réelle

Une monnaie express sans sortie de l'euro (Johannes Finckh)

La mise en oeuvre du SMT impose pratiquement la délimitation d'un espace numérique par un espace physique en dehors duquel le SMT n'a aucune valeur. L'espace physique d'échange définit l'espace virtuel de la loi appliquée par les acteurs économiques pour attribuer une valeur positive à ce qu'ils s'autorisent légalement à négocier. L'utilisation du SMT requiert un espace juridique numérisé où la libre circulation du capital est concrètement subordonnée à la légalité vérifiable de son emploi ; donc au prélèvement de l'intérêt par la collectivité publique de marché chargée de vérifier la légalité des paiements en SMT. L'intérêt négatif finance la régulation financière par le fonctionnement-même du marché. La régulation financière devient un élément de la politique économique de régulation de la croissance par l'autorité publique.

Johannes Finckh illustre la mise en oeuvre du SMT en solution de la crise de liquidité de la zone euro à partir de l'expérience du Chiemgauer initiée en Bavière. Dans « une monnaie express sans sortie de l'euro », le SMT est proposé aux pays membres de la zone euro soumis à des restrictions d'emprunt auprès du marché financier et de la BCE. La proposition revient à restaurer des monnaies nationales ou locales exclusivement convertibles en euro. Le prélèvement d'un intérêt sur les détenteur des nouvelles monnaies est complété d'une prime de change réglée par les importateurs de liquidité en euro dans les systèmes de paiement locaux.

La prime de change de conversion de l'euro en SMT est versée dans la réserve collective du système de paiement. L'autorité publique de régulation du marché SMT qui peut être une filiale de la banque centrale nationale constitue une réserve de change en SMT pour assurer la convertibilité en euro. La liquidité et la solvabilité extérieures des nouveaux systèmes de paiement SMT sont donc explicitement garantis par un capital systémique alimenté par la collectivité des exportateurs en SMT dont la production est financée par des échanges en SMT.

Discussion du fonctionnement économique et technique du SMT en résolution de la crise de la zone euro

PSJ

Nos amis bavarois expérimentent donc avec succès un SMT. Je suis personnellement arrivé à la conclusion que l’intérêt négatif est nécessaire et pertinent comme prix collectif de l’asservissement de la monnaie à sa finalité d’échange et de liquidité du temps. Je constate que l’intérêt négatif est bien prélevé dans le système actuel mais pas par la puissance publique. L’intérêt négatif est prélevé par les banques et inscrit comme créances sur les États détenues à partir des paradis fiscaux pour les obliger à forcer un partage de la valeur ajoutée en faveur des rentiers et des spéculateurs. Pour que l’intérêt négatif soit efficace, il doit être prélevé par les États et les collectivités locales qui soient effectivement contrôlés par la démocratie comme cela peut être le cas dans les expériences de Sociétés d'Echange Local (SEL). Et l’intérêt négatif doit opérer une redistribution des revenus au bénéfice des plus faibles et des salariés en rapport d’asymétrie avec leurs employeurs sur le marché du travail.

JF

En effet, l'"intérêt négatif", comme vous l'écrivez, est destiné à neutraliser la dite rente du capital. Cela part du constat que fait Gesell et qui est repris par Keynes (il a copié sur Gesell et Wicksell notamment, sans vraiment le reconnaître) sur la prime de (renonciation à la) liquidité.

Pour Gesell, la monnaie telle qu'elle est, est le capital originel comme tel, et tout le régime capitaliste en découle nécessairement. En suivant son analyse, il n'est pas tenable que la monnaie puisse ainsi devenir d'emblé un système rentier du temps comme tel.

En langage "lacanien", je dirais que la monnaie "ex-siste" au temps, et l'exclusion (ou la forclusion) du temps, s'ajoute donc à la monnaie comme venant de l'extérieur sous forme d'intérêt monétaire net qui impose sa marque à la totalité de ce qui se présente alors comme "capital".

Tous les biens, services et biens d'équipement (sauf, sans doute les terres et le richesses du sous-sol), tout ce qui s'échange contre de la monnaie se fait en devant prendre en compte le temps qui passe et qui dégrade ces choses, alors que la monnaie, le billet tel qu'il est fait, ne comporte pas cette dégradation temporelle. Il en découle donc nécessairement que ceux qui disposent de capital sous forme de liquidités se font payer cet avantage parfaitement rentier.

La monnaie dite fondante (que j'ai rebaptisée signe monétaire marqué par le temps) corrige cette anomalie, ce péché originel de l'ordre monétaire tel que nous le subissons depuis l'invention de la monnaie or et qui n'est pas modifié par le régime de monnaie en papier tel qu'il est.

L'effondrement systémique et les faillites liées aux surendettements sont dès lors inéluctables et interviennent à peu près tous les 50 ans depuis la nuit des temps, avec les destructions massives (crises et guerres) qui vont avec.

La croissance du capital monétaire suit toujours une courbe de croissance exponentielle, le capital monétaire double en moyenne tous les sept à dix ans, quelles que soient les choix politiques, fiscales et budgétaires. Même sans déficit public, cette loi s'applique, et même en cas d'excédents !

Dans ce cas, ce seraient les dettes privées qui augmenteraient davantage. Car qui dit accumulation ou doublement de l'avoir monétaire d'un coté dit aussi, nécessairement, que la dette en face (avec les intérêts dus) augmente d'autant, l'addition des deux (au niveau mondial) est toujours nulle.

Encore une chose : l'intérêt négatif exposé dans la "monnaie express" n'agit pas, selon mon analyse, par la petite recette supplémentaire qu'il engendrerait en tant que "taxe sur la monnaie" ; cet effet est marginal selon mon analyse, car la masse de monnaie dite fondante nécessaire serait assez faible pour opérer les transactions, et 8% d'une masse faible ne serait pas beaucoup. L'effet principal obtenu serait la neutralisation de la rente du capital (les revenus du capital représentent, selon l'analyse de Piketty et de l'INSEE, au moins 25% du revenu national, soit 400 milliards d'euros annuels en France), et cette rente réapparaîtrait au niveau des revenus redistribués dans le travail productif.

La monnaie ainsi "accélérée" obtiendrait, de par les transactions plus nombreuses, des revenus plus élevés pour tous ceux qui travaillent, et les recettes fiscales qui s'attachent à ces revenus du travail équilibreraient rapidement les finances publiques qui pourraient alors se désendetter sans problème.

PSJ

Je constate que nos convergences d’analyse sont très fortes. Je voudrais éclaircir avec vous des points techniques en suspens qui rendraient les MMT irréprochables sur le plan logique de la stabilité :

  1. Comment l’intérêt négatif sur les dépôts de monnaie liquide et sur l’épargne non investie par le système est-il ajusté et dépensé pour favoriser et soutenir la production réelle qui fasse monter le niveau de vie de la population ?

  2. Comment l’accroissement des recettes fiscales procuré par le prélèvement de la prime de liquidité systémique de la monnaie est-il réparti dans le temps entre le financement de la croissance et le désendettement extérieur en euro ?

  3. Subsidiairement à la question 2, comment la parité de conversion de la MMT en monnaie non-MMT est-elle fixée pour que les acteurs du système MMT puissent échanger en dehors du système MMT ?

  4. Comment calculer la quote-part de la prime de liquidité du système MMT qui doit être capitalisée par la banque centrale gestionnaire du système afin de préserver la confiance et l’efficacité du système MMT par rapport au système non-MMT ?

J’ai commencé à aborder ces questions avec Bernard Lietaer (A new money for a new world) qui les met de coté en disant que la MMT doit être inconvertible en monnaie non-MMT. Il me semble que cette position a pour conséquence de différer l’avènement des MMT par la perte trop élevée qu’elle fait subir aux rentiers de l’actuel système. Les rentiers de l’euro qui sont encore très nombreux refuseront les MMT s’ils ne peuvent pas convertir leurs avoirs non-MMT en MMT. A mon avis, le principe MMT est tout à fait compatible avec une indexation des parités MMT-non-MMT sur l’équilibre des échanges financiers à long terme.

Outre que dans le système MMT le passif créditeur est nécessairement égal à tout instant à l’actif débiteur, rien n’empêche d’introduire dans cet équilibre structurel une anticipation des transactions à terme par laquelle on fixe au présent le prix comptabilisé entre une promesse de livraison réelle créditrice et une promesse de paiement débitrice. Il suffit pour cela qu’un tiers à l’acheteur et au vendeur à terme achète la différence de prix entre le terme et le comptant quoiqu’il arrive. Cette différence de prix réelle venant de l’écart toujours possible entre une anticipation juridiquement engagée et sa réalisation effective devient la définition du capital dans le système MMT.

Je crois qu’en introduisant le financement du capital MMT par l’intérêt négatif de la prime de liquidité systémique, on a un système économique totalement efficace progressivement substituable au système non-MMT au fur et à mesure de son effondrement. Pouvons-nous discuter ce point ?

JF

J'essaye de vous répondre:

1. Comment l’intérêt négatif sur les dépôts de monnaie liquide et sur l’épargne non investie par le système est-il ajusté et dépensé pour favoriser et soutenir la production réelle qui fasse monter le niveau de vie de la population ?

Je vais essayer de répondre comme je peux à ces points en tenant compte de notre conversation téléphonique et de l'article de Gelleri & Mayer sur la "monnaie d'État régionale" ou "Régio": l'échange avec Gelleri m'apprenait que la participation des entreprises à l'expérience du "Chiemgauer" nécessitait l'instauration de comptes bancaires en "Régio" (ou appelé "Chiemgauer" dans leur expérience fonctionnant bien depuis 2004 au moins).

Les banques locales acceptaient donc l'ouverture de comptes courants en Chiemgauer donc les dépôts des billets timbrés. Ce faisant, la banque prenait le risque de perdre 2% sur ses encaisses aux quatre dates de timbrage d'actualisation : 1er janvier, 1er avril, 1er juillet et 1er octobre. Cela l'obligeait logiquement et nécessairement d'appliquer un taux négatif de 8% annuels sur tous les dépôts sur ces comptes, histoire de fonctionner au moins sans perte ! Ce taux annuel négatif est donc appliqué aux montants positifs des comptes courants au jour le jour et débité mensuellement sur ces mêmes comptes.

En conséquence, les entreprises et les particuliers disposant de ce compte doivent donc accepter le principe de "perdre" quelques "chiemgauers" tous les mois comme frais de tenue de compte. Il n'est pas sûr, du reste, que cela soit plus que ce que l'on paye en euros pour un compte courant pour les frais bancaires classiques. mais il est certain que cette perspective n'est pas spécialement excitante.

La banque a, par ailleurs, intérêt et envie de remettre en circulation le plus vite possible les billets chiemgauer en dépôt, histoire de filer le "mistigri" aux usagers de la monnaie liquide... L'usager, aussi bien la banque que le particulier ou l'entreprise, a intérêt à réduire autant que possible ses dépôts courants et ses encaisses liquides. Pour cela, il y a en fait deux solutions :

1) l'usager dépense le plus possible ses liquidités ainsi définies en achetant tous les biens et services et biens d'équipement préférentiellement avec du chiemgauer, et l'observation a prouvé que le chiemgauer opérait près de douze transactions par unité pendant que l'euro n'en opérait que quatre. Cette vitesse de circulation accélérée soutient puissamment la production réelle et favorise, par le biais de davantage de salaires distribués, l'élévation du niveau de vie des usagers du chiemgauer. Cet État de fait compense largement l'impact de l'intérêt négatif. De plus, l'intérêt négatif appliqué à l'unité liquide (sur le CC ou le billet) est d'autant plus faible que la vitesse de circulation est plus élevée, car la quantité circulante en chiemgauer est très modeste, compte tenu de l'intensité de sa circulation et de son fréquent changement de détenteur : 8% d'un volume faible est peu...

2) N'ayant pas forcément l'usage immédiat de ses revenus, la possibilité d'épargne longue d'au moins un an est offerte par la banque. Et la banque n'applique pas d'intérêt négatif sur les comptes d'épargne d'un an et plus. Il faut en convenir, la préservation du montant épargné sans perte constitue une rémunération acceptable dans ce contexte. On peut même imaginer une rémunération positive dans certaines conditions. En effet, cette épargne des uns ne fait sens que parce qu'elle permet à la banque d'allouer des crédits en chiemgauers aux entreprises ou aux particuliers souhaitant faire un achat important sans en avoir les ressources. Il se passe ainsi ce qui se passe toujours : l'argent épargné est dépensé par les emprunteurs, histoire de maintenir la demande effective de biens, services et biens d'équipement au niveau de ce qui est effectivement produit à tout moment. La totalité du marché est ainsi (en théorie) constamment écoulée, et il n'y aura ni invendus ni chômage, tout simplement parce que l'argent ne peut plus dormir sous forme de liquidités thésaurisées.

2. Comment l’accroissement des recettes fiscales procuré par le prélèvement de la prime de liquidité systémique de la monnaie est-il réparti dans le temps entre le financement de la croissance et le désendettement extérieur en euro ?

Une remarque : l'accroissement des "recettes fiscales" lié au prélèvement de la "prime de liquidité systémique" est probablement assez faible et devrait, pour l'essentiel, être utilisé pour financer les frais de gestion bancaire et les frais de fabrication de ces billets. Les éventuels excédents devront être utilisés pour des financements sociaux et culturels, histoire de maintenir constante la quantité de chiemgauers circulants (sinon, elle diminuerait de 8% par an !) L'émetteur du chiemgauer (ou du Régio) qui a déposé la contrevaleur en euros à la banque veillera à ce que la quantité reste identique à ce dépôt.

L'essentiel des recettes fiscales supplémentaires proviennent évidemment, pas de mystère sur ce point pour moi, du fait que les transactions sont plus nombreuses, ce qui génère des recettes de TVA et des recettes liées aux impôts sur le revenu en augmentation, etc..., et ces recettes supplémentaires pourront être affectées au désendettement de deux façons :

1) les recettes accrues en Régios assumeront toujours davantage les dépenses courantes, et les recettes en euros restants pourront être alloués aux remboursement des dettes extérieures en euros.

2) Si les recettes en Régios sont très élevées (c'est une possibilité), le débiteur (en euros) (l'État ou le particulier) qui en reçoit pour son travail ou comme recette fiscale etc. pourra toujours procéder à l'échange de ses Régios en excès contre des euros à la banque pour rembourser sa dette (en acceptant le paiement du frein anti-évasion sous forme de prime de change payée à ses créanciers en euro) : et la banque pourra alors, pour se refinancer, retourner ces Régios à l'État ou aux particuliers contre des euros en payant ce même frein.

L'euro servira donc de plus en plus et d'une façon privilégiée au paiement des dettes extérieures et des "importations" venant du dehors de la zone Régio, par contre, son usage interne reculera. Mais est-ce un problème, dans la mesure où cela favorisera la production locale (les importations se trouveraient "taxées" de 10% : taux de la prime de change de l'euro en régio). Pour ma part, il me semble que ces 10% sont élevés, et il me semble évident que cette mesure ne se justifie qu'au démarrage et devra être ramenée peu à peu à 0%, car le redressement de l'économie locale avec le Régio sera rapide et spectaculaire et ne justifiera plus, après un ou deux ans, ce traitement de faveur. Passons.

Plus avant, les rentrées en euros dans la zone Régio augmenteront néanmoins par le biais de la production locale redressée quand ces producteurs (favorisés) réalisent des recettes d'exportation conséquentes et encaissent des euros, histoire de se désendetter ainsi via les recettes d'exportation. En ayant des recettes en euros, ces ressources s'ajouteront aux recettes en Régios (intérieures) , et l'État pourra alors les reprendre contre des Régios provenant de ses recettes accrues et s'en servir pour se désendetter ! Cela pourra générer des recettes pour les entreprises via le frein anti-évasion que l'État leur versera dans ce cas (en achetant ces euros contre des Régios, il doit ce frein !).

Fondamentalement, le désendettement d'un pays ne peut venir que d'un travail supplémentaire et d'une balance commerciale excédentaire, comme l'article le rappelle aussi.

3. Subsidiairement à la question 2, comment la parité de conversion de la MMT en monnaie non MMT est-elle fixée pour que les acteurs du système MMT puissent échanger en dehors du système MMT ?

La réponse me semble simple : de par la loi, 1 Régio = 1 Euro s'agissant de son pouvoir d'achat ; et le commerçant est tenu d'accepter indifféremment le Régio ou l'euro. Cela n'est pas gênant au quotidien et pour la totalité des transactions internes au pays.

Le frein anti-évasion proposé implique que l'euro vaut 10% de plus que le Régio (9 euros déposés pour 10 Régios émis) pour les échanges extérieurs à la zone. Et un tel taux de conversion fixé officiellement est sans doute le meilleur moyen de limiter la naissance d'un marché noir. Quand des tensions apparaîtront, on pourra toujours charger la banque centrale du pays émettant des Régios d'État de varier à la baisse (ou à la hausse?) ce taux officiel. Là, je pense qu'à terme, cette mesure devra disparaître ; le Régio tiendra rapidement son "rang" sans problèmes" vis-à-vis de l'euro, simplement parce son pouvoir d'achat intérieur dans une zone devenue prospère lui confèrera une vigeur insoupçonnée. Son usage peut se réveler si avantageux que les exportateurs des pays voisins pourraient l'accepter tel quel pour échapper à l'inconvénient de la conversion, car cela leur permet de vendre au même prix que les producteurs de la zone Régio. Et je suis convaincu qu'il envahira peu à peu toute l'Europe et marginalisera l'usage de l'euro ! Mais, c'est encore futuriste...

4. Comment calculer la quote-part de la prime de liquidité du système MMT qui doit être capitalisée par la banque centrale gestionnaire du système afin de préserver la confiance et l’efficacité du système MMT par rapport au système non-MMT ?

J'y ai répondu d'une certaine façon. Brièvement, disons que la faible quantité de MMT nécessaire du fait de la grande disponibilité et de la grande vitesse de circulation de cette monnaie implique que 8% de peu reste très peu. Et ces 8% de recettes (du fait de "fonte") serviront aux frais de gestion pour une bonne partie, et s'il y a des excédents, ceux-ci doivent sans contestation possible être versés en recettes au budget de l'État, car la monnaie existe parce qu'elle génère et organise l'économie sous l'autorité de l'État. Il n'y a aucun besoin de "capitaliser" pour la MMT pour déployer son efficacité.

Il n'est pas possible, du reste de la "capitaliser", du fait de l'impulsion à circuler ! La "capitalisation" (à distinguer ici de l'épargne!) n'est que nocive, déjà maintenant ! La confiance et l'efficacité du système MMT résulte de sa présence permanente ! Les dits "capitalistes" ne voudront pas l'accumuler, c'est évident, mais libre à eux de s'en tenir aux euros et d'obtenir encore des intérêts, s'il trouvent des "clients" pour ça !

Comme nous disions au téléphone, l'Argentine a bien pu se passer du FMI pour s'en sortir !

Pour finir, j'ajoute, qu'à terme, l'impulsion à circuler de 8% me semble sans doute trop forte, et ce taux trop fort pourrait trop "chauffer" la conjoncture, il me semble que 5% pourraient suffire, mais ce sera à la banque centrale de mener au mieux sa politique monétaire, sans doute.

Ai-je répondu?

PSJ

Dans toutes les réponses que vous me faites, vous supposez une adhésion du pouvoir politique au système MMT et une connaissance du bon fonctionnement de la MMT par le pouvoir politique. Or je crois que les pouvoirs politiques de la zone euro communautaire, nationaux et régionaux sont majoritairement indifférents ou opposés à la MMT. Il faut expliquer quel est le rôle de la puissance publique dans le système MMT et quelles sont les politiques qui peuvent être menées par la MMT.

JF

Vous avez malheureusement raison, sans conviction d'une partie au moins des politiques et des économistes influents, les chances de voir un tel projet se réaliser n'existent guère. Si vous pouvez de votre côté obtenir des prises de position et des adhésions à ces idées, j'en serais bien sûr très content ! J'ai beaucoup essayé. Jérôme Blanc connaît bien ces questions, ainsi que Bernard Liétaer que je connais à travers ses publications et qui m'a écrit un mot encourageant il y a quelque temps.

PSJ

La MMT est un système d’échange et de paiement qui doit être géré par un pouvoir bancaire spécifique, lequel doit être gouverné par des lois et des décisions politiques qui règlent l’équilibre juridique des échanges et préservent la stabilité du système ainsi qu’une croissance économique saine et véritable. Si les MMT se développent dans la zone euro, il faudra préciser comment les lois en vigueur par l’euro s’appliquent par les MMT. Comme vous le signalez, l’intérêt négatif sur la liquidité sera modulable : pas trop fort pour éviter une surchauffe des prix ni trop faible pour inciter à l’emploi rapide des liquidités. De plus, si l’intérêt négatif n’est pas une destruction de monnaie réduisant « magiquement » les soldes débiteurs des emprunteurs de monnaie qui dépensent avant d’avoir produit, il faut comme vous le soulignez capitaliser l’intérêt négatif dans une réserve systémique collective. Cette réserve systémique a pour contrepartie, dans la comptabilité des échanges, les débiteurs monétaires du système de qui la collectivité attend des ventes concrètes de bien et services.

JF

Je répète ce que j'ai déjà indiqué dans ma réponse précédente : quand on maintient l'euro comme "couverture" de la MMT (et pourquoi pas, puisqu'il s'agit de respecter le traité !), il suffira aux pouvoir publics de rendre son usage légal et de dépenser toujours prioritairement toute la MMT qui rentre dans ses caisses pour que le système fonctionne très efficacement. Je ne comprend pas l'usage du mot "capitaliser" que vous employez. La MMT n'est jamais "capitalisable", tout au plus pourra être obtenu que les épargnants en Régio pour plus d'un an échappent à l'intérêt négatif, car la MMT ainsi placée servira à générer des crédits bon marché.

Pour ce qui est de la "modulation" de l'intérêt négatif, il faudra charger l'autorité monétaire de s'en occuper, car, effectivement, cet "intérêt négatif" devra être suffisant pour être efficace et sensible, mais pas trop fort pour ne pas provoquer une surchauffe ou une inflation. Les "débiteurs" du système, expliquez-moi mieux cela ! Il me semble que les détenteurs de MMT se présentent comme des demandeurs de biens, services et biens d'équipement sans avoir la possibilité d'obtenir l'avantage lié à l'intérêt monétaire net attaché à l'euro. Cela aura pour effet de ne plus produire la rente du capital en utilisant la MMT.

PSJ

J'emploie le mot "capitaliser" dans le sens de constitution et calcul financier de ce que vous nommez "couverture". La capitalisation est la constitution d'une réserve de couverture. En l'occurrence, dans le système SMT, le capital liquide ainsi constitué n'est pas distribué en propriété à des capitalistes mais conservé comme propriété collective du système sous la responsabilité du régulateur public du marché. Juridiquement, la réserve de capitalisation du système se comptabilise comme les provisions techniques que les assureurs doivent constituer en prévision des sinistres qu'ils auront à dédommager.

Pour stimuler la croissance des échanges, la collectivité systémique qui est donc la puissance publique interne à la MMT doit orienter le réemploi de la réserve systémique dans des investissements, des dépenses et des assurances bénéfiques à l’ensemble de la collectivité. Si la puissance publique MMT est la même que la puissance publique euro, il faut que les actions politiques soient différentiables et convertibles de la MMT à l’euro et réciproquement. Du taux de change MMT-euro dépend par exemple la fiscalité effective pesant sur les transactions, sur la liquidité, sur les crédits et sur le capital garantissant les crédits en MMT.

Le taux de change MMT-euro détermine l’équilibre du marché MMT puisque les biens et services moins chers en euro qu’en MMT seront importés et inversement pour les biens et services moins chers en MMT. Si le taux de change est mal fixé ou si le coût de conversion lié à la « taxe de convertibilité » est trop élevé, il s’instaure un marché noir avec des primes de change cachées non fiscalisables pour les importateurs-exportateurs qui deviennent des spéculateurs.

JF

Vous voyez des choses compliquées, j'ai du mal à suivre. Le mode même d'émission de la MMT fixe la valeur de l'unité du régio comme 1 Régio=1 euro ! Dès lors,tous les détenteurs de régio n'ont qu'une seule chose à faire avec les régios, et ce qu'ils feront, n'en doutons pas ! Acheter ! Il en résulte avant tout un usage moindre de l'euro, ce qui est souhaitable, car l'intérêt à payer et attaché à l'euro diminuera aussi dans ce cas. Je ne me suis pas prononcé (Gelleri non plus!) sur la fiscalité, TVA ou impôts sur le revenu. Il suffit de dire et de rappeler que les impôts sont payables indifféremment en régios ou en euros dans les conditions prévues par les lois.

Quant au "taux de change", à savoir le "frein anti-évasion" proposé par Gelleri et Mayer, il s'agit d'une aide à la production dans la zone (le pays) où le régio sera mis en place. Ce frein favorisera la production nationale et renchérira les importations. Comme le disent les auteurs, ce taux pourrait sans doute varier et baisser, et le taux est à fixer par l'autorité monétaire sans doute. Si ce taux est trop faible, les acteurs convertiront trop, et s'il est trop fort, pas assez. Tant qu'un tel taux officiel existe, je ne vois pas, cependant, la possibilité d'un marché noir. A mon goût, de toute façon, ce taux devrait totalement disparaître dès que les échanges commerciaux retrouvent un équilibre.

PSJ

La parité du régio en euro n'est qu'un aspect du mode d'émission du SMT. En toute logique, si l'euro n'est pas nominalement SMT alors que le régio l'est, il faut que la parité régio-euro varie. La parité de 1 régio pour 1 euro est une parité de lancement de la nouvelle monnaie. Dès le lancement de la nouvelle monnaie, la politique d'émission SMT implique que les parités à terme du régio soient dépréciées par exemple à raison de 1,08 régios pour 1 euro à 1 an si la "fonte" du régio est fixée à 8% l'an. La politique de dévaluation programmée du régio se traduit nécessairement dans la politique de change du régio en euro.

Comme vous le dites, les détenteurs de régio ont un intérêt matériel à acheter et à anticiper leurs achats. Si la parité euro-régio n'est pas dépréciée à terme du coût de la liquidité en régio, alors les détenteurs de régio utilisent la parité à terme officielle de 1 pour 1 pour acheter en euro et pas en régio ce qui à terme leur coûtera moins cher avec un régio qui aura été dévalué par le taux d'intérêt négatif de la liquidité. Concrètement, l'imposition artificielle par la loi d'une parité à terme du régio non dépréciée par rapport au comptant provoque des emprunts massifs de régio par des gens qui n'achètent pas comptant en régio mais convertissent en euro afin d'acheter la dévaluation programmée du régio. C'est ce processus de spéculation financière qui est actuellement à l'oeuvre contre le dollar et l'euro aux dépens de l'économie réelle des États-Unis de la zone euro (carry trade).

Pour que les prix soient transparents et justifient un véritable équilibre entre l’offre et la demande en MMT, il faut un marché des changes à l’intérieur de la MMT. Les importateurs et exportateurs doivent négocier séparément le prix des biens et services et le prix de la liquidité de la MMT en euro. Et il faut des opérateurs de change achetant à l’intérieur du marché MMT les primes de change qui garantissent la parité MMT-euro aux différentes échéances du temps. Un marché des changes public en MMT permet une égalité des droits entre acheteurs et vendeurs, importateurs et exportateurs ; cette égalité devant le risque de liquidité est surveillée par l’autorité financière du marché MMT refinancée par une quote part sur l’intérêt négatif. Le pouvoir politique interne à la MMT doit pouvoir allouer sa quote-part de l’intérêt négatif à l’achat ou à la vente de primes de change pour orienter la parité MMT-euro dans le sens le plus propice à la croissance économique en MMT.

JF

Je rappelle que vous compliquez les choses inutilement ! Il n'y aura qu'un prix, car, pour tous les biens, services et biens d'équipement, il est établi : 1 régio = 1euro ! Il ne faut pas sortir de cela, cela compliquerait le système et reviendrait à une sortie de la zone euro avec un taux de change Régio/euro qui n'a pas lieu d'être. Le régio, dans le système proposé, n'est pas convertible ! C'est en faisant le détour par les biens, services et biens d'équipement que l'acheteur pourra, ensuite, revendre ce qu'il a acheté contre des euros, dollar ou tout ce qu'il veut et s'il trouve quelqu'un qui lui en propose. Sinon, il se contentera des régios avec lesquels il achetera à nouveau et payera ses impôts. Donc : pas de "prix séparés" ! Si un vendeur négocie une vente pour moins d'euros que s'il demande des régios, il prendra le risque de payer moins de choses ensuite et d'y perdre, car, dans tous les cas, l'État prendra un euro ou un régio indifféremment ! L'opérateur de change (la banque) exigera le frein à l'évasion, car il ne peut faire autrement bien sûr, car pour donner des euros, il faudra bien qu'il s'en procure à la banque centrale ou sur le marché financier par exemple !

Le pouvoir politique interne, comme vous l'indiquez, n'a qu'une chose à faire (et le fera bien sûr) : réaffecter la MMT dans ses dépenses courantes.

Il me semble que vous surestimez très largement le volume et l'apport constitués par l'intérêt négatif et le frein à l'évasion : ces deux recettes seront très très faibles et suffiront sans doute juste pour les frais de gestion générés par la MMT et la fabrication de billets spécifiques. Une recette excédentaire éventuelle est, comme je l'avais déjà dit, à affecter en recette (marginale) au budget de l'État et à dépenser en dépenses courantes. La "croissance économique en MMT" viendra essentiellement des recettes fiscales générés (tva, impôts sur les revenus, charges sociale, etc.), car la rente du capital aura disparu et la rapide circulation de la MMT générera des emplois nouveaux !

Je me dois, cependant, de rappeler ici que les échanges en euros diminueront très largement au fur et à mesure que les régios les supplanteront, et les recettes fiscales en euros vont substantiellement baisser, et elles ne remonteront que si le commerce extérieur se rééquilibre, car il y aura alors des entrées d'euros nouveaux qui pourront arriver dans les caisses de l'État si les exportateurs les utilisent pour payer les impôts et les taxes dus.

PSJ

Si la puissance publique de la MMT est l’expression d’un État de droit dédié à la justice, elle ne peut pas se passer de « marchandiser » la liquidité, c'est-à-dire de favoriser l’expression libre d’une offre et d’une demande de liquidité selon la loi collective publique. Le taux d’intérêt négatif sur les dépôts en MMT doit être le prix d’équilibre entre l’offre et la demande de liquidité. L’élection du gouvernement de la MMT détermine une politique de liquidité dont les deux volets principaux sont le change MMT-euro et la fiscalité qui finance les investissements, les services publics et la solidarité en MMT. La politique publique de change est confrontée aux anticipations de marché sur la balance commerciale et la balance des capitaux en MMT. La politique publique de change contient une taxation des entrées de capitaux qui finance la sûreté juridique des investissements et une taxation des sorties qui assure la sécurité juridique de l’exportateur financier MMT.

JF

Je ne vous suis pas!

L'entrée des euros ne sera aucunement taxée, car l'euro reste la monnaie légale ! Tous l'accepteront ! L'euro pourra et sera utilisé directement par tous ceux qui en ont, pour acheter ce qu'ils veulent. Si une banque veut les échanger contre des régios, elle aura un régio pour un euro ! Ce serait la loi !

C'est seulement le contraire qui serait couteux : l'importateur qui devra payer son fournisseur extérieur devra donner 10% de régios en plus (frein à l'évasion), histoire de favoriser (temporairement selon ma perception) le marché intérieur et la production intérieure.

Le gouvernement légitime (comme toujours) fixe ses programmes d'investissements, bien sûr, et il les financera indifféremment en euros ou en régios, toujours selon la règle 1 régio = 1 euro.

Les anticipations, je ne sais pas trop ce que c'est dans ce système! Si on constate que le commerce extérieur s'équilibre plus ou moins vite, il me semble nécessaire, voir urgent, de diminuer le frein à l'évasion, ou même le supprimer totalement.

PSJ

Johannes, la loi n'est pas seulement un fait établi une fois pour toutes. C'est aussi une décision renouvelée à chaque instant des acteurs économiques. Et le sens des décisions économiques va toujours vers le moindre coût et la plus grosse marge entre l'achat et la vente de tout objet. La décision économique intègre à chaque instant le prix des dépenses publiques nécessaires pour que chaque acteur applique la loi conformément à son intérêt rationnel. La rationalité économique de l'échange dans l'espace ouvert de la zone euro admettant des régios nationaux ou locaux ne peut pas ne pas inscrire le calcul des prix dans le temps en incluant :

  1. les anticipations de prix d'achat et de vente de toute production

  2. les anticipations de rentabilité des prix en régio et en euro

  3. les anticipations de l'incertitude d'application des lois en régio, en euro ou dans toute autre monnaie

Un troisième rôle de la liquidité en MMT participe au prix de l’intérêt négatif en plus de la puissance publique et des opérateurs de change : c’est l’assureur. L’assureur garantit les personnes, les services, les biens et les normes professionnelles de production des biens et services. Il calcule des primes prélevées sur les soldes créditeurs à terme des acteurs économiques. Ces primes sont réglées par prélèvement sur l’intérêt négatif puisqu’elles financent la confiance des acheteurs et vendeurs en MMT garantis sur leur personne et sur leurs biens. L’assureur privé calcule les primes de garantie du prix à terme d’objets définis par la loi et par les acteurs du marché MMT. L’assureur privé est contraint à l’objectivité des risques par une réglementation qu’il ne contrôle en aucune manière ; il est encadré par l’assureur public en dernier ressort propriétaire de la réserve de liquidité systémique de la MMT.

Ces propositions s’articulent-elles logiquement et réellement avec votre vision de la MMT ? Vous semblent-elles de nature à favoriser la transition de l’euro à la MMT voire la mutation de l’euro en MMT multinationale européenne ?

JF

Je ne comprends rien du rôle des assureurs ici. Les assureurs, comme les autres, doivent accepter la MMT pour les paiements des primes, tout au plus faudra-t-il qu'ils proposent des rémunérations (d'intérêts) à la baisse ou suppriment toute rémunération d'intérêts, car la MMT n'en produit pas ! pour le reste, l'assureur vit des primes encaissées pour payer les risques qui se présentent et pour faire des profits comme toute entreprise. Il se pourrait que les assureurs baisseront dès lors les intérêts aussi pour les primes versés en euros, car, comme déjà dit, les régios auront valeur légale de par la volonté du gouvernement ! Tous devront s'y faire !

S'agissant en général d'épargne longue, il n'y aura pas, a priori, d'intérêts négatif pour les assurés, bien sûr, tout comme pour les placements longs en banque.

Je ne comprends pas bien ce que vous entendez par "réserve de liquidité sytémique de la MMT"! Il n'en a aucune, jamais! La couverture est en euros, comme défini dès le départ, et l'assureur obtiendra, tout comme l'assuré, neuf euros pour dix régios, conformément à la loi ! Si un assuré veut être payé en euros, il perdra 10% (en pouvoir d'achat intérieur).

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 15:16

L'homme épuisé par le consumérisme

« Les Français comme la plupart des habitants de la Terre attendent qu'on s'adresse à leur intelligence » (Bernard Stiegler, Philosophie Magazine, septembre 2011). Cette proposition affirme la condition de possibilité de la démocratie dans notre pays. Pour le moment nous sommes dans la république platonicienne analysée par Bernard Stiegler où des élites repliées sur leurs techniques nous offrent le spectacle d'une politique étrangère à la vie réelle des citoyens. Les croyances ne peuvent plus se former ; la confiance est sans matière ; le crédit est spéculatif donc sans effet.

La financiarisation de l'économie humaine a rompu tout lien entre le crédit et la politique. C'est bien la cause profonde de la crise des dettes publiques que la finance de marché exacerbe avec la complicité d'une certaine politique en exigeant le retrait de la puissance publique de l'économie. La continuité du réel est rompue entre le court terme et le long terme ; où l'on détruit à court terme l'existence de la société politique nécessaire à l'investissement humain du long terme.

Le consumérisme est cette consommation addictive du présent par l'emprunt d'un futur qu'on ne pense pas, qu'on ne prépare pas et qu'on ne produit pas. L'illusion destructrice du consumérisme est directement issue de la finance spéculative consistant à monétiser au présent le prix de la possibilité d'un investissement que personne n'engage dans la réalité. La finance simule une continuité idéelle de la réalité du futur avec le présent que personne n'investit ; elle construit une rupture masquée dans le calcul entre le présent et le futur.

Le rôle des politiques devrait être de rompre cette mystification par la parole proposée aux électeurs. Si la parole politique dessine les vrais avenirs possibles (sortir de la caverne platonicienne), alors elle peut réguler la finance en décidant la séparation les activités d'investissement et de crédit : afin que l'investissement soit bien la garantie du crédit qui soit bien le prix certain de l'existence d'un futur réellement investi.

Réaliser la monnaie de la contribution

Le concept d'économie de la contribution défendu par Ars Industrialis dit beaucoup de la restauration à accomplir dans le réel de la continuité entre le présent et le futur. Cette continuité repose sur l'existence d'une société solidarisant les individus dans le temps et dans l'espace. Elle repose sur une formulation vivante des lois du vivre ensemble dans un espace humain constitué en politie. Et elle repose sur la répartition économique des contributions dans des projets négociables. L'économie de la contribution est une économie monétaire au sens aristotélicien du terme. Une monnaie qui ne peut pas rester post platonicienne comme celle d'aujourd'hui captée par des oligarchies.

Pour réaliser l'économie de la contribution, la monnaie doit mesurer l'économie réelle de toute connaissance humaine utile au bien commun. La monnaie ne doit plus pouvoir représenter la numération spéculative de la richesse qui n'est pas produite. Les agoras virtuelles qui sont nées du marché numérisé de la connaissance issue de l'Internet offrent par des adaptations marginales le cadre pratique d'une finance non spéculative. Paradoxalement, la finance a inauguré ces agoras depuis trente ans par l'informatique mais se fait dépasser par les places de marché virtuelles à finalité commerciale, scientifique, industrielle ou culturelle.

Pour que ces agoras virtuelles ne soient pas détournées par la spéculation mais deviennent des espaces de contribution réelle, il faut re-territorialiser la monnaie sur des communautés humaines politiquement constituées. La numérisation du marché autorise la matérialisation des adhésions des sujets de la contribution à des lois d'échange formellement identifiées et garanties par la république (puissance publique commune de l'agora). Le principe de fonctionnement de l'agora contributive est connu et éprouvé : c'est la compensation de marché. Mais pour que la loi politique soit compensée à l'intérieur de l'agora, il faut que lui soit associée une seule monnaie d'identification et de matérialisation de la loi appliquée.

Compenser la loi signifie mesurer le prix de son efficience contributive par rapport à d'autres lois appliquées dans d'autres agoras. La territorialisation de la monnaie consiste donc à séparer les agoras par des monnaies différentes relatives aux lois différentes qui s'y appliquent. Le prix relatif de chaque territorialité se mesure par la cotation comme marchandise des monnaies dans les agoras où elles sont étrangères. Ainsi les puissances publiques responsables de l'efficience de la contribution dans l'agora du réel sont-elles mesurables et convertibles à l'intérieur de leur périmètre de souveraineté.

Système politique d'information de la contribution

La monnaie de la contribution crée l'économie de la contribution à condition d'une triple séparation des espaces, des lois et des autorités publiques d'arbitrage de la contribution. Les agoras sont ouvertes les unes sur les autres par leur séparation-même réalisée dans des monnaies différentiables mais convertibles selon la loi de chaque cité. La monétisation de la contribution différentiable par les lois rend toutes les contributions intelligibles, mesurables et échangeables par la concurrence politique à dire par le langage la valeur possible des activités humaines.

L'enclosure numérique de la contribution garantit la société constituée par un capital de lois. L'agora toute entière finance l'application de la loi et non des intérêts particuliers libres d'obligations de solidarité. L'agora numérique contient par nature un capital non exportable parce que sans règlement hors de l'agora. Concrètement, les contributeurs d'une agora sachant la valeur que donne à leur contribution la loi qu'ils appliquent adhèrent à la collectivisation fiscale partielle de la richesse produite. Contre l'impossibilité d'exporter discrètement leur contribution sans la faire mesurer par l'agora, les citoyens discutent l'impôt et son calcul dans les lois qui instituent leur solidarité.

Dans l'économie de la contribution monétisée par des agoras différentiables, l'impôt est une contribution libre et obligatoire à la loi politique de contribution. L'impôt dû à une société politique ne peut pas fuir car le prix des contributions est transparent et réglé par le fonctionnement-même de l'agora numérisée. La « libre circulation du capital » n'est plus une spéculation libre sur le prix des lois mais le libre choix des agoras où l'on produit et vend ses contributions dans des lois communes.

Il existe bien un discours de rupture réaliste avec le consumérisme et la spéculation financière. L'économie de la contribution réunit dès à présent toutes les conditions possibles de sa mise en œuvre. L'effondrement réel de la finance spéculative crée même une obligation de passage à l'économie de la contribution qui prolonge la possibilité de la vie civilisée. Il suffit que le pouvoir politique aiguillonné par les citoyens suspende la convertibilité privée des monnaies et l'allocation gratuite illimitée de monnaie aux banques.

E pluribus unum : une devise pour l'Europe

L'inconvertibilité des monnaies et la nationalisation des systèmes bancaires est de toute façon une conséquence inéluctable de la disparition de la liquidité bancaire internationale. Si cette mutation n'est pas explicitement assumée par le pouvoir politique, elle sera rampante ; donc illisible pour les peuples et accomplie par la corruption financière du politique. Elle débouchera sur des guerres civiles. La raison et la prudence politiques dictent d'accomplir cette mutation par le choix transparent et partagé d'une solidarité financière assumée et assurée par les gouvernements de la zone euro.

La mise en faillite réelle de la spéculation financière dans la zone euro implique la territorialisation virtuelle de la monnaie : maintien de l'euro comme monnaie de la communauté politique européenne des 17 mais dévaluation par les monnaies nationales des dettes qui compromettent la confiance internationale dans la stabilité de l'euro et dans la société politique qui la soutient. Une telle réforme restaure un prix de la responsabilité politique à l'intérieur des États nationaux et définit une responsabilité politique euro-européenne lisible, critiquable et vérifiable par les citoyens européens.

Ars Industrialis

Groupe économie de la contribution, séance du 17 décembre 2011, partie 02 :

Monnaie/dette : paix monétaire et financière au sein de la zone Euro


 

 

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 20:19

Le cercle des Echos : Main invisible, fin de la mystification, avènement de la vraie monnaie

Par le mythe de la main invisible, la monnaie a été dissociée de la démocratie. Le fait est évident en zone euro où les élus de la démocratie n'ont plus aucune autorité monétaire. Les électeurs français ne peuvent plus douter que les candidats à la présidence refusant ou omettant de mettre l'euro sous le contrôle du Parlement européen n'ont plus la volonté de servir le bien commun des citoyens.

La monnaie selon Aristote

La définition de la monnaie livrée par Aristote il y a 23 siècles a été délaissée par la théorie idéaliste de l'économie fondée sur Adam Smith. La monnaie neutre qui ne reflète pas la loi morale active des échanges s'effondre 240 ans après la Richesse des Nations. La monnaie est réellement depuis l'origine instrument de compte, de règlement et d'épargne. La monnaie idéelle d'aujourd'hui est instrument de spéculation politique et financière hors de toute loi du réel.

Dès qu'une société établit un système commun de numération de tous les objets qu'elle y échange, elle a une unité de compte qui fait monnaie. L'existence d'une société politique dans une loi commune de délibération de la valeur des choses s'exprime par un même système de prix. Les nombres attribués aux biens échangés exprimés dans la même unité de compte font la valeur numéraire de la monnaie. Une société est constituée en politie par une loi commune de comptage de la valeur collective ; dès lors, la monnaie règle les échanges pour signifier la valeur de la politie dans la politie.

Un achat réglé par une certaine quantité de monnaie signifie que la transaction, le prix et l'objet échangés sont conformes à la loi de la politie ; conforme à ce que les citoyens ont décidé de considérer comme réellement droit et juste. Le compte et le règlement introduisent alors la comptabilité du temps commun de la politie. Une même façon de compter à l'intérieur d'une société synchronise la valeur du temps dans le crédit.

L'existence politique d'une unité de compte signifiant le règlement des prix produit l'épargne monétaire. L'épargne en monnaie représente la mesure des biens investis par la politie dans son futur collectif. Le règlement d'un prix en monnaie offre à tout vendeur de conserver le signe pour acheter quelque chose dans le futur. Si la politie est stable dans sa constitution, dans son principe de légalité et dans sa loi de production économique, un épargnant ne peut pas douter de la conservation de son pouvoir d'achat par la monnaie de la politie. Le commerce du temps devient possible.

Éthique de la monnaie

La monnaie de compte, de règlement et d'épargne est la condition de la loi d'économie. Par la monnaie, la politie aristotélicienne règle le calcul économique. La monnaie est l'institution du travail d'intelligence humaine vérifiant que tout échange dans le temps et dans l'espace crée plus de valeur qu'il n'en détruit. La valeur économique est en logique aristotélicienne le surplus de matière produit par l'éthique des échanges dans la démocratie. La valeur est prisée par la monnaie du fait d'une éthique de l'échange dans la politie.

La politie de la démocratie alloue à tout individu citoyen la liberté de discussion du prix de tout ce qui s'échange. Cette liberté est le fait de la loi adoptée par la société. La loi politique de la démocratie économique repose sur l'interdiction de la moins-value. Un échange est illégal en éthique de la démocratie si pour l'une des parties à un échange, le prix de ce qui est cédé est supérieur au prix de ce qui est acquis. Le prix est une information de la matière : la plus-value résulte de l'information par la loi et non d'une soustraction de matière à quelqu'un.

La loi fondamentale de la démocratie donne à tout individu d'être le sujet de ses décisions économiques. Comme sujet économique de la démocratie, le citoyen a une capacité personnelle de jugement où il compare ce qu'il veut à ce que ses contreparties potentielles lui proposent. Comme la raison commande de refuser l'acquisition d'un objet de moindre prix que l'objet cédé en paiement, l'éthique d'égalité des droits commande en sens inverse de refuser la cession d'un objet de moindre prix que l'objet acquis.

Économie de falsification

Dans la loi démocratique de l'économie, vendre sciemment une moins-value est un jeu de parole contre la réalité. Acheter une plus-value certaine par un prix de légalité dissimulée à l'intelligence du vendeur est une falsification du réel. Spéculer par le discours contre la volonté individuelle objectivement exprimée dans le prix est un crime contre la démocratie. Le calcul du prix par l'intérêt individuel exclusif est interdit : la seule cause du prix admise par la démocratie est l'équilibre transparent des intérêts déposés dans le marché au vu de tous.

L'économie de la démocratie définie par Aristote contient deux plans de raisonnement et de jugement : la réalité objective et la réalité subjective. La confusion des deux plans dissimule la subjectivité dans l'objectivité. La réalité objective est commune et partagée dans la mesure où elle est régie par la loi ; la loi discutable dans l'ordre métaphysique au-dessus des contraintes imposées par la réalité physique. La réalité objective est d'autant moins discutable que la société des sujets individuels construit la loi du réel dans la discussion politique.

La démocratie aristotélicienne est la discussion de la loi qui permette la philia (civilité) ; la subjectivité s'affranchit des déterminations de la physique par la métaphysique négociable dans la politie. La séparation transparente du physique et du métaphysique est la condition de la vérité démocratique. Au Siècle des Lumières, la métaphysique est absorbée dans la physique particulièrement dans le monde anglo-saxon. La vérité disparaît dans la réalité. La science économique se détache de la politique. Ainsi, la finance d'aujourd'hui s'est affranchie de la loi.

Sans distinction par la monnaie du prix de la chose physique et du prix métaphysique du crédit, l'intelligence humaine n'a plus la liberté de chercher ce que veut l'individu dans la société ; l'économie du réel objectif détermine alors des équations sociales d'échange et non des équilibres négociables de subjectivité. Adam Smith fonde l'économie libérale par un ordre transcendant d'une réalité qui n'est plus vraiment négociable par n'importe quel citoyen.

La main invisible du mal

En fondant une économie objectiviste sans responsabilité politique du sujet, Adam Smith permet l'abolition de la démocratie. Le théoricien involontaire de la main invisible pose l'éthique sans loi. La confrontation naturiste des intérêts particuliers suffit à dégager une stabilité des prix selon une optimalité qui ne serait pas discutable. Selon Adam Smith, l'homme n'a pas besoin de comprendre ce qu'il est pour vivre et produire la richesse. La discussion économique de la loi est inutile et la démocratie sans rapport avec l'économie.

La science économique fondée sur Adam Smith est la loi même au lieu d'être la logique de discussion de la loi. Par la main invisible, l'économie n'est plus la transformation de la réalité par la loi de démocratie. Le libéralisme économique est la théorie de la loi soustraite à la démocratie ; donc l'économie humaine livrée à des oligarques omniscients. La transformation opérée par Adam Smith du libéralisme politique en libéralisme économique a pour conséquence de réduire la démocratie au bavardage. L'empire de la monnaie s'est librement érigé au-dessus de la loi.

L'effet du moralisme smithien est manifeste dans la crise actuelle : la loi est inutile. La loi n'est plus délibérée dans des budgets ; les vraies décisions politiques ne sont plus que l'émission de la monnaie. Toute l'économie humaine appartient à ceux qui décident des prix par la causalité de la monnaie dans le crédit. Le crédit est dicté par le pouvoir de financer la politique ; il n'est plus réalisable en biens par les sujets de l'économie.

Le crédit est dans la démocratie l'application réelle de la loi entre le prêteur et l'emprunteur du prix ; du prix de l'objet librement échangé à la condition de la loi appliquée. Mais une fois que le libéralisme économique abolit l'existence concrète de la loi politique, le crédit n'est plus qu'une écriture légale dans les comptes d'une banque. La loi ne peut plus justifier le prix qui n'est plus un crédit réel ; lequel n'est plus la justification véritable des comptes en monnaie.

Globalisme impérial

Au temps de Smith, le crédit est possiblement matière de la monnaie par l'interdiction sociale du paiement sans éthique. Dans le monde globalisé d'aujourd'hui, la loi sous-jacente à la monnaie est impensable. L'éthique des échanges est pure fiction en l'absence de formulation mondiale d'une loi minimale ; d'une loi qui protège la liberté du sujet, appelle la responsabilité du vendeur et exige la réalité de l'objet. La loi humaine n'est plus la question des prix internationaux.

Les héritiers de Smith ont bien vu comment la liberté internationale des échanges sans loi politique du prix leur livrait tout le réel. Le dollar n'est pas émis sur la discussion des prix en dollar ; l'application à tout emprunteur de la loi des États-Unis n'est pas vérifiable dans les comptes en dollar. L'euro n'est pas émis sur le crédit d'une loi commune appliquée aux échanges entre Européens. Les monnaies internationales en circulation libre créent une réalité libre de toute loi. Les prédateurs sont des bienfaiteurs par détermination de l'économie.

Il n'existe aucune solidarité politique entre les utilisateurs libres du dollar, de l'euro et des autres monnaies de réserve internationales. Tout le système monétaire international est construit sur la finance exemptée de loi politique. Le prix ne renvoie pas à la loi ; le crédit est réputé exister par le seul prix annoncé par une banque. Les banques centrales et commerciales sont libres de faire enfler les dettes internationales et nationales au-delà de toute limite réelle ; au-delà de toute appréciation légale de l'économie du réel.

En 2007, la dette mondiale a débordé la réalité : les plus-values financières d'émission libre du crédit sont devenues inférieures aux moins-values infligées à l'économie réelle. Techniquement, les primes de crédit comptabilisées ne couvrent plus les moins-values latentes. Le pouvoir financier ne peut plus préserver son empire monétaire sans mettre les polities en faillite ; sans détruire les réalités sociales par de fausses créances . Les institutions politiques internationales sont lancées contre les démocraties nationales écrasées par des dettes imposées aux plus faibles.

La raison financière sans démocratie est une bombe logique. L'oligarchie ne trouve plus aucune limite au pillage des réalités humaines par la monnaie. Le cœur de l'apocalypse monétaire (vision de révélation de la fin d'un temps) est la zone euro. La spéculation financière enferme la politique européenne dans son propre suicide par la fausse alternative de la monnaie unique ou de l'abandon de l'euro. Or la monnaie unique détruit la démocratie et l'abandon de l'euro détruirait l'économie de l'Union européenne (UE).

Économie européenne de la démocratie

L'euro dissocié de toute loi efficiente détruit l'économie réelle des sociétés. La restauration démocratique de l'Europe implique simplement la ré-indexation légale de la monnaie sur le réel. L'UE a institué pour la première fois dans l'histoire de l'humanité l'exercice de la démocratie à double niveau : national et confédéral. Pour que les deux niveaux de pouvoir servent la démocratie, il suffit de décomposer le système de l'euro en figures monétaires nationales et confédérales ; et de doter la confédération européenne d'une politie démocratique.

L'UE est de fait une confédération de démocraties nationales : deux régimes de délibération de la loi cohabitent. Les droits des sujets sont définis et appliqués par les États-nations pendant que l'économie des objets marchands est régie par la loi communautaire. En différenciant les monnaies nationales de la monnaie commune, l'UE rend les démocraties nationales négociables et mesurables les unes par rapport aux autres. L'équité financière entre les démocraties nationales est l'objet de la démocratie confédérale.

L'alignement des monnaies sur la nationalité des lois appréciables dans le double exercice national et multinational de la démocratie produira une configuration politique miraculeuse. La subjectivité de la discussion politique reprend la maîtrise de l'objectivité économique. Toute loi devient négociable non seulement par ce qu'elle dit, mais par ce qu'elle produit. Le prix des monnaies devient rationnellement variable selon le jugement du bien humain et selon le constat du réel.

Pour que l'équilibre monétaire des comptes réglés en épargne se réalise en conformité nationale et confédérale, il faut une loi monétaire confédérale interdisant la conversion des monnaies nationales hors de l'euro confédéral. Et il faut une responsabilité de cette loi monétaire devant le Parlement Européen ; donc une détention du capital de la BCE par le pouvoir exécutif financier communautaire devant le législatif confédéral.

Alors la responsabilité politique des nations européennes se mesure exclusivement en économie commune de la démocratie confédérale ; et la responsabilité politique commune est librement appréciée par les monnaies nationales en économie commune. La compensation en euro des lois, des crédits, des réalités économiques et des autorités politiques prise les figures nationales de la démocratie par des monnaies distinctes négociées en transparence légale.

L'euro confédéral restaure la stabilité du discours sur la réalité sensible. Toute vérité scientifique est appréciable par la prime de crédit de l'auteur identifiable d'un énoncé ; par la prime d'investissement du producteur réel de l'objet ; et par la prime de change de la démocratie dépositaire d'une loi de vérité. La réalité économique européenne confédérale est discutable dans la pluralité nationale de la démocratie.

Le crédit de la démocratie

À son apogée virtuelle, l'empire de la monnaie est en ruine. Cette dichotomie radicale entre l'objectif et le subjectif offre au jugement des peuples une réalité limpide. Les oligarques se réclament de la raison technique contre toute délibération de la loi de rationalité économique. La loi non discutable ne produit plus aucun crédit ; la révolte des peuples contre le faux crédit déguisé en loi sera invoquée pour justifier le terrorisme d’État.

Pour donner sa chance à la démocratie, il suffit de constater que le dollar et l'euro monnaie unique ruinent l'économie. Et il faut pousser au pouvoir des gouvernements engagés à rendre leur responsabilité mesurable par la monnaie nationale. L'euro monnaie de crédit commun étalonne les démocraties nationales. Alors les États surendettés seront dévalués en euro. La démocratie retrouve le prix de la vérité des richesses qu'elle produit.

Les lois économiques non mesurables par la démocratie sont toxiques ; elles détruisent toute possibilité de confiance rationnelle dans l'économie de l'échange. La démocratie est la raison réelle de l'échange humain. Si l'Europe n'est pas capable de restaurer la démocratie, elle entraînera le monde dans le trou noir de la finance sans loi. Le monde attend que les Européens se soulèvent contre la corruption financière. Les Français éliront-ils le président d'une démocratie ?

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 23:55

La crise de la zone euro est l'épiphénomène d'un défaut systémique mondial : la masse mondiale des crédits construite sur la liquidité non régulable du dollar internationalisé ne peut plus être ré-indexée sur la croissance de l'économie réelle. Le système bancaire international prend ses dernières plus-values sur la zone euro qui est le seul système monétaire à extérioriser le risque de crédit entre des économies nationales différentes à l'intérieur d'une même politique monétaire.

En l'occurrence, l'Allemagne est attentive au surendettement de ses partenaires qu'elle finance directement par la monnaie unique. La menace d'une sortie de l'Allemagne de l'euro rend crédible la faillite possible des autres États de la zone. Cette possibilité est achetée en dollar avec les CDS grâce aux liquidités empruntées à la BCE ; lesquelles doivent être réemployées dans des placements sans risque ; c'est à dire couverts par des CDS contre le risque de défaut des États Européens.

La principale utilisation de la liquidité quasiment gratuite en dollar et en euro est désormais l'accumulation de créances off shore sur des États qui ne peuvent plus ne pas tomber formellement en faillite à cause de leurs engagements hors-bilan. Les emprunts illimités des banques à la BCE sont garantis par les États qui détiennent le capital de la BCE. Plus les banques spéculent avec les liquidités de la BCE plus elles gagnent sur la couverture de leur risque public ; lequel croît indéfiniment avec l'exposition des États au risque systémique de la BCE.

Spéculer contre les États et la BCE est une obligation systémique à l'intérieur de la zone euro à cause de la réglementation prudentielle. A l'extérieur de la zone euro, la spéculation contre la BCE est une source de plus-value à saisir impérativement pour ne pas tout laisser à la concurrence. La zone euro est donc déjà morte dans le système actuel de la spéculation libre entre monnaies. Les eurobonds n'y changeront rien : il est clair que l'Allemagne en portera l'essentiel du risque ce qui attirera contre elle toute la spéculation au fur et à mesure que les autres pays européens tomberont sous assistanat financier permanent les uns derrière les autres.

Absorbé par l'obsession de rester liquide, le système financier international ne voit pas que l'éclatement de la zone euro précipitera tout le système dans l'abime. Les créances off shore accumulées contre l'euro bloqueront instantanément toute liquidité des capitaux en dollar. Les paiements internationaux seront interrompus et toute l'économie mondiale s'effondrera dans la disparition totale de toute confiance.

Les gouvernements n'ont plus aucune influence sur le système bancaire international tant qu'ils ne reprennent pas le contrôle nominal de la liquidité des banques centrales. Si le système bancaire mondial ne se remet pas de lui-même sous le contrôle juridique des États, l'opération se fera dans la violence : soit par des coups d’État, soit par des émeutes, soit par des guerres.

La libre circulation des capitaux apparaît clairement comme mystification financière. La liberté en vigueur est simple alibi d'opacité pour prélever en toute impunité des plus-values fictives sur l'économie réelle. La zone euro a tout les moyens de mettre fin à la prédation financière par un marché interne de capitaux qui soit dissocié des intérêts de crédit, d'investissement, d'assurance et de change.

Un marché transparent en euro sous contrôle des institutions financières publiques de la zone euro produirait bien un équilibre des prix, des échanges et du droit. Une compensation en euro des pertes de crédit bancaire par les pertes de crédit public peut être réalisée par la restauration des monnaies nationales exclusivement convertibles en euro. La dévaluation des euro-monnaies des membres trop endettés de la zone rétablirait la liquidité par la dépréciation des dettes, la resolvabilisation des emprunteurs par la compétitivité du travail et la réévaluation du capital réel.

La consolidation du crédit et des monnaies dans la zone euro doit être opérée avant l'effondrement général politique et financier. La majorité des professionnels de la finance sait le régime actuel de la dérégulation incompatible avec la croissance humaine. Il ne faut pas attendre la catastrophe pour construire la crédibilité de l'alternative.

Le schéma de la compensation européenne en euro transformé en étalon de crédit est la solution économique la plus crédible. Compte tenu de la neutralisation du pouvoir politique par les divergences culturelles et doctrinales internationales, les banques et les banques centrales doivent engager la discussion des réformes monétaires qui leur évitent le défaut général.

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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 18:38

Le Cercle des Echos : république ploutocratique et démocratie financière

La république de l'argent

L'actuelle crise financière est une crise de la république qui ne sait pas être une démocratie. La république des citoyens et la république des marchands est une seule et même réalité publique. Le citoyen est libre dans la république d’échanger par lui-même à la condition d’agir publiquement ; à la condition de se soumettre au jugement public.

Dès que l’échange est libre, la république différencie par la monnaie les échanges qu’elle accepte des échanges qu’elle n’accepte pas. Un échange acceptable a un prix public en monnaie tandis qu’un échange inacceptable reste privé et sans prix en monnaie. Échanger en public sous le contrôle de la république, c’est se mettre sur le marché pour former des prix par la loi. Le citoyen de la république est nécessairement un marchand qui offre et demande librement en s’exposant au jugement public matérialisé par la monnaie.

Inévitablement la république discrimine les citoyens par l’argent car le jugement public distribue l’argent par le marchandage. Le marchandage est la liberté de proposer différents critères de la valeur : le plus convaincant capte le plus d’argent. Si la république ne pose pas de critère de valeur supérieur à la libre confrontation des idées sur le marché, la rhétorique détermine le prix des échanges. La rhétorique est aujourd'hui la spéculation financière.

Finance et monnaie de la démocratie

La seule manière de soustraire la république à la ploutocratie, est la démocratie. La démocratie n'est pas le pouvoir du nombre mais le pouvoir de la délibération. La délibération est la confrontation des discours qui libèrent ; c'est à dire des discours qui laissent toujours le choix de la réalité derrière les mots. La délibération démocratique laisse à chaque personne la liberté de son jugement sur ce qu'elle choisit comme son bien. La démocratie est la délibération des limites de la liberté qui permettent la liberté de chacun.

La démocratie s'est opacifiée depuis trois siècles à cause de la libre monétisation républicaine des échanges. La fondation de la démocratie par la distinction radicale du sujet et de l’objet a disparu dans l'opacité des marchés non régulés par la loi. Dans la démocratie, tout sujet a un statut dont Aristote explique qu’il est le déterminant premier du prix. Un statut signifie que la place du sujet dans la démocratie est indépendante des objets qu’il manipule et échange.

Le statut du citoyen crée une valeur de l’individu dans la démocratie absolument indépendante de ce qu’il peut vendre ou acheter. C’est la raison par laquelle les états nationaux se sont constitués. Les nations démocratiques se sont forgées par une conception partagée et commune du statut du citoyen. La citoyenneté a impliqué des systèmes de solidarité économique indépendante d'une valeur marchande des individus.

Les monnaies nationales sont apparues variables les unes par rapport aux autres à cause de l’efficacité différente des systèmes nationaux de solidarité entre citoyens. Un même objet issu de deux marchés nationaux distincts a le même prix sur le marché mondial mais s'exprime en monnaies distinctes selon les droits effectivement reconnus à la personne qui produit et qui vend.

Chute de la ploutocratie républicaine

La république mondiale du libre échange a à partir du XVIIIème siècle détruit les démocraties nationales. La destruction s’est opérée par l’idéologie libertaire et par la monnaie. Les libertaires ont proclamé que la liberté ne souffrait aucune loi. La monnaie est devenue une matière de même valeur pour tout pays indépendamment du droit positif. Le crédit public de l’État de droit a été remplacé par la spéculation privée sur l’étalonnage physique de la valeur.

Jusqu'à la Révolution Française, l'émission monétaire est un monopole régalien. Il est nécessaire que la monnaie à l'effigie du souverain témoigne de l'existence d'une comptabilité de la valeur fondée sur une responsabilité humaine de la loi du vivre ensemble. L'avènement de la république comme souveraineté de la loi détachable de ses interprétations humaines change la nature de la monnaie et la source de l’émission monétaire.

La décision privée du monarque républicain ou des représentants de la république devient moralement suffisante pour émettre la monnaie. La monnaie ne réprésente plus la loi vivante d'un bien commun effectif mais la nomination abstraite d'un bien théorique non nécessairement vérifié. L'étalonnage de la monnaie se fait sur la seule matérialité physique, par exemple l'or, et non sur la vérification de la justice des échanges par le souverain.

Dans le régime de la souveraineté exclusivement populaire ou nationale, il n'y a plus d'interprétation humaine de la loi dans l'émission de la monnaie. L'étalonnage physique de la monnaie introduit un critère apparemment objectif de valeur de la monnaie. En réalité l'émission monétaire est le fait d'un jugement bancaire de la valeur attribuée à des créances privées. Le critère de la valeur n'est plus délibéré en public.

Après l’abandon de l’étalon or, c’est la spéculation des États les uns contre les autres puis la spéculation privée qui sont devenus les seules causes de représentation de la valeur par la monnaie. Dans le libre échange marchand mondialisé d’aujourd’hui, le citoyen n’a plus aucun statut. La valeur du citoyen de la république mondiale est strictement proportionnelle au capital monétaire qu’il est capable de capter. Le résultat est la guerre économique de tous contre tous qui engloutit les États dans la confrontation généralisée des intérêts ploutocratiques.

Restauration financière de la démocratie

La seule et unique façon d’en sortir est l’instauration de la démocratie au-dessus des républiques nationales. Si la monnaie est redéfinie comme unité de compte de l’option mondiale de démocratie, alors toute évaluation de prix peut se subordonner à l’achat marchand d’une prime de garantie du droit de l’acheteur d’un objet. Tout vendeur de quoi que ce soit ne gagne de l’argent sur le marché mondialisé qu’à la condition de servir la citoyenneté d’un acheteur quelle que soit sa nationalité.

Concrètement, le système de la monnaie limitée par les choix effectifs de la démocratie est celui qu'avait proposé Keynes en lieu et place de l'actuelle république mondiale du dollar. L'unité de compte internationale représente l'égalité entre les démocraties. Elle mesure le crédit des souverainetés à délibérer et appliquer la loi des citoyens.

La monnaie sous-jacente à l’option rétablit la primauté du sujet citoyen qui ne peut plus vendre sans être garanti par l’acheteur de sa prime lui-même soumis à la loi nationale d'une démocratie. Le bancor de Keynes sous-jacent au marché financier transnational est émis à proportion des garanties internationales souscrites sur des emprunteurs internationaux impérativement tenus par la loi de la monnaie empruntée.

Le bancor est une prime de crédit sur le prix du réel. Il transforme les démocraties nationales en acteurs de la démocratie universelle. Il suffit de domicilier les transactions financières internationales dans les pays où la démocratie est vivante par l’indépendance du pouvoir judiciaire. Les engagements internationaux sont contrôlables par la démocratie s'ils sont déposés sous le regard d'un juge indépendant exclusivement tenu par la loi de la démocratie.

L’Union Européenne se revendique société multinationale de démocraties. Elle s'est justement dotée d'organes communs du bien de ses citoyens dans leur république. Elle dispose de pouvoirs judiciaires constitutionnellement indépendants. Les citoyens européens peuvent fonder la démocratie s'ils libèrent leurs républiques de l’argent. Si les citoyens retirent aux banques le pouvoir d'émettre le prix de leurs droits. Si les citoyens redonnent au pouvoir politique la responsabilité de la valeur de leurs droits. Aux armes les citoyens !

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 17:38

La bible judéo-chrétienne est le plus ancien traité d'économie politique dont dispose l'Occident. La monnaie y est présentée comme un instrument matériel de l'économie interpersonnelle de l'amour. La tragédie civilisationnelle politique et financière en train de s'accomplir est celle de l'adoration du veau d'or dans le Sinai pendant que Moise reçoit la Loi. La monnaie est la matérialisation de la loi de vie en société ; donc la quantification politique du travail humain de transformation collective de la matière en objet d'expression de l'amour entre les membres de la société.

Depuis le début de l'ère industrielle moderne, la civilisation humaine découvre, derrière la loi de vie en société organisée, son extraordinaire capacité de transformation de la matière par le travail. La loi de vie est contenue dans la monnaie qui compte le prix des activités humaines. Elle a été oubliée derrière ce qu'elle produit : la monnaie a été déconnectée du crédit ; et le crédit a été détaché de la rémunération du travail. Les hommes perdent dans la crise actuelle la signification de leur travail ; le travail n'est plus production de vie pour les autres mais sacrifice d'adoration du veau d'or. Toute la finance spécule sur l'image quantitative de la richesse et cesse de financer l'économie de la réalité humaine travaillée.

Derrière l'humanité qui se détruit dans la spéculation idolâtre, l'humanité qui anticipe, entreprend et travaille continue de se recevoir de la loi de l'amour. Pour protéger l'investissement humain de l’idolâtrie financière, il suffit de rendre distincte la vraie monnaie des monnaies falsifiées par la spéculation. L'Union Européenne peut convertir l'euro en étalon de crédit objectif, c'est à dire en unité de compte infalsifiable du prix du travail mu par la loi du vivre ensemble dans la durée. L'UE est un espace multinational de vivre ensemble par la réception de la Loi dans des nationalités et des cultures distinctes.

L'UE peut créer un marché financier unifié de compensation des lois nationales, du crédit de tout emprunteur et du travail personnel de production. L'euro est alors converti en monnaie européenne véritablement commune de mesure de la justice, du crédit et du travail comme biens universels de l'humanité. L'euro commun permet de réguler la convertibilité des monnaies nationales rétablies. A l'intérieur de la communauté juridique européenne, les monnaies nationales quantifient la responsabilité des nationalités à appliquer les lois communes de la justice, du crédit et du travail.

Le marché européen de compensation en euro est la mise en commun de la loi dans les coeurs. Il expose en pleine lumière les compensations privatives opérées par le système financier opaque en monnaie spéculative. La compensation européenne instaure simplement la transparence et le traçage des contrats financiers d'assurance, d'investissement et de crédit qui financent un vrai travail de transformation du réel dans la Loi. L'euro étalon de crédit multinational européen devient outil de moralisation de la finance ; les acteurs de l'économie réelle sont restaurés dans la Loi du vivre ensemble. La spéculation reste libre mais ne peut plus détruire le vrai travail sans que personne ne puisse en juger de bonne foi.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 11:14

La systémique de compensation financière appliquée aux dettes de l'Europe vis-à-vis de la Chine doit reposer sur un étalon de crédit international. Cet étalon peut être créé par exemple par la monétisation du DTS que le gouverneur de la Banque Populaire de Chine a réclamé en mars 2009. Il doit permettre l'équilibre des obligations du créancier et du débiteur. La Chine constitue actuellement une épargne sur le reste du monde par ses réserves de change. Pour que cette épargne repose sur la solvabilité à terme de ses débiteurs, il convient que l'Europe ou tout autre pays empruntant l'épargne chinoise développe son potentiel de production à terme par l'investissement dans l'enseignement et la recherche. Cet investissement n'est possible que par des parités de change qui expriment l'inversion à terme des flux nets d'échange de biens et services. Autrement dit, les monnaies européennes ne peuvent pas afficher par rapport au yuan une parité qui surestime le prix actuel de la richesse à produire par les Européens dans le futur.

Notre systémique financière actuelle consiste à émettre de la monnaie comme instrument de prix par adossement à la dette recyclant l'épargne. La monnaie instrument de paiement mesure l'épargne, définit le crédit et compte la richesse concrète à produire sur le futur. Si les prix internationaux résultent des rapports d'endettement et non des rapports de compétitivité qui permettent le remboursement à terme des dettes, alors les créances-dettes finissent forcément par se déprécier aux doubles dépens des épargnants et des entrepreneurs-travailleurs qui ne peuvent plus préparer l'avenir au présent. La crise mondiale de la dette met les pays développés au chômage et détruit les réserves financières que les nouveaux pays développés constituent sur leur futur.

La cause de cette mécanique infernale est la confusion systémique entre la monnaie qui d'une part compte les activités réelles et les décisions financières des pays et d'autre part mesure le crédit international. Le dollar, et dans une moindre proportion l'euro, comptent à la fois la dette extérieure des Etats-Unis et de l'Europe et les réserves de change des pays émergents. Les émergents s'achètent des réserves de revenu dans le futur en exportant davantage qu'ils ne consomment. Les développés vendent des réserves par une consommation plus dynamique que la production réelle. Mais l'échange est fictif si les développés n'investissent pas dans leur production future qui remboursera ce qu'ils doivent. Le futur est mis en contradiction avec le présent par les parités de change qui ne permettent pas d'engager au présent la production du futur que les épargnants prêtent à leurs débiteurs.

La contradiction économique et financière du dollar entre la Chine et les États-Unis est la même que celle de l'euro entre l'Europe germanique et l'Europe latine. Le seul moyen de surmonter ces contradictions est la distinction de la monnaie qui compte le réel d'avec la monnaie qui compte l'adéquation de la monnaie au réel. Les monnaies actuelles comptent le réel. Il manque une monnaie pour compter le crédit international sur le seul plan de la cohérence systémique du crédit avec les réalités nationales et régionales. La monnaie de crédit international, donc le DTS voire l'euro transformé en monnaie européenne commune à coté des monnaies nationales rétablies, doit servir à réguler les parités de change pour que toute dette internationale soit toujours remboursable.

La systémique de compensation financière est le moteur d'équilibrage des monnaies réelles par la monnaie financière internationale. La monnaie d'étalonnage international du crédit ne peut être logiquement émise qu'à proportion d'une compensation entre les appréciations des différentes figures de la réalité économique ; figures de réalité qui sont celles des emprunteurs et des prêteurs internationaux. Les primes de crédit international, les primes de change et les primes d'investissement actuellement échangées dans des transactions internationales privées doivent l'être dans une compensation internationale publique. Un marché financier transparent de compensation internationale tel que réclamé par Keynes il y a 70 ans et que les États-Unis ont récusé pour imposer leur dollar et leurs compensations privatives opaques.

Si une solution globale peut émerger, une compensation internationale en DTS monétisé serait surveillée par le FMI dont le capital soit détenu proportionnellement au poids des États dans l'économie mondiale. La compensation serait l'adossement de la masse mondiale des primes de crédit garantissant effectivement la solvabilité de tout emprunteur à la somme des primes de change et des primes de capital. Les primes de change évaluent le risque de crédit à terme des monnaies nationales ou régionales. Les primes de capital évaluent la suffisance du capital effectivement souscrit par les investisseurs en couverture de leurs emprunts internationaux. Ainsi la compensation en monnaie de crédit international provoque-t-elle un équilibre mondial dynamique du crédit par les fluctuations des parités de change déterminées par les souscriptions internationales de primes de crédit, de primes de capital et de primes de change.

Le détail des règles politiques, juridiques et financières nécessaires à la mise en oeuvre d'une compensation internationale en monnaie de crédit international est décrit dans Capital, crédit et monnaie dans la mondialisation et en plus résumé dans Constitution politique de l'économie. Toutes les règles et tous les instruments existent déjà mais ne sont pas mis en oeuvre dans un système financier international régi par l'égalité des droits entre les peuples et les États. Rien ne s'oppose à la régulation financière objective, publique et transparente sauf la mythologie d'une finance et d'une monnaie fidèles à la réalité qui existerait hors de la décision humaine. Si des financiers et des politiques réalistes se rapprochent, ils peuvent poser par la systémique de compensation en démocratie les conditions d'une réconciliation du calcul politique et financier avec la réalité humaine sociale, individuelle et collective.

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 11:06

De quoi parlons-nous ?

Le terme de « souveraineté monétaire » peut être remplacé pour ceux qui n’aiment pas le « souverainisme » par « responsabilité juridique nationale du crédit international de l’État-nation ». Si une nation est un patrimoine spirituel et matériel collectif de vivre ensemble dans un même droit, alors il est logique que les nations constituées soient solidaires en crédit comme en débit des pertes et des gains de patrimoine face aux autres nations. Les outils de cette solidarité nationale de crédit sont la monnaie et les budgets publics.

Un budget met en correspondance par la comptabilité en monnaie le droit et l’interprétation économique du droit. Une même monnaie implique un même droit et un budget commun. Sans les trois outils alignés de la juridiction, du budget et de la monnaie, les nations qui veulent rester distinctes sont obligées d’avoir des monnaies propres pour ne pas s’anéantir réciproquement. La variation du change d’une monnaie dans l’autre traduit en temps réel la variation relative des patrimoines nationaux entre deux nations en relation d’échange matériel, intellectuel et spirituel. La relation de crédit international est civilisée par les monnaies nationales.

Dans un contexte international, les règlements de crédit qui sont la contrepartie des excédents de livraison de biens et services réels ne peuvent pas être soldés autrement que par un règlement patrimonial ; un règlement en prix d’une capacité de production de biens et services réels dans le futur. Un règlement patrimonial international est une variation de change : le débiteur net en excès de dette dévalue par rapport à ses créanciers.

Sortir de la contradiction qui nourrit la spéculation

Dans un contexte d’accumulation excessive de dettes internationales, le seul moyen de rester en bons termes juridiques est le règlement patrimonial par la variation du change entre monnaies nationalisées. La dévaluation est l’alternative à la suspension de paiement qui est un acte juridique de rupture.

La crise de la zone euro est de nature politique. Les traités fondateurs de l’euro ont omis de prendre position sur la nature politique de la zone euro : nation unique ou fédération de nations. La monnaie unique est venue contredire l’organisation politique qui est restée confédérale. La zone euro n’ayant pas encore choisi entre fédération ou confédération ne peut pas se dispenser de rétablir des monnaies nationales jusqu’à la constitution d’un budget fédéral substantiel assis sur des institutions fédérales.

La zone euro est de fait une confédération. Tant qu’elle le reste, il lui faut une monnaie commune pour réguler les changes et les crédits entre les nations qui la composent. Sans restauration des monnaies nationales, la confédération européenne et a fortiori la fédération sera brisée par la conflagration entre des nations européennes qui ont conservé leur identité. La monnaie n'est pas seulement une représentation de la matière mais aussi de l'intelligence et de l'esprit qui sont encore nationaux.

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18 novembre 2011 5 18 /11 /novembre /2011 15:44

La conférence organisée par le Centre Porte-Haute de Mulhouse aura lieu le mercredi 23 novembre à 19 h 00 - Maison diocésaine Teilhard de Chardin - 17, rue de la Cigale - Mulhouse

L'exposé en quatre parties donnera lieu à une discussion critique de la proposition de transformation de l'euro en étalon international du crédit et de régulation financière.

 
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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 12:43

Le drame se noue dans la zone euro : la Grèce a perdu toute possibilité d'emprunt sur le marché financier. Or l’État grec reste en situation de déficit massif, officiellement de l'ordre de 8% du produit intérieur brut. Au sein de la zone euro, deuxième monnaie de réserve internationale derrière le dollar, un État est devenu existentiellement dépendant de la solidarité financière de ses partenaires.

Pour la première fois depuis 1945, un émetteur de dette publique sous-jacent à une grande monnaie de réserve se retrouve illiquide. Par le fait de la monnaie unique, il n'est plus possible légalement de restaurer la liquidité de la Grèce par la dévaluation. Les créanciers de l’État dépositaire de la loi en Grèce se tournent vers les autres États européens pour obtenir l'application de la loi grecque sur les emprunts publics.

L'interprétation du défaut financier de la Grèce sort du paradigme juridique et économique habituel. Le partage d'une même monnaie entre plusieurs États implique de fait la solidarité budgétaire. Le remboursement complet des titres de dette publique déposés à la banque centrale en garantie de la monnaie émise incombe à l'ensemble des États de la zone. Or le traité fondateur de l'euro récuse la solidarité des budgets publics par le motif de la monnaie commune.

La crédibilité financière de l'euro n'est plus assurée ni à l'intérieur de la zone ni à l'extérieur. La loi politique de l'euro n'est pas transformable en rationalité économique ; l'impossible dévaluation de la monnaie des Grecs interdit l'ajustement économique des prix domestiques. Le rééquilibrage des échanges extérieurs nécessaire à la réduction de l'endettement intérieur et extérieur ne peut être obtenu que par diminution autoritaire des revenus, des salaires et des emplois publics.

La politique en conflit avec l'économie

Le marché financier international sait d'expérience le redressement impossible des comptes extérieurs d'un État sans l'ajustement de la parité de change. Or le déficit des finances publiques est supérieur à la croissance réelle dans la quasi-totalité des États européens. La dette publique croît partout plus vite que la production qui permettrait de la rembourser. Les Européens sont dans l'impossibilité d'agir sur la parité de change de l'euro même si elle se révèle incompatible avec la croissance économique dans la majorité des États membres.

La baisse autoritaire des revenus est la seule option des gouvernements européens pour forcer l'épargne qui évite la croissance des dettes. Or cette politique avait été adoptée pour résorber les dettes de la première guerre mondiale. Elle avait conduit les Européens au nazisme et à la deuxième guerre mondiale. Le marché international se prépare donc à l'éclatement politique de la zone euro.

L'expérience de l'euro met en contradiction la politique et l'économie. Le dilemme ne peut pas être résolu par le Fonds Européen de Stabilité Financière. Les États ne peuvent plus abonder le FESF sauf à augmenter leurs dettes. La solidarité financière maintenue jusqu'à présent ne change pas la situation individuelle de chaque État. Toute allocation de fonds supplémentaires au FESF se traduira par une dégradation de la solvabilité générale.

Les gouvernements européens négocient une ingénierie financière pour afficher une augmentation des capacités d'intervention du FESF sans allocation budgétaire publique. Mais la transformation du FESF en fonds spéculatif à effet de levier se heurte à des obstacles juridiques, logiques et politiques.

Le tribunal constitutionnel allemand a rappelé en septembre que la démocratie allemande interdisait des engagements budgétaires publics irrévocables sur le futur. Le financement allemand du FESF est donc strictement limitée par le contrôle budgétaire des parlements allemands représentant le contribuable et l'épargnant. Or l'opinion publique allemande et internationale comprend la crise mondiale de la dette comme l'incapacité du système financier international à maîtriser les effets de levier.

La solvabilité réelle des emprunteurs publics et privés n'est pas objectivement mesurable par les règles en vigueur ; lesquelles ne sont pas intégrées dans le calcul financier des parités de change. Le système monétaire ne contient pas de loi d'ajustement du prix des dettes à l'économie réelle ni en Europe ni dans le reste du monde. Le FESF accroît une capacité globale d'endettement sans pouvoir relancer la croissance réelle. La liquidité des dettes n'est pas restaurée.

Lever l'incohérence du système des monnaies

Sans négociation politique des parités de change compatibles avec la restauration des équilibres économiques, les États étrangers n'ont pas d'intérêt économique à investir dans l'euro. L'importation de liquidités extérieures aura pour effet de réévaluer l'euro par rapport aux autres monnaies ; donc d'aggraver l'insolvabilité européenne par une perte supplémentaire de compétitivité extérieure.

L'économie financière internationale s'est développée sur l'impossibilité de réguler le crédit en l'absence de coordination politique internationale des changes. L'absence d'étalon de crédit international a créé un intérêt financier à provoquer le surendettement international. Les opérateurs internationaux produisent leurs plus-values sur le risque d'intermédiation de l'épargne internationale qu'ils assurent.

Le défaut de l'euro exprime l'absence d'ordre monétaire international réalisant l'équilibre du crédit. Les pertes de change potentielles internationales sont déjà mesurées par les marchés dans la prime de crédit (CDS) des emprunteurs systémiques et dans la chute de la capitalisation des banques. Ce qui reste inconnu, c'est l'emprunteur caché le moins solvable du système qui sera le facteur de la rupture des paiements internationaux.

Le monde appelé au secours de l'euro sait que l'enjeu véritable est le système mondial des monnaies. La Chine a réclamé explicitement en mars 2009 par le gouverneur de la banque populaire de Chine, Zhou Xiaochuan, la transformation du DTS, monnaie du FMI, en étalon de crédit international ; un étalon universel de crédit pour compenser par le droit public l'équilibre international des monnaies, de l'épargne, de la production et des échanges.

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