Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 18:50

Restaurer les politiques publiques de change dans les normes de stabilité financière

La guerre des modèles financiers

Dans l'indigeste cuisine des régulateurs, François Leclerc analyse sur le Blog de Paul Jorion les couches basses du plat de lasagnes financières européennes. La croissance qui fait débat est le gratiné à la surface du plat cuisiné sur une couche de liquidité financière ; laquelle devrait sourdre de la couche de crédit posée sur un capital consistant. La crise des subprimes a révélé une accumulation de crédits sans capital. La liquidité s'est perdue dans les profondeurs du plat de lasagnes ; le gratiné de la croissance s'est calciné sur la couche de crédit mise à nu.

Le recul de la croissance enregistre l'insuffisance supputée des capitaux bancaires qui garantissaient le crédit de la liquidité interbancaire. Les accords internationaux de Bâle III ont prescrit le renforcement des fonds propres bancaires en proportion d'une mesure conventionnelle des risques pris par les banques. Une question reste sans réponse dans la recette financière préconisée : comment régénérer le capital sans croissance réelle de la production consommée et de l'investissement ?

La directive européenne CRD4 (Capital Requirements Directive) va fixer une interprétation européenne commune des normes bancaires internationales. Les désaccords exprimés entre Britanniques et continentaux ne révèlent pas seulement des intérêts concurrents mais des conceptions différentes de la stabilité de la monnaie et du crédit. Allemands et Français raisonnent par rapport à une monnaie commune ; ils ont besoin d'une convergence non seulement sur le niveau de capitaux propres qui fait la solidité des bilans bancaires mais également sur la qualité des crédits acceptés par la BCE en contrepartie des allocations de liquidité en euro.

Idéalisme en euro contre pragmatisme anglo-saxon

Les Britanniques ont une politique monétaire indépendante. Ils apprécient par eux-mêmes la qualité des titres de crédit en livre que les banques fournissent en collatéral des emprunts à la Banque d'Angleterre. Leurs exigences officielles de fonds propres supérieurs à ce que souhaite le continent correspondent au levier plus important toléré entre le prix réel du collatéral en livre et le prix nominal des engagements de la Banque d'Angleterre. La base économique réelle de la masse monétaire en livre est relativement plus étroite que la base économique de l'euro.

La livre est financièrement plus fragile que l'euro même si la crise de la dette apparaît plus violente dans la zone euro. Les Britanniques cherchent à minimiser le handicap de rentabilité du capital qu'implique une plus grande exigence de fonds propres bancaires nécessaire à la sauvegarde de la livre. Ils ne dissocient pas la régulation bancaire de leur politique de change. Au contraire, la zone euro n'a pas de politique de change et n'intègre donc pas un risque spécifique de change dans les exigences de fonds propres qu'elle veut imposer à ses banques. Pourtant le système bancaire espagnol s'est mis en faillite par la gratuité factice du change sur ses emprunts au reste de la zone euro.

La position euro-européenne est idéologiquement marquée par le choix de la monnaie unique. Une monnaie unique pour plusieurs États et plusieurs systèmes juridiques repose sur l'hypothèse de la neutralité de l'outil monétaire dans l'économie, la production et l'échange. Pour créer l'euro, le continent a supposé que la finance gestionnaire de la monnaie se régule par elle-même ; que les dépenses publiques et la fiscalité contribuent marginalement à la stabilité monétaire et financière ; que la législation de la propriété, du crédit et des faillites est indépendante de l'administration du crédit par les banques et le marché financier.

Les normes et le dogme contre la loi du crédit

Dans la vision anglo-saxonne, la monnaie est un instrument politique. Le postulat de l'euro est au contraire la monnaie passive dans l'équilibre à construire entre la politique et l'économie réelle. La parité de change de la livre a pu mesurer la désindustrialisation du Royaume-Uni et les erreurs de gestion financière des banques installées à la City ; les fonds propres bancaires britanniques gagés sur les actifs réels et des crédits dévaluables par rapport à l'économie réelle ont pu s'ajuster à la montée des risques. La politique de change a ramené l'évaluation des risques bancaires à une proportion prudemment tenable des crédits émis en livre.

Dans la zone euro, le risque de désajustement de la politique à l'économie n'a pas d'existence financière. Le risque est abstraitement formulé dans une norme de fonds propres bancaires fixant un équilibre immuable entre les dettes des banques et le capital nécessaire à leur garantie. En euro, il est inconcevable que les gouvernements nationaux aient des intérêts de crédit propres dans le cadre réglementaire commun ou que les directions de banque aient des intérêts de plus-value non réellement limités par la norme réglementaire officielle.

La cuisine réglementaire de l'Union Européenne tente un compromis entre les univers financiers radicalement différents des Britanniques et du continent. Mais la question de l'indexation des normes de capital sur la croissance effectivement financée par le crédit est suspendue. Ni d'un coté, ni de l'autre, les principes et les normes ne répondent à la finalité monétaire de donner un prix politique à tous les échanges en vigueur :

  • 1) entre la réalité produite et le prix nominal en crédit,
  • 2) entre le risque de crédit et la prime de monnaie qui évite la perte au prêteur,
  • 3) entre la souveraineté domestique et la souveraineté étrangère,
  • 4) entre la consommation mondiale du présent et l'investissement du futur.

Restaurer le prix de l'intérêt général dans la mondialisation

La crise des subprimes a mis à mal le système financier, la zone euro et le développement économique du monde par l'utilisation que les États et les banques ont eu de la monnaie. L'internationalisation des règlements monétaires, la comptabilité du crédit entre les États et l'évaluation mondialisée des investissements a été obtenue par l'universalisation du dollar puis de l'euro ; c'est à dire par la privatisation de la convertibilité des monnaies entre elles ainsi que de la convertibilité internationale en biens et en services réels. La monnaie instrument de l'intérêt général à l'échange public des biens produits par les personnes privées est devenue le bien en soi destiné à des intérêts particuliers exempts de toute responsabilité politique du vivre ensemble.

Le dollar, l'euro et la norme réglementaire de Bâle III sont des postulats de finance auto-justifiée : le prix en monnaie n'a pas pour finalité dernière d'économiser la réalité observable selon la loi du vivre ensemble au service du bien-être collectif. Or pour que la croissance exprimée en monnaie ne soit pas seulement nominale et privée mais bien réelle et générale, il n'est pas possible de dissocier la réglementation internationale du crédit d'un marché mondial des changes négociables par le pouvoir politique. L'équilibre des intérêts particuliers ne peut pas exister sans arbitre public exclusivement rémunéré par l'intérêt général.

Un marché des changes mondial public signifie : la publicité financière de la transparence des échanges internationaux, la responsabilité financière des États par des monnaies propres, le financement de la régulation financière par la fiscalisation des règlements internationaux et nationaux et la détermination des parités de change par l'équilibre mondial de tous les prix réels réglés par un droit national garanti en capital de monnaie internationale.

Réguler publiquement la convertibilité interne et externe des monnaies

Le capital de change international est généré de fait par un marché public de convertibilité internationale des crédits obligeant les investisseurs internationaux à acheter en monnaie internationale des primes de change sur le remboursement à terme de tout emprunt en monnaie nationale. Les réserves de change internationales ainsi formées garantissent le prix international de la responsabilité des États sur le crédit de la loi appliquée en monnaie nationale. La fiscalité réglée en monnaie nationale assure le contrôle des équilibres budgétaires nationaux par l'ensemble des bénéficiaires d'une souveraineté politique délimitée par la monnaie.

La monnaie n'est ni le droit, ni le prix de la réalité, ni la richesse physique mais seulement leur mesure économique. La monnaie est donc le prix objectif de la régulation financière investie par l'intérêt collectif public ; par l'intérêt à produire des réalités économiques liquides pour tout le monde. Le dollar, la livre et l'euro peuvent être immédiatement converties en règles de crédit si les gouvernements reprennent par la nationalisation des monnaies la responsabilité financière des souverainetés nationales et multinationales.

Dans une compensation mondiale de la responsabilité financière des États, l'euro devient le capital commun des démocraties de l'Union Européenne. L’État confédéral européen acquiert son existence dans la mise en commun d'un capital de régulation financière du crédit inter-étatique et de la solvabilité des banques. Le crédit en euro et en monnaie nationale est alors issu de la transformation de l'épargne et des dépôts définis par les systèmes politiques et juridiques nationaux de l'Union.

Rentabilité publique du capital privé investi dans le travail

Dans la compensation mondiale des biens et services, le Droit de Tirage Spécial (DTS) du FMI peut être muté en unité primaire de change universel. Le DTS monétisé partagerait le risque de change entre toute monnaie selon le potentiel de production effectif des économies nationales et régionales. Transformé en banque centrale de la liquidité mondiale intervenant exclusivement sur un marché des changes en DTS, le FMI devient par son bilan financier l'étalon international de crédit des monnaies régulées par la volonté générale.

Le DTS unité de crédit international provient alors de l'adossement des réserves de change publiques et du capital public mondial inscrit au passif du FMI, aux prix relatifs à terme des masses monétaires régionales. L'actif du FMI mesure la garantie mondiale de la stabilité financière en primes de change sur le prix nominal international garanti des masses monétaires. Toutes les parités de change peuvent alors se négocier pour que tout crédit se mesure par le travail qui en produira la contrepartie réelle et non par la plus-value fictive de l'intérêt financier au service exclusif de lui-même.

Partager cet article

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Capital
commenter cet article

commentaires

sylla 10/10/2012 21:15


Bonjour, çà fait plaisir de vous lire ici de nouveau.
J'avais suivi vos interventions sur le blog de m Jorion il y a quelques semaines et je me doutais bien que par ailleurs vous n'étiez pas sans rien faire (en rapport avec le sujet de ce blog,
s'entend).


De la programmation en plus : c'est intéressant.



Mais étant tombé depuis longtemps sur le précédent commentaire, et pensant que vous aviez mis de coté votre blog, je me suis assez bêtement laissé aller au monologue...

sylla 07/10/2012 19:08


M du Jonchay semble avoir déserté son propre blog.


Dommage, j'avais aussi (encore et toujours) des questions, n'étant pas non plus versé dans l'économie. (Pas de généalogie par contre :) )

Pierre Sarton du Jonchay 07/10/2012 23:53



Cher Sylla,


Je me fais silencieux parce que consacrant toute mon énergie à développer le moteur de compensation du bancor. Il s'agit d'un programme informatique simple permettant de calculer un équilibre
général des prix en fonction d'une identification nominative de tout acheteur et de tout vendeur de quoi que ce soit. Je m'emploie à présenter le fonctionnement de cet algorithme à un niveau de
simplicité qui rende non crédible la sur-complexité du système bancaire et monétaire actuel.


Si vous avez des questions à poser, je me ferai un plaisir de vous soumettre des réponses qui permettent de clarifier ce qui nous paraît fondamental dans le monde présent. Il est tout à fait
clair à tout observateur honnête que notre système global d'économie politique n'est plus maitrisé. La seule question qui mérite d'être discutée est la mise en oeuvre d'alternative concrète qui
nous conserve un monde vivable. Il faut donc discuter et partager ce que nous voulons.



Marie 14/06/2012 23:28


Bonjour,


 


Je suis archi nulle en économie, mais vous êtes sans doute  un cousin.


 


Marie-liesse, fille de Roselyne née Sarton du Jonchay, fille de raymond...

Pierre Sarton Du Jonchay

  • : Le blog de Pierre Sarton du Jonchay
  • Le blog de Pierre Sarton du Jonchay
  • : La crise économique actuelle a ses racines dans la civilisation. La compréhension des phénomènes en cours exige une redéfinition de la monnaie, du crédit, du risque, du marché et de la responsabilité publique. La discussion est ouverte.
  • Contact

Recherche

Catégories