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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 11:30

Epistémologie de la civilisation en crise


Réponse à Jean Peyrelevade quant à la classification financière des risques qui doit présider à la régulation du système financier.

Des principes de réglementation en échec

Dans ma discussion avec Habsb, j’ai tenu pour acquis que risque et crédit ne sont pas la même chose bien qu’également échangeables contre monnaie liquide sur les marchés. La distinction est formellement de plus en plus clair depuis longtemps dans les bilans bancaires et les politiques de régulation et de réglementation du risque. Le problème massif auquel nous sommes confrontés par cette crise est l’absence de motif économique à une distinction matérielle effective du risque et du crédit.

En l’absence de marché financier organisé sur la distinction des négociateurs de la matière risquée et des négociateurs de la matière non risquée, il est économiquement absurde pour une entreprise financière de ne pas construire sa rentabilité sur la subjectivité de la distinction entre flux financiers certains et flux incertains. Nous en avons vu la conséquence dans la mise en péril des dépôts monétaires par des chaines de transformation financière réversible de la monnaie en risque. Le jeu des acteurs financiers est excessivement simple et rentable : acheter de la liquidité en vendant du crédit qui est en réalité du risque et vendre de la liquidité en achetant du risque qui est en réalité du crédit.

Toute activité financière étant nommage d’une mesure économique d’une valeur à exister physiquement dans le futur, l’asymétrie de connaissance d’un marché seulement virtuel et non réel entre les acteurs financiers et les acteurs non financiers autorise les parties financières à qualifier unilatéralement la nature risquée ou non risquée de leurs opérations. Les réglementations extrêmement développées en vigueur ne changent rien à l’état d’initiation des acteurs financièrement puissants face aux acteurs moins puissants.

Instaurer le marché de la responsabilité

La hiérarchisation que vous proposez des activités financière par degré d’exposition au risque ne me paraît pas contestable ; elle s’inscrit dans la logique des recommandations du Comité de Bâle. Mais les faillites de 2008 ont montré que la rationalité financière formelle est matériellement inopérante : la mesure du levier des actifs par les fonds propres peut s’afficher parfaitement conforme aux réglementations en cachant une surexposition réelle au risque, surexposition nécessaire à dégager les rentabilités financières non mesurées par la réalité rendue invisible. Le marché est fictif qui masque la réalité par l’indifférenciation engagée du risque et du crédit.

L’efficacité de la régulation par le marché n’est pas mécanique mais dialectique. Elle passe par l’identification des acteurs à des intérêts séparables pour être intelligibles. La distinction entre le risque et le crédit n’est pas physique mais logique : elle n’est opératoire que par les opérateurs et non par les opérations. L’opérateur du risque ne travaille que le risque et ses fonds propres sont la mesure-même de son risque. L’opérateur du crédit ne travaille que le crédit et ses fonds propres sont la mesure-même du risque de déséquilibre dans le temps de l’épargne et du crédit. Le risque de transformation mesuré dans le capital des banques de crédit est porté par les banques d’investissement. Des banques d’investissement distinctes des actionnaires du crédit portent le risque de crédit en achetant des CDS. Toute perte de crédit pour quelque motif que ce soit est portée par des investisseurs qui engagent le crédit dans les limites du capital dont ils disposent. Il ne s’agit pas d’une mécanique physique mais de la responsabilité d’intelligibilité du calcul économique sur le futur.

Le risque systémique est bien porté quoiqu’il arrive par la puissance publique et la collectivité. Mais avant que la responsabilité publique puisse être engagée dans un déséquilibre macro-économique, la responsabilité privée s’est totalement engagée dans les micro-équilibres de la liquidité, du crédit et du risque. C’est le marché transparent et régulé par le bien public qui articule l’intérêt privé à l’intérêt public, la responsabilité privée au bien commun. Les réformes financières actuellement en discussion sont gelées par une fiction culturelle et conceptuelle du monde occidental : l’opposition radicale de l’intérêt public à l’intérêt privé. Nous sommes égarés dans une philosophie matérialiste de négation de notre responsabilité des formes de la valeur des objets physiques. Nous ne voyons que de la matière à compter sans nous demander pour qui elle compte. Nous croyons que l’objectivité est la négation du sujet ; nous ne savons plus ce qu’est la responsabilité ni privée ni publique.

C’est le mérite de ce blog d’aborder ce débat de fond.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Régulation
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