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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 09:38

ImageJorionCommentaire sur "un code de la route pour la finance"

Commentaire déposé sur le Blog de Paul Jorion.

Exprimer l'économie dans les finalités de la démocratie

La démocratie est première dans l'ordre politique de la finalité. Mais la finalité de la démocratie doit être dicible pour être effective dans un monde pluriel et multipolaire. Pour que la démocratie advienne, il faut que ses conditions d'existence soient discutables en son sein ou en dehors. Sinon la démocratie reste une abstraction, une belle parole pour beaucoup de monde mais sans réalisation concrète. La démocratie peut être un radar au milieu des champs ; ou une route où aucune voiture ne circule ; ou une voiture qui n’avance pas. Elle peut aussi être un radar au bord d’une route où les voitures circulent à la bonne vitesse pour aller quelque part.

La démocratie est un système au sens où elle décrit une certaine réalité concrète mue par la finalité du pouvoir politique au service du peuple en chacun de ses membres citoyens égaux en droit. Mais un système est sans réalité s’il n’est organisé ; s’il n’est mu par des organes qui produisent la valeur concrète de sa finalité dans le temps. Les organes de la démocratie sont les citoyens associés dans différents pouvoirs, législatifs, exécutifs, judiciaires et économiques. Quatre pouvoirs qui effectuent en système la transformation réciproque de la vie des citoyens.

Un quatrième pouvoir politique est nécessaire dans la théorie classique des conditions de la démocratie. L’économie est politique parce qu’elle est une condition de fonctionnement de la démocratie. Jusqu’au XIXème siècle et à l’avènement du libéralisme politique, cela était une évidence peu discutée. Mais quand la démocratie est devenue une discussion explicite du régime de la liberté des citoyens, la liberté d’entreprendre est devenue une problématique autonome de la Loi, du pouvoir souverain et de la justice. Le capitalisme s’est progressivement affranchi de la démocratie en créant sa propre rationalité indépendante des conditions de la démocratie.

La démocratie prise en otage par le capital financier

Nous sommes désormais au sommet de cette évolution avec le capitalisme financier mondialisé. L’accumulation infinie du capital est devenue une réalité et une logique totalement autonome de la démocratie grâce à la délocalisation de la finance hors des territoires de la démocratie. Le sommet de l’économisme, abstrait de la réalité démocratique, signifie que le système s’effondre désormais sur lui-même. Il n’existe plus aucun feed-back négatif. La finalité du capitalisme financier est la plus-value calculée sur la valeur de la démocratie. Mais la démocratie n’ayant plus aucune capacité d’imposer ses propres règles de valeur, la ploutocratie fabrique les lois politiques à sa place. La ploutocratie produit les règles qui rendent la plus-value (la valeur probable du futur au-dessus de la valeur du présent) mathématiquement certaine.

La mécanique de la plus-value financière absolument certaine est maintenant parfaitement visible puisqu’elle polarise la production politique des lois. Elle passe par la monnaie, par le crédit et l’internationalité financière du capital. L’émission monétaire requiert des titres de dette qui doivent être couverts par du capital afin d’absorber les incertitudes d’anticipation de l’avenir. La monnaie est nécessaire à la comptabilité des échanges en droit de la démocratie. Sans monnaie, il n’est plus que des droits virtuels qui ne se réalisent plus. Le capitalisme financier s’est donc mis en faillite en 2008 pour menacer de faire disparaître les dépôts monétaires en lieu et place des capitaux investis dans des actifs pourris.

Les États de droit ont été obligés d’emprunter la non-faillite du système pour empêcher la disparition du stock de monnaie. Ils ont fabriqué du crédit couvert par le capital financier délocalisé dans les paradis fiscaux. La monnaie est désormais la propriété privée du capital international requis à la garantie nominale des dettes des démocraties. Si les démocraties ne votent pas les lois et les budgets qui rendent les plus-values certaines, elles sont immédiatement mises en thrombose économique par la fuite des capitaux. Sans capitaux, les dettes non remboursables produisent l’incapacité à représenter la liquidité de la valeur des échanges humains. La démocratie est obligée de se nier pour rester liquide.

Subvertir l'asservissement de la démocratie par le capital

La privatisation de la démocratie par le capital est un phénomène de système. Elle provient de l’intelligence humaine qui produit la réalité par sa capacité subjective à s’abstraire de la réalité objectivée. Le langage qui exprime l’intelligence humaine est l’outil de systémisation de la réalité par ses causes ; des causes qui organisent le réel par des intentions, par la logique et par la science positive. Le capital est une cause intentionnelle de la réalité. Le capital conforme la réalité à la plus-value. Mais le capital exprime à partir de sa matérialité monétaire ses intentions par sa cause logique qu’est la démocratie et par sa cause concrète qu’est la monnaie. Comme les trois causalités d’intention, de logique et de matérialité sont libres les unes par rapport aux autres, il n’est pas difficile pour le capital de s’extraire de la logique de la démocratie en s’installant en Chine et dans les paradis fiscaux. Expatrié de la démocratie, le capital capte la monnaie en vidant la démocratie de son sang monétaire.

Le capitalisme financier est un système formellement auto-stable : la finalité de la plus-value peut monopoliser l’intentionnalité des lois exclusivement exprimée en comptabilité monétaire. Mais ce système ne peut pas se réaliser en dehors de la démocratie : la réduction des lois et du langage par la monnaie détruit la vie humaine qui n’est pas seulement un concept. Si la démocratie fait vivre l’homme, ce n’est pas seulement parce qu’il y échange librement des biens matériels mais parce qu’il parle librement de ses intentions qui précèdent toute production matérielle de réalité. Or la liberté de la parole et de l’intention disparaît quand le langage et la loi sont achetés par la plus-value. Le capitalisme disparaît avec la démocratie qu’il achète.

Dire que la démocratie est première, est nécessaire mais pas suffisant pour la sauver de la cupidité du capital. Il faut permettre à la démocratie d’exister économiquement hors du contrôle d’un capital qu'elle ne contrôle pas. Or la démocratie existe actuellement par des États nationaux qui pour rester démocratiques doivent garder leur souveraineté. La souveraineté est la possibilité de produire la réalité par une langue commune parlée entre tous ses acteurs. La réalité intentionnelle et la réalité logique sont inaccessibles sans passer par sa langue maternelle. Les lois du vivre ensemble ne peuvent être produites que par des démocraties nationales même si le vrai vivre ensemble n’est pas intentionnellement divisible entre des nationalités.

Réalisation de l'égalité des droits par la monnaie

Pour produire du vivre ensemble par des démocraties qui ne se combattent pas, il faut qu’elles aient une réalité commune. En l’occurrence la réalité matérielle de la démocratie est la monnaie contrôlable par la démocratie. Or toutes les monnaies actuelles sont la propriété du capital apatride puisqu’elles sont garanties par du capital délocalisé hors de la loi démocratique. Si les démocraties créent un marché financier commun contrôlable physiquement et verbalement par le juge indépendant dans la démocratie, elles se dotent d’un espace de légalité du capital. Un capital qui couvre l’incertitude de la valeur en droit de la monnaie.

Le bancor est la monnaie commune des démocraties si tous les objets de prix sont contrôlables par un juge. Un juge écomique de la démocratie dépositaire de la justice de la valeur librement échangée. La valeur librement échangée est matérialisée par un objet réel visible. Elle est nommée et discutée dans la loi de la démocratie. Et les intentions de l’acheteur et du vendeur sont protégées par l’équilibre de la Loi qui définit le souhaitable à l’intérieur du concrètement possible. Du possible d’égale valeur pour tous les citoyens, d’égale réalité matérielle verbalisée par l’intention. L’égalité de valeur des citoyens est une équation différentielle soluble par la discussion démocratique. L’égalité des droits à la valeur est donc une vue de l’esprit universellement monétisable à la condition d’un juge capable de combler le différentiel de subjectivité entre deux agents économiques en désaccord sur le juste prix.

L’internationalité du bancor permet un jugement indépendant sur le prix des dettes publiques ; donc sur la valeur réelle des engagements publics sous-jacents aux lois. Les décisions publiques qui délimitent le marché du bancor dans le périmètre physique des démocraties sont librement évaluées par des intérêts indépendants des démocraties particulières. Le bancor dénationalise la démocratie par la liberté du citoyen de choisir la démocratie qui produit la meilleure justice de ses droits. Le marché du bancor est donc un périmètre multinational, unifié et réel où les sujets du prix sont identifiés, visibles et responsables. Physiquement responsables par leur personne et leur patrimoine appréhendables par un jugement judiciaire indépendant de tout autre pouvoir par la loi de la démocratie.

Intérêt général à la publicité de la responsabilité privée

Le marché financier commun des démocraties détruit la mystification de l’opposition capitaliste entre l’intérêt public et l’intérêt privé. Public et privé n’existent plus que par l’intérêt général à la responsabilité privé du bien commun public. Le marché enfermé dans la transparence démocratique supprime tout intérêt qui ne soit la responsabilité privée d’un bien public nécessairement commun. L’achat de la démocratie par le capital est possible parce que tout responsable public peut se faire rémunéré par un capital caché dans les paradis fiscaux hors des démocraties ; et parce que tout capital privé peut être soustrait au contrôle de la Loi par sa financiarisation, par sa titrisation au nom d’un propriétaire étranger anonyme.

Le marché du bancor monétise la démocratie par une chambre de transparence de la valeur. Une valeur qui ne peut pas être simplement comptée sans révéler les intentions de son sujet dans une réalité contrôlée par la Loi. La compensation des prix en bancor s’opère pas des options : elle porte sur des objets nominaux soumis sans limite au jugement du juge judiciaire ; elle porte sur des prix nominaux qui forment le crédit ; et elle porte sur des primes qui forment le capital. Les compensations juridique, financière et primaire sont prises en charge par des intermédiaires distincts dont les intérêts sont disjoints en dehors de leur solidarité dans la démocratie.

Le bancor monétise la démocratie comme représentation de l’intérêt général universel à la démocratie. En organisant le contrôle réel des débiteurs de la démocratie que sont les capitalistes, les politiciens et les scientifiques, le bancor garantit les créanciers de la démocratie que sont les citoyens, les travailleurs et les épargnants. Le marché international des options de prix nommés dans la démocratie n’élimine pas la cupidité, le cynisme et le nominalisme. Il les rend simplement visibles donc réellement optionnels. Celui qui veut la démocratie ne peut plus se faire berner par du néant verbal. Il achète la démocratie en plaçant le fruit de son travail et de son épargne dans une monnaie qui finance le contrôle effectif de sa valeur de citoyen.

Rétablir la synthèse humaine du réel

La crise de la mondialisation et de la numérisation du monde nous oblige à nous regarder tels que nous sommes pour nous choisir. Ou bien l’homme est son auto-analyse qui ne se conclut jamais dans l’unité de sa personne : il est alors à la merci de toutes les spéculations. Ou bien l’homme s’analyse par la démocratie et il peut se vivre dans l’unité de ses relations matérielles, formelles et finales. L’homme produit de son seul raisonnement est la matière du capitalisme. L’homme produit de la discussion du capital avec ses concitoyens investit sa liberté, sa réalité et sa valeur. Pour financer ses choix, il faut choisir l’autre.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Capital
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