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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 12:39

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Sommes nous capables de faire ce que nous disons ?

Réponse de l'auteur du billet paru sur le Blog de Paul Jorion à Guillaume.


@Guillaume,

Je crois que vos propositions sont politiquement et économiquement cohérentes et réalistes.

- Chaque pays utiliserait sa propre monnaie nationale dans le cadre des échanges nationaux
- Ces monnaies seraient inconvertibles (hormis en euro).

Cette proposition revient à aligner les monnaies et les systèmes juridiques. La délibération, l’application et le jugement de la Loi dans chaque pays européen fait varier la valeur extérieure de la monnaie par rapport aux autres monnaies qui obéissent à des systèmes de droit différents. Ainsi est-il possible d’avoir des droits du travail, des droits des faillites, des droits du crédit et des droits de l’auto-gouvernement différents. Il est possible par la variation du change de comparer l’efficacité économique des différents systèmes que les Européens choisissent.

Rendre les monnaies européennes exclusivement convertibles en euro signifie que les Européens s’évaluent réciproquement selon un système de valeur commun. En l’occurrence celui de la démocratie décrit dans les traités et directives européens. Et c’est le système politique démocratique et pluraliste de l’Union Européenne qui est le critère de comparaison économique de l’Union avec les autres systèmes dans le monde. Les États-Unis ou la Chine ou le Royaume-Uni ne peuvent plus jouer l’Allemagne contre la France. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France sont financièrement solidaires dans leur pluralité face aux États-Unis, à la Chine ou à la Tunisie.

Pour parvenir à cette re-politisation de la monnaie, il faut bien sûr que l’euro soit la monnaie commune de l’Union ; ou bien si Français et Allemands veulent fusionner leurs États en partageant l’euro, il faut créer une autre monnaie commune qui soit le bancor (ou le bankeuro, ou l’ECU ou l’unitas).

- L’euro lui serait utilisé pour les échanges communautaires et extra-communautaires, (pas dans le modèle actuel de changes flottants, mais sur un modèle de type « bancor » ou autre)
- éviter les déséquilibres commerciaux surtout envers l’extérieur de la communauté économique.

L’euro communautaire et non unitaire devient effectivement un outil efficace de cotation des parités monétaires à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union. Le principe que les Européens adoptent dans ce régime est celui de la cotation transparente et centralisée des primes de change comme couverture effective et systématique des parités à terme à l’intérieur et à l’extérieur de l’Union. Ainsi, toute parité de change nominale comptant ou à terme résulte d’un équilibre contrôlé en droit européen entre l’offre et la demande de risque de change. Tout emprunt de liquidité à l’extérieur de l’Europe est garanti à l’échéance par une prime de change ; et une prime de crédit calculée sur l’emprunteur. Tout prêt de liquidité à l’extérieur de l’Europe est effectué en bancor et couvert par les primes de change et de crédit versées par les emprunteurs.

L’Union n’est plus soumise aux conséquences en liquidité et taux de change des politiques monétaires étrangères sur lesquelles elle ne peut rien dire. Dans ce système de change, de crédit et de liquidité, les Européens retrouvent leur liberté économique entre eux-mêmes et collectivement vis-à-vis du monde. Les États qui veulent se spécialiser dans la spéculation financière cherchent un taux de change le plus élevé possible pour attirer les capitaux spéculatifs étrangers. Les États qui veulent développer leur industrie et s’approcher du plein emploi choisissent une politique de change qui maximise la compétitivité moyenne de leur force de travail par rapport à l’étranger.

Les pays intrinsèquement compétitifs comme l’Allemagne peuvent exporter leurs capitaux et donc leurs travailleurs les plus performants pour soutenir les moins performants à l’intérieur de leurs frontières. Les États qui ne peuvent pas survivre sans se droguer avec de l’inflation domestique doivent admettre la dévaluation permanente de leur parité monétaire afin de financer le déficit de leurs paiements extérieurs.

- instaurer un contrôle des mouvements de capitaux (citation « conformité au droit des objets d’investissement » mais quel droit?)

Si l’Europe décide de se refonder comme démocratie, cela implique que tout mouvement de capital à l’intérieur ou à l’extérieur de ses frontières soit identifiable par le système bancaire européen afin d’être juridiquement contrôlable. Le marché commun du bancor implique que tout mouvement de capital entrant ou sortant élise un droit national européen et un régime de juridiction. Aucun mouvement financier ne peut avoir lieu sans être soumis à la fiscalité décidé par l’État où il est domicilié ; en contrepartie le bénéficiaire du mouvement financier jouit de la protection d’un juge judiciaire national qui garantit le plein respect de ses droits politiques, sociaux et économiques. L’État de droit européen est l’obligation de se soumettre à un droit national librement choisi par la domiciliation de son capital là où chacun le juge le mieux protégé à l’intérieur ou à l’extérieur des frontières européennes.

- avoir le plus largement possible recours à l’épargne nationale pour financer sa dette publique ou privée

Ce principe s’applique à l’échelle de l’Union par le marché financier commun en bancor. Comme ce marché est soumis au droit des Européens qui protège la liberté de penser, de délibérer et d’agir, tout épargnant déposant dans une banque européenne « européanise » son épargne. Les dettes publiques et privées financées en bancor se trouvent nécessairement conformes à la conception européenne des droits de l’homme.


et que pensez vous de:
- interdiction des marchés non réglementés

Je comprends ce que vous voulez dire. Mais cette proposition est contradictoire en elle-même. Il n’y a pas d’interdiction sans réglementation et inversement. Votre proposition n’a de sens que formulée positivement : les Européens définissent tout marché comme espace de négociation réglementé où certaines opérations ou comportements sont interdits. Par exemple : il est interdit de vendre ou acheter par un prix fictif quelque chose qui ne sera jamais livré et qui donc n’existe pas ou ne peut pas exister.

Nous convenons que le néo-libéralisme est mortifère parce que doctrine enfermant le raisonnement humain sur lui-même hors de toute réalité. La finance et l’économisme néo-libéraux se suicident en s’interdisant de constater que leur réalité peut être de se suicider. L’enjeu actuel du monde est bien d’échapper à la mise en scène d’un suicide collectif qui devient réalité.

- simplification des instruments de couverture en particulier par la standardisation

Cela signifie qu’un instrument de couverture n’est pas une abstraction intellectuelle mais une réalité visible sur un marché. La standardisation est le fait que tout instrument négocié entre une offre et une demande réelles a bien la même signification pour l’acheteur et le vendeur. Donc que le sous-jacent d’une couverture (par exemple un modèle de prévision d’un prix de quelque chose d’explicitement livrable devant témoins) est nécessairement déposé dans le marché, c’est à dire originé, en langage financier (brokerage en anglais). Comme la production de standards est au cœur de l’innovation financière visant à mieux cerner les prix du futur, le risque d’irréalité des nouveaux standards doit être assuré par le versement de primes d’origination (commission de brokerage) aux intermédiaires de marché. Si un standard ne produit aucun prix par la négociation transparente de marché, l’ingénieur financier producteur du standard perd la prime de liquidité financière qu’il a dû payer pour livrer son produit dérivé à la négociation.

- centralisation des mouvements de capitaux par une structure publique d’enregistrement et de compensation (au sens usuel).
- redéfinition des structures d’intermédiation (rôle, statue juridique, contrôle juridique, séparation des activités…)

La structure publique centralisée d’enregistrement et de compensation que vous réclamez est justement le marché financier commun d’option que les Européens peuvent fonder s’ils ont encore un projet de démocratie. Un tel marché compense les flux financiers par la réalité concrète livrable à terme, par la prime de risque achetée et nécessairement vendue, par le crédit emprunté du prix à terme nécessairement prêté et par la conformité aux droits de l’homme de tous les contrats de compensation des prix conduisant à la livraison de quelque chose.

La redéfinition des structures d’intermédiation implique, pour que la réalité livrée soit différentiable du prix nommé, qui soit différentiable du crédit du vendeur, qui soit différentiable du droit de l’acheteur, de séparer l’investissement, le crédit, la négociation du prix et l’assurance de la réalité concrète. Il y quatre rôles fondamentaux dans le financement en droit de la réalité à terme : l’intermédiation de la prime (banque d’investissement), l’intermédiation de la liquidité du crédit nominal (banque de crédit), l’intermédiation de la liquidité du prix réel (banque de marché) et l’intermédiation de l’assurance de la réalité du prix (banque d’assurance : santé, revenus vitaux, dommages physiques, validité scientifique objective).

Conclusion :

vous [Guillaume] avez résumé ce que devrait être la refondation financière de la démocratie par l’Union Européenne. Si donc cette refondation n’a pas encore eu lieu, soit la majorité des Européens a opté pour le suicide néo-libéral, soit la démocratie a disparu en Europe qui permette aux citoyens de l’Union de choisir les dirigeants qui mettent en œuvre le projet commun.

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