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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 15:30

ImageJorionTous complices, Zebu

Commentaire déposé sur le Blog de Paul Jorion.

La rente du bien commun

De quelle nature est la rente de la démocratie ? La rente rémunère la propriété d'un bien. Le citoyen est par nature un rentier. Quel est le bien spécifique que la démocratie rémunère ? Si le rentier perd sa conscience et sa responsabilité de citoyen, il perd la démocratie. Le bien spécifique de la démocratie est le bien commun ; un bien qui appartient à tout le monde pour appartenir à chacun ; un bien qui appartient à chacun pour appartenir à tout le monde. Un bien qui n'est pas de matière physique mais qui produit de la matière financière. La crise de la zone euro, de l’Union Européenne et des « démocraties » occidentales vient de la schizophrénie du citoyen-rentier provoquée par l’individualisme exacerbé dans la cupidité.

 Le citoyen est un rentier par le fait que l’État de droit qu’implique la démocratie rend chaque individu créancier de la collectivité. Le contrat social de l’égalité des droits est une promesse de la société à chaque citoyen qui le croit d’un pouvoir personnel à agir ; un pouvoir potentiellement égal à celui de n’importe quel autre citoyen. Le pacte démocratique rend la société débitrice d’un même crédit à chaque citoyen. Ce crédit est la liberté d’entreprendre et de travailler pour recevoir en contrepartie l’évaluation sociale de sa production pour la collectivité ; production vendue par le marché au vu et au su de n'importe qui. Le crédit au sens juridique et financier est bien le prix attribué en monnaie de ce que la société achète au citoyen investisseur, entrepreneur et travailleur.

Rente monétaire et fiscalité du bien commun

Ainsi la rente est-elle économiquement et juridiquement la monnaie créditée aux citoyens sur la valeur ajoutée produite au bénéfice de la société. La rente rémunère l’investissement, l’entreprise et le travail que l’Etat de droit entre les citoyens reconnaît comme production de valeur pour la société. La rente ne peut pas exister sans la société constituée, sans le droit qui définit la valeur entre les citoyens, ni sans le marché qui permette de calculer les prix de la rente à verser en monnaie. Le problème fondamental de la rente du citoyen est donc bien la régulation du marché ; régulation des prix par le droit qui fasse société dans la durée.

La rente est une question de transformation collective d’une réalité commune, une question de partage de la valeur ajoutée et une question de règlement du crédit de la valeur collective en salaire, prime d’entreprise et plus-value d’investissement. Pour que la rente soit durable au bénéfice des citoyens, il faut financer le service public de la régulation du marché, de la délibération de la loi et de l’arbitrage de la justice entre les citoyens-rentiers. Le citoyen ne peut préserver ses droits à la rente démocratique sans payer une prime. La prime de la rente est la fiscalité par quoi le citoyen achète la police du marché, l’écriture de la loi et la justice dans toutes ses transactions.

Dépréciation financière de la démocratie

Les conditions politiques de la rente du citoyen sont étudiées, développées et mises en oeuvre depuis le XVIIIème siècle : pourquoi tout s’effondre-t-il aujourd’hui ? Parce que le monde a unifié dans une même économie des démocraties et des non-démocraties ; parce que l’hégémonie du dollar a permis de déconnecter l’émission monétaire du régime de la démocratie ; parce que les régimes démocratiques ont admis des régimes de non-droit dans des paradis fiscaux admis par la loi. Le résultat de ces transformations est la destruction des liens visibles et intelligibles entre la rente, les facteurs de la valeur et la démocratie. La rente s’est donc mise à détruire la valeur. La démocratie se vide de tout contenu et la rente se rétracte.

La rétractation de la rente s’opère par la dépréciation de la monnaie en valeur réelle. Les créances des citoyens sur la démocratie se déprécient sans compensation par les taux d’intérêt, ni par augmentation des salaires, ni par revalorisation des garanties sociales. La plus-value se contracte également faute de croissance économique réelle. Le système financier absorbe toute la plus-value pour différer le plus tard possible la déclaration des pertes sur les créances déposées en monnaie.

Réguler la finance par la démocratie

La démocratie n’est plus financée. Le système financier se réfugie dans les non-démocraties. La rente disparaît. Et les pauvres se révoltent. Le seul moyen d’éviter que la démocratie soit la cible de la révolte est effectivement la responsabilité des rentiers. L’achat doit devenir un vote comme le bulletin dans l’urne. Il faut différencier la monnaie de droit de la monnaie de non-droit. La monnaie de démocratie ne doit pas pouvoir servir à acheter de la fausse valeur ou des biens qui n’existent pas. Cela implique la création d’une monnaie principale de démocratie qui interdise les paris sur les fluctuations de prix non vérifiées par la valeur réelle. Cela implique que cette monnaie sépare le régime de la démocratie financière du régime actuel de la prédation financière.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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