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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 15:31

ImageJorionCommentaire sur "un code de la route pour la finance"

Commentaire déposé sur le Blog de Paul Jorion.

Crise de l'économie sans politique

L’appel de Paul Jorion à constituer l’économie est une contestation radicale de l’hypothèse actuellement dominante d’une rationalité intrinsèque à l’économie. Une rationalité qui s’imposerait à la politique et qui ne serait pas discutable. Constituer l’économie signifie au contraire que l’économie comme la politique sont des réalités constituées par la délibération humaine ; ordonnées par un pouvoir constituant sans lesquelles elles disparaissent en tant qu’ordre humain de connaissance.

La démocratie est dans les mots ; mais dans les mots dicibles et intelligible par chaque citoyen. Sinon ce n’est plus la démocratie. Le problème de l’économie non constituée est sa rationalité indépendante de la démocratie ; inintelligible par les citoyens. Nous ne connaissons plus l’économie : la science économique qui s’applique aujourd’hui est une gnose construite pour échapper à l’entendement du commun des mortels. La science économique récupérée dans l’activité financière a été érigée en théorie de l’anti-démocratie. Le savoir dénommé jusqu’au XIXème « économie politique » est devenu « économie » sans référencement à sa conceptualité politique.

La finance moderne grâce à l’ultime coup de pouce de la déréglementation des années 80 a pu s’emparer totalement de l’objet économique totalement dissocié de son contexte politique. La spéculation est libre : politique et économie sont mises sur le même plan de matérialité par le nominalisme (formalisme) mathématique et juridique. La causalité finale qui humanise la politique par l’économie et l’économie par la politique est sortie de nos écrans radar. La politique n’a plus de substance pendant que l’économie détruit l’homme par la raison du prix purement spéculatif. Politique et économie sont supplantées par le quantitativisme monétaire. La monnaie est la valeur en soi produite par le seul calcul politique et financier hors de toute économie… morale.

La monnaie, représentation matérielle du bien commun de la démocratie

La crise des subprimes est une trappe à liquidité qui n’a pas de fond. Ni économique, ni financier, ni politique. La trappe n’a pas de fond dans l’anti-démocratie de l’économie non politique. Comme la finance a attiré, et l’économie, et la politique dans la trappe, la situation de la démocratie est périlleuse. Périlleuse si la seule mesure de la démocratie est le prix en voix de tout ce qu’elle peut décider. La démocratie est spéculative, donc sans consistance, si elle se limite à compter des voix recueillies par des bavardages sans constitution. La constitution de l’économie de la démocratie est le bien commun. Le bien est un objet moral et le commun est la démocratie : la discussion universelle, permanente et constituée de l’objet économique du bien commun.

Le désarroi de cette crise est l’invisibilité financière du bien commun. Invisibilité qui vient de la non-régulation de la finance par la démocratie ; et de l’incapacité de la science économique à constituer la monnaie par la démocratie. L’économie ne comprend plus la monnaie depuis qu’elle n’est plus politique. C’est dommage parce que la monnaie est la matérialisation économique du bien commun de la démocratie. La monnaie matérialise l’économie du bien qui résulte des finalités que l’homme échangées dans la démocratie. Les économistes politiques des XVIIIème et XIXème siècles ont été tout proches de l’expliquer comme Keynes. Mais ils ont été émasculés par la cupidité politique et financière qui consiste justement à agir comme s’il n’existait pas de morale de la démocratie.

Pourquoi le bancor (ou l’unitas) est la solution ? Parce qu’une monnaie internationale issue d’un marché commun des démocraties met la représentation monétaire de la mesure économique du bien commun au-dessus des intérêts particuliers de la politique, de la finance et des différentes écoles d’économie. Une monnaie mondiale issue d’un marché d’option ne fixe pas le bien commun dans une définition constitutionnelle et juridique unique ni dans une répartition statique et immuable du capital. Le bancor sous-jacent à une compensation financière régulée par le principe démocratique rend discutable par le prix, que tout être humain perçoit intuitivement, tous les biens possibles que l’humanité est capable de produire.

Le bancor, condition de la démocratie dans la mondialisation

Nous sommes dans une configuration géo-politique tout à fait intéressante. La ploutocratie s’est tirée une balle dans la tête avec la crise des subprimes. Elle s’effondre sur elle-même en emportant les démocraties qu’elle emprisonne par la guerre des monnaies. Tout le monde se voit mourir en même temps sans pouvoir rétablir un ordre démocratique par sa monnaie. De G20 en G20, les ploutocraties se combattent en niant la représentation matérielle des démocraties par la monnaie. Il va donc falloir que quelqu’un suggère le rétablissement d’une possibilité commune de démocratie par un étalon monétaire géré en commun.

Ce ne sont pas les pouvoirs politiques et financiers en place qui vont passer à l’acte. Ils sont tenus par le régime de la ploutocratie. La révolution va s’opérer par la démocratie ; en l’occurrence par les élections dans les pays où elles peuvent encore se dérouler à peu près librement. Pour que cette révolution s’opère dans la démocratie, il faut se replacer dans une perspective constitutionnelle : non pas échanger des idées dont le sens soit figé mais discuter du sens que chacun veut donner aux idées qu’il échange. Forger des concepts constitutionnels qui ne sont pas seulement ceux du Droit mais aussi ceux de l’économie d’option, de la logique du choix humain dans un univers matériellement limité.

En discutant dès à présent de ce que sera l’étalon monétaire international de la démocratie, on focalise le débat politique sur les conditions économiques de la survie des démocraties. En hurlant le bancor, les démocrates obligent les candidats aux élections de 2012 à prendre position sur la condition-même d’existence de la démocratie du bien commun. La restauration de l’économie de la démocratie devient alors probable et possible.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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