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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 16:29

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Zébu : La prétendue thérorie de la valeur : des scolastiques à Paul Jorion

Commentaires parus sur le Blog de Paul Jorion.


PSJ @Pierre-Yves,

Votre analyse m’est absolument lumineuse. Elle me permet de vous répondre sur l’aporie que vous voyez dans une hiérarchisation contradictoire de l’économie par rapport à la démocratie. La puissance de l’économie politique aristotélicienne est qu’elle contient tous les composants analytiques d’un équilibre de l’économie et de la politique dans une même réalité qui ne les dissocie pas. Politique et économie sont la pile et la face d’une même pièce de monnaie. L’aporie vient de notre vision limitée qui ne peut pas regarder les deux faces en même temps.

Pour échapper à l’aporie qui se réalise dans la crise actuelle par la dissolution du politique dans l’économique, il faut faire un effort de foi pour admettre que la pièce de monnaie dont on ne peut voir qu’une face à la fois en contient bien deux. Le fondement de cet effort de foi est le choix rationnel que nous faisons de l’économie par la politique et de la politique par l’économie. La conséquence de ce choix est la monnaie qui quantifie l’ordre politique et qualifie l’ordre économique. Cette unité intrinsèque de l’économie politique humaine est bien mis en scène par la démocratie d’Aristote où la discussion des lois de l’échange, la confrontation des intérêts individuels et l’échange des biens matériels se fait dans la même agora. Les règles monétisables de la démocratie sont pour Aristote les règles de l’économie.

La récusation du concept de valeur par Paul Jorion intervient dans le champ de l’économie. L’explication de Zébu nous en donne la raison logique mais pas la relation historique complète. Les notions de valeur et de personne n’existent pas dans la cosmologie grecque (Shizosophie) pré-judéo-chretienne. Ces notions s’intègrent dans le système aristotélicien à partir d’Albert le Grand et Thomas d’Aquin. Ainsi que le rappelle Sylvain Piron, les deux philosophes dominicains se servent d’Aristote pour intégrer leur théologie morale dans une vision économique et politique de la société argumentée comme un tout cohérent. La scolastique introduit trois notions nouvelles dans le système aristotélicien qui les argumente parfaitement : la personne, la société et la valeur. La valeur est la forme qui unit la matière personnelle de la société à sa finalité.

L’invention de la personne liée à la société et à la finalité (divinité) par une économie morale va permettre l’émancipation de l’individu dans l’économie politique. A partir des guerres de religion qui marquent l’éclatement de l’unité ecclésiale, la politique, la science et l’industrie se libèrent de la société et des obligations qu’elle contenait envers la personne « à l’image de Dieu ». Très naturellement la notion de valeur est progressivement privatisée par les intérêts particuliers pour légitimer les libertés bonnes ou mauvaises prises à l’égard de la « cité de Dieu ». Pour critiquer les conséquences politiques et économiques de la privatisation de la valeur, Marx est obligé d’adjoindre la notion à la conceptualité aristotélicienne sur quoi il construit son discours. Le capital et la plus-value arrachés au prolétariat sont des catégories de valeur.

Mais 6 siècles après Thomas d’Aquin la dimension sociale de la personne a disparu. Toute la science économique se construit après Marx sur un homo economicus dépersonnalisé qui n’a pas le choix de la rationalité qu’il applique à son travail, ses échanges et ses investissements. L’économie s’est émancipée de la société et le socialisme se pose en anti-économisme. La crise actuelle achève le processus de destruction de la société par l’économie de la matière en supprimant toute autonomie du politique dans son ordre de rationalité, celui de la forme et de la finalité morale. La finalité de la politique est purement comptable. Elle ne peut plus considérer que des individus interchangeables sans avis personnel ni relations sociales.

Quand Zebu affirme que la valeur n’existe pas, il s’en tient à l’état purement quantitatif du monde présenté par la finance contemporaine. La valeur détachée de toute personne et de toute société n’est effectivement rien d’autre qu’un argument mythologique pour justifier le contrôle de la politique et de l’économie par une oligarchie « éclairée » par la lumière de sa raison juridique et financière impénétrable au commun des mortels. Si l’on achève le processus en supprimant la notion de valeur pour vider la finance de sa sève, on revient effectivement dans le modèle initial d’Aristote mais en effaçant 24 siècles de construction de la liberté humaine personnelle.

Or l’articulation actuellement aporétique entre l’économie et la politique peut être surmontée par… la finance. En réintégrant la finance dans l’économie par le marché issu de la politique. Il existe un outil abondamment utilisé par la finance et par le pouvoir juridique pour manipuler le prix : l’option. Dans son sens courant, l’option exprime la possibilité d’un choix dans un cadre de limites objectives et subjectives. L’option est l’outil de la valeur personnelle et sociale en tant qu’il présente aux personnes par le langage de la société les limites physiques et sociales des choix offerts à la raison humaine ouverte à la connaissance de l’autre par la réalité physique. Afin de posséder la raison du sujet capable de choisir, la finance prédatrice a maquillé l’option dans des produits dérivés qui dissolvent le sens du langage dans des modèles mathématiques et juridiques.

Il existe un moyen très simple de rétablir la valeur de l’option : créer un marché où tout vendeur de promesse est préalablement et personnellement identifié par la vente de son option de crédit. Dans ce marché formant une société, la vente d’un objet contre un prix est impossible si la prime d’option du crédit du vendeur n’est pas librement négociable à la vente et à l’achat. Tout vendeur de promesse économique ou politique est crédible sur le prix et sur l’objet que si la prime de garantie est positive ; c’est à dire si quelqu’un est en position acheteuse sur le marché à un prix positif du risque de non-réalisation à terme de l’objet et du prix.

Un marché international commun d’option résout définitivement l’opposition entre économie et politique en réconciliant toute décision de prix et d’objet par une société de personnes, acheteur, vendeur et garant, à l’intérieur d’une société politique constituée en marché. Un marché international de dérivés de crédit et de change non capté par des intérêts politiques nationaux restaure le marché de la démocratie d’Aristote où la valeur s’échange par sa matière, sa forme et sa fin. L’effet de ce marché est de poser la personne et la société au-dessus de l’économie et de la politique. Le prix de la politique et l’économie de la décision politique sont engendrés par la même société en accord avec elle-même sur le respect qu’elle porte à la personne.

Paul Jorion, @PSJ,

Ceci me semble le plaidoyer le plus convaincant jusqu’ici pour ce « marché de l’option ». A priori, je ne vois pourtant pas ce qui le protégerait de la naissance de bulles. Après tout dans une bulle, il y a toujours des acheteurs.

Chris06, @PSJ,

Il existe un moyen très simple de rétablir la valeur de l’option : créer un marché où tout vendeur de promesse est préalablement et personnellement identifié par la vente de son option de crédit.

Pourriez vous donner des exemples concrets qui décrivent comment ce marché d’options fonctionnerait pour que l’on puisse comparer avec la situation actuelle. Par exemple le marché immobilier, ou celui du blé, ou un autre : comment cela fonctionnerait il par rapport à l’organisation actuelle des marchés?
Je n’arrive absolument pas à comprendre ce à quoi vous voulez en venir. Pourtant, je suis extrêmement curieux et désirable d’essayer de vous comprendre mais vous vous exprimez en des termes qui sont tellement abstraits et peu usuels que je n’y arrive pas., même avec la meilleure volonté possible.

PSJ, @Paul Jorion,

Effectivement une bulle est toujours la conviction que des vendeurs sont parvenus à former chez des acheteurs. Ce qui fait bulle, c’est l’accumulation d’informations creuses sur une offre de quelque chose qui ne pourrait pas suivre sa demande. En encapsulant les prix dans des nominaux d’option, on enferme la parole financière dans une réalité objective ; une réalité que l’acheteur ne peut pas manipuler par lui-même en s’accordant du crédit ni le vendeur en garantissant un crédit conditionnel à son acheteur.

Le nominal de l’option doit être relié à une réalité vérifiable par une société, c’est à dire un ensemble de personnes réunies dans un marché qui les rende témoins de la relation établie entre le livrable à terme, la description nominale du livrable et le prix négocié à l’origine de l’option. C’est le marché qui doit faire la loi au sens où toute prime de nominal est soumise à l’offre et à la demande limitée et généralisée au seul marché ; toute prime doit elle-même être le nominal d’une option négociée entre un acheteur qui garantit le prix et un vendeur qui est garanti sur le nominal de prime achetée ; et tout nominal doit être relié à un livrable visible à terme qu’un acheteur a réellement besoin d’acquérir devant témoins de marché.

Le marché d’option est un vrai marché générateur d’une vraie loi du fait qu’aucun objet de matérialisation de la loi ne peut exister sans un acheteur, un vendeur, un garant du prix et un garant du livrable. Le marché d’option crée une société de personnes engagées et solidaires par un moteur commun de négociation et de réalisation du prix dans la satisfaction libre des acheteurs. Pour que ce marché existe, il faut qu’il recouvre en puissance toute la société humaine indépendamment des souverainetés nationales qui produisent les lois civiles. C’est là qu’intervient le bancor, étalon rationnel de valeur universelle.

Le bancor émis à proportion des nominaux effectivement négociés sur le marché international d’option ne contient aucune valeur qui ne soit pas réelle : l’existence du marché garantit un livrable à terme effectivement acheté ; le prix nominal est invariable jusqu’à l’échéance ; l’acheteur de la prime garantit l’application par la réalité à terme de la loi de satisfaction de l’acheteur de la valeur sous-jacente au nominal. L’internationalité du bancor interdit la spéculation par l’asymétrie de droit ou par la détention du pouvoir politique. Les bulles restent virtuellement possibles mais sont enfermées dans l’enveloppe nominale définie par les primes effectivement achetées, enfermées dans la réalité effectivement garantie par les acheteurs de prime, enfermées encore dans le travail des vendeurs nominaux responsables engagés de la livraison réelle d’un objet formé en droit.

La puissance du système aristotélicien de réalité est d’engager dans tout effet, une matière formée dans une fin. La réalité aristotélicienne ne peut pas exister sans sujet qui active un objet ; le sujet étant le maître de la fin tandis que l’objet forme la matière vers la fin achetée par le sujet. La réalité aristotélicienne est par nécessité logique, c’est à dire ni matérielle ni finale, un effet de la société de marché où les sujets se rencontrent pour échanger leur matière et leurs fins par leurs formes. La bulle, effet sans fin produit par une matière non formée est nécessairement réduite par la présence de la personne intégrée par la société.

Chris06, @PSJ,

Ce qui fait bulle, c’est l’accumulation d’informations creuses sur une offre de quelque chose qui ne pourrait pas suivre sa demande. En encapsulant les prix dans des nominaux d’option, on enferme la parole financière dans une réalité objective ; une réalité que l’acheteur ne peut pas manipuler par lui-même en s’accordant du crédit ni le vendeur en garantissant un crédit conditionnel à son acheteur.

Prenons un cas concret : l’immobilier

Ce qui fait qu’il y a eu une bulle de l’immobilier, c’est « l’accumulation d’informations creuses sur une offre de logements qui ne pourrait pas suivre la demande ».
(Je ne comprends pas ce que cela veut dire.)

En encapsulant les prix des logements dans des nominaux d’options, on enferme la parole financière dans une réalité objective.
Alors là, je comprends strictement rien : c’est quoi des « nominaux d’options », que veut dire : la parole financière est enfermée dans une réalité objective, concrètement ?

PSJ, @Chris06,

L’enregistrement des acheteurs et vendeurs est un principe fondamental des marchés à terme organisés pour permettre et garantir la compensation des ordres. Elle implique le plus souvent des dépôts de garantie ou des cautions pour couvrir les pertes financières potentielles sur les positions à terme. Une caution sur une certaine position vendeuse ou acheteuse à terme est une option de crédit où l’acheteur de la prime de crédit garantit que le vendeur de la prime livrera comme vendeur ou paiera comme acheteur le sous-jacent à l’échéance du contrat à terme. Sans marché organisé pour identifier les acheteurs et vendeurs du nominal et les acheteurs et vendeurs de prime qui les garantissent, n’importe qui peut raconter n’importe quoi pour faire croire à l’existence de quelque chose que personne ne produira. Lloyd Blankfein peut sans rire se comparer à Dieu : il dit et la réalité est ; du moins on le croit. Voyez ma réponse à Paul Jorion.

Mais je vois que vous l’avez déjà lue. Je vous réponds donc sur l’immobilier qui est un excellent exemple de moteur à bulles. L’offre immobilière n’est pas inventoriée dans une base d’information centralisée. Quand vous êtes vendeur particulier, vous n’avez jamais la certitude de toucher tous les acheteurs potentiels. Quand vous êtes courtier, vous avez un privilège d’information qui vous permet de vous porter acheteur d’un vendeur tenu en marge du marché. Quand vous êtes courtier et banquier, alors là vous dictez les prix dans la limite de l’espace que vous laisse les autres courtiers-banquiers. Ainsi les banques étatsuniennes (dont le comportement est visible par l’existence d’un marché concurrentiel) avant la crise des subprimes, vendaient-elles des crédits à des particuliers qui surpayaient leur maison à des courtiers qui se faisaient commissionner par les banques qui augmentaient leur portefeuille de crédit.

Cette cavalerie est rendue possible par la politique monétaire qui arrose le marché pour soutenir les prix ou ce qui revient au même pour dynamiser l’offre par la demande. Fondamentalement, les crédits de la banque centrale au système bancaire et du système bancaire à l’économie réelle ne sont pas limités par une appréciation objective de l’équilibre de l’offre et de la demande. Le prix des objets négociables est déterminé par le crédit et le crédit par la plus-value financière à réaliser. La production réelle de valeur qui satisfasse réellement un consommateur disparaît sous la spéculation des intermédiaires du prix.

A l’instant présent cette spéculation doit impérativement être nourrie pour dissimuler la non-valeur des dettes publiques et privées qui ne correspondent à aucune réalité comptant ou à terme. Si les banques centrales, les banques, les États et tous les emprunteurs se soumettent à un marché d’option, alors le vrai prix des actifs à terme apparaît avec une prime positive quand le prix nominal est réaliste ; et une prime négative à hauteur de la perte de crédit sur un remboursement à terme surévalué.

Chris06, @PSJ,

Merci de prendre le temps de répondre à mes questions, et en plus dans un language qui m’est compréhensible!
Je partage complètement votre analyse de la bulle immobilière.

Reprenons le cas de l’immobilier comment fonctionnerait un tel marché d’options? Qui décide si le prix nominal est réaliste ou non ?

PSJ, @Chris06,

Un marché de l’immobilier structuré par l’option signifie l’identification séparée a priori de tous les rôles contribuant au prix :
1) le producteur-propriétaire-vendeur du bien fait face à tous les acheteurs potentiels également informés ayant un intérêt à l’utilisation du bien
2) le courtier qualifie le bien, met l’information à la disposition de tous les acheteurs potentiels, garantit la qualification sincère du bien à vendre, inventorie les intérêts acheteurs solvables et assure l’égalité de traitement entre l’offre et la demande
3) les banquiers « primaires » garantissent les acheteurs potentiels de leur option d’achat du bien à vendre ; ils n’ont aucun intérêt sur le bien mais uniquement sur la capacité de chaque acheteur à régler son offre de prix si elle est retenue par le vendeur
4) le banquier de crédit mobilise l’épargne nécessaire au refinancement du crédit emprunté par l’acheteur effectif
La distinction des quatre rôles indépendants dans leur finalité propre détermine le prix réel du bien immobilier où l’équilibre de l’offre à la demande détermine les primes à payer pour que le vendeur soit sûr d’être réglé, que l’acheteur soit sûr de recevoir et d’utiliser ce qu’il acquiert, que le courtier rentre dans ses coûts de collecte et de mise à disposition de l’information, que les banquiers primaires touchent l’exact prix des risques qu’ils achètent à garantir le courtier et les acheteurs et que le banquier de crédit puisse effectuer le règlement au vendeur par la certitude de recouvrer le crédit auprès de l’acheteur.

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