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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 16:08

Revenir à la monnaie d'Aristote

Revenons à la définition aristotélicienne de la monnaie comme réserve de valeur, unité de compte et moyen de règlement. Sans ces trois fonctions distinctes et logiquement nécessaires les unes aux autres, la monnaie ne répond plus à sa finalité humaine, sociale et politique.

La finalité politique est matérialisée dans la dette publique : la dette publique compte ce que la société politique se doit à elle-même pour constituer un État souverain. La finalité sociale est matérialisée dans la dette bancaire : la dette bancaire compte les promesses que la société s’est échangé avec elle-même pour produire des biens et services. La finalité humaine personnelle est matérialisée dans les dettes privées.

Les dettes privées sont de trois natures qui sont représentées dans les bilans financiers publics et bancaires. La nature des dettes personnelles se différencie par des degrés de conditionalité échéancés dans le temps. Ces degrés s'expriment dans le hors-bilan, les actifs et passifs et les fonds propres.

Les trois sources comptables du prix

Le hors-bilan compte le prix nominal maximal que tout engagement légal ou contractuel représente au présent et dans le futur entre des parties prenantes liées par une communauté de droits. Les actifs et passifs comptent le prix nominal actuel effectivement réglé ou à régler résultant des transactions négociées entre une origine passée et une échéance contractuelle future.

Enfin les fonds propres comptent le prix réel estimé au présent de l’écart possible et probable entre les actifs et les passifs comptabilisés. Entre la personne publique, les personnes morales et les personnes physiques, seules les personnes morales tiennent une comptabilité précise de leurs fonds propres.

L’État dans toutes ses composantes institutionnelles est garant sans limite comptable de l’application du droit. Ses fonds propres sont virtuellement infinis si le droit est appliqué avec des dépenses publiques réduites. Les fonds propres publics sont au contraire virtuellement négatifs si les ressources publiques sont consommées à l’encontre du bien commun.

La personne physique est dans la même position comptable que la société politique. Ses fonds propres sont potentiellement infinis si elle n’a aucune dette comptabilisée par une autre personne ; et négatifs si les créances qu’elle pourrait contracter resteront vraisemblablement inférieures aux dettes dues.

Les abus de la vision capitaliste

La notion de fonds propres ou de capital est éminemment subjective. Elle dépend des obligations que les lois reconnaissent aux personnes et à leurs propriétés. Elle dépend également de ce que les personnes morales décident effectivement de comptabiliser en actif et en passif. Dans le système actuel de dérégulation publique, la finance privée est prépondérante.

Les obligations et droits privés ne sont pas évalués selon le même étalon de prix que les obligations et droits publics. Les personnes morales qui le peuvent comptabilisent des actifs en minimisant leurs obligations publiques et leurs dettes privées.

Afin d’afficher avec certitude des bénéfices comptables, les personnes morales cherchent la taille critique qui leur permette de laisser le prix des obligations publiques à la dépense publique. A l’inverse elles captent le prix du travail des personnes physiques en négociant le maximum de créances sous un rapport de force favorable.

La monétarisation et la privatisation des échanges économiques offrent aux grandes organisations industrielles une capacité de négociation asymétrique. La force est assimilée à la quantité. Le capital quantifié des personnes morales prime sur le capital qualifié des personnes publiques et les personnes physiques.

La suprématie des personnes morales sur les personnes physiques et publiques s’exprime dans le système monétaire et financier par la survalorisation de la fonction de réserve de valeur des monnaies. Afin de faire croître leur capital et d’afficher une rentabilité du capital attractive en capital, les personnes morales internationalisées effectuent leurs règlements en monnaie là où la personne publique ne leur impose pas d’obligation : dans les pays en développement et les paradis fiscaux. Et elles tiennent leurs comptes là où la personne publique est garante de la valeur de la monnaie : dans les États de droit développés.

Reconstruire l'équilibre systémique

L’asymétrie monétaire a pour origine systémique l’indifférenciation substantielle du capital et du crédit. Le bilan comptable des personnes morales exprime les fonds propres comme si l’unité de compte avait le même degré de certitude que les autres passifs. Ainsi la logique comptable de la personne morale préoccupée de sa survie s’inverse par rapport à la personne publique et à la personne physique dont l’existence n’est pas discutable. La personne morale limite ses obligations morales par son capital comptable et la plus-value qu’elle en extrait. Les personnes publiques et physiques produisent, elles, des plus-values par leurs engagements moraux que la comptabilité ne compte pas.

Les monnaies s’effondrent actuellement par asymétrie morale systémique. Les personnes morales multinationales ont poussé leur privilège monétaire au-delà du réel acceptable et supportable aux personnes. Le conflit est maintenant frontal entre personnes morales et personnes réelles. Si les personnes réelles se soumettent, la morale disparaît dans la virtualité d'une humanité qui ne choisit plus. Mais si les personnes morales disparaissent, l’humanité réelle ne s'exprime plus dans la responsabilité des personnes.

Pour restaurer l’équilibre moral de la monnaie entre ses trois fonctions, il n’y a pas d’autre solution que l’internationalisation de la fonction de réserve de valeur. Mais il faut que la valeur découle de la morale, donc d’une loi politique partagée par plusieurs nations de culture juridique différente. Le seul lieu où un étalon de valeur morale de la monnaie puisse être émis est l’Union Européenne.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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