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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 15:16

L'homme épuisé par le consumérisme

« Les Français comme la plupart des habitants de la Terre attendent qu'on s'adresse à leur intelligence » (Bernard Stiegler, Philosophie Magazine, septembre 2011). Cette proposition affirme la condition de possibilité de la démocratie dans notre pays. Pour le moment nous sommes dans la république platonicienne analysée par Bernard Stiegler où des élites repliées sur leurs techniques nous offrent le spectacle d'une politique étrangère à la vie réelle des citoyens. Les croyances ne peuvent plus se former ; la confiance est sans matière ; le crédit est spéculatif donc sans effet.

La financiarisation de l'économie humaine a rompu tout lien entre le crédit et la politique. C'est bien la cause profonde de la crise des dettes publiques que la finance de marché exacerbe avec la complicité d'une certaine politique en exigeant le retrait de la puissance publique de l'économie. La continuité du réel est rompue entre le court terme et le long terme ; où l'on détruit à court terme l'existence de la société politique nécessaire à l'investissement humain du long terme.

Le consumérisme est cette consommation addictive du présent par l'emprunt d'un futur qu'on ne pense pas, qu'on ne prépare pas et qu'on ne produit pas. L'illusion destructrice du consumérisme est directement issue de la finance spéculative consistant à monétiser au présent le prix de la possibilité d'un investissement que personne n'engage dans la réalité. La finance simule une continuité idéelle de la réalité du futur avec le présent que personne n'investit ; elle construit une rupture masquée dans le calcul entre le présent et le futur.

Le rôle des politiques devrait être de rompre cette mystification par la parole proposée aux électeurs. Si la parole politique dessine les vrais avenirs possibles (sortir de la caverne platonicienne), alors elle peut réguler la finance en décidant la séparation les activités d'investissement et de crédit : afin que l'investissement soit bien la garantie du crédit qui soit bien le prix certain de l'existence d'un futur réellement investi.

Réaliser la monnaie de la contribution

Le concept d'économie de la contribution défendu par Ars Industrialis dit beaucoup de la restauration à accomplir dans le réel de la continuité entre le présent et le futur. Cette continuité repose sur l'existence d'une société solidarisant les individus dans le temps et dans l'espace. Elle repose sur une formulation vivante des lois du vivre ensemble dans un espace humain constitué en politie. Et elle repose sur la répartition économique des contributions dans des projets négociables. L'économie de la contribution est une économie monétaire au sens aristotélicien du terme. Une monnaie qui ne peut pas rester post platonicienne comme celle d'aujourd'hui captée par des oligarchies.

Pour réaliser l'économie de la contribution, la monnaie doit mesurer l'économie réelle de toute connaissance humaine utile au bien commun. La monnaie ne doit plus pouvoir représenter la numération spéculative de la richesse qui n'est pas produite. Les agoras virtuelles qui sont nées du marché numérisé de la connaissance issue de l'Internet offrent par des adaptations marginales le cadre pratique d'une finance non spéculative. Paradoxalement, la finance a inauguré ces agoras depuis trente ans par l'informatique mais se fait dépasser par les places de marché virtuelles à finalité commerciale, scientifique, industrielle ou culturelle.

Pour que ces agoras virtuelles ne soient pas détournées par la spéculation mais deviennent des espaces de contribution réelle, il faut re-territorialiser la monnaie sur des communautés humaines politiquement constituées. La numérisation du marché autorise la matérialisation des adhésions des sujets de la contribution à des lois d'échange formellement identifiées et garanties par la république (puissance publique commune de l'agora). Le principe de fonctionnement de l'agora contributive est connu et éprouvé : c'est la compensation de marché. Mais pour que la loi politique soit compensée à l'intérieur de l'agora, il faut que lui soit associée une seule monnaie d'identification et de matérialisation de la loi appliquée.

Compenser la loi signifie mesurer le prix de son efficience contributive par rapport à d'autres lois appliquées dans d'autres agoras. La territorialisation de la monnaie consiste donc à séparer les agoras par des monnaies différentes relatives aux lois différentes qui s'y appliquent. Le prix relatif de chaque territorialité se mesure par la cotation comme marchandise des monnaies dans les agoras où elles sont étrangères. Ainsi les puissances publiques responsables de l'efficience de la contribution dans l'agora du réel sont-elles mesurables et convertibles à l'intérieur de leur périmètre de souveraineté.

Système politique d'information de la contribution

La monnaie de la contribution crée l'économie de la contribution à condition d'une triple séparation des espaces, des lois et des autorités publiques d'arbitrage de la contribution. Les agoras sont ouvertes les unes sur les autres par leur séparation-même réalisée dans des monnaies différentiables mais convertibles selon la loi de chaque cité. La monétisation de la contribution différentiable par les lois rend toutes les contributions intelligibles, mesurables et échangeables par la concurrence politique à dire par le langage la valeur possible des activités humaines.

L'enclosure numérique de la contribution garantit la société constituée par un capital de lois. L'agora toute entière finance l'application de la loi et non des intérêts particuliers libres d'obligations de solidarité. L'agora numérique contient par nature un capital non exportable parce que sans règlement hors de l'agora. Concrètement, les contributeurs d'une agora sachant la valeur que donne à leur contribution la loi qu'ils appliquent adhèrent à la collectivisation fiscale partielle de la richesse produite. Contre l'impossibilité d'exporter discrètement leur contribution sans la faire mesurer par l'agora, les citoyens discutent l'impôt et son calcul dans les lois qui instituent leur solidarité.

Dans l'économie de la contribution monétisée par des agoras différentiables, l'impôt est une contribution libre et obligatoire à la loi politique de contribution. L'impôt dû à une société politique ne peut pas fuir car le prix des contributions est transparent et réglé par le fonctionnement-même de l'agora numérisée. La « libre circulation du capital » n'est plus une spéculation libre sur le prix des lois mais le libre choix des agoras où l'on produit et vend ses contributions dans des lois communes.

Il existe bien un discours de rupture réaliste avec le consumérisme et la spéculation financière. L'économie de la contribution réunit dès à présent toutes les conditions possibles de sa mise en œuvre. L'effondrement réel de la finance spéculative crée même une obligation de passage à l'économie de la contribution qui prolonge la possibilité de la vie civilisée. Il suffit que le pouvoir politique aiguillonné par les citoyens suspende la convertibilité privée des monnaies et l'allocation gratuite illimitée de monnaie aux banques.

E pluribus unum : une devise pour l'Europe

L'inconvertibilité des monnaies et la nationalisation des systèmes bancaires est de toute façon une conséquence inéluctable de la disparition de la liquidité bancaire internationale. Si cette mutation n'est pas explicitement assumée par le pouvoir politique, elle sera rampante ; donc illisible pour les peuples et accomplie par la corruption financière du politique. Elle débouchera sur des guerres civiles. La raison et la prudence politiques dictent d'accomplir cette mutation par le choix transparent et partagé d'une solidarité financière assumée et assurée par les gouvernements de la zone euro.

La mise en faillite réelle de la spéculation financière dans la zone euro implique la territorialisation virtuelle de la monnaie : maintien de l'euro comme monnaie de la communauté politique européenne des 17 mais dévaluation par les monnaies nationales des dettes qui compromettent la confiance internationale dans la stabilité de l'euro et dans la société politique qui la soutient. Une telle réforme restaure un prix de la responsabilité politique à l'intérieur des États nationaux et définit une responsabilité politique euro-européenne lisible, critiquable et vérifiable par les citoyens européens.

Ars Industrialis

Groupe économie de la contribution, séance du 17 décembre 2011, partie 02 :

Monnaie/dette : paix monétaire et financière au sein de la zone Euro


 

 

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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