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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 21:21

Surréalité monétaire de la démocratie réelle

La monnaie mondiale paraît surréaliste dans le contexte actuel. La raison en est le biais cognitif des sciences politiques et économiques dissociant la monnaie des finances publiques. L'intuition de ce biais justifie la juste revendication d'un ministère européen des finances.

Depuis le 19ème siècle, la monnaie est vue comme représentation abstraite de la matière, un substitut de matière physique pour produire les prix de l'échange économique. Le droit humain est escamoté à exprimer substantiellement des désirs ; à demander d'être satisfait par la réponse d'une production humaine dont la finalité soit la satisfaction de désirs. L'émission du signe monétaire n'est pas fondée sur l'observation discutée du désir humain mais sur un décret d'une autorité bancaire ; une autorité réputée savoir abstraitement les qualités objectives des quantités que les hommes veulent et peuvent échanger.

Le biais cognitif est dans l'idée que l'économie est indépendante du désir humain ; qu'il existe une rationalité économique en soi que les hommes n'ont pas à approuver ; que la négociation de la représentation des échanges en monnaie est une gnose. La monnaie représentant exclusivement de la matière n'a, à proprement parler, pas de contrevaleur humaine. Il n'est pas nécessaire qu'un règlement monétaire soit précédé d'une reconnaissance humaine personnelle réciproque des contreparties à une transaction. Typiquement, le faible qui reçoit un paiement du fort ne peut pas ne pas être content du prix même si ses droits et son désir de dignité ne sont pas vraiment respectés.

Tant que les paiements internationaux sont restés marginaux dans les équilibres financiers sous-jacents aux monnaies, les budgets nationaux ont servi à compenser par les dépenses communes et la solidarité sociale le mépris possible des riches pour les pauvres. L'émission monétaire étant garantie en dernier ressort par le crédit de l’État, la politique pouvait modérer par la régulation financière l'arrogance des riches envers les pauvres. Cette économie du respect humain a disparu avec l'internationalisation de la finance dont la création de l'euro est une conséquence.

L'euro contradictoire

L'euro a été créé pour isoler les échanges intra-européens de l'instabilité du dollar et des conceptions étatsuniennes de la monnaie et des prix internationaux. Mais la déconnexion intervenue dans les années 70 et 80 entre les finances publiques et la gestion de la monnaie a été entérinée dans l'euro. Le financement des États et de la solidarité publique est en théorie complètement étranger à la gestion de la valeur de l'euro par la BCE. Un système commun de prix a été adopté dans la zone euro sans budget commun public pour compenser les possibles infractions réelles aux droits humains à l'intérieur du marché unifié par l'euro.

Les banques et assureurs français et allemands ont pu prêter à la Grèce au-delà de ce qu'elle pouvait réellement rembourser sans qu'un budget européen ne vienne assister le budget grec à tenir une comptabilité pertinente du droit financier en Grèce. Les transactions financières sont totalement libres et compensées dans la zone euro alors que l'évaluation financière des droits n'est ni homogène, ni régulée, ni arbitrable. Les gouvernements de l'euro ne savent pas mesurer la perte de crédit de l’État grec. Il ne savent pas à qui imputer la survaleur des dettes grecques en euro.

Les marchés financiers internationaux non régulés par un quelconque État de droit sont eux schizophrènes ; ils constatent une réalité contradictoire en soi. D'un coté ils voient des dettes affirmées telles mais qui ne seront jamais remboursées ; de l'autre, ils cherchent qui supportera le poids des pertes dont ils ont délibérément ignorer la possibilité d'occurrence. En l'absence de règle prédéfinie d'identification des pertes souveraines, il n'y a pas plus de raison d'annuler la dette non remboursable par des richesses réelles prélevées sur certains créanciers, que par des impôts payés par des Grecs ou d'autres Européens. Le problème est inextricable du fait que les créanciers de la Grèce ne sont pas seulement européens en euro.

Il existe à présent une double impasse systémique mondiale : la valeur des monnaies totalement disjointe en droit de la solvabilité publique est suspendue dans le vide ; les multiples systèmes de droit entremêlés sont en guerre pour arbitrer la répartition des pertes financières bancaires et publiques. La solution ne peut être que systémique : renoncer à la monnaie comme représentation exclusive de la matière. Il faut restaurer un droit universel de la comptabilité monétaire. Et il faut que les finalités humaines de toute culture ou nationalité soit reconnaissables par la comptabilité monétaire.

Parité monétaire et fiscalité

Un trésor public européen et une garantie budgétaire publique communautaire est absolument nécessaire à la préservation de l'euro. La logique d'un tel budget est de voter une fiscalité trans-européenne qui absorbe les pertes de crédit des États surendettés. Cette fiscalité peut aussi être monétisée par la restauration des monnaies nationales dans les pays de la zone euro les plus durablement surendettés. La dévaluation d'une monnaie nationale par rapport à l'euro aboutit en effet à déprécier le capital national de l'ensemble des citoyens d'un État afin de le rendre plus attractifs et productifs pour les créanciers extérieurs. La dévaluation est un impôt en nature versé aux budgets publics garantissant une monnaie.

La reconversion en monnaie nationale de la dette publique en euro partage la charge des pertes entre les créanciers extérieurs qui subissent la dévaluation de leurs titres de créance et la collectivité nationale dévaluée assumant une perte de pouvoir d'achat extérieur. La dévaluation réapprécie le capital national en devise et restaure la compétitivité extérieure de la production nationale. La dette extérieure non abandonnée redevient remboursable par la reprise progressive des exportations de biens et services réels.

La logique de rééquilibrage des échanges financiers par la différenciation des monnaies selon les budgets publics s'applique à l'intérieur de la zone euro comme à l'extérieur. De même que la conservation de l'euro impose le rétablissement de certaines monnaies nationales, de même elle impose une monnaie transnationale neutre par rapport à tout budget public européen ou étranger. Le rééquilibrage des échanges grecs avec la zone euro implique un rééquilibrage des échanges de la zone euro avec le monde.

Le budget transnational de solidarité de l'Union Européenne ne peut pas être évalué et calculé dans une monnaie qui privilégie l’État de droit de certains Européens par rapport à d'autres. Il faut que l'euro devienne une monnaie commune à coté de toutes les monnaies nationales rétablies ou bien qu'une monnaie commune nouvelle soit créée pour que l'euro reste monnaie unique de plusieurs pays européens. Le rétablissement d'une garantie effective des monnaies par des budgets communs suppose la capacité de ces budgets à émettre de la dette en contre-garantie de la création monétaire. La solvabilité réelle d'une monnaie et du budget qui lui est lié ne peuvent être évalués justement et équitablement que par une autre monnaie.

Etalonnage international du crédit des Etats

Il est impossible d'éviter l'émission d'un étalon de droit universel pour évaluer une monnaie et un budget d'un système particulier de droit. Cette monnaie nécessairement mondiale matérialise un budget mondial de garantie de la conformité de toute monnaie à un droit humain. Un budget de responsabilité équitable de tout échange monétisé entre systèmes juridiques différents. Mais comme il n'existe pas d'Etat mondial reposant sur un droit formellement commun, ce ne sont pas les citoyens qui contribuent au budget mondial de garantie des monnaies et des crédits internationaux. Ce sont les États.

La dotation étatique en capital d'une banque multinationale de régulation financière et budgétaire a pour finalité d'acheter le prix anticipé des infractions au droit commun dans les transactions internationales. Les États solidaires dans l'application internationale du droit se garantissent réciproquement par la mise en commun d'une fraction de leur budget. Ce capital multinational finance une police financière mondiale des normes comptables publiques et privées.

A l'échelle mondiale, les impôts de garantie collective de l'existence d'un bien commun ne sont pas réglés par les personnes mais par les sociétés politiques à travers la parité monétaire. Quand un Etat de droit dans une zone monétaire produit plus de biens et services qu'il n'en consomme, sa monnaie se réévalue en monnaie transnationale : le surplus non consommé est emprunté par le reste du monde qui doit régler ses importations par emprunt de la monnaie excédentaire. La garantie de leurs emprunts est calculée en monnaie transnationale commune.

L'existence de la monnaie transnationale neutre par rapport à tout système juridique, oblige les emprunteurs de monnaie financièrement excédentaire à garantir leurs emprunts par la dépréciation de leur propre monnaie. Pour emprunter la monnaie d'une autre nationalité, il faut déprécier sa propre monnaie à proportion de la compétitivité nécessaire pour rembourser par des exportations futures de biens et services. La monnaie transnationale de droit neutre crée le crédit réel ; le crédit dont le capital nominalement remboursable est nécessairement équilibré par la variabilité de la parité monétaire nationale qui garantit la solvabilité de l'emprunteur.

Pas de finance viable sans démocratie

La monnaie transnationale est une surréalité en produisant perpétuellement le prix de l'incertitude relative des prix dans les monnaies nationales. La monnaie mondiale doit bien exister comme condition de la réalité sous-jacente aux monnaies nationales. Celles-ci comptabilisent des droits réels par des droits strictement nationaux. La surréalité transnationale existe déjà potentiellement par les garanties de crédit (CDS) échangées par-dessus les souverainetés juridiques nationales.

Ces garanties de crédit deviennent efficientes si elles sont comptabilisées en monnaie transnationale qui oblige les propriétaires de prime de crédit (CDS) à verser des compensations de solvabilité à des emprunteurs qui doivent impérativement acheter ces primes en monnaie transnationale. Par la monnaie mondiale garantie par la société des démocraties nationales, il n'est possible de prêter que des réalités définies par des droits nationaux ; il n'est possible d'emprunter que des réalités dont le prix soit garanti par l'existence mondiale du Droit. La convertibilité juridique d'un prêt réel en emprunt réellement remboursable est assuré par un budget public multinational.

Si l'Union Européenne est une vraie démocratie, la crise des dettes publiques est soluble par la démocratie. L'Union se dote immédiatement d'un budget et d'une fiscalité commune pour négocier en son sein le rééquilibrage des parités monétaires européennes. Si les peuples européens ne veulent pas de solidarité fiscale, il faut au minimum déprécier les monnaies européennes différenciées par rapport à une monnaie commune représentant la neutralité économique des droits nationaux européens. Cette monnaie commune permet de doter par la dévaluation des monnaies nationales un fonds de garantie des dettes extérieures de l'Union. Les pays épargnants nets de l'Union sont ainsi garantis de leurs créances sur l'Union et sur le reste du monde.

Les seuls motifs d'opposition à la monnaie commune européenne ou mondiale sont : la croyance en un dualisme de la réalité humaine où la justice n'a rien à voir avec l'économie ; ou la cupidité qui pousse à posséder tout être par la matière qu'on place sous son empire personnel. Si la démocratie existe, elle ne peut pas ne pas imposer sa loi à la finance. Si la démocratie n'existe pas, la finance n'a plus que quelques jours à se faire croire qu'elle est riche.

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