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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 11:14

La systémique de compensation financière appliquée aux dettes de l'Europe vis-à-vis de la Chine doit reposer sur un étalon de crédit international. Cet étalon peut être créé par exemple par la monétisation du DTS que le gouverneur de la Banque Populaire de Chine a réclamé en mars 2009. Il doit permettre l'équilibre des obligations du créancier et du débiteur. La Chine constitue actuellement une épargne sur le reste du monde par ses réserves de change. Pour que cette épargne repose sur la solvabilité à terme de ses débiteurs, il convient que l'Europe ou tout autre pays empruntant l'épargne chinoise développe son potentiel de production à terme par l'investissement dans l'enseignement et la recherche. Cet investissement n'est possible que par des parités de change qui expriment l'inversion à terme des flux nets d'échange de biens et services. Autrement dit, les monnaies européennes ne peuvent pas afficher par rapport au yuan une parité qui surestime le prix actuel de la richesse à produire par les Européens dans le futur.

Notre systémique financière actuelle consiste à émettre de la monnaie comme instrument de prix par adossement à la dette recyclant l'épargne. La monnaie instrument de paiement mesure l'épargne, définit le crédit et compte la richesse concrète à produire sur le futur. Si les prix internationaux résultent des rapports d'endettement et non des rapports de compétitivité qui permettent le remboursement à terme des dettes, alors les créances-dettes finissent forcément par se déprécier aux doubles dépens des épargnants et des entrepreneurs-travailleurs qui ne peuvent plus préparer l'avenir au présent. La crise mondiale de la dette met les pays développés au chômage et détruit les réserves financières que les nouveaux pays développés constituent sur leur futur.

La cause de cette mécanique infernale est la confusion systémique entre la monnaie qui d'une part compte les activités réelles et les décisions financières des pays et d'autre part mesure le crédit international. Le dollar, et dans une moindre proportion l'euro, comptent à la fois la dette extérieure des Etats-Unis et de l'Europe et les réserves de change des pays émergents. Les émergents s'achètent des réserves de revenu dans le futur en exportant davantage qu'ils ne consomment. Les développés vendent des réserves par une consommation plus dynamique que la production réelle. Mais l'échange est fictif si les développés n'investissent pas dans leur production future qui remboursera ce qu'ils doivent. Le futur est mis en contradiction avec le présent par les parités de change qui ne permettent pas d'engager au présent la production du futur que les épargnants prêtent à leurs débiteurs.

La contradiction économique et financière du dollar entre la Chine et les États-Unis est la même que celle de l'euro entre l'Europe germanique et l'Europe latine. Le seul moyen de surmonter ces contradictions est la distinction de la monnaie qui compte le réel d'avec la monnaie qui compte l'adéquation de la monnaie au réel. Les monnaies actuelles comptent le réel. Il manque une monnaie pour compter le crédit international sur le seul plan de la cohérence systémique du crédit avec les réalités nationales et régionales. La monnaie de crédit international, donc le DTS voire l'euro transformé en monnaie européenne commune à coté des monnaies nationales rétablies, doit servir à réguler les parités de change pour que toute dette internationale soit toujours remboursable.

La systémique de compensation financière est le moteur d'équilibrage des monnaies réelles par la monnaie financière internationale. La monnaie d'étalonnage international du crédit ne peut être logiquement émise qu'à proportion d'une compensation entre les appréciations des différentes figures de la réalité économique ; figures de réalité qui sont celles des emprunteurs et des prêteurs internationaux. Les primes de crédit international, les primes de change et les primes d'investissement actuellement échangées dans des transactions internationales privées doivent l'être dans une compensation internationale publique. Un marché financier transparent de compensation internationale tel que réclamé par Keynes il y a 70 ans et que les États-Unis ont récusé pour imposer leur dollar et leurs compensations privatives opaques.

Si une solution globale peut émerger, une compensation internationale en DTS monétisé serait surveillée par le FMI dont le capital soit détenu proportionnellement au poids des États dans l'économie mondiale. La compensation serait l'adossement de la masse mondiale des primes de crédit garantissant effectivement la solvabilité de tout emprunteur à la somme des primes de change et des primes de capital. Les primes de change évaluent le risque de crédit à terme des monnaies nationales ou régionales. Les primes de capital évaluent la suffisance du capital effectivement souscrit par les investisseurs en couverture de leurs emprunts internationaux. Ainsi la compensation en monnaie de crédit international provoque-t-elle un équilibre mondial dynamique du crédit par les fluctuations des parités de change déterminées par les souscriptions internationales de primes de crédit, de primes de capital et de primes de change.

Le détail des règles politiques, juridiques et financières nécessaires à la mise en oeuvre d'une compensation internationale en monnaie de crédit international est décrit dans Capital, crédit et monnaie dans la mondialisation et en plus résumé dans Constitution politique de l'économie. Toutes les règles et tous les instruments existent déjà mais ne sont pas mis en oeuvre dans un système financier international régi par l'égalité des droits entre les peuples et les États. Rien ne s'oppose à la régulation financière objective, publique et transparente sauf la mythologie d'une finance et d'une monnaie fidèles à la réalité qui existerait hors de la décision humaine. Si des financiers et des politiques réalistes se rapprochent, ils peuvent poser par la systémique de compensation en démocratie les conditions d'une réconciliation du calcul politique et financier avec la réalité humaine sociale, individuelle et collective.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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Matthieu 03/12/2011 16:04


Merci Pierre pour ce nouveau billet. Vos idées me séduisent de plus en plus. Je continue de digérer vos réflexions et tente une petite synthèse pour prendre du recul face aux différentes
transitions « bancor » qui sont à notre disposition.

Afin de réformer le SMI actuel en un système type « bancor », vous proposez deux approches :


Une approche bottom-up s'appuyant sur l'euro étalon de crédit international, avec la BCE qui superviserait la chambre de compensation et déciderait de l'émission des crédits en euros. Le but
étant ensuite d'accueillir les pays non-européens dans le système (la Chine serait probablement un candidat intéressé).



Une approche top-down s'appuyant sur le DTS étalon de crédit international, avec le FMI qui superviserait la chambre de compensation et déciderait de l'émission des crédits en DTS. Cette
approche se déclinerait ensuite dans chacun des pays membres du FMI. Mais elle nécessite qu'un grand nombre de pays se mettent d'accord tous ensemble, dès le début.




Pour instaurer un système de compensation du crédit international via les DTS du FMI, je comprends qu'il y a plusieurs prérequis parmi lesquels :


1/ Coter un certain nombre d'actifs en DTS pour donner un référentiel de prix mesurant la valeur du DTS (j'imagine que vous pensez en priorité aux actifs « hautement » mondialisés
via le commerce international, comme les matières premières, les dettes souveraines et les actions de multinationales)



2/ Rendre dynamique et automatique le poids des différentes dans la composition du DTS (aujourd'hui, ce rééquilibrage se fait uniquement par renégociations ponctuelles)



3/ Donner le droit au seul FMI d'émettre des crédits en DTS (est-ce cela même que vous appelez « monétiser le DTS »?)



4/ ?




Dans l'idéal, dans quel ordre et comment faudrait-il mettre en œuvre ces prérequis ? Pour le 1, faudrait-il coter les actifs (à quels actifs pensez vous exactement?) en DTS sur le
NYSE-Euronext ? Ou sur une nouvelle place boursière qui permettrait également d'ajuster dynamiquement le panier de devises du DTS ? Le point 3 doit-il être voté par le comité exécutif
du FMI ? (difficile car les USA voteront sûrement contre). Quels autres prérequis ai-je oublié ?

Pour l'euro étalon international, quels sont les prérequis spécifiques par rapport au DTS étalon international ? Je pense qu'il serait utile de faire un tableau en listant les avantages et
désavantages de chacune des approches. Une telle synthèse serait nécessaire pour sensibiliser les décideurs qui eux seuls (malheureusement) ont le pouvoir de faire avancer les choses sur le plan
politique.

D'ailleurs, avez-vous déjà discuté de vos idées avec des hommes politiques (ou plutôt leurs conseillers en finance et économie) ? Qu'en pensent-ils ? Existe-il également de telles
réflexions dans le monde anglophone ?

Pierre Sarton du Jonchay 04/12/2011 16:32



Cher Matthieu,


C'est une bonne nouvelle que nous nous comprenions ; cela prouve qu'il est raisonnable de pousser le concept de la monnaie universelle pour sortir du calaclysme financier qui advient. Je note que
vous partagez la vision d'un système monétaire international de pacification des échanges économiques entre des sociétés conservant leur personnalité.


Dans votre récapitulatif des conditions de la monétisation du DTS, le point 4 est le basculement du système bancaire international dans un usage exclusif du DTS. La monnaie internationale ne doit
pas pouvoir être captée par une quelconque politique monétaire nationale ni par des intérêts particuliers d'une quelconque nature.


L'étalon monétaire international doit être issu de transactions réelles sur un marché de biens et services où les pouvoirs des acheteurs et des vendeurs, des prêteurs et des emprunteurs sont
strictement égaux et arbitrés par un système de règles parfaitement commun et indépendant des nationalités. La règle fondamentale est une règle de crédit : tout engagement de prix est garanti par
une prime achetée indépendamment de l'acheteur et du vendeur. La prime garantit la conformité de la livraison au contrat liant le vendeur à l'acheteur par le prix.


Les principes détaillés d'un étalonnage universel de la monnaie par le crédit sont décrits dans Constitution politique de l'économie. La hiérarchisation des
approches top down ou bottom up est de nature circonstancielle politique. Vous soulignez à juste titre l'attitude peu constructive des Etats-Unis au sein du FMI. La transformation de l'euro me
parait plus accessible et aussi plus urgente pour assurer la pérénité du projet européen.


Dès sa mise en oeuvre, un système de garantie internationale des monnaies général ou limité démontrera l'efficacité du concept. L'urgence est donc d'en amorcer la mise en oeuvre là où il est le
plus facile à réaliser, c'est à dire dans la zone euro voire mieux dans l'Union Européenne. Les politiques les plus avancés dans la réflexion sur la refondation de l'euro sont Chevènement et
Montebourg à gauche et Dupont Aignan à droite. C'est malheureusement encore beaucoup trop étroit. Les politiques allemands seraient plus avancés que les Français...


Le démantèlement politique ou financier en cours de la zone euro justifie la promotion de la solution de compromis et d'équilibre que constitue la mutation de l'euro en monnaie commune de
régulation financière européenne. Il faut sensibiliser les scientifiques et les techniciens pour qu'ils prennent position et produisent un argumentaire d'arbitrage politique selon une conception
européenne commune de l'intérêt général. Si vous avez des contacts, nous pouvons les saisir conjointement pour les rallier.


Je vous envoie par courriel un projet d'article pour la presse qui repose la crise de l'euro dans un cadre de rationalisation politique. La crise n'est plus financière mais politique. Nous
entrons dans la phase où l'impuissance de la politique à maîtriser l'économie met en cause la paix civile. Malheureusement, la menace de guerre civile est désormais mondiale. Il faut
effectivement se rapprocher des anglo-saxons et des anglophones pour fonder l'universalité d'un étalon mondial du crédit.


Bien à vous.



Pierre Sarton Du Jonchay

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