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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 16:00

CapitalCreditMonnaieCouverture Version pdf


Monnaie flottante

La monnaie introuvable

Pourquoi le monde ne se dote-t-il pas d'un vrai ordre monétaire international ?

Faisons une hypothèse. La valeur économique n'est pas une simple quantité de quelque chose mesurée en unité monétaire. C'est aussi du crédit, c'est à dire quelque chose de proprement humain qui vient du cœur de la personne. Le crédit est l'expression de la foi d'une personne ; elle croit au bénéfice de la relation à l'autre et à la satisfaction que lui apporte cette relation dans la durée. Le crédit est l'enrichissement interpersonnel réciproque qui vient de la relation avec l'autre dans la durée.

Dans la vraie vie dont le calcul économique cherche à modéliser la rareté, le crédit est une promesse de valeur faite à une personne par une autre personne. C'est un échange de valeur dans le temps. Le prêteur met à disposition de l'emprunteur de la valeur présente qui sera transformée par l'emprunteur en valeur dans le futur. Le prêteur échange la valeur présente dont il dispose avec la valeur future que l'emprunteur lui promet. Un tel échange existe par la foi du prêteur dans la personne de l'emprunteur.

Le système financier mondial s'effondre du fait que la part inquantifiable de la réalité humaine n'a jamais été intégrée dans les relations financières internationales. Les changes flottants sont le signe présent de cette lacune. L'étalon or avait été l'exclusion nominale de l'inquantifiable humain jusqu'au 15 août 1971. Le monde n'a jamais disposé d'un instrument universel de mesure de la valeur. Keynes l'avait réclamé à Bretton Woods mais n'a pas été entendu.

La monnaie inachevée

La valeur économique est du crédit et la théorie économique s'arrête à la quantité. Elle ne parvient pas à intégrer la foi de l'homme ni son existence dans la durée. Notre atrophie mentale se cristallise sur la monnaie. Quand nous échangeons de la valeur contre un signe monétaire, la théorie économique oublie d'y voir le crédit. Nous renonçons pourtant à l'utilité immédiate du bien cédé contre la promesse d'utilité future représentée par le signe monétaire. La promesse vient d'un système monétaire. Le système existe par la Loi d'un territoire. La Loi d'un territoire est l'engagement des citoyens qui y vivent.

La monnaie vient de la Loi ; la monnaie est une loi. La loi d'une société d'accord sur un même étalon de la valeur afin de régir les échanges qu'elle développe en son sein. La monnaie est la loi de transformation de la confiance en quantité. Transformation nécessaire à la maîtrise de la rareté. Les ressources terrestres nécessaires à la satisfaction de l'homme sont quantitativement limitées. Il est définitivement utopique d'imaginer que la vie terrestre nous dispense de compter... et d'avoir foi en l'autre.

Le 15 août 1971 est l'une des plus grandes révolutions que nous n'ayons jamais connue. La monnaie n'a plus été définie comme une quantité fixe de matière, 35 dollars pour une once d'or, mais comme la contrepartie d'un système de crédit. Révolution inachevée par la limitation de l'adossement monétaire à la seule économie des États-Unis. La décision de Richard Nixon a rapproché la définition de la monnaie de ce qu'elle est en soi : du crédit.

Transformation de la confiance en quantité

Une unité monétaire est un pouvoir d'achat arbitrairement délimité comme une fraction de toute valeur achetable sur un territoire donné. Une unité monétaire est un crédit de un à échéance indéfinie, remboursable pour un contre n'importe quelle valeur réelle de un. Une unité de pouvoir d'achat de valeur invariable dans le temps.

L'unité monétaire n'a pas de substance physique en soi ; c'est un effort de foi et de pensée pour quantifier la satisfaction des besoins humains. Satisfaction par des objets dont l'existence est partiellement physique donc quantifiable. Tout objet délimitable même totalement immatériel, auquel on attribue la valeur d'une unité monétaire lors d'une vente, représente une unité de satisfaction humaine. La monnaie est une pure invention de la subjectivité humaine pour réaliser des échanges économiques entre personnes qui veulent augmenter leur satisfaction.

La substantification de la monnaie par le crédit se lit dans le bilan comptable des institutions financières. En face des dépôts à vue et de l'épargne monétaire se trouvent, pour le même montant monétaire, des crédits. En face des dépôts et titres de créance en dollars dans le bilan consolidé des États-Unis se trouvent les crédits à l'économie américaine et au reste du monde. Si l'on adjoint les titres de propriété aux titres de créance libellés en dollars à l'actif de ce bilan consolidé, s'ajoutent au passif l'épargne financière et la propriété de la valeur libellée en dollar. La propriété de la valeur libellée en dollar sont les fonds propres qui garantissent les crédits en dollars.

Les fonds propres en dollar appartiennent exclusivement à des ressortissants américains, nationaux ou étrangers sis sur le territoire étatsunien. De même les fonds propres libellés dans toute autre monnaie sont attachés au territoire de la zone monétaire d'émission. La propriété est nécessairement régie par le droit d'un territoire et d'un État identifiés. Il n'existe pas de droit international engageant une autorité publique à légitimer la garantie d'un crédit dans une monnaie par de la propriété dans une autre monnaie. Comme le dollar reste la première monnaie de réserve et de règlement international, les États-Unis se dispensent d'introduire dans leur bilan consolidé des actifs en devise en couverture des passifs libellés en dollar.

Ils laissent le reste du monde libeller à sa convenance dettes, créances et titres dans la monnaie de son choix dont le dollar. La puissance étasunienne inspire confiance : une part substantielle de l'épargne mondiale est placée en dollar, dépôts ou titres. La foi dans la valeur achetable par le dollar est plus forte que dans n'importe quelle autre monnaie. Cela équivaut à mettre son pouvoir d'achat sous la protection de la Loi étasunienne pour le meilleur et pour le pire. En l'occurrence pour le pire quand un étranger étatsunien ne peut pas apporter des actifs non-dollar en garantie de la masse de crédit en dollar.

Le fardeau des Étatsuniens

Qu'ils le veuillent ou non, les États-Unis sont engagés à recycler l'épargne qu'ils attirent. S'ils le font bien, la confiance est entretenue, les capitaux s'accumulent en dollar, la valeur du dollar se maintient et les Américains n'ont pas de mal à acheter à l'étranger ce qu'ils ne produisent plus chez eux. S'ils échouent, le dollar s'effondre, les épargnants en dollars sont ruinés, les Américains cessent d'importer, le commerce mondial s'affaisse et les étrangers ne peuvent plus utiliser le dollar pour commercer entre eux.

La mondialisation et l'innovation financière ont poussé l'actuel système financier international au-delà de sa limite intrinsèque. La mondialisation est une demande de propriété et de crédit internationaux qui ne trouve pas d'offre. L'innovation financière a produit les outils d'évaluation de la demande et du prix de la couverture du risque par la propriété. L'État de droit international ne produit pas d'offre adaptée à cette demande.

Le dilemme de la Chine en est exemplaire, incompris et absolu. Les Chinois n'ont pas encore de système bancaire fiable. Ils construisent leur croissance sur leur commerce extérieur. Ils ont placé une substantielle part de leur épargne aux États-Unis pour se prémunir de l'avenir et stimuler les importations américaines. La valeur du yuan repose quasi fixement sur la valeur du dollar. L'inflation en yuan s'est nourrie de l'accumulation de créances sur les États-Unis.

L'effondrement du système financier américain est cataclysmique pour les Chinois. Parce que la foi chinoise n'est de fait qu'une extension de la foi américaine. Comme les Chinois ne sont pas les Américains, leur doute est infiniment plus profond que celui des Américains. Les exportations chinoises s'effondrent, les investissements s'arrêtent, le crédit disparaît, la valeur du yuan fond, le commerce intérieur s'effondre. La Chine retourne au communisme. Les chiffres ne sont plus la mesure de la réalité mais les déclarations du Parti Communiste Chinois.

L'effondrement du crédit aux États-Unis est l'effondrement de la monnaie dans le monde entier. A cause des changes flottants. Ou plus précisément de l'absence de système international de crédit.

La monnaie rétablie sur le crédit

La monnaie fondée sur la valeur du risque

La valeur d'une monnaie est définie par une loi. Elle dépend du crédit accordé à toute personne qui obéit à cette loi, qu'elle y soit contrainte ou non. La valeur du dollar dépend du crédit que le monde accorde à toute personne qui contracte en dollar. Même si le dollar se définit légalement comme un pouvoir d'achat sur le territoire des États-Unis, sa valeur est en réalité déterminée par toute personne, ressortissante ou non des États-Unis, qui choisit d'utiliser le dollar.

L'internationalisation du dollar distord son utilisation réelle de sa définition. Le premier préjudice est pour les États-Unis eux-mêmes. La Réserve Fédérale est expropriée du dollar et dans l'incapacité d'en réguler la valeur. Soit elle cherche à stabiliser le pouvoir d'achat du dollar et le crédit en dollar se renchérit à l'excès. Soit elle alimente suffisamment en liquidités le système de crédit et produit de l'inflation. Le juste milieu est inaccessible.

L'inaccessibilité actuelle de l'équilibre se trouve au cœur du triptyque risque-crédit-monnaie. La création monétaire repose sur le crédit. Le crédit repose sur l'anticipation de la valeur future. L'anticipation de la valeur future est l'engagement d'une personne qui finance un projet par de l'emprunt et des fonds propres. La réalité du crédit, c'est à dire la certitude que la valeur restituée à l'échéance égale en montant la valeur empruntée, repose sur la suffisance des fonds propres engagés pour pallier tout aléa du futur.

Au pire, le crédit sûr reste un crédit si la valeur produite à l'échéance avec consommation de tous les fonds propres engagés est au moins égale à la valeur du crédit. Pour qu'un crédit soit sûr il faut suffisamment de fonds propres pour que la part en risque de la valeur future soit dans le pire des cas entièrement couverte par des fonds propres. Comme réserve de valeur appartenant à des personnes identifiables, les fonds propres sont la garantie qu'une promesse de valeur future, dont le montant est annoncé à l'avance, sera sûrement tenue.

Entre inflation et déflation

En macro-économie, micro-économie, comptabilité et droit, l'insuffisance de fonds propres égale la perte latente sur les crédits, égale la dévaluation latente de la monnaie, égale la disparition du calcul économique, égale la non-croissance de la production de valeur. Quand les États-Unis attirent vers eux l'épargne mondiale, le monde leur fait crédit. Pour préserver la valeur du dollar, ils doivent mobiliser beaucoup plus de fonds propres, c'est à dire de l'épargne financière et de la propriété, que ce qui serait nécessaire à une utilisation du dollar limitée aux ressortissants américains. Plus le poids relatif de l'économie américaine diminue dans le monde, plus la valeur en risque issue de la masse monétaire en dollars représente une proportion élevée de la valeur disponible aux États-Unis. Contradiction absolument intenable.

Pour ne pas limiter la disponibilité du crédit nécessaire au refinancement de l'économie américaine à l'enveloppe de fonds propres que les américains réservent à la couverture de leur masse monétaire, la Fed fait de l'inflation. Elle déprécie le dollar. Jusque dans la décennie soixante-dix, l'inflation était explicite dans les prix à la consommation aux États-Unis. A partir des années quatre-vingt, la Fed dans un premier temps casse la croissance en resserrant le crédit ; puis dans un deuxième temps profite de la concurrence instaurée par la dérégulation pour relancer le crédit et la croissance.

L'inflation migre des salaires et des prix vers les actifs financiers. Au lieu de faire monter les prix pour dévaluer le dollar, la sur-liquidité s'évacue vers des bulles financières de plus en plus grosses. Leur éclatement permet de solder l'excès de crédit par un prélèvement sur la valeur nominale de l'épargne monétaire et financière libellée en dollar. Les fonds d'épargne de toute origine sont désormais tellement épuisés que les fonds propres nécessaires au redémarrage de l'économie américaine ne sont plus prêts d'être mobilisés.

Chaos international

Dans le reste du monde, l'instabilité monétaire du dollar se démultiplie. Le système financier en dollar est la base monétaire du monde. A chaque zone monétaire sa politique de gestion de l'instabilité. Les zones commercialement et financièrement excédentaires ont le choix entre laisser s'apprécier leur monnaie ou importer l'inflation américaine. Les zones commercialement déficitaires ont le choix entre rester en marge du commerce international ou vivre du crédit international libellé en monnaie des autres. La souveraineté est une fiction juridique.

Toutes les zones monétaires sont de fait également expropriées de leur monnaie. La balance des paiements extérieurs est en conflit permanent avec l'équilibre interne de la liquidité. Plus une zone monétaire a une base économique étroite, plus l'appréciation de l'étranger sur la valeur de sa monnaie détermine le crédit consenti à la zone monétaire. Le crédit extérieur détermine le crédit intérieur indépendamment de toute action de la banque centrale. A chaque instant, plusieurs équilibres sont possibles entre prix interne de la liquidité et prix des changes.

A l'inverse plus une zone monétaire a une base économique large plus elle est auto-suffisante et susceptible d'attirer des capitaux internationaux en quête de sécurité monétaire. Plus alors le poids du dollar est proportionnellement faible. Et élevée l'incertitude du prix relatif entre monnaies de réserve. Les masses de crédit propres à chaque zone monétaire sont naturellement instables par le seul fait de l'ouverture aux échanges extérieurs. Les flux commerciaux et les flux financiers se déstabilisent réciproquement. L'économie financière s'auto-alimente de sa propre instabilité.

Choisir la justice

L'ajustement dans une même monnaie de l'épargne financière à la masse des crédits est impossible. Le risque de change s'ajoute au risque de crédit ; la masse de fonds propres à mobiliser pour garantir la valeur des crédits est incompatible avec le taux de croissance désiré par les citoyens. Le casino remplace le calcul économique. La foi dans les personnes est remplacée par la vaine modélisation du hasard.

Sans création d'un étalon international de la valeur, la seule issue à la crise sera le cloisonnement des zones monétaires et la disparition du commerce international inter-zone. L'alternative est le retour à Bretton Woods et la mise en oeuvre du schéma monétaire de John Maynard Keynes : création d'une banque centrale internationale consentant des crédits en bancor.

Il s'agit d'achever la définition de la monnaie en l'alignant sur ce que les hommes veulent qu'elle soit. A chaque zone monétaire, correspond un système de lois, de crédit et de monnaie pour les hommes qui tirent exclusivement la valeur dont ils ont besoin de la zone où ils vivent. Si des hommes ont besoin du commerce international, besoin d'investir à l'étranger ou besoin d'aider d'autres hommes qui ne sont pas dans leur zone monétaire il leur faut une monnaie dont le pouvoir d'achat stable soit délocalisé.

Tous les outils existent pour le faire. La finance a justement atteint le degré de maturité technique suffisant. Il manque la responsabilité. Il manque les décisions et les accords internationaux.

 

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