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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 17:24

Oui au fédéralisme financier de l'Europe

Jean Peyrelevade prône le fédéralisme en réponse aux menaces financières qui pèsent sur l'Europe. Ce fédéralisme ne peut être qu'un système de régulation européen de la sûreté du crédit et de la monnaie. Les conditions de la régulation multinationale du crédit ont été définies par Keynes à Bretton Woods.


L’Europe est bien en faillite latente. Les Etats à part l’Allemagne et à cause de l’Allemagne courent tout droit au défaut de paiement. Les conceptions économiques et budgétaires sont radicalement différentes. Le fédéralisme est financièrement une bonne solution mais politiquement intenable. Les économies européennes divergent parce que les Européens sont différents les uns des autres. S’ils sont tous attachés à la démocratie, ils apprennent chacun à leur manière à la construire. Les cultures nationales de partage du revenu national, de civisme fiscal, de consommation et d’investissement sont bien différentes. Les marchés se contentent de constater ces différences et de les transformer en anticipations de dette publique et d’équilibre commercial.

Le fédéralisme est indubitablement l’avenir de l’Europe ; mais pas sa réalité présente. La finance interprète les équilibres politiques. Elle ne peut pas en être le motif. La réponse appropriée à la demande de sécurité des marchés d’épargne et d’investissement est une régulation budgétaire et monétaire qui traduise l’effort réel
des Européens à harmoniser leur vivre ensemble. Cela signifie un équilibre négociable et permanent entre les efforts engagés, la mesure qui en est donnée et la mobilisation effective des solidarités européennes ; donc la substitution d’un vrai marché à la confrontation anarchique d’intérêts particuliers sans nationalité.

La vraie mission de l’Europe dans le monde présent est la construction de la régulation financière et monétaire entre nations qui se savent différentes dans leurs intérêts économiques communs. Le premier fondement de la régulation financière est de n’engager envers les épargnants nationaux et internationaux que des promesses qu’on puisse tenir. Comme il est très difficile de mesurer tout seul sa capacité à rembourser ce qu’on emprunte, l’Europe doit être un système politique de garantie internationale réciproque de la mesure des crédits.

Tout crédit consenti en Europe au profit de quiconque et spécialement des États doit être garanti par les autres États. Tout emprunteur doit payer une prime de crédit à celui qui accepte de le garantir. Tout crédit non garanti par l’achat du CDS de l’emprunteur (Credit Default Swap, prime de caution d’un emprunteur) doit être interdit. Tout emprunteur dont la prime de CDS cesse d’être positive pour le montant déjà emprunté, cesse d’emprunter davantage et se retrouve à la charge de ses garants. Au lieu d’appliquer ces règles par l’ingérence politique et la déresponsabilisation économique des citoyens, les Européens instaurent un vrai marché financier où les prêteurs et emprunteurs sont identifiés et la certitude de leurs engagements mesurés par l’offre et la demande organisées de garanties financières (cds).

La régulation n’est rien d’autre qu’une responsabilité publique internationale de l’achat par le marché du risque de la mesure du crédit ; une responsabilité dont l’Europe a déjà l’expérience par la Commission Européenne, autorité politique multinationale d’économie de marché. Il faut que l’Europe ose affirmer que la liberté des échanges n’est pas une anarchie où le plus fort impose sa propre définition de la valeur et du prix économique. Un tel système de responsabilité est le bancor qu’avait proposé Keynes à Bretton Woods en 1944.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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