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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 15:09

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François Leclerc : Quel drôle de monde

Commentaire paru sur le Blog de Paul Jorion.


Quel drôle de monde en que cette planète financière qui dispute la réalité au monde réel des humains. La finance est désormais dans un ailleurs quantique capable au même instant d’afficher plusieurs états différents selon l’intérêt particulier de tout observateur qui cherche à qualifier son observation. Mais la planète financière se voyant plus réelle que le réel humain dans laquelle elle évolue imagine déterminer plus fortement les humains que les humains ne la déterminent. Comme si la matière quantique pensait que le monde matériel qu’elle matérialise était dans la même existence d’improbabilité que son essence quantique.

Ainsi en va-t-il de la liquidité qui obsède les acteurs financiers mais dont la réalité est propre à chaque opérateur selon le rôle joué, la place occupée, le référentiel utilisé et l’équilibre interne des intérêts particuliers. Chaque individu est divisé en lui-même entre son humanité et son intérêt financier propre. Un dirigeant d’un établissement privé ou d’un portefeuille rémunéré en bonus et stock-options est obligé de faire de la plus-value indépendamment de la valeur réelle de ses actifs et de la confiance de ses créanciers. La liquidité ne peut être que la plus-value distribuable. Un gestionnaire du bien public dont les ressources fiscales s’amoindrissent et dont le pouvoir dépend du financement de son budget par l’emprunt est obligé de cacher ses dépenses réelles et de montrer ses ressources supposées pour afficher les comptes de sa solvabilité.

Le banquier central se retrouve lui totalement écartelé entre des réalités différentes et disjointes sous le vocable de liquidité. Officiellement les banques centrales font la liquidité de la monnaie. Cette liquidité est nominalement la stabilité des prix, accessoirement la fluidité des transactions et officieusement la croissance économique. Entre les prix qui entrent dans l’objectif de stabilité monétaire, ceux qui traduisent la bonne circulation de la monnaie et ceux qui mesurent la croissance, le jugement du banquier central sur l’état de la monnaie est quantique : les prix sont stables dans l’inflation déflationniste ; la monnaie circule dans un marché interbancaire gelé ; et la croissance repart sans créer de richesse.

Ne faudrait-il pas recréer une finance réelle à coté de la finance virtuelle, celle qui enferme dans ses modèles la réalité humaine qui la dépasse ? Cela s’appelle changer de paradigme. Mais il faut que les hommes décident de croire qu’ils sont au-dessus de la finance ; qu’ils en sont la finalité et non le marche-pied.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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