Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 17:56

ImageJorionLettre à la Commission Européenne

Commentaire déposé sur le Blog de Paul Jorion.

La crise actuelle est un problème de vivre ensemble dans la mondialisation. Ce vivre ensemble a été depuis plusieurs siècles organisé par des empires successifs qui sont désormais multiples et en compétition non coopérative. L’Union Européenne a été construite sur une double intuition : premièrement que la paix entre les hommes ne peut pas advenir sans démocratie multinationale ; deuxièmement que les petits États européens existeraient difficilement sans s’associer entre les empires étatsunien, russe et maintenant chinois, indien ou arabo-musulman.

Le modèle expérimenté en Europe de concert des nations a pu se généraliser cahin-caha au monde entier. La guerre impériale s’est grosso modo déplacée sur le terrain de l’économie par le jeu de la finance mondialisée. L’Europe s’est laissée absorber dans ce jeu-là malgré son inspiration et son projet démocratiques. Elle n’a pas voulu construire les conditions financières de la démocratie. L’euro a été créé pour faire pièce au dollar comme outil économique de l’impérialisme. La zone euro a adopté sans se l’avouer la logique financière du Reich allemand. Cette logique agit actuellement conformément à sa nature : l’empire détruit la démocratie, la raison d’être de l’Union Européenne.

Dans ce contexte, les institutions européennes sont dans une position ambigüe. Elles incarnent l’Union dans sa dérive impériale tout en étant garantes de la raison d’être du projet, c’est à dire la démocratie. Le Conseil Européen cristallise tout particulièrement l’ambiguïté : composé de personnalités politiquement responsables devant les citoyens nationaux, il se conduit comme directoire impérial en tant que pouvoir européen qu’aucune assemblée de citoyens européens ne peut contredire. Le triomphe mondial de la guerre économique des empires place les démocrates européens dans une obligation d’insurrection. S’ils veulent néanmoins préserver la paix à l’intérieur de la communauté européenne multinationale, il est impératif de constituer des corps intermédiaires pour formuler collectivement les conditions de la poursuite du projet de démocratie européenne.

Les démocrates européens doivent se prémunir contre l’impérialisme de la race et l’impérialisme de la Loi, les deux impérialismes qui déterminent l’ordre monétaire actuellement en vigueur en Europe. La constitution d’associations européennes de citoyens est donc bien le moyen de reconstruire la politique et la finance sur la délibération des règles européennes du vivre ensemble. Le travail associatif européen doit préparer la transformation du Parlement Européen en assemblée constituante (suggestion totalement pertinente entendue récemment sur France Culture ; j’ai oublié de qui).

La communauté des démocraties européennes doit s’élever au-dessus de la guerre économique mondiale des empires. La monnaie commune à coté des monnaies nationales et régionales est l’instrument de ce saut quantique : elle permet la mesure économique des engagements démocratiques entre les nations qui vivent leur souveraineté dans le respect des autres nationalités même non encore démocratiques. Le Parlement Européen doit être la chambre de discussion des lois de subsidiarité des intérêts nationaux aux intérêts de la société humaine universelle démocratique. Les lois de l’Union Européenne doivent définir cette subsidiarité afin que le juge puisse arbitrer les relations internationales à l’intérieur d’un marché de la démocratie. Un marché où s’échange la valeur politique et économique de droits humains réels et universels.

CapitalCreditMonnaieCouverture

Partager cet article

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
commenter cet article

commentaires

sylla 11/07/2011 09:55



C'est donc le monopole de la chambre de compensation, le coeur du système, et "vos" CDS garantis, le garde fou d'une monnaie de comparaison. Comment se financerait cet organisme?


 



sylla 10/07/2011 16:13



Bonjour,


Exégèse, c'est beaucoup dire : j'essaye de comprendre l'esprit de ces textes.

Les moyens légaux de réformes sont l'unanimité des chefs d'états ; pseudo-légaux, le parlement européen qui se déclare constituante (n'ayant néanmoins aucune légitimité pour cela), ou une
guérilla comme la mène habituellement les états lors des négociations (les français étant les plus mal doués semblerait il), ou plus encore, une utilisation du "compromis de luxembourg" : un tel
attirail ne se réforme qu'en cas de crise.

Si "gouverner c'est prévoir", ces textes sont même une absurdité : que signifie constitutionnaliser des politiques, sinon lier les politiques? Une constitution doit distribuer les pouvoirs et
équilibrer leurs rapports, non sanctifier une politique, n'est ce pas? Le pire étant que la plupart du personnel politique a "jugé" bon de les soutenir.

Si l'esprit européen repose sur la démocratie, ce n'est pas le cas de cette UE.


"L'Europe a les défauts d'un empire sans en avoir les atouts."

Comme vous le savez, j'en ai fini par conclure que ce n'était pas un hasard : c'est la résultante des rapports, entre l'influence américaine (OTAN, GATT/OMC, dollar), les intérêts des
multinationales (et des grosses nationales, futures multinationales), et les différences entre états européens. Une europe fédérale, ou d'états souverains, comme le souhaite les souverainistes,
se heuterait aux mêmes blocages. Par ex Debout la République défend cette idée d'une monnaie commune : seulement, il y a ceux qui pensent qu'"à marché unique, monnaie unique",  ceux qui ne
veulent pas d'un concurrent au dollar(des obligés, souvent), et ceux qui pour l'instant hors zone euro qui profitent de l'avantage économique. Comment trouver une unanimité, du moins avant
longtemps? Le dollar lui même a mis des décennies à s'imposer sur le territoire américain : qu'avaient donc dans la tête ceux qui ont constitutionnalisé l'euro?! Actuellement, la cour allemande
examine si les aides européennes sont conformes à cette constitution : il semble que non.
http://blog.mondediplo.net/2011-05-24-Le-plan-de-sauvetage-europeen-est-il-illegal



Ce blocage est aussi diplomatique ("cacophonie européenne". Encore une fois, ce sont les grandes diplomaties US qui en profitent (toutes en fait, mais les plus puissantes en premier chef).


"Autant la construction européenne est en soi nécessaire et profondément souhaitable"

Roosevelt le pensait aussi, car pour lui les pays européens, sauf l'angleterre, avaient perdus toute crédibilité de par leur collaboration au régime nazi.

Je pensais cela aussi, pour d'autres raisons, mais je doute maintenant :

les états unis ont largement utilisé l'extrême droite dans leur lutte anticommuniste, et le recyclage de sympathisants nazis ou de fonctionnaires collaborateurs fut abondant en europe de l'ouest.
C'est la leçon de morale de Roosevelt qui perd en crédibilité. D'ailleurs, de loin en loin, je me demande pourquoi des médias quasi unanimes pour le oui lors du referendum mettent aussi
facilement le FN en avant, presqu'en chef de file, quant à l'opposition à l'UE : le front de gauche doit se dépatouiller pour qu'on(via les médias) ne puisse les amalgamer ; les deux permettant
la séparation en deux de la majorité du non.



Hume disait que ce qui faisait la grandeur des nations européennes, c'était leurs différences.


 


Quoiqu'il en soit, outre cette tutelle de fait, consentie ou non, d'influence profonde ou non, que l'on peut considérer comme un accident historique qui n'entame pas l'"essence" du projet, comme
une péripétie, est ce finalement si souhaitable de former un "club" européen? Ce n'est peut être qu'un obstacle sémantique (un club des démocraties? un club du bancor* PSdJ?), mais cette
association en termes géographiques, culturels ou ethniques (au sens américain) me paraît dorénavant suspecte : ce qui serait réellement souhaitable à mon sens, ce serait que l'OTAN et le FMI, et
l'OMC passent sous contrôle de l'ONU, bien moins favorable aux intérêts du capitalisme (américain et ses "alliés" : "le but de l'OTAN, c'est l'union fédérale", dixit Nelson Rockefeller, en 64,
alors vice président des états unis.), que le conseil de sécurité soit élargi au moins aux grandes aires linguistiques (l'information et les débats circulent dans une langue : peu de gens sont
réellement bilingues).


 


Bien à vous


 


*concernant le bancor, je n'arrive pas à imaginer comment le stock d'or va évoluer avec la production (sinon les prix en bancor baisseront, entraînant un refuge dans la monnaie centrale ou
quoique ce soit connecté à l'or), d'où la sensible question du gouverneur et des intérêts de la banque centrale.



Pierre Sarton du Jonchay 10/07/2011 16:39



Merci Sylla,


L'appellation "bancor" est une astuce de langage de Keynes pour séduire les Etatsuniens avec une monnaie internationale aussi solide que l'or. En réalité, le principe du bancor est la raison
politique internationale appelée à négocier l'équilibre des balances des paiments sans recourir à des flux d'or. Pour Keynes, l'or n'a pas plus d'utilité que n'importe quel autre actif réel pour
régler des dettes internationales.



sylla 04/06/2011 18:38



Oui, peut être avez vous raison sur ma sur interprétation...vous faites un gros travail d'analyse et de synthèse, sur un vaste(s) domaine(s) qui plus est. Sans compter l'effort narratif qui vous
rend de plus en plus fluide à lire.


Vous soulignez l'ambiguïté de la construction européenne actuelle : d'un coté le projet, de l'autre les textes, les mesures, les décisions. Barrosso lui même la qualifie d'"empire non impérial".
Ambiguïté cultivée sans complexe. Comme vous le dites, cette assemblage sert de "pattern" ailleurs (nous amenant tous vers une guerre économique : les relations intra européennes sont au plus
bas). Et çà dure depuis le début (disons 1958, pour donner une date). Parfois je me demande où l'on serait si les européens avaient misé sur l'onu.


 


La plupart des ambiguïtés se lèvent si l'on considère la construction européenne comme la zone d'influence américaine (plan marshall, otan, réseaux anticommunistes, investissement de leurs
entreprises, notamment dans les services publics, marché pour leurs produits) : ce n'est pas fait pour être démocratique selon notre sens, mais plutôt selon le sens américain (grosse
responsabilité de la chambre de commerce américaine, comme dit mr Jorion), c'est à dire un vaste marché libéral, une démocratie de marché (où les capitaux sont principalement américains, dollar
oblige). L'influence allemande, réelle (cf l'ordolibéralisme), est dans la pratique quasi inexistante (ils voulaient l'austérité, les usa la relance : du coup on a une relance austère, dont le
montant s'envole, pilotée par le fmi. Vous aurez noté que l'allemagne soutient lagarde (miss "rilance") comme elle avait soutenu DSK, ou un directeur de Golman Sax (mouillé dans la dette grecque)
à la bce). c'est un "empire non impérial", un empire qui ne s'appartient pas. Ce sera plus clair au fur et à mesure de l'intégration des marchés européens et américains (relancée par Merkel).


à ce sujet, un réseau de l'otan a "explosé" en turquie l'an passé (affaire ergenekon), menaçant tout (tout : pas un parti non infiltré) la représentation politique. Bizarrement, c'est (semble...)
dû à l'action du MIT (lui même subordonné à l'otan. On s'y perdrait!)


En passant, ce n'est pas le conseil qui a les rênes, c'est la commission (nommée par le conseil unanime certes). Despotisme éclairé n'est pas trop fort. Un équivalent en france, serait que les
présidents de conseils régionaux nomme le président de la république à l'unanimité (avec des débats uniquement à l'échelle
régionale) et remplacent le parlement (devenu juste consultatif). Et nomment les juges nationaux (art 19 du tfue)!


La commission a la main sur tous les sujets importants : elle dispose de l'initiative. "Si la commission le propose...", "sous proposition de la commission..." sont des ritournelles entêtantes
des traités.
Du législatif dans les mains exclusives d'un exécutif non élu!
Le judiciaire exclusivement nommé et reconduit par l'exécutif!


 


Disons que cette hiérarchisation avait un sens quand l'empire soviétique existait, mais depuis? La Chine me paraît plus être un produit de la
mondialisation voulue par le "couple" usa-ue, qu'autre chose : comment interprétez vous cet article du tfue "Article 63(ex-article 56
TCE)
1. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les
États membres et les pays tiers sont interdites.
2. Dans le cadre des dispositions du présent chapitre, toutes les restrictions aux paiements entre les États membres et entre les États membres
et les pays tiers sont interdites."?


Je suis plutôt libéral, mais çà me paraît fort de café : je le comprend comme une incitation nette à la délocalisation (constitutionnalisée)...


 


Bon week end à vous.



Pierre Sarton du Jonchay 07/07/2011 23:02



Merci de ce commentaire et de cette exégèse des traités européens. Autant la construction européenne est en soi nécessaire et profondément souhaitable, autant les textes et les institutions me
paraissent déséquilibrés. Beaucoup trop perméable à des conceptions économiques et politiques d'esprit non européen et beaucoup trop éloigné des exigences réelles de la démocratie. L'Europe a les
défauts d'un empire sans en avoir les atouts. Cela risque de mal tourner.



sylla 03/06/2011 16:21



"Le travail associatif européen doit préparer la transformation du Parlement Européen en assemblée constituante (suggestion totalement pertinente entendue récemment sur France Culture ; j’ai
oublié de qui)."


 


J'ai aussi entendu Attali et cohn bendit en parler...


Je crois comprendre de loin en loin, que vous êtes d'accord sur le fait que la constitution européenne (dénomination officielle : "les traités") est quasiment inréformable, bien qu'elle légifère
sur des points qui devraient être hors constitution. 


Mais personnellement, je désapprouve le fait qu'une assemblée non élue dans se but se déclare constituante. D'un autre coté, vue la tournure des traités, il n'y a pas d'autre choix que de faire
un genre de tabula rasa de cette ue ci.


 


Je ne vous suis pas sur les deux intuitions : que la paix nécessite une démocratie multinationale et que les pays d'europe doivent s'unir en une entité économico politique, du fait de la présence
de blocs continentaux.


Qu'elles aient servis, je n'en doute pas. Qu'elles soient vraies ou justes, je ne crois pas.


 s'il est vrai que l'union fait la force, cela est surtout vrai lorsque tout le monde tire dans le même sens, sinon, c'est plutôt une perte sèche d'énergie.


deuxièmement, cette vision du monde en blocs continentaux est exclusivement nord américaine : ils projettent en qq sorte ce qu'ils sont. Pire : ils la promeuvent aux quatre coins du monde, et
chaque continent s'inquiète de ce que les continents voisins vont se rassembler. La zone test est bien sûr l'union européenne. Une fois le bloc atlantique en voie de soudure, les autres
continents n'ont d'autre choix que de se rassembler pour exister, ce qui est utilisé comme argument pour accélérer la soudure du bloc atlantique.


 


troisièmement, la puissance économique des blocs en constitution, hormis les états unis, puis suite au plan marshall, les états d'europe, donc la chine, l'inde , la russie et le brésil, leur
puissance économique est en grande partie dûe aux investissements occidentaux (Etats unis, si on part du principe qu'une partie importante de l'économie européenne est en fait fait
d'investissements américains.) : c'est aussi par son extension géographique que le capitalisme se développe. Et cette puissance que nous suscitons nous revient comme argument pour plus
d'intégration (alors que cette intégration comprend, sur des points de libre échange, les outils de cette montée en puissance).


 


au final cette mondialisation n'est pas un phénomène naturel mais une construction juridique aux bénéficiaires assez restreints. Les traités européens sont dans ce droit fil.


 


"une démocratie internationale garante de la paix". Si vous entendez par là l'onu et son espace de juridiction, je suis d'accord. 


Si vous entendez par là le rassemblement de vastes zones géographiques sous un même gouvernement, c'est une proposition à double tranchant.


D'abord, à peu près tous les états du monde, et notamment en europe, sont des assemblages interrégionaux, dont l'unification est assez récente pour les uns (allemagne, belgique, italie), très
ancienne pour d'autres. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l'on a assisté au mouvement inverse : de vastes états se morcellant en états plus petits (le nombre d'états a été multiplié
par trois ou quatre je crois).Outre les influences extérieurs, parfois prépondérantes, la constitution de ces souverainetés se fait tjrs sous l'égide d'au moins une valeur commune (celle ci
constituant la communauté, et lui permettant de s'exprimer à la première personne) normalement reconnue par la plupart.


A mettre des intérêts ou des habitudes différents sous le même régime de règles, on aboutit nécessairement, statistiquement à des conflits ; de même pour les valeurs : restent en commun moins de
choses qu'avant. Certes il y en a du coup peut être d'autres à construire, mais nul nostradamus pour nous y sensibiliser. Et ce genre de choses se fait il vraiment sur le chemin, ou nécessite il
qq terreau préalable...? Sans compter ce qui se passe si l'un des membre a un avantage comparatif fondamental...


L'avantage de l'onu sur ce point est que sa législation ne porte pas sur le territoire de l'état (en plus d'être suffisamment large d'esprit pour qu'y soient représentés des régimes aussi opposés
que la suisse et la chine, cuba ou l'indonésie, ce qui serait bien sûr parfaitement impossible dans le cadre de nos traités européens).


Reste que la démocratie, internationale ou pas, mal goupillée peut être source de blocage, voire de tyrannie. éclairée peut être, mais néanmoins despotique. Et donc n'a rien de paisible
intrinsèquement parlant.


 


Globalement, je ne comprends pas bien pourquoi s'ingénier sur un niveau administratif supplémentaire qui a en plus le mauvais goût de nous subordonner à l'otan et à washington, servant
régulièrement de faire valoir ou de soutien aux états unis à l'onu : pour moi l'ue est un instrument de prolongement de l'impérialisme américain, instrument qui distord le fonctionnement de
l'onu. J'avoue ne pas trop aimer la politique que les élites américaines au pouvoir projette sur le monde : celle ci est très égocentrique et égoïste.


 


 


bien à vous



Pierre Sarton du Jonchay 03/06/2011 16:56



Merci de ces commentaires. Je suis d'accord avec vos remarques. Mais je crois que vous sur-interprêter mon analyse et mon propos. Cela prouve qu'il faut encore travailler et discuter nos
formulations. Il me paraît clair que la démocratie ne peut pas être réduite à des institutions vides de sens. La démocratie est aussi une réalité concrète et une philosophie du vivre ensemble.



Pierre Sarton Du Jonchay

  • : Le blog de Pierre Sarton du Jonchay
  • Le blog de Pierre Sarton du Jonchay
  • : La crise économique actuelle a ses racines dans la civilisation. La compréhension des phénomènes en cours exige une redéfinition de la monnaie, du crédit, du risque, du marché et de la responsabilité publique. La discussion est ouverte.
  • Contact

Recherche

Catégories