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12 septembre 2011 1 12 /09 /septembre /2011 22:06

La morale publique est la condition-même de la prospérité des hommes en société. Cette affirmation est ressentie comme une utopie irréaliste dans le monde tel qu'il est. La conclusion s'impose-t-elle que notre civilisation est moribonde sans espoir de rémission ?

Au-delà de la lucidité, un espoir demeure de reconstruction. Sur l’État de droit animé par les nations, sur les longs progrès du vivre ensemble, il est possible de cultiver et de produire des engagements personnels dans l'intérêt général du bien commun discutable.

L'histoire monétaire et financière de l'ère moderne montre que la civilisation européenne a élaboré sur ses bases philosophiques et religieuses multimillénaires toute la doctrine de l'échange et du développement humains universellement partageables. Toutefois les institutions nationales et internationales de la démocratie construites en Europe depuis le XVIIIème siècle restent en attente d'un système de monnaies stable et juste ; une loi de répartition économique de la plus-value selon la mesure du travail effectif de transformation de la matière.

Le système de la monnaie rationalisée par l'égalité des droits entre les nations et les citoyens a été proposée par Keynes à Bretton Woods. Les États-Unis ont préféré tirer les bénéfices immédiats de leur imperium en imposant la compensation internationale des prix et du crédit en dollar. Ce système international d'asymétrie juridique est en train de s'écrouler sous le poids des dettes non remboursables qu'il a produit.

La débacle financière révèle l'état de guerre économique exacerbé entre les États nationaux. La compétition pour la survie financière des États provoque actuellement la faillite des banques et des monnaies. Le démantèlement engagé de la solidarité et des services publics pour masquer la faillite générale débouche sur la tragédie humaine de la dislocation des États de droit.

L'Union Européenne avait posé toutes les bases d'un ordre financier multinational fondé sur la démocratie et la solidarité. Elle se saborde faute de régulation publique des échanges de capitaux dans son espace économique. La fondation de la monnaie unique pour contrer l'hégémonie du dollar et hâter l'unification des peuples européens a produit l'irresponsabilité financière des États et la désunion entre Européens. L'Allemagne n'a plus le contrôle des crédits qu'elle consent à ses partenaires impécunieux. L'euro est mort par l'absence d'un État de droit démocratique véritablement commun.

La monnaie est le prix de la souveraineté d'une nation à se gouverner par le droit. En l'absence de monnaie nationale, la responsabilité financière d'un État n'est pas mesurable ni vérifiable. Le projet européen d'union politique ne peut être sauvé ni relancé sans le rétablissement des monnaies nationales et la mutation de l'euro en monnaie de régulation financière commune des budgets publics, des banques et des changes.

Si l'Union Européenne décide de reconstruire son système monétaire et financier sur une monnaie commune de compensation des prix en droit effectif, en biens vérifiables et en garantie de crédit, elle reprend la maîtrise de son projet de civilisation. Ipso facto, l'Europe fonde dans l'euro un étalon monétaire international. Non seulement les États européens reprendraient la responsabilité en droit de leurs finances publiques et privées, mais ils fourniraient au monde une unité de compte du prix des dettes internationales par l'équilibre internationalement garanti des parités monétaires.

Le système de compensation internationale proposé par Keynes à Bretton Woods tirait la leçon des échecs de la Grande Bretagne à rétablir sa monnaie impériale après la première guerre mondiale. L'effondrement en cours du dollar impérial et de son concurrent européen nous renvoie à la proposition de monnaie rationelle internationale de Keynes.

La conversion de l'euro en monnaie de compensation permettrait de dévaluer les monnaies surendettées, de réévaluer les économies en excédent commercial et de financer la coopération européenne. Fondamentalement, une monnaie internationale de réserve restaure l'indexation des monnaies nationales sur la productivité et le plein emploi de l'offre de travail.

L'Europe dispose d'un énorme capital de civilisation qui financera sa résurrection. Si elle n'assume pas ses responsabilités politiques, le monde part à la dérive pour longtemps.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Monnaie
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