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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 09:26

Une manifestation concrète de la crise mondiale de la dette est la charge écrasante des intérêts dans les budgets des Etats, des entreprises et des particuliers. La perte de contrôle de la dette mondiale peut s'analyser comme un problème de répartition du capital et des revenus. Une certaine conception de la propriété engendre un déséquilibre systémique de répartition de la richesse dont le surendettement est le symptôme pathologique.

Dans Comment la vérité et la réalité furent inventées, Paul Jorion révèle une faille systémique dans la construction des représentations du savoir humain. Représentations qui structurent la compréhension des phénomènes économiques. Pour simplifier la question de la vérité, l'hypothèse a été entérinée de l'existence d'une réalité parfaitement décrite dans le discours qualifié de scientifique dans le domaine du physique autant que de l'humain. Les sciences sont supposées vraies par l'apparence d'exactitude que leur donne la mathématisation.

L'hypothèse de la vérité scientifique par les mathématiques est la ré-actualisation de la cosmologie de Pythagore. Elle dispense d'une autre vérification que la théorisation mathématisée : l'appropriation humaine. La faille systémique de la vérification pythagoricienne de la vérité scientifique est de ne pas reposer sur une accessibilité universelle des énoncés scientifiques. Quelques sachants suffisent à l'énoncé d'une vérité. Ils possèdent la vérité sans qu'un usage complet de la logique n'ait rendu le raisonnement accessible à toute intelligence humaine honnêtement conduite par son sujet.

La connaissance pythagoricienne du monde n'est pas accessible à "l'honnête homme". L'accumulation moderne du savoir scientifique s'est opérée par une réduction cognitive. Cette réduction a transformé la compréhension humaine de l’intérêt et de la propriété. L'aboutissement de cette transformation est l'implosion actuelle du capitalisme financier. L’intérêt et la propriété ont été vidé de la substance cognitive qu'ils avaient jusqu'à la révolution financière de l'ère contemporaine.

Depuis que l’être donné et la réalité objective ont été fusionnés à la fin du Moyen Age, l’homme et la matière physique sont devenus le même objet de connaissance à l’intérieur de l’être donné. Ainsi la science économique progressivement élaborée à partir du XVIIIème siècle a-t-elle été dès l’origine incapable d’établir une différence claire entre la nécessité des choses et la nécessité des hommes.

 Adam Smith a écrit sa « Richesse des nations » après sa « Théorie des sentiments moraux ». La main invisible de Smith désignait la morale comme force invisible d’équilibre dans le jeu humain de l’économie. Mais dès Smith, le pythagorisme stérilise la réflexion sur l’économie. La matière économique est supposée contenir en elle-même la logique de la quantité indépendamment de la délibération des acteurs économiques.

La morale de Smith est déjà une théorie mathématique ; elle existe en soi par une révélation que l’homme ne choisit ni ne discute. Smith fonde une science économique sans sujet avec une rationalité en soi ; une nécessité qui est donnée. Cette rationalité est faussement objective parce qu’inaccessible au sujet universel. L'homme n'a pas besoin de nommer la rationalité économique pour qu’elle agisse.

Le grand Marx se révolte contre les conséquences de l’économie smithienne. Mais il n’identifie pas l’origine de la dérive économiste : la confusion de l’être donnée avec la réalité objective. Les conséquences tragiques de cette confusion s’étalent dans le capitalisme libertaire dès le XVIIIème siècle. Les libertaires ne font pas la différence entre l’être et la réalité. La liberté est une réalité qu'aucune loi de l'être ne peut ni ne doit limiter. Les libertaires se cachent sous les libéraux politiques. Le libéralisme politique dégénère en libéralisme économique par la négation de la morale qui porte la liberté des personnes.

Les libertaires sont ce qu’ils possèdent physiquement. Ils sont donc absolument libres de faire ce qu’ils veulent avec ce qu’ils possèdent : leur propre corps physique, celui des autres qu’ils réduisent à l’esclavage et bien sûr tous les biens matériels dont ils abusent. La loi morale qui régule la relation avec soi-même, les autres et le monde physique n’existe pas pour le libertaire. La propriété se confond avec la possession ; rien ne peut limiter la propriété-possession puisque la rationalité du don inter-subjectif n’existe pas.

A l'origine, la propriété est une notion morale et politique. Elle établit la limite entre soi et les autres dans les relations humaines d’échange. Elle distingue des fins personnelles différentes dans la matérialité objective. La propriété ne peut pas exister sans une société politique pour discuter les limites et les faire appliquer. Par contre la possession est un état de fait exempt de tout jugement moral. En supposant que l’autorité publique n’a pas à s’investir dans la propriété économique, que la propriété économique est assimilable à une possession, Smith rend possible une matière économique hors de la morale politique.

L'économie affranchie de la politique va transformer la perception de la propriété. La propriété va pouvoir s'attacher à des objets de créance et des objets d’entreprise à l'intérieur desquels sont enfermés des sujets humains. La propriété assimilée à la possession permet aujourd’hui de passer par pertes et profits des pays entiers et d’asservir méthodiquement le travail à la possession du capital.

Le capitalisme financier est par la confusion de la possession et de la propriété un marxisme inversé. Comme la possession collective du capital physique a été un échec, la possession privée du capital est le seul moyen efficient de produire de la richesse. Possession collective et possession individuelle ont aboli la morale de la propriété.

Comme la morale est devenue une question purement privée sans rapport avec la politique, la possession de l’homme par le capital est libre. La liberté libertaire ne connaît pas la loi réelle. La loi libertaire est théorie de l’alignement physique de sons codés par le langage juridique ; elle n’a rien à voir avec l’être puisque la science sait tout de la réalité objective au-delà de quoi il n'y a rien. En tout état de cause, dans le régime de la propriété privée objective, une dette se rembourse et un capital accumule des plus-values ; l’objet libertaire n’a pas de sujet.

 Les notions morales d’intérêt et de plus-value changent complètement de contenu dans l’économie non politique qui régit la globalisation des échanges. Dans le monde pré-capitaliste, l’intérêt était le prix de la propriété distincte de la possession. Le propriétaire peut se déposséder de l’objet réel de son bien mais reste responsable de son bon usage. Moralement, il en répond devant la société.

Le versement d’un intérêt au propriétaire prêteur d’un bien est le prix de son bon usage. Un bon usage matériellement visible par la société dans un transfert de monnaie portant l'effigie du souverain. Le mauvais usage d’un bien par son emprunteur entraîne la condamnation morale du prêteur qui doit restituer l’intérêt perçu à la victime ; laquelle est physiquement représentée par les agents publics de la souveraineté.

L’interdiction de l’intérêt dans la société pré-capitaliste est dans notre terminologie contemporaine l’interdiction de la plus-value sur un bien qu’on ne possède pas. La plus-value pré-capitaliste ne peut venir que de la transformation des objets par le travail ; la plus-value va a celui qui possède l’objet éventuellement emprunté à un propriétaire, lequel perçoit l’intérêt moral qu'il lui appartient de mesurer dans la dépossession de l'objet prêté au travail.

Le capitalisme financier se construit dès son origine sur l’hypothèse néo-pythagoricienne de la confusion de l’être donné avec le réel objectif. Donc la propriété est possession ; et la plus-value est l’intérêt. Ainsi est-il possible d’acheter la plus-value du travail contre salaire. Bien évidemment le salaire est le prix de l’énergie du corps physique mais pas celui d’un être humain que personne ne devrait posséder.

Dans la civilisation pré-capitaliste, l’intérêt est le prix du droit de la morale alors que la plus-value est le prix de la transformation de la matière physique par le travail. Il est immoral de faire de la plus-value sur la possession d’un droit qui n’est pas la propriété d’un objet matériel concret. Dans la civilisation pré-capitaliste il est non seulement immoral mais illégal de faire de la plus-value sur la possession d’un corps humain. Évidemment, la morale et le droit ne suffisent pas à empêcher dans le pré-capitalisme les abus que le capitalisme a légalisés.

Si Marx n’a pas su poser les conditions morales d’une économie politique il a en revanche anticipé les conséquences des contradictions du capitalisme livré à lui-même hors de toute loi morale. Jusque dans les années 1980, le capitalisme a paradoxalement subi la contrainte morale du communisme. Les États de droit libéraux ont dû édicté des lois pour protéger le travail, contrôler l’intérêt et réguler la plus-value par l’impôt. A partir de la chute du communisme, toutes les digues morales cèdent : les libéraux sont remplacés par les libertaires.

Le libre échange et la libre circulation du capital transforment les États en entreprises capitalistes concurrentes des banques et des sociétés multinationales. En plus de la morale recluse dans la sphère privée, les lois sont privatisées. La finalité des lois n’est plus la protection des personnes mais l’allègement des obligations pesant sur la propriété-possession. Les plus-values du capital ne sont plus taxées. Il faut attirer le capital qui fait des plus-values sur le travail. La taxation du travail rémunère les administrations publiques engagées dans la « guerre économique mondiale » par le capitalisme gouvernemental.

Les banques et entreprises multinationales accumulent sans limite des plus-values financières dans les paradis fiscaux et des plus-values sur le travail non protégé par le droit dans les pays en développement. La plus-value expropriée au travail provoque la diminution de la demande par rapport à l’offre. Le déséquilibre a été masqué par la production débridée de dettes publiques et privées. Conformément à la prédiction de Marx, la plus-value financière a tué la plus-value du travail. Le capitalisme politico-financier se perd dans des illusions de plus-value déniées de la réalité.

La dette écrase désormais le travail. Les impôts augmentent qui vont déclencher la révolution qui va entrainer la guerre qui va détruire le capital. Est-il nécessaire que Marx ait vu juste jusqu'à la révolution ? Oui du point de vue de la froide raison économique du capitalisme ; mais peut être non du point de vue de la raison morale de la politique. Si la politique existe encore.

Tout est question désormais de choix moral. Si la morale des personnes se trouve dans les tréfonds de l’être donné qui n'a pas encore émergé dans la réalité objective, alors la solution alternative à la rationalité économiste du capitalisme libertaire doit encore murir. Quand la solution aura été trouvé, la propriété, la possession, la plus-value, l’intérêt et les États de droit auront été détruits par le capitalisme : il sera abstraitement possible de reconstruire du propre à partir de rien.

Si la morale est au contraire dans la réalité objective qui se déclare enfin distincte de l’être donné, alors le débat politique sur le bien commun entre les nations peut renaître. Les gouvernements de la zone euro sont fondés à déclarer la faillite du système bancaire en euro. Ils rétablissent le contrôle des frontières physiques pour percevoir des taxes. Ils maintiennent la liquidité des finances publiques par la taxation des rentrées de capitaux et bloquent les sorties de capitaux pour vérifier la légalité des dettes remboursées aux étrangers.

La fermeture des frontières financières de la zone euro permet le contrôle des règlements effectués par les banques. Toutes les banques sous souveraineté euro sont garanties par le FESF qui contrôle les sorties de capitaux en règlement des engagements extérieurs effectivement conformes au droit européen. L’administration publique des paiements extérieurs de la zone euro dévalue de fait l’euro par rapport au yuan et autres monnaies créancières de la zone euro.

La zone euro reconnaît d’un coup son appauvrissement par rapport à la Chine. Elle reconnaît que ses dettes sont plus élevées qu’initialement comptabilisées et abaisse son coût du travail afin de permettre la reprise des exportations en remboursement des dettes extérieures accumulées. Les États euro peuvent alors négocier la remises en ordre de leurs finances publiques par la primauté du droit des personnes sur la possession des biens.

La primauté de la personne remet le libéralisme politique à la place de l’économisme libertaire. La propriété est à nouveau liée aux droits et obligations de la personne. La Cité régit à nouveau la possession des biens. Le prêt d’un bien matérialisé en monnaie donne droit à l’intérêt comme prix de l’usage conforme à la loi du bien commun. L’intérêt est le même, proportionnel au prix du bien, pour tout prêteur et tout emprunteur. Il rémunère la responsabilité assumée par le propriétaire du bon usage d’un bien ; lequel implique la restitution par l’emprunteur qui n’en a plus l’usage moral. Et le paiement de l’impôt par le propriétaire.

La primauté de la personne implique la ré-attribution de la plus-value au travail. Mais pour que les droits du travail soient réels entre travailleurs face aux propriétaires du capital financier, l’employabilité de la personne offrant du travail est assurée. L’assureur du travail en dernier ressort est l’État qui garantit par les ressources fiscales la protection, la formation et la liberté des personnes. La production des services d’assurance est garantie par un marché organisé du travail.

Ce n’est plus l’emploi des personnes qui est négocié mais des prestations professionnelles. Les contrats de travail sont des contrats d’entreprise de la production de biens objectifs ; la tâche est rémunérée par un salaire identique pour toutes les personnes disposant des mêmes compétences compensées par les marchés de travail. L’entreprise est rémunérée par la plus-value du prix du produit final sur les salaires et achats. L’entreprise associe des travailleurs partageant les responsabilités et les risques de production rémunérés par un accord de partage de la plus-value.

Le capital financier n’est plus défini comme un apport extérieur de monnaie mais comme accord de partage révisable de la plus-value entre ses contributeurs liés par les contrats d'entreprise. Le partage de la plus-value s’opère par la compensation des risques à l’intérieur de la société d’entreprise constituée par l’association des contrats de travail des objets intermédiaires. Le capital financier se mesure en monnaie par les primes de garantie professionnelle que les associés de l’entreprise négocient et compensent entre eux sous le contrôle d’investisseurs financiers exclusivement garants de la légalité des relations d’entreprise.

Dans le régime de la réalité objective ordonnée à l’être donné de la personne humaine, le capital, la propriété, l’intérêt et la plus-value retrouvent leur sens naturel que le capitalisme libertaire a retourné contre l’homme par le sens de la loi. Le capitalisme libertaire ne connaît pas la loi comme séparateur de réalité humaine entre les personnes solidaires dans la société politique. Le capitalisme libertaire inverse la réalité. Il détruit l’homme par la rationalité lancée contre la liberté. Il anéantit la morale pour vider la responsabilité de tout contenu réel.

L’homme est un être personnel intéressé par sa relation à l’autre ; relation qui produit le réel par la vie sociale à l'intérieur du politique. Après sept siècles d’exploration de la cupidité et de réflexion sur l’existence empirique, l’homme se trouve devant le choix de se perdre dans le néant de la spéculation ou de transformer réellement sa vie sociale terrestre. Et cette fois-ci le choix n’est plus réservé à quelques privilégiés.

L'échec du régime de la possession financière de l'homme ouvre une nouvelle étape de la civilisation mondiale. La définition de l'usage des biens terrestres n'appartient plus à des oligarchies mais à la responsabilité personnelle universelle comptabilisée dans la monnaie du droit. La monnaie du droit n'existe pas dans le capitalisme financier. Elle est donc à créer dans une monnaie universelle de compensation mondiale des échanges internationaux.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Capital
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RR 05/11/2011 21:43



Bonjour,


la science a fait des progrès grâce surtout à l'EXPERIMENTATION,


donc à la confrontation avec la réalité objective,


et en second lieu grâce aux mathématiques.



Pierre Sarton Du Jonchay

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