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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 18:38

Le Cercle des Echos : république ploutocratique et démocratie financière

La république de l'argent

L'actuelle crise financière est une crise de la république qui ne sait pas être une démocratie. La république des citoyens et la république des marchands est une seule et même réalité publique. Le citoyen est libre dans la république d’échanger par lui-même à la condition d’agir publiquement ; à la condition de se soumettre au jugement public.

Dès que l’échange est libre, la république différencie par la monnaie les échanges qu’elle accepte des échanges qu’elle n’accepte pas. Un échange acceptable a un prix public en monnaie tandis qu’un échange inacceptable reste privé et sans prix en monnaie. Échanger en public sous le contrôle de la république, c’est se mettre sur le marché pour former des prix par la loi. Le citoyen de la république est nécessairement un marchand qui offre et demande librement en s’exposant au jugement public matérialisé par la monnaie.

Inévitablement la république discrimine les citoyens par l’argent car le jugement public distribue l’argent par le marchandage. Le marchandage est la liberté de proposer différents critères de la valeur : le plus convaincant capte le plus d’argent. Si la république ne pose pas de critère de valeur supérieur à la libre confrontation des idées sur le marché, la rhétorique détermine le prix des échanges. La rhétorique est aujourd'hui la spéculation financière.

Finance et monnaie de la démocratie

La seule manière de soustraire la république à la ploutocratie, est la démocratie. La démocratie n'est pas le pouvoir du nombre mais le pouvoir de la délibération. La délibération est la confrontation des discours qui libèrent ; c'est à dire des discours qui laissent toujours le choix de la réalité derrière les mots. La délibération démocratique laisse à chaque personne la liberté de son jugement sur ce qu'elle choisit comme son bien. La démocratie est la délibération des limites de la liberté qui permettent la liberté de chacun.

La démocratie s'est opacifiée depuis trois siècles à cause de la libre monétisation républicaine des échanges. La fondation de la démocratie par la distinction radicale du sujet et de l’objet a disparu dans l'opacité des marchés non régulés par la loi. Dans la démocratie, tout sujet a un statut dont Aristote explique qu’il est le déterminant premier du prix. Un statut signifie que la place du sujet dans la démocratie est indépendante des objets qu’il manipule et échange.

Le statut du citoyen crée une valeur de l’individu dans la démocratie absolument indépendante de ce qu’il peut vendre ou acheter. C’est la raison par laquelle les états nationaux se sont constitués. Les nations démocratiques se sont forgées par une conception partagée et commune du statut du citoyen. La citoyenneté a impliqué des systèmes de solidarité économique indépendante d'une valeur marchande des individus.

Les monnaies nationales sont apparues variables les unes par rapport aux autres à cause de l’efficacité différente des systèmes nationaux de solidarité entre citoyens. Un même objet issu de deux marchés nationaux distincts a le même prix sur le marché mondial mais s'exprime en monnaies distinctes selon les droits effectivement reconnus à la personne qui produit et qui vend.

Chute de la ploutocratie républicaine

La république mondiale du libre échange a à partir du XVIIIème siècle détruit les démocraties nationales. La destruction s’est opérée par l’idéologie libertaire et par la monnaie. Les libertaires ont proclamé que la liberté ne souffrait aucune loi. La monnaie est devenue une matière de même valeur pour tout pays indépendamment du droit positif. Le crédit public de l’État de droit a été remplacé par la spéculation privée sur l’étalonnage physique de la valeur.

Jusqu'à la Révolution Française, l'émission monétaire est un monopole régalien. Il est nécessaire que la monnaie à l'effigie du souverain témoigne de l'existence d'une comptabilité de la valeur fondée sur une responsabilité humaine de la loi du vivre ensemble. L'avènement de la république comme souveraineté de la loi détachable de ses interprétations humaines change la nature de la monnaie et la source de l’émission monétaire.

La décision privée du monarque républicain ou des représentants de la république devient moralement suffisante pour émettre la monnaie. La monnaie ne réprésente plus la loi vivante d'un bien commun effectif mais la nomination abstraite d'un bien théorique non nécessairement vérifié. L'étalonnage de la monnaie se fait sur la seule matérialité physique, par exemple l'or, et non sur la vérification de la justice des échanges par le souverain.

Dans le régime de la souveraineté exclusivement populaire ou nationale, il n'y a plus d'interprétation humaine de la loi dans l'émission de la monnaie. L'étalonnage physique de la monnaie introduit un critère apparemment objectif de valeur de la monnaie. En réalité l'émission monétaire est le fait d'un jugement bancaire de la valeur attribuée à des créances privées. Le critère de la valeur n'est plus délibéré en public.

Après l’abandon de l’étalon or, c’est la spéculation des États les uns contre les autres puis la spéculation privée qui sont devenus les seules causes de représentation de la valeur par la monnaie. Dans le libre échange marchand mondialisé d’aujourd’hui, le citoyen n’a plus aucun statut. La valeur du citoyen de la république mondiale est strictement proportionnelle au capital monétaire qu’il est capable de capter. Le résultat est la guerre économique de tous contre tous qui engloutit les États dans la confrontation généralisée des intérêts ploutocratiques.

Restauration financière de la démocratie

La seule et unique façon d’en sortir est l’instauration de la démocratie au-dessus des républiques nationales. Si la monnaie est redéfinie comme unité de compte de l’option mondiale de démocratie, alors toute évaluation de prix peut se subordonner à l’achat marchand d’une prime de garantie du droit de l’acheteur d’un objet. Tout vendeur de quoi que ce soit ne gagne de l’argent sur le marché mondialisé qu’à la condition de servir la citoyenneté d’un acheteur quelle que soit sa nationalité.

Concrètement, le système de la monnaie limitée par les choix effectifs de la démocratie est celui qu'avait proposé Keynes en lieu et place de l'actuelle république mondiale du dollar. L'unité de compte internationale représente l'égalité entre les démocraties. Elle mesure le crédit des souverainetés à délibérer et appliquer la loi des citoyens.

La monnaie sous-jacente à l’option rétablit la primauté du sujet citoyen qui ne peut plus vendre sans être garanti par l’acheteur de sa prime lui-même soumis à la loi nationale d'une démocratie. Le bancor de Keynes sous-jacent au marché financier transnational est émis à proportion des garanties internationales souscrites sur des emprunteurs internationaux impérativement tenus par la loi de la monnaie empruntée.

Le bancor est une prime de crédit sur le prix du réel. Il transforme les démocraties nationales en acteurs de la démocratie universelle. Il suffit de domicilier les transactions financières internationales dans les pays où la démocratie est vivante par l’indépendance du pouvoir judiciaire. Les engagements internationaux sont contrôlables par la démocratie s'ils sont déposés sous le regard d'un juge indépendant exclusivement tenu par la loi de la démocratie.

L’Union Européenne se revendique société multinationale de démocraties. Elle s'est justement dotée d'organes communs du bien de ses citoyens dans leur république. Elle dispose de pouvoirs judiciaires constitutionnellement indépendants. Les citoyens européens peuvent fonder la démocratie s'ils libèrent leurs républiques de l’argent. Si les citoyens retirent aux banques le pouvoir d'émettre le prix de leurs droits. Si les citoyens redonnent au pouvoir politique la responsabilité de la valeur de leurs droits. Aux armes les citoyens !

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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