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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 17:29

ImageJorionRévolution monétaire de la démocratie

Commentaire déposé sur le Blog de Paul Jorion.

 

Malentendus persistants sur la monnaie

La loi Pompidou-Giscard de 1973 est une loi de démocratie réelle. Elle a obligé le Trésor public à rendre son crédit transparent aux citoyens. Il n'était plus possible aux fonctionnaires du Trésor d'appeler la Banque de France pour se faire allouer des lignes de crédit à des taux préférentiels par rapport à ce que n'importe quel emprunteur pouvait obtenir sur le marché financier. Le problème de cette réforme est qu'elle a omis de définir des normes de solvabilité publique et des normes de solvabilité bancaire. Le Trésor Public ne pouvait plus négocier directement avec la banque centrale mais pouvait marchander avec les banques en dehors d'une égalité de traitement entre épargnants et emprunteurs.

Ce système effectivement repris dans l'euro a débouché sur la privatisation de la création monétaire que la loi de 73 voulait éviter. La création monétaire a été privatisée au profit de la BCE et au profit des banques qui n'ont jamais été contrôlées par la démocratie. Rappelons que par création monétaire il faut entendre la définition des règles du crédit sur quoi s'adosse l'émission monétaire. La création monétaire est aujourd'hui en zone euro dans un no man's land quelque part entre la Commission Européenne, les gouvernements de la zone, la BCE et le Comité international de Bâle. La création monétaire n'est donc pas publique et n'est pas contrôlable par les parlements de la zone euro.

Par privatisation, il faut entendre un processus d'émission monétaire dont les bénéfices vont à des intérêts privés et pas au bien commun. Jusqu'en 73, les gouvernements de la France bénéficiaient de refinancements privilégiés dont le parlement ne pouvait pas vérifier le bien fondé. Après 73, le privilège d'émission monétaire a été partagé entre le gouvernement et les banques. Puis à partir de la loi bancaire de 84 entre la Banque de France et les banques ; puis à partir de l'euro, entre la BCE et les banques. Depuis 2007 le privilège d'émission monétaire appartient de fait aux banques internationales refinancées sans limites par les banques centrales à des taux arbitrairement bas sans aucun rapport avec l'intérêt général.

La monnaie est un bien commun comme le crédit à partir de quoi elle est émise. Le bien commun du crédit signifie que le taux d'intérêt de chaque emprunteur est proportionnel à la transformation effective qu'il opère de la monnaie empruntée en valeur réelle à terme. Il n'y a qu'un seul moyen de vérifier la valeur effectivement produite par un emprunteur : le marché d'égalité de droit qui oblige à livrer la réalité de ce qu'on emprunte et à couvrir son risque de défaut par des primes de crédit. Le marché financier multinational est la seule réalisation possible de l'égalité des droits financiers. Le seul vrai moyen d'obliger les responsables publics et les opérateurs financiers à se couvrir de leurs erreurs d'évaluation du crédit qu'ils empruntent.

La crise grecque montre comment les banques et les gouvernements jouent le jeu des marchés qui n'existent pas pour faire payer aux citoyens les erreurs privées d'anticipation de la valeur. Les marchés financiers n'existent pas car ils appartiennent totalement aux banques qui y négocient en totale asymétrie d'information ; notamment vis-à-vis des gouvernements et banques centrales qui font semblant de tenir les leviers du crédit par des réglementations qu'ils ne peuvent pas appliquer. Les politiques de quantitative easing de toutes les banques centrales ont de fait abrogé la loi Giscard Pompidou en forçant les banques centrales à garantir leur émission monétaire par des dettes publiques subprime dont la valeur réelle est très en dessous de la valeur nominale.

Restituer des privilèges de crédit aux trésors publics comme le réclament certains partis politiques ne supprime pas les privilèges des banques. Tous les privilèges financiers doivent être supprimés pour que les monnaies et les dettes publiques retrouvent leur vraie valeur. Cela implique au minimum un marché européen d'option financière qui puisse compenser le prix des dettes publiques, le prix des monnaies européennes et le prix des options de capital qui absorbent les pertes de crédit des banques. L'alternative à ce marché, c'est le chaos, la disparition de toute possibilité de construire la démocratie, la destruction du bien commun et la misère pour tout le monde.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Monnaie
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sylla 13/06/2011 19:31



Il ne faut rien exagérer : avant cette loi, les fonctionnaires ne pouvaient "appeler le trésor public" pour qu'il leur fasse un prêt. Je ne connais pas le fonctionnement complet, mais le simple
fait que l'inflation était inférieure avant le passage de cette loi (l'inflation officielle fut "calmée" avec l'introduction de l'euro) qu'après, et que depuis cette loi, la dette publique n'a
fait que grimper, montre que 1 çà ne maîtrise pas la création monétaire hors propos (sans production) 2 que çà ne restreint pas les débordements des politiques. Zéros objectifs atteints. Et en
fait de transparence, on assiste, vous le soulignez, à une multiplication des montages financiers.


 


l'opposition public/privé est assez artificielle lorsque le personnel politique a exactement la même formation intellectuelle que les gestionnaires économiques privés (les mêmes prémisses de
raisonnement du moins, ce qui peut donner la fausse impression d'une connivence), voire complétement artificiel si le personnel politique fait le passe passe entre les grandes institutions
privées et publiques (et réciproquement).


 


Les termes de la loi sont d"'interdire de présenter l'escompte" : il ne s'agit pas d'un crédit à proprement parler, il s'agit d'une avance sur impôt. Je ne pense pas qu'on puisse si facilement le
rapprocher du montage du QE (qui lui a effectivement l'air d'être simple comme un coup de fil, voire pas besoin de téléphoner, çà se fait tout seul, puisque c'est la doxa économique en vigueur
dans ce pays...) qui lui ne repose sur rien (pas d'or (ou autre chose) en banque, pas d'impôts, pas de projets, voire un congrès régulièrement obligé d'entériner un nouveau plafond de la dette.
On peut même dire que le dollar depuis 71 n'est que çà : de la dette gratuite). Pour mémoire, les monnaies autres que le dollar (le marché international des matières premières étant en dollar)
étaient en plus liées à celui ci, ce qui limitait encore les excès.


 


Cette modalité a permis (comme le principe des mutualité) l'essor du service public après guerre, alors même que l'on remboursait le plan marschall et que l'on redressait la balance commerciale
(dette devenue quasi nulle sous pompidou), sans, à vue de nez, gener l'essor du secteur privé. Aujourd'hui, en vendant les services publics (souvent bradés), on ne boucle pas le budget de l'état.
Et c'est le même état que les "marchés" déshabillent, qui vend sa chemise pour sauver ces mêmes marchés. Ce serait une course hippique, on aurait un cheval (l'état) avec tous les cavaliers sur le
dos, voire avec quelques chevaux en plus sur sa selle ; de fait les parieurs parient contre lui, comment les blâmer? L'ironie étant que sans ce cheval, il n'y a pas de course (espace dédié), ni
de parieurs.


 


Il est possible que le problème du déficit vienne aussi d'ailleurs (règles du serpent monétaire incarnées par l'euro par ex, mauvaises prévisions, peut être les gouvernements (giscard donc,
mitterrand, puis chirac, et le petit dernier) ont continué à fonctionner comme avant le passage de cette loi, etc... Voire peut être l'accumulation de dettes et donc la faillite sont inévitables
qd une prime est payée (sa valeur fait passer le budget de légèrement positif à légèrement négatif, d'où la boule de neige), et que donc ce cheminement était prévisible...à défaut d'être dans le
"secret", je ne puis guère que spéculer...), mais rétrospectivement, c'est aujourd'hui la "prime de risque" qui pousse le risque de défaut de paiement. C'est d'ailleurs, si j'ai bien compris, un
socle de votre discours, que de considérer que le couac est justement entre cette prime et la valeur réelle (j'y ajouterais que toutes les activités n'ont pas la même capacité de plus value, et
qu'un marché qui maximiserait le rendu de ses crédits laisserait de fait tomber un pan de l'économie (ex le pétrole bon marché permet d'importer à bon marché des produits agricoles, et "nos"
agriculteurs obligés à dégager plus de marge=>productivisme=>épuisement des sols=>fin de l'agriculture=>pb sociaux, voire géopolitiques), pourtant bénéficiaire. Ce qui est bon (sur le
coup) pour le marché n'est pas forcément bon pour la société. De même en fonction du stade de maturation : il y a 100 ans, n'importe quel bon ingénieur pouvait contruire des voitures, mais les
gains actuellement dégagés par les volumes d'échanges des grands constructeurs, interdisent de fait à une quelconque petite entreprise de se lancer sur le marché. De fait, la concurrence est
régulée par l'orientation du crédit).


 


Comme vous le dites, ce n'est pas en abrogeant cette loi que l'on va contrôler le crédit (les emprunts d'état, çà pèse combien dans le crédit?) privé. Par contre, on coupe de fait une manne pour
le privé, le limitant de fait dans son aventurisme, ainsi qu'un énorme moyen de pression (non démocratique) sur les politiques.


 


Cà ne résoudra pas non plus le (poids de la dette) passé, mais de même le système d'option que vous défendez je crois : je ne vois d'ailleurs aucune contradiction entre un marché d'option, et un
état "créateur de monnaie" (c'est plus du voyage dans le temps que de la création...), les régulations de l'un pouvant être appliquées à l'autre, même la prime de risque (payée par les
gouvernements à l'état, cad à la société politique : en fait de prime de risque, c'est plutôt une "provision sur risque"), le souci majeur étant de définir un domaine où l'état intervient
normalement (les grandes infrastructures, les réseaux par exemple : aux états unis, le développement du réseau ferré, entièrement privé, a donné lieu à la construction d'une pléthore de voies
(certaines redondantes, d'autres inutiles) : un tel niveau de coordination ne peut se faire sous les seuls auspices d'une compétence économique, à mon avis.)


 


Un autre point pratique : l'abrogation de cette loi (pour peu que l'on sorte du traité de Lisbonne, sinon c'est celui ci qui compte, et on peut abroger tout ce que l'on veut sans que cela ne
change quoique ce soit) peut se décider par les élections, ce qui n'est pas le cas d'un marché international d'option obligatoire (il faut au moins une conjoncture d'élections pour que celui ci
voit le jour), ou du bancor. Voire, en cas d'effondrement du dollar, à moins de recommencer la même chose avec l'euro (ou l'entrée en scène des DTS du fmi, gagés sur un panier de monnaies), il
faudra ancrer la valeur monétaire dans le réel : si la démocratie ne prend pas les devants, il y a de fortes chances que le "marché" lui force la main. Un étalon (par forcément l'or) me semble
une mesure complémentaire de l'abrogation de cette loi (qui a suivi l'abolition de l'étalon or, j'imagine que le but était de juguler la création monétaire par l'état, qui n'étant plus gagée,
pouvait être infinie. Intention louable si ce n'était le fait qu'in fine la création monétaire était laissée au dollar, avec le résultat que vous connaissez)


 


Ceci dit, je ne suis pas un fan de cette mesure d'abrogation (dont les tenants se focalisent trop sur la dette publique, sans mettre en regard, ni la dette privée, ni les actifs (publics ou
privés)), juste que le levier est à disposition, et que je ne comprend pas comment le garant des intérêts, l'état, doive 1 payer une garantie 2 tout souverain (démocratique) qu'il soit, demander
au marché son approbation (marché dont il garantit la bonne marche : tout se passe comme si les "marchés" avaient décidé de scier la branche sur laquelle il sont assis, ce qui n'est possible
qu'en cas de forte disjonction entre l'état, la société dite civile, et les marchés (théoriquement, ces trois là sont un peu la même chose, dans la pratique, notamment avec la mondialisation des
investissements, des divergences d'intérêts se font sentir).


 


P.S. : J'ai l'impression que vous confirmez cette intuition : à savoir que la dette est une inflation reportée (à laquelle s'ajoute la "prime de risque"), sauf quant à sa distribution. Juste une
impression?



Pierre Sarton Du Jonchay

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