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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 20:19

Le cercle des Echos : Main invisible, fin de la mystification, avènement de la vraie monnaie

Par le mythe de la main invisible, la monnaie a été dissociée de la démocratie. Le fait est évident en zone euro où les élus de la démocratie n'ont plus aucune autorité monétaire. Les électeurs français ne peuvent plus douter que les candidats à la présidence refusant ou omettant de mettre l'euro sous le contrôle du Parlement européen n'ont plus la volonté de servir le bien commun des citoyens.

La monnaie selon Aristote

La définition de la monnaie livrée par Aristote il y a 23 siècles a été délaissée par la théorie idéaliste de l'économie fondée sur Adam Smith. La monnaie neutre qui ne reflète pas la loi morale active des échanges s'effondre 240 ans après la Richesse des Nations. La monnaie est réellement depuis l'origine instrument de compte, de règlement et d'épargne. La monnaie idéelle d'aujourd'hui est instrument de spéculation politique et financière hors de toute loi du réel.

Dès qu'une société établit un système commun de numération de tous les objets qu'elle y échange, elle a une unité de compte qui fait monnaie. L'existence d'une société politique dans une loi commune de délibération de la valeur des choses s'exprime par un même système de prix. Les nombres attribués aux biens échangés exprimés dans la même unité de compte font la valeur numéraire de la monnaie. Une société est constituée en politie par une loi commune de comptage de la valeur collective ; dès lors, la monnaie règle les échanges pour signifier la valeur de la politie dans la politie.

Un achat réglé par une certaine quantité de monnaie signifie que la transaction, le prix et l'objet échangés sont conformes à la loi de la politie ; conforme à ce que les citoyens ont décidé de considérer comme réellement droit et juste. Le compte et le règlement introduisent alors la comptabilité du temps commun de la politie. Une même façon de compter à l'intérieur d'une société synchronise la valeur du temps dans le crédit.

L'existence politique d'une unité de compte signifiant le règlement des prix produit l'épargne monétaire. L'épargne en monnaie représente la mesure des biens investis par la politie dans son futur collectif. Le règlement d'un prix en monnaie offre à tout vendeur de conserver le signe pour acheter quelque chose dans le futur. Si la politie est stable dans sa constitution, dans son principe de légalité et dans sa loi de production économique, un épargnant ne peut pas douter de la conservation de son pouvoir d'achat par la monnaie de la politie. Le commerce du temps devient possible.

Éthique de la monnaie

La monnaie de compte, de règlement et d'épargne est la condition de la loi d'économie. Par la monnaie, la politie aristotélicienne règle le calcul économique. La monnaie est l'institution du travail d'intelligence humaine vérifiant que tout échange dans le temps et dans l'espace crée plus de valeur qu'il n'en détruit. La valeur économique est en logique aristotélicienne le surplus de matière produit par l'éthique des échanges dans la démocratie. La valeur est prisée par la monnaie du fait d'une éthique de l'échange dans la politie.

La politie de la démocratie alloue à tout individu citoyen la liberté de discussion du prix de tout ce qui s'échange. Cette liberté est le fait de la loi adoptée par la société. La loi politique de la démocratie économique repose sur l'interdiction de la moins-value. Un échange est illégal en éthique de la démocratie si pour l'une des parties à un échange, le prix de ce qui est cédé est supérieur au prix de ce qui est acquis. Le prix est une information de la matière : la plus-value résulte de l'information par la loi et non d'une soustraction de matière à quelqu'un.

La loi fondamentale de la démocratie donne à tout individu d'être le sujet de ses décisions économiques. Comme sujet économique de la démocratie, le citoyen a une capacité personnelle de jugement où il compare ce qu'il veut à ce que ses contreparties potentielles lui proposent. Comme la raison commande de refuser l'acquisition d'un objet de moindre prix que l'objet cédé en paiement, l'éthique d'égalité des droits commande en sens inverse de refuser la cession d'un objet de moindre prix que l'objet acquis.

Économie de falsification

Dans la loi démocratique de l'économie, vendre sciemment une moins-value est un jeu de parole contre la réalité. Acheter une plus-value certaine par un prix de légalité dissimulée à l'intelligence du vendeur est une falsification du réel. Spéculer par le discours contre la volonté individuelle objectivement exprimée dans le prix est un crime contre la démocratie. Le calcul du prix par l'intérêt individuel exclusif est interdit : la seule cause du prix admise par la démocratie est l'équilibre transparent des intérêts déposés dans le marché au vu de tous.

L'économie de la démocratie définie par Aristote contient deux plans de raisonnement et de jugement : la réalité objective et la réalité subjective. La confusion des deux plans dissimule la subjectivité dans l'objectivité. La réalité objective est commune et partagée dans la mesure où elle est régie par la loi ; la loi discutable dans l'ordre métaphysique au-dessus des contraintes imposées par la réalité physique. La réalité objective est d'autant moins discutable que la société des sujets individuels construit la loi du réel dans la discussion politique.

La démocratie aristotélicienne est la discussion de la loi qui permette la philia (civilité) ; la subjectivité s'affranchit des déterminations de la physique par la métaphysique négociable dans la politie. La séparation transparente du physique et du métaphysique est la condition de la vérité démocratique. Au Siècle des Lumières, la métaphysique est absorbée dans la physique particulièrement dans le monde anglo-saxon. La vérité disparaît dans la réalité. La science économique se détache de la politique. Ainsi, la finance d'aujourd'hui s'est affranchie de la loi.

Sans distinction par la monnaie du prix de la chose physique et du prix métaphysique du crédit, l'intelligence humaine n'a plus la liberté de chercher ce que veut l'individu dans la société ; l'économie du réel objectif détermine alors des équations sociales d'échange et non des équilibres négociables de subjectivité. Adam Smith fonde l'économie libérale par un ordre transcendant d'une réalité qui n'est plus vraiment négociable par n'importe quel citoyen.

La main invisible du mal

En fondant une économie objectiviste sans responsabilité politique du sujet, Adam Smith permet l'abolition de la démocratie. Le théoricien involontaire de la main invisible pose l'éthique sans loi. La confrontation naturiste des intérêts particuliers suffit à dégager une stabilité des prix selon une optimalité qui ne serait pas discutable. Selon Adam Smith, l'homme n'a pas besoin de comprendre ce qu'il est pour vivre et produire la richesse. La discussion économique de la loi est inutile et la démocratie sans rapport avec l'économie.

La science économique fondée sur Adam Smith est la loi même au lieu d'être la logique de discussion de la loi. Par la main invisible, l'économie n'est plus la transformation de la réalité par la loi de démocratie. Le libéralisme économique est la théorie de la loi soustraite à la démocratie ; donc l'économie humaine livrée à des oligarques omniscients. La transformation opérée par Adam Smith du libéralisme politique en libéralisme économique a pour conséquence de réduire la démocratie au bavardage. L'empire de la monnaie s'est librement érigé au-dessus de la loi.

L'effet du moralisme smithien est manifeste dans la crise actuelle : la loi est inutile. La loi n'est plus délibérée dans des budgets ; les vraies décisions politiques ne sont plus que l'émission de la monnaie. Toute l'économie humaine appartient à ceux qui décident des prix par la causalité de la monnaie dans le crédit. Le crédit est dicté par le pouvoir de financer la politique ; il n'est plus réalisable en biens par les sujets de l'économie.

Le crédit est dans la démocratie l'application réelle de la loi entre le prêteur et l'emprunteur du prix ; du prix de l'objet librement échangé à la condition de la loi appliquée. Mais une fois que le libéralisme économique abolit l'existence concrète de la loi politique, le crédit n'est plus qu'une écriture légale dans les comptes d'une banque. La loi ne peut plus justifier le prix qui n'est plus un crédit réel ; lequel n'est plus la justification véritable des comptes en monnaie.

Globalisme impérial

Au temps de Smith, le crédit est possiblement matière de la monnaie par l'interdiction sociale du paiement sans éthique. Dans le monde globalisé d'aujourd'hui, la loi sous-jacente à la monnaie est impensable. L'éthique des échanges est pure fiction en l'absence de formulation mondiale d'une loi minimale ; d'une loi qui protège la liberté du sujet, appelle la responsabilité du vendeur et exige la réalité de l'objet. La loi humaine n'est plus la question des prix internationaux.

Les héritiers de Smith ont bien vu comment la liberté internationale des échanges sans loi politique du prix leur livrait tout le réel. Le dollar n'est pas émis sur la discussion des prix en dollar ; l'application à tout emprunteur de la loi des États-Unis n'est pas vérifiable dans les comptes en dollar. L'euro n'est pas émis sur le crédit d'une loi commune appliquée aux échanges entre Européens. Les monnaies internationales en circulation libre créent une réalité libre de toute loi. Les prédateurs sont des bienfaiteurs par détermination de l'économie.

Il n'existe aucune solidarité politique entre les utilisateurs libres du dollar, de l'euro et des autres monnaies de réserve internationales. Tout le système monétaire international est construit sur la finance exemptée de loi politique. Le prix ne renvoie pas à la loi ; le crédit est réputé exister par le seul prix annoncé par une banque. Les banques centrales et commerciales sont libres de faire enfler les dettes internationales et nationales au-delà de toute limite réelle ; au-delà de toute appréciation légale de l'économie du réel.

En 2007, la dette mondiale a débordé la réalité : les plus-values financières d'émission libre du crédit sont devenues inférieures aux moins-values infligées à l'économie réelle. Techniquement, les primes de crédit comptabilisées ne couvrent plus les moins-values latentes. Le pouvoir financier ne peut plus préserver son empire monétaire sans mettre les polities en faillite ; sans détruire les réalités sociales par de fausses créances . Les institutions politiques internationales sont lancées contre les démocraties nationales écrasées par des dettes imposées aux plus faibles.

La raison financière sans démocratie est une bombe logique. L'oligarchie ne trouve plus aucune limite au pillage des réalités humaines par la monnaie. Le cœur de l'apocalypse monétaire (vision de révélation de la fin d'un temps) est la zone euro. La spéculation financière enferme la politique européenne dans son propre suicide par la fausse alternative de la monnaie unique ou de l'abandon de l'euro. Or la monnaie unique détruit la démocratie et l'abandon de l'euro détruirait l'économie de l'Union européenne (UE).

Économie européenne de la démocratie

L'euro dissocié de toute loi efficiente détruit l'économie réelle des sociétés. La restauration démocratique de l'Europe implique simplement la ré-indexation légale de la monnaie sur le réel. L'UE a institué pour la première fois dans l'histoire de l'humanité l'exercice de la démocratie à double niveau : national et confédéral. Pour que les deux niveaux de pouvoir servent la démocratie, il suffit de décomposer le système de l'euro en figures monétaires nationales et confédérales ; et de doter la confédération européenne d'une politie démocratique.

L'UE est de fait une confédération de démocraties nationales : deux régimes de délibération de la loi cohabitent. Les droits des sujets sont définis et appliqués par les États-nations pendant que l'économie des objets marchands est régie par la loi communautaire. En différenciant les monnaies nationales de la monnaie commune, l'UE rend les démocraties nationales négociables et mesurables les unes par rapport aux autres. L'équité financière entre les démocraties nationales est l'objet de la démocratie confédérale.

L'alignement des monnaies sur la nationalité des lois appréciables dans le double exercice national et multinational de la démocratie produira une configuration politique miraculeuse. La subjectivité de la discussion politique reprend la maîtrise de l'objectivité économique. Toute loi devient négociable non seulement par ce qu'elle dit, mais par ce qu'elle produit. Le prix des monnaies devient rationnellement variable selon le jugement du bien humain et selon le constat du réel.

Pour que l'équilibre monétaire des comptes réglés en épargne se réalise en conformité nationale et confédérale, il faut une loi monétaire confédérale interdisant la conversion des monnaies nationales hors de l'euro confédéral. Et il faut une responsabilité de cette loi monétaire devant le Parlement Européen ; donc une détention du capital de la BCE par le pouvoir exécutif financier communautaire devant le législatif confédéral.

Alors la responsabilité politique des nations européennes se mesure exclusivement en économie commune de la démocratie confédérale ; et la responsabilité politique commune est librement appréciée par les monnaies nationales en économie commune. La compensation en euro des lois, des crédits, des réalités économiques et des autorités politiques prise les figures nationales de la démocratie par des monnaies distinctes négociées en transparence légale.

L'euro confédéral restaure la stabilité du discours sur la réalité sensible. Toute vérité scientifique est appréciable par la prime de crédit de l'auteur identifiable d'un énoncé ; par la prime d'investissement du producteur réel de l'objet ; et par la prime de change de la démocratie dépositaire d'une loi de vérité. La réalité économique européenne confédérale est discutable dans la pluralité nationale de la démocratie.

Le crédit de la démocratie

À son apogée virtuelle, l'empire de la monnaie est en ruine. Cette dichotomie radicale entre l'objectif et le subjectif offre au jugement des peuples une réalité limpide. Les oligarques se réclament de la raison technique contre toute délibération de la loi de rationalité économique. La loi non discutable ne produit plus aucun crédit ; la révolte des peuples contre le faux crédit déguisé en loi sera invoquée pour justifier le terrorisme d’État.

Pour donner sa chance à la démocratie, il suffit de constater que le dollar et l'euro monnaie unique ruinent l'économie. Et il faut pousser au pouvoir des gouvernements engagés à rendre leur responsabilité mesurable par la monnaie nationale. L'euro monnaie de crédit commun étalonne les démocraties nationales. Alors les États surendettés seront dévalués en euro. La démocratie retrouve le prix de la vérité des richesses qu'elle produit.

Les lois économiques non mesurables par la démocratie sont toxiques ; elles détruisent toute possibilité de confiance rationnelle dans l'économie de l'échange. La démocratie est la raison réelle de l'échange humain. Si l'Europe n'est pas capable de restaurer la démocratie, elle entraînera le monde dans le trou noir de la finance sans loi. Le monde attend que les Européens se soulèvent contre la corruption financière. Les Français éliront-ils le président d'une démocratie ?

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