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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 21:49

CapitalCreditMonnaieCouverture

Défaut systémique irrécupérable

Toutes les crises financières internationales ont été résolues depuis 30 ans par l'émission de liquidité en monnaies de réserve ; par une augmentation temporaire des déficits budgétaires ; par l'élévation de l'endettement public ; et par une dévaluation des monnaies ayant accumulé des bulles spéculatives.

La résolution des crises a été acquise par la reprise de la croissance de la production et des échanges réels ; par la stabilisation de l'endettement public relativement aux productions nationales ; par la réduction du déficit budgétaire ; et par la stabilisation des changes.

Le scénario de la présente crise ne se déroule pas selon le schéma classique. La bulle spéculative a éclaté aux États-Unis dans le cœur du système. La surévaluation des actifs subprimes a touché l'ensemble du système financier international dans des proportions incommensurables. La politique habituelle de liquidation des bulles n'a pas fonctionné.

La liquidité interbancaire a été rétablie par des déficits budgétaires non résorbables ; aux États-Unis, dans la zone euro et dans la plupart des grands pays développés. Les dettes publiques poursuivent leur croissance plus rapide que la production. La Fed et la BCE doivent poursuivre leur émission monétaire à très bas prix en empruntant des actifs nominaux au-dessus de leur prix réel.

Le prix réel des portefeuilles financiers n'est pas reconnu dans la comptabilité des opérateurs financiers afin de ne pas provoquer une autre mise en faillite de l'ampleur de Lehman Brothers. Les budgets publics les mieux évalués par les épargnants internationaux doivent poursuivre leurs émissions de titres afin de fournir une contrepartie crédible à l'émission monétaire en dollar et euro.

L'endettement des États jugés les plus solvables est nécessaire au maintien de la liquidité des monnaies et des capitaux internationaux. Mais la surface financière des États internationalement solvables est devenue trop étroite par rapport à la masse des crédits internationaux potentiellement illiquides.

La politique mise en faillite

Les règlements internationaux s'effectuent par des créances en dollar, en euro et autres monnaies de réserve. Aucune banque dépositaire de réserve internationale ne peut plus faire défaut. Pour éviter un défaut général, la Fed et la BCE sont obligées de prêter au-delà de leurs estimations du prix réel des collatéraux empruntés.

Une nouvelle grande faillite révélerait l'étendue des pertes cachées dans l'ensemble des banques. Les États empruntent à la place des banques les ressources qu'elles ne se prêtent plus entre elles faute de crédibilité des comptes bancaires. Les États appuient leurs emprunts sur la logique de la Loi posant l'infaillibilité financière de l'autorité publique.

Si les doutes croissent quant au remboursement des dettes publiques, les contribuables restent juridiquement indéfiniment responsables sur leurs biens et leur travail. Au pire les dettes seront dévaluées par la hausse générale des prix.

Mais une conjoncture absolument nouvelle est advenue : l'endettement inter-étatique massif des États-Unis émetteur de la principale monnaie de réserve envers la Chine devenue la deuxième économie mondiale. L'émission de dollars de la Fed sur les titres du Trésor étatsuniens compromet explicitement et visiblement le prix en yuan des réserves de change du système politique chinois.

Dans la zone euro, le conflit d'intérêt est explicite entre le système financier demandeur de liquidité et les contribuables et consommateurs de services publics qui devront rembourser les dettes sous-jacentes à la monnaie investie dans la spéculation.

L'émission de titres publics est à la fois nécessaire et réprouvée par le système financier selon la position prêteuse ou emprunteuse de chaque opérateur. Les banques centrales ont à la fois besoin de titres pour émettre la liquidité manquante et besoin de réduction générale des dettes pour renforcer la solvabilité des banques.

La finance et la monnaie sont en incohérence réciproques. La contradiction est transportée dans le champ politique international par la guerre des monnaies ; et dans les champs politiques nationaux par le divorce entre les autorités publiques et les opinions publiques. Au fur et à mesure que les tensions internationales s'exacerbent par la dévaluation des monnaies de réserve, les gouvernements doivent tailler dans les dépenses publiques et augmenter les impôts.

Surendettement public systémique

Les règles d'or budgétaires tentent de restaurer un principe d'équilibre entre la finance, l'économie réelle, la dépense publique et la dépense privée. Quatre ans après l'éclatement de la bulle spéculative des subprimes, la garantie du système financier par les finances publiques n'a plus aucune consistance.

Le plafonnement constitutionnel du déficit et de la dette publics en proportion de la production nationale prend acte de l'impossible stabilité financière sans mesure politique de la solvabilité publique.

Les règles d'or budgétaires amorcent un changement de système : la loi politique définissant la dépense publique va s'obliger à ne plus ignorer la capacité réelle des agents économiques à produire les biens et services répondant aux intentions de dépense publiques et privées. La question de la régulation des anticipations de la dépense nationale par le prix réel de la production va être posée.

Dans le système actuel, l'unité de compte internationale de toute anticipation est la monnaie émise discrétionnairement par la république impériale étatsunienne. La dette fédérale des États-Unis est la garantie ultime de toute anticipation financière publique ou privée. Les réserves internationales de change en dollar délimitent les émissions nationales de crédits selon les échanges et les emprunts que la masse monétaire mondiale en dollar rend possibles.

Comme une banque centrale à l'échelle nationale, le système financier international transforme en crédits de monnaie les emprunts de prix effectifs ou estimés à l'économie réelle. Les anticipations de prix de la production réelle mondiale délimitent les crédits qui financeront la production réelle. Les anticipations de production délimitent les budgets publics et privés.

Les emprunts autorisés par les budgets délimitent à leur tour la capacité d'émission monétaire des banques centrales. Jusqu'à la dégradation de la notation de la dette publique étatsunienne, la disponibilité illimitée de dollars a encouragé les banques à sur-anticiper. La liquidité quasiment gratuite des banques centrales produit des plus-values proportionnelles au volume des emprunts de monnaie.

La liquidité est recyclée en titres de créance sur emprunteurs systémiques publics et financiers. La rentabilité nominale du capital financier est maximale et certaine avec le minimum de fonds propres réglementaires. La crise actuelle a définitivement révélé l'origine des plus-values fictives du système financier dans la croissance accélérée des dettes publiques.

Conditions bancaires de l'équilibre budgétaire

Le plafonnement des déficits publics induit une règle de plafonnement des anticipations bancaires en fonction de l'économie réelle. Si le système financier transforme en crédits les anticipations réelles de la production, l'équilibre est impossible si les mêmes acteurs déterminent les anticipations par les crédits qui les rémunèrent.

La fonction financière d'anticipation du réel doit être dissociée de la fonction de recyclage de l'épargne et de la fonction d'achat de liquidité à la banque centrale. Les fonctions d'anticipation et de transformation de l'épargne restent exposées à l'erreur de sur-anticipation de la production et de sous-anticipation de l'épargne. Elles doivent être couvertes par la troisième fonction autonome d'achat de l'incertitude des anticipations qui conditionne la mobilisation de liquidité centrale.

La crise du surendettement public est la conséquence de la surévaluation systémique de la croissance internationale réelle possible sous la masse monétaire en dollar. Tout plafonnement des déficits publics est incantatoire sans prise en charge par le système financier de ses erreurs d'anticipation.

En plus de la séparation radicale entre les banques de dépôt et de marché, les banques de liquidité du crédit et les banques d'investissement, la génération d'un auto-financement bancaire de la stabilité financière impose d'empêcher toute spéculation financière contre la solvabilité publique.

Les États s'exposent à la spéculation en empruntant une autre monnaie que celle qu'ils contrôlent. Ainsi en est-il des dettes publiques financées par des emprunts bancaires sur les marchés internationaux en dollar ou en euro. Les États euro ne contrôlent pas le dollar mais ont montré qu'ils ne contrôlent pas l'euro non plus.

La BCE indépendante ne contrôle pas les dettes inter-étatiques ni inter-bancaires à l'intérieur de la zone euro. Les États de la zone ne contrôlent pas les anticipations de la BCE, ni celles de leurs banques respectives. Les Européens ne sont d'accord sur des principes communs de comptabilité publique et financière couverts par une solidarité budgétaire adaptée.

Ordre international de souveraineté monétaire

Le système actuel de concurrence des monnaies nationales dans les échanges financiers internationaux interdit aux États de contrôler la monnaie dont ils garantissent la banque centrale. Le système bancaire international échappe à tout contrôle objectif de solvabilité hors des frontières nationales des monnaies qu'il emprunte.

Les banques qui vendent du crédit aux États ne doivent pas pouvoir acheter des titres de dette publique. Les États qui vendent de la solvabilité aux banques ne doivent pas pouvoir leur emprunter de la liquidité. La prime de crédit des États ne peut être vendue que dans une monnaie internationale commune émise en proportion des garanties échangées entre États.

L’intermédiation des primes de crédit incombe à des banques d'investissement travaillant exclusivement en monnaie internationale avec du capital international. La raison d'être d'une monnaie internationale est d'étalonner objectivement le crédit par la prime de crédit négociable de toute anticipation d'un prix réel.

La négociation d'une prime est objective à la condition d'une monnaie, d'une régulation et d'un objet de crédit non contrôlés par l'emprunteur ni par le prêteur. Une anticipation réaliste se compte en monnaie nationale. Mais le prix réel d'une anticipation nationale dépend de l'anticipation de la politique monétaire, de la politique publique de régulation financière et de la solvabilité des emprunteurs publics et privés qui en découle.

Les prix des principales anticipations d'une économie nationale sont corrigés en monnaie internationale par des primes de crédit public, des primes de change sur la politique monétaire et des primes de capital sur les institutions financières en monnaie nationale.

Les États de droit sont normalement garants de l'étalonnage des monnaies par les prix des transactions effectuées sous leur souveraineté. Ils sont par conséquent garants en dernier ressort des crédits engagés selon leur droit ; et garants de l'application du droit à toute personne achetant ou vendant dans leur monnaie.

La disparition ou le non-exercice des garanties de la souveraineté monétaire et financière enlève tout contenu concret au droit. Si l’État n'identifie pas nommément des acheteurs de l'excès potentiel d'émission du crédit dans sa monnaie sur l'ensemble des anticipations de prix réels ; s'il n'identifie pas les acheteurs privés de l'erreur possible de chaque anticipation, chaque engagement de prix devient hasardeux par les obligations qu'il contient.

Union Européenne de responsabilité monétaire

Les monnaies nationales doivent servir au portage des erreurs d'anticipation financière non imputables aux épargnants. Si les États garantissent leurs emprunts par leur monnaie, les gestionnaires publics du bien commun ont des intérêts particuliers à ne pas réguler le crédit pour rester libres de leurs anticipations financières dans les budgets publics.

Garantir ses propres anticipations dans sa monnaie crée le motif logique de non-régulation hors de ses frontières juridiques. Le prix économique des mensonges politiques est dissimulable dans un marché financier international fantasmatique que personne ne peut observer concrètement. La monnaie internationale de cotation primaire du crédit de tout emprunteur matérialise la preuve d'une solidarité publique effective dans la régulation du crédit et l'application du droit.

Tant que l'Union Européenne n'annonce pas la transformation du Fonds Européen de Stabilité Financière en Trésor public commun de l'UE ; tant que les émissions de dette publique ne sont pas rétablies en monnaie nationale à moins d'une création d'un État fédéral européen ; tant que l'euro n'est pas muté en monnaie primaire de couverture internationale du crédit et de la stabilité monétaire ; les règles d'or en discussion sont le moyen de différer de quelques semaines l'éclatement de la zone euro.

Peut-être que quelques technocrates politiques et financiers croient que le pillage de l'économie réelle par l'anarchie monétaire internationale et la non-régulation financière est dans l'ordre de la nature. Ce n'est heureusement pas l'avis de la majorité des Allemands et du gouvernement de la Chancelière Merkel qui refusent l'émission d'euro-obligations.

Les Allemands ne voient pas ce qui justifierait le rachat des pertes bancaires de crédit en euro par les contribuables. Il est donc temps de rétablir la solvabilité publique par un système européen de régulation financière. L'instauration d'un marché primaire en euro permettrait de convertir les réserves de change de la Chine et du Japon en primes de crédit sur les dettes publiques en dollar, yen, deutsch mark, franc, livre, lire et peseta.

Le dollar, le franc, la lire et la peseta seraient dévalués en euro à proportion des primes de change souscrites par les investisseurs internationaux. Le deutsch mark resterait à parité avec l'euro. L’Europe germanique pourrait sans risque souscrire des euro-obligations pour financer des accords de change et de solidarité budgétaire dans le cadre de l'Union.

La finance construite sur la solvabilité publique

L’Allemagne pourrait proportionner son portefeuille de primes et de crédits en euro selon le niveau d'intégration économique qu'elle veut réellement financer avec ses partenaires européens. L'Union Européenne est refondée en société multinationale de démocraties financièrement indépendante et réellement responsable de ses engagements internationaux.

Le bénéfice capital de la transnationalisation de l'euro et de la restauration des monnaies nationales est la responsabilité financière publique de la solidarité économique nationale. Les budgets publics couverts par une prime de crédit transparente en euro transnational garantissent le crédit aux étrangers par la monnaie et le crédit aux résidents par le plein emploi du travail domestique.

La règle d'or des budgets publics est d'investir dans les droits de la personne, dans la formation du travail et dans les infrastructures économiques communes. Si l'investissement public est inefficace, le travail est sous-employé ; la production domestique est insuffisante ; la balance commerciale est déséquilibrée ; le potentiel fiscal ne progresse pas ; le déficit budgétaire croît. Et le change se dévalue.

La règle d'or de l'euro transnationalisé définit une prime de crédit public comme prix anticipé d'une cotation de la dette publique en dessous de son prix nominal d'émission en euro. Les vendeurs primaires du crédit public en euro sont engagés à verser aux États qu'ils garantissent le montant devenu négatif de la prime perçue à l'émission de dette publique. Le vendeur primaire du crédit est par construction acheteur primaire du change de la monnaie qui libelle la dette publique.

Le rétablissement de la rationalité financière par la monnaie primaire transnationalisée compense le crédit public national par le change. Les parités de change sont finalisées dans l'équilibre à terme de la balance des paiements par la solvabilité publique. La règle d'or véritable est l'interdiction publique effective de spéculer sur le prix du bien commun non réalisable.

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