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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 15:17

Gestion actif-passif, gestion des risques, les commentaires d'un consultant spécialisé : Gilbert Issard

Le nécessaire contrôle des agences de rating : un étonnant vide juridique

Le capital ne fait pas tout : oui mais de quel capital parle-t-on ?

Réformes prudentielles en cours : le discours en contradiction avec une réalité non reconnue


Les réformes sont en discussion entre les Etats et les autorités monétaires pour sortir de la crise de solvabilité et de liquidité. La solvabilité du système financier sera renforcée par le relèvement des normes de capital obligatoire pour recevoir des dépôts et consentir des crédits. La liquidité des banques sera garantie par l'obligation de détenir des réserves d'actifs dont le prix soit peu sensible aux fluctuations du marché et de la conjoncture économique. Les nouvelles règles sont consignées dans le projet de réglementation internationale dit de Bâle III.

Les bases fausses de la finance sans le Droit

L'examen technique de l'organisation du système financier débouche sur la même problématique étudiée sous l'angle moral, juridique et économique. Il existe une continuité logique entre l'exécution et l'organisation concrètes des activités financières et la philosophie qui structure leur cadre réglementaire et leur régulation. Cela peut paraître évident ; mais à examiner concrètement les choses, on découvre des contradictions profondes entre les règles appliquées ou envisagées et les finalités réelles de la finance.

Financer, c'est mesurer en risque et en crédit le prix futur des objets économiques à produire et à vendre. C'est-à-dire, échanger et mettre en commun des règles d'anticipation de la rentabilitéfuture des investissements. Comme on ne connaît pas le futur avec certitude mais que néanmoins on décide de produire des objets de valeur qui répondent à nos besoins, l'activité financière consiste à échanger les appréciations de la valeur dont la production est engagée en intelligibilité de la matérialité physique. Les uns empruntent ce qu'ils sont sûrs de produire tandis que les autres achètent la plus-value sur le surplus de production probable après remboursement effectif des emprunts. Il y a donc du fait de l'engagement de la production économique sur le futur, un marché de la mesure en crédit des objets d'investissement et un marché du risque de non-réalité à terme des mesures en crédit. Le marché du risque est en logique, s'il ne l'est en pratique, le lieu d'échange de la probabilité de réalisation concrète de la valeur prêtée en crédit

L'impasse logique dans laquelle la crise actuelle nous place par rapport aux réglementations en vigueur et à venir, est qu'il est intellectuellement impossible et concrètement stérile de mesurer la valeur probable future des biens économiques sans s'engager à assumer en réalité les erreurs de mesure. Autrement dit, il n'y a pas de crédit sans option financière : l'acheteur du nominal dispose de la mesure en certitude ; l'acheteur de la prime dispose de la mesure en incertitude ; le vendeur de l'option acheteur de l'incertitude du nominal dispose de la prime pour couvrir la non-réalisation possible par l'acheteur de la mesure nominale qu'il a vendue. Le nominal d'une option est un crédit ; et il n'est pas de crédit sûr qui ne soit le nominal d'une option.

Les choix non assumés de l'économie mondialisée

Si faire crédit, c'est choisir un critère de la valeur future et en assumer la réalité du risque, quel sens cela a-t-il de réguler les agences de notation séparément de tout acheteur de prime ?

  1. Maintenir l'opacité du marché du risque pour garantir les bénéfices de quelques initiés.

  2. Dispenser les banques centrales et les Etats d'assumer le coût financier de leurs possibles erreurs de régulation du crédit.

Quel sens cela a-t-il de restreindre par des ratios arbitraires la transformation de la liquidité financière par le système bancaire ?

  1. Faire porter par les banques le coût en activité économique réelle de la politique de facilité monétaire nécessaire au refinancement des déficits publics,

  2. Dispenser les banques centrales et les États de coordonner leur émission monétaire et leur régulation par des principes universels concertés de solvabilité publique et privée.

L'effondrement conceptuel du système financier international est le résultat de la mondialisation sans État de droit. Sans règles communes adoptées par les opérateurs internationaux et grâce à la création monétaire internationale non régulée, la masse mondiale des crédits a enflé sans que les primes de risque correspondantes soient exhaustivement achetées. Les pertes latentes se sont accumulées dans les bilans financiers des banques et des Etats. Il est désormais évident pour beaucoup d'agents économiques que l'économie réelle ne couvre plus la mesure vendue de sa production future. Les échanges réels se ralentissent à cause de la crainte de défaut d'un gros débiteur qui mettrait en péril une zone monétaire et tous les engagements financiers qui s'y mesurent.

L'absence ou le défaut de régulation actuel est la confusion permanente entre les objets réels d'investissement, leur mesure en valeur de crédit et le risque qu'ils comportent s'il existe un véritable engagement de rembourser ses dettes dans les échanges internationaux. Un principe simple de régulation serait la formation d'un marché par des négociateurs identifiables et engagés dans des règles communes de mesure de la valeur. Une règle fondamentale accessible à toute culture est de garantir tout crédit par la vente de sa prime d'option sur un marché transparent où les offres de prix sont mises en concurrence sur des informations standardisées déposées dans le marché.

 

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Pierre Sarton Du Jonchay

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  • : La crise économique actuelle a ses racines dans la civilisation. La compréhension des phénomènes en cours exige une redéfinition de la monnaie, du crédit, du risque, du marché et de la responsabilité publique. La discussion est ouverte.
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