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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 12:43

Le drame se noue dans la zone euro : la Grèce a perdu toute possibilité d'emprunt sur le marché financier. Or l’État grec reste en situation de déficit massif, officiellement de l'ordre de 8% du produit intérieur brut. Au sein de la zone euro, deuxième monnaie de réserve internationale derrière le dollar, un État est devenu existentiellement dépendant de la solidarité financière de ses partenaires.

Pour la première fois depuis 1945, un émetteur de dette publique sous-jacent à une grande monnaie de réserve se retrouve illiquide. Par le fait de la monnaie unique, il n'est plus possible légalement de restaurer la liquidité de la Grèce par la dévaluation. Les créanciers de l’État dépositaire de la loi en Grèce se tournent vers les autres États européens pour obtenir l'application de la loi grecque sur les emprunts publics.

L'interprétation du défaut financier de la Grèce sort du paradigme juridique et économique habituel. Le partage d'une même monnaie entre plusieurs États implique de fait la solidarité budgétaire. Le remboursement complet des titres de dette publique déposés à la banque centrale en garantie de la monnaie émise incombe à l'ensemble des États de la zone. Or le traité fondateur de l'euro récuse la solidarité des budgets publics par le motif de la monnaie commune.

La crédibilité financière de l'euro n'est plus assurée ni à l'intérieur de la zone ni à l'extérieur. La loi politique de l'euro n'est pas transformable en rationalité économique ; l'impossible dévaluation de la monnaie des Grecs interdit l'ajustement économique des prix domestiques. Le rééquilibrage des échanges extérieurs nécessaire à la réduction de l'endettement intérieur et extérieur ne peut être obtenu que par diminution autoritaire des revenus, des salaires et des emplois publics.

La politique en conflit avec l'économie

Le marché financier international sait d'expérience le redressement impossible des comptes extérieurs d'un État sans l'ajustement de la parité de change. Or le déficit des finances publiques est supérieur à la croissance réelle dans la quasi-totalité des États européens. La dette publique croît partout plus vite que la production qui permettrait de la rembourser. Les Européens sont dans l'impossibilité d'agir sur la parité de change de l'euro même si elle se révèle incompatible avec la croissance économique dans la majorité des États membres.

La baisse autoritaire des revenus est la seule option des gouvernements européens pour forcer l'épargne qui évite la croissance des dettes. Or cette politique avait été adoptée pour résorber les dettes de la première guerre mondiale. Elle avait conduit les Européens au nazisme et à la deuxième guerre mondiale. Le marché international se prépare donc à l'éclatement politique de la zone euro.

L'expérience de l'euro met en contradiction la politique et l'économie. Le dilemme ne peut pas être résolu par le Fonds Européen de Stabilité Financière. Les États ne peuvent plus abonder le FESF sauf à augmenter leurs dettes. La solidarité financière maintenue jusqu'à présent ne change pas la situation individuelle de chaque État. Toute allocation de fonds supplémentaires au FESF se traduira par une dégradation de la solvabilité générale.

Les gouvernements européens négocient une ingénierie financière pour afficher une augmentation des capacités d'intervention du FESF sans allocation budgétaire publique. Mais la transformation du FESF en fonds spéculatif à effet de levier se heurte à des obstacles juridiques, logiques et politiques.

Le tribunal constitutionnel allemand a rappelé en septembre que la démocratie allemande interdisait des engagements budgétaires publics irrévocables sur le futur. Le financement allemand du FESF est donc strictement limitée par le contrôle budgétaire des parlements allemands représentant le contribuable et l'épargnant. Or l'opinion publique allemande et internationale comprend la crise mondiale de la dette comme l'incapacité du système financier international à maîtriser les effets de levier.

La solvabilité réelle des emprunteurs publics et privés n'est pas objectivement mesurable par les règles en vigueur ; lesquelles ne sont pas intégrées dans le calcul financier des parités de change. Le système monétaire ne contient pas de loi d'ajustement du prix des dettes à l'économie réelle ni en Europe ni dans le reste du monde. Le FESF accroît une capacité globale d'endettement sans pouvoir relancer la croissance réelle. La liquidité des dettes n'est pas restaurée.

Lever l'incohérence du système des monnaies

Sans négociation politique des parités de change compatibles avec la restauration des équilibres économiques, les États étrangers n'ont pas d'intérêt économique à investir dans l'euro. L'importation de liquidités extérieures aura pour effet de réévaluer l'euro par rapport aux autres monnaies ; donc d'aggraver l'insolvabilité européenne par une perte supplémentaire de compétitivité extérieure.

L'économie financière internationale s'est développée sur l'impossibilité de réguler le crédit en l'absence de coordination politique internationale des changes. L'absence d'étalon de crédit international a créé un intérêt financier à provoquer le surendettement international. Les opérateurs internationaux produisent leurs plus-values sur le risque d'intermédiation de l'épargne internationale qu'ils assurent.

Le défaut de l'euro exprime l'absence d'ordre monétaire international réalisant l'équilibre du crédit. Les pertes de change potentielles internationales sont déjà mesurées par les marchés dans la prime de crédit (CDS) des emprunteurs systémiques et dans la chute de la capitalisation des banques. Ce qui reste inconnu, c'est l'emprunteur caché le moins solvable du système qui sera le facteur de la rupture des paiements internationaux.

Le monde appelé au secours de l'euro sait que l'enjeu véritable est le système mondial des monnaies. La Chine a réclamé explicitement en mars 2009 par le gouverneur de la banque populaire de Chine, Zhou Xiaochuan, la transformation du DTS, monnaie du FMI, en étalon de crédit international ; un étalon universel de crédit pour compenser par le droit public l'équilibre international des monnaies, de l'épargne, de la production et des échanges.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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