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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 17:35

La crise a ses racines dans notre civilisation


Ce post commente l'intervention de Monsieur Peyrelevade à L'économie en questions sur France Culture le 27 mars 2010

Votre débat de ce matin avec Patrick Viveret et Olivier Pastré sur France Culture a été vraiment éclairant sur l’étendue des analyses suscitées par la crise très profonde que nous affrontons. Il est réconfortant d’entendre de Patrick Viveret que les contradictions économiques, sociales et politiques actuellement exprimées mettent en cause notre civilisation-même. Réconfortant de vous entendre vous accorder sur l’absence criante de vraie régulation financière. Mais inquiétant de constater la profondeur des divergences sur le contenu d’une régulation de notre système d’économie de marché.

Vous avez placé le cœur du débat dans la nécessaire distinction entre le financement des activités économiques et les paris financiers. Patrick Viveret vous a appuyé à affirmer la nature de bien public de la monnaie mais sans vous suivre sur le rôle des acteurs privés dans l’émission monétaire. Vos points de vue assez proches auraient été conciliés par la définition philosophique de la monnaie que vous avez esquissée. Si l’attribution de valeur économique par l’outil monétaire incombe aux initiatives individuelles par l’intermédiaire des banques, il ne devrait pas être possible d’attribuer de la valeur à des réalités socialement et politiquement inacceptables. La monnaie est un bien public au sens où elle ne devrait pas être utilisée à rémunérer des productions ou des fictions qu’une société civilisée ne peut pas reconnaître comme valeur. Si la monnaie émise par les banques permet d’afficher des bénéfices d’investissements qui n’existent pas ou de refinancer des États insolvables, le calcul économique est dévoyé de sa finalité à promouvoir le bien être matériel.

Les banques et la monnaies ne peuvent pas être régulées sans distinction substantielle du risque et du crédit. Le crédit est la matière de la monnaie ; il ne peut pas être produit sans que la société confirme par l’intervention de l’État que son objet soit de la valeur véritable en droit et en réalité certifiable à venir. Le risque ressortit à la forme de la monnaie au sens aristotélicien du concept de forme. Le crédit est intelligible en tant qu’anticipation d’une valeur future certaine s’il est conforme au droit approuvé démocratiquement par la société ; et conforme à la réalité objective limitée du monde physique. Le risque n’a pas la même substance philosophique et mathématique que le crédit ; il résulte de l’incertitude réelle de la définition et de la mesure des objets futurs de la valeur. Le résultat d’un investissement ne peut pas être certain. Mais il ne doit pas compromettre la certitude d’une promesse en crédit qui fournit la matière de l’unité de compte monétaire de laquelle procède tout calcul économique. La séparation des activités de crédit et d’investissement est incontournable pour que l’économie et la monnaie soient effectivement intelligibles au service de l’homme.

J’achève un ouvrage d’épistémologie économique et financière où j’en produit la démonstration. J’en tire comme vous des conclusions simples et radicales. Sans la restauration de l’État de droit dans le système financier et monétaire international, il est impossible de rétablir l’économie sur des bases stables ; c’est à dire sur un système de rationalité qui permette d’économiser l’énergie humaine à construire les conditions matérielles de sa satisfaction. La réintroduction du droit dans l’économie mondialisée débouche sur l’instauration d’une monnaie internationale telle que recommandée par Keynes et sur la régulation internationale des échanges économiques et financiers par la responsabilité des personnes privées et publiques.

Tous les outils de résolution de la crise sont à notre disposition. Il faut simplement accepter une logique commune de raisonnement où chacun accepte de laisser advenir dans la réalité les conséquences de ses choix sans y compromettre l’intelligence de son prochain pleinement reconnu dans ses droits humains.

Voyez-vous dans le synopsis de mon manuscrit des idées utiles aux débats en cours ? Merci de votre avis éclairé.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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Pierre Sarton du Jonchay 31/03/2010 16:05


La réponse de Jean Peyrelevade sur son blog : http://peyrelevade.blog.lemonde.fr/2010/03/24/actualite-8/#comment-1749


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  • : La crise économique actuelle a ses racines dans la civilisation. La compréhension des phénomènes en cours exige une redéfinition de la monnaie, du crédit, du risque, du marché et de la responsabilité publique. La discussion est ouverte.
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