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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 18:19

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Le travail perdu dans l'euro

Commentaire déposé sur le Blog de Paul Jorion


Impact de la monnaie sur le marché du travail dans la zone euro

Le travail, l'emploi et les salaires constituent tout le contexte de la crise de l’euro et le lieu de sa principale conséquence (chômage et baisse des salaires dans le partage de la valeur ajoutée dans la zone euro). Schématisons. La monnaie compte la valeur ; la valeur est la réponse concrète à des besoins humains exprimés ; les besoins s’expriment en société par les outils de l’État de droit effectivement adoptés. L’Etat de droit met à disposition les formes de la valeur par lesquelles, les besoins sont reconnus et exprimés, par lesquelles les prix sont calculés et comptés en monnaie et par lesquelles le travail transforme des besoins en valeur.

Le travail et uniquement le travail transforme la matière physique brute en objets de valeur satisfaisants pour l’être humain. Les droits qu’une société instaure et applique sont la reconnaissance formelle des sources du travail, de la protection du travail, de l’accumulation du travail et du prix auquel le travail peut s’échanger. Le travail est l’expression économique de la personne par quoi elle produit, échange et consomme ; donc par quoi elle vit dans une perspective de valeur pour soi par les autres. Le travail est la cause matérielle de la valeur et le besoin humain est sa cause finale. Si l’économie de la valeur est en crise, c’est qu’elle ne permet pas de satisfaire les besoins humains par le travail effectivement disponible. Concrètement dans la zone euro, des gens sont prêts à travailler pour satisfaire leurs besoins en vendant leur travail et ne le peuvent pas.

Je dis ici que l’explication du sous-emploi du travail des Européens est dans l’euro, déterminé par des choix politiques, un certain Etat de droit et une certaine approche de l’économie de la valeur. Cette approche est strictement capitaliste, c’est à dire fondée sur l’explication de la valeur par le capital sans considération de l’origine du capital dans le travail. L’explication capitaliste de l’économie de la valeur justifie la valeur réelle de la monnaie par le capital indépendamment du travail. Elle met par conséquent la monnaie au service de la perpétuation d’un équilibre passé de la répartition des richesses en ignorant la production des richesses futures par le travail actuellement disponible.

L’explication capitaliste de la valeur est désormais mondiale et sans alternative. C’est la raison pour laquelle la crise et mondiale. La source de la valeur dans le travail n’est plus reconnue nulle part. Le travail est un coût qui doit être le plus faible possible pour produire et accumuler le plus de valeur possible qui n’est que dans le capital. Ce phénomène est accentué en Europe par la monnaie unique qui transcende les nations. Les collectivités nationales sont les seuls cadres où la valeur du travail peut être discutée par les systèmes de solidarité intranationaux liés au travail (sécurité sociale, retraite, assurance, allocations de revenus complémentaires). La zone euro sans vrai budget commun a pour conséquence de faire disparaître tout calcul monétaire qui intègre le prix et la finalité du travail.

Comment l’euro détruit-il la cause de la valeur dans le travail et comment la zone euro dans sa configuration actuelle est-elle promise à une faillite rapide ? Comme l’État de droit social est quasiment inexistant dans la zone euro, le travail n’est vu que comme un coût par les institutions communautaires politiques et monétaires. Le travail n’apparaît dans l’économie de l’euro que comme une cause de charge sociale, de dépenses d’investissement social et donc de déficit budgétaire et de dette publique. Le travail est aussi cause de non compétitivité commerciale et donc de déficit commercial et de sorties de capitaux. Le travail absorbe plus de richesse dans la zone euro qu’il n’en produit. Il rogne la rentabilité des entreprises compromet la solvabilité des principaux emprunteurs États et entreprises et finalement affaiblit la valeur de l’euro.

L’approche capitaliste de la valeur détermine le prix des crédits et des objets matériels à vendre par le capital qui garantit les crédits et par le capital accumulé dans les produits. Pour maximiser le prix de ce capital, il faut minimiser la valeur allouée au travail à la fois comme cause de la valeur et comme rémunération de la cause. La conséquence d’une telle approche est la diminution des salaires et des investissements sociaux dans le potentiel de travail des citoyens agents économiques. Les sociétés nationales de la zone euro sont destinées à se fragmenter entre deux classes sociales : les élites disposant d’un capital personnel de compétence et de finance qui les rend capables d’affronter la compétition internationale et les pauvres dont les revenus s’alignent sur ceux des salariés des pays en développement.

L’euro diffracte la société européenne par son statut de monnaie de réserve internationale. La surface de l’économie européenne et l’orientation capitalistique de la politique monétaire de la BCE (conception allemande de la monnaie) attire les capitaux internationaux. La parité de l’euro est surévaluée par rapport à l’équilibre déterminé par la seule rentabilité de l’investissement et du travail sur le territoire de la zone euro. Le travail européen est donc sous-employé à cause du capitalisme monétaire sous-jacent à l’euro. Le prix du travail européen apparaît surévalué sur les marchés extérieurs par la valorisation même de l’euro fondée exclusivement sur l’accumulation de capital.

Le travail européen devient de moins en moins la cause du capital européen dont la contribution à la valeur de l’euro est de plus en plus faible par rapport au capitalisme étranger. Le capitalisme européen sera obligé de sacrifier la société et l’économie européennes pour préserver la valeur de l’euro. Ce pronostic est logique conforme au choix fondateur de l’euro. Il n’est pas nécessaire et se réalisera si les Européens de l’euro ont renoncé à produire leur avenir par le travail (on voit que ce n’est pas le choix des Britanniques qui sont sagement restés en dehors de la monnaie commune).

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Monnaie
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