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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 12:46

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Economie morale des retraites

Les principales réponses aux commentaires déposés sur le Blog de Paul Jorion sont ici reprises


Un système de retraite est un modèle économique de la valeur future d'une société

@Lisztfr

« Si le principe de la retraite est d’opérer une solidarité entre les actifs et les inactifs âgés, il ne suffit pas d’un transfert économique au présent »
Mais si. Par exemple en l’absence de tout système de retraite, les enfants soutiennent les parents, au présent. Dans les fermes par exemple il y a 50 ans, en France et grand nombres de pays.

Mais non. Un système public de retraite a vocation à compléter et améliorer la solidarité entre parents et enfants. La société manifeste son existence comme espace complémentaire de solidarité. Elle le fait en se mettant au-dessus de la logique économique du présent et en intégrant la logique sociale de transmission de la valeur dans le temps.

Vous avez le chic de tout compliquer mais je n’ai pas encore compris pourquoi, or moi je simplifie j’élague.

J’essaie de transformer la complication en complexité. La complexité c’est l’insuffisance du langage à exprimer toute la richesse du réel. Passer de la complication à la complexité, c’est sortir des simplifications du langage pour maîtriser le foisonnement de la réalité matérielle et accueillir la liberté des fins d’autrui.

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement

Sagesse du langage.

N’abusez pas du mot de réalité qui ne peut qu’être une utopie pour vous… la réalité est-ce dont vous ne voulez rien savoir, un refoulé. Le mot « réalité » apparait 30 fois dans votre texte à mon avis à cause d’un irrémédiable déficit de réalité. Vous craignez de ne pas être réel ?

Vous avez bien cerné la problématique dans laquelle je m’inscris. Nous sommes installés dans l’utopie réelle, c’est à dire dans l’inutilité du langage à exprimer une quelconque réalité partageable et bénéfique. Sur la question des retraites, on parle de tout sauf de la réalité compréhensible et vraie. Le langage n’a pas pour but de se rendre compréhensible à l’autre afin de partager une vérité commune. Chacun peut s’enfermer dans ses bons sentiments individuels qui peuvent avoir aucune conséquence réelle ni sociale, ni économique. Vous avez bien compris que je cherche à révéler nos confortables complications de langage.

Il existe aussi un transfert économique au présent, entre actifs et inactifs jeunes, autrement dit les enfants d’actifs. Dans la dimension temporelle n’intervient aucun transfert. Je ne vois pas en quoi le soins aux enfants serait de nature différente à celui des personnes âgées, il s’agit de transferts économiques, dans les deux cas. Pas besoin d’épargne pour les enfants, et autres produits innovants.

Ne croyez-vous pas qu’il est plus facile de reconnaître la créance qu’on a sur ses enfants que la dette qu’on a envers ses parents ?

« …mais d’un calcul partagé d’un effort à consentir pour obtenir collectivement un effet satisfaisant de la solidarité entre générations. Afin d’encourager les actifs, les retraités doivent pouvoir mesurer ce que coûte en prélèvements la valeur qu’ils consomment »
Je ne puis que m’opposer à ce genre d’idée qui parait de bonne mais qui ne l’est pas ! Premièrement on oppose les générations entre elles ce qui politiquement est le discours culpabilisateur actuel qui vise à réduire les retraites. Qui décidera du curseur ?

Qu’est-ce que l’économie ? De faire au mieux, le plus au moindre coût ; ou de ne pas faire en l’absence de théorie juste ?
Qu’est-ce que la culpabilité ? De ne pas penser pour ne pas agir ; ou de poser des faux problèmes pour ne pas les résoudre ?

2è vous excluez les entreprises et la TVA comme autres sources possibles,

La TVA me paraît être une excellente source de financement. Mais plus elle est élevée, plus elle incite à dissimuler la production de richesse là où elle est prélevée et à transférer la production là où elle n’est pas prélevée. Le financement des retraites par l’impôt implique un État de droit mondial et la disparition des paradis fiscaux.

Le problème si vous voulez est comment répartir des richesses qui ne sont telles que, parce que par définition, elles sont rares ? Et qu’allez vous faire pour Haiti, le Zimbabwe par exemple, quel système de retraites leurs proposeriez vous ? Par capitalisation ? ou répartition ?
Et pour les enfants il serait également souhaitable que l’on limite leurs ressources et que l’on compte leur argent de poche… Pour voir si ils n’abusent pas. La société devrait légiférer à à ce sujet.

Est-ce que vous doutez qu’il existe un langage pour exprimer ce que nous jugeons comme bien à l’intérieur d’un monde dont la réalité nous échappe partiellement formellement et matériellement ? Si vous répondez oui, il est certain que cela simplifie la vie…

@Didier @Moi

Par intérêt, j’entends la fin d’une personne dans un objet particulier, L’intérêt particulier peut être compatible avec le bien commun, cohabiter harmonieusement avec les fins d’autrui ou au contraire priver les autres de leur intérêt légitime. L’existence d’une société est le choix et le fait de ses membres de concevoir leurs intérêts en dépendance finale les uns des autres. Pour défendre son seul intérêt particulier en se donnant l’air de la logique commune sans froisser personne, il faut rester dans la rhétorique en tournant autour du pot. Le pot, c’est les retraites qui sont effectivement versées. Tourner autour du pot, c’est ne rien dire qui permette de consolider le système de retraite pour que les pensions soient effectivement et durablement versées selon un principe de réalité de la solidarité.

Parler de la seule répartition sans évoquer le mode de capitalisation des droits définis, c’est distribuer une richesse qui n’est produite par personne ; qui sera donc prise à quelqu’un sans qu’il y consente ; qui niera la réalité d’une communauté sociale d’intérêts. Parler de la seule capitalisation individuelle sans forme de partage social de son résultat revient également à nier la communauté sociale d’intérêt. La capitalisation pure accumule une richesse selon les seules capacités de l’individu comme s’il n’était pas dépendant de la société dont il est issu.

La notion de capital désigne aujourd’hui la richesse matérielle accumulée et non consommée. Elle délaisse la richesse formelle et finale qui motive et réalise la richesse matérielle. La retraite qui n’est que répartition prélève la richesse de qui l’a accumulée pour la transférer à qui ne peut plus l’accumuler et ne peut que la consommer. Retraite par capitalisation et retraite par répartition sont la division formelle d’une même réalité économique dont on veut ignorer la dimension sociale et temporelle. La réalité individuelle et collective (utopique ?) est qu’il n’y a pas de capitalisation sans une société vivante dans la durée qui transmette et développe le capital humain qui produit et entretien le capital physique. Si la retraite par répartition matérialise un revenu calculé par une loi de solidarité elle matérialise aussi la restitution d’un capital issu de l’activité des générations agées.

Un système de retraite est nécessairement un mode de répartition d’une capitalisation. Le raisonnement selon la seule répartition suppose la capitalisation la plus simple possible de la richesse redistribuée sans considération de son mode de production et d’accumulation. Ce raisonnement est économiquement pauvre, non créateur de richesse, parce qu’il ne dit rien de la participation réelle de la société et du temps à la production des richesses consommées par les retraités. Concrètement, la répartition simple affirme le principe d’une solidarité mais ne produit pas la valeur économique de la solidarité dans le futur. Il y est matériellement impossible de garantir des revenus aux futurs retraités du fait que le capital investi à cette fin n’est pas identifié, ni mesuré ni effectivement géré conformément aux fins que la société se donne en matière de solidarité entre les générations.

@Moi,

Ce que vous dites est vrai en tant qu’opinion mais n’a pas de valeur assurantielle. Une fois que vous l’avez dit et étayé par des constats, vous n’avez pas expliqué ni démontré la faisabilité d’une garantie mesurée avec une certaine certitude du revenu des futurs retraités par les actifs actuels. Si j’interprète bien votre position, vous affirmez que rien ne peut être garanti pour le futur autrement que par un principe de répartition dont la rationalité économique ne peut pas être explicite.

C’est ce point que je propose de discuter et d’infirmer. Nous sommes bien d’accord que ma présentation de la retraite par point n’est pas explicite quant aux résultats économiques qu’elle peut produire (les experts sont nombreux sur ce Blog qui peuvent nous éclairer). Mon propos est d’expliciter la retraite par point comme modèle complet de discussion et de construction d’un système socialement, économiquement et individuellement réaliste ; c’est à dire d’un système qui produise les effets qu’il énonce non seulement maintenant mais dans le futur, non seulement pour les individus qui le comprennent et l’adoptent mais pour toute la société qui l’accepte et par conséquent se construit d’un principe commun.

Vous soulignez très justement qu’un système qui ne produit pas les résultats qu’il annonce n’est pas recommandable. Capitaliser pour nourrir des spéculations financières pour le moins hasardeuses et génératrices de pertes non calculables, capitaliser pour finalement laisser un grand nombre de retraités à la charge de la solidarité publique ou capitaliser la contrevaleur d’emprunts qui ne sont pas réellement investis n’a pas de sens ni social, ni économique. Mais un système qui annonce des résultats sans cause économique qui soit l’effet des activités sociales organisées par la Loi commune de solidarité, n’a pas plus de sens.

La réforme en cours de notre système de retraite est rendue nécessaire par l’insuffisance de son financement. Des droits ont été annoncés sans les modalités d’ajustement de la production réelle des richesses qu’ils permettent de consommer. La collectivité publique accumule donc des dettes sur des épargnants domestiques et étrangers qui ne sont pas motivés par l’obligation de solidarité présente et future vis-à-vis des retraités dont ils ne mesurent pas les droits. La conséquence tragique de l’approche française de la retraite est la diminution effective des pensions futures sans perspective d’amélioration du bien être des futurs retraités (les Français se retrouvent par leur répartition dans la même situation que les Anglais et les Étatsuniens par leur capitalisation).

La discussion de la retraite par le point permettrait de définir précisément ce que la collectivité peut garantir dans toutes les situations particulières (coefficient de transformation du point de retraite propre à chaque situation identifiée). Mais elle affirmerait le principe de non répartition de la richesse non produite et non allouée à la retraite (impossibilité d’emprunter en substitution du capital de garantie des retraites). Tout cotisant et futur retraité saurait le prix en monnaie qu’il alloue au présent pour les retraités actuels et en points de retraite les droits qu’il accumule par la globalité du système pour sa future retraite. Il saurait ainsi à la fois ce qu’il doit produire pour la solidarité présente et son propre bien être futur.

La retraite par point est un système à la fois actif et passif ; qui offre des droits et mesure la demande d’activité présente qu’elle implique pour que les droits soient réalisés au présent et au futur. C’est un système qui dépasse l’opposition du capital au travail. Le capital n’est pas seulement matériel mais surtout humain à travers une société qui organise la communauté d’intérêts individuels. Il ne peut plus être produit sans travail rémunéré à sa juste valeur, c’est à dire sans restitution dans le salaire de la part du capital accumulée par le travail effectué.

La retraite par point rétablit l’origine de la capitalisation dans le travail puisque la seule manière d’augmenter la valeur du point par rapport aux cotisations assises sur les revenus du travail est de travailler mieux pour investir dans la croissance future. La valeur du point étant collective, le cotisant est incité à contrôler la transformation économique de ses cotisations en points. Ses cotisations deviennent son capital dont il contrôle l’investissement par l’intermédiaire des fonds de retraite. De fil en aiguille, par la rationalité économique de la société, le futur retraité est obligé de reprendre le contrôle du système financier dont la finalité n’est plus de travailler pour lui-même mais pour le bien-être de tous les futurs retraités.

N’avez-vous pas remarqué que les pays qui maîtrisent le mieux leur système financier sont ceux qui adoptent la retraite par point ?

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