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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 16:39

De l'empire de la valeur aux conditions monétaires de la démocratie

Dans l'introduction de son ouvrage l'Empire de la valeur, André Orléan questionne le paradigme de la science économique : la rationalité des acteurs du prix et le cadre du marché effectuant cette rationalité est-elle l'efficience des théories économiques ? L'actuelle crise de rationalité de l'économie marque la déconfiture de l'hypothèse de la valeur qui soutend, depuis l'origine de l'étude réputée scientifique de l'économie, la rationalité du prix et du calcul du prix. Que la valeur cause du prix soit expliquée par le travail ou par un rapport d'échange établi par le marché, la rationalité par la valeur est mise en défaut dans l'actuelle crise du système économique. La théorie économique de la détermination des prix par le coût du travail ou par la valeur fondamentale des biens échangés se révèle impuissante à expliquer les fortes variations de prix et la baisse de valeur des échanges.

Ni le prix du travail, que la globalisation a rendu concurrentiel et ajustable, ni la valeur fondamentale des actifs, biens et services échangés, variables sur la longue durée mais pas dans l'instantanéité des marchés, ne peuvent être invoqués comme cause de la variabilité des prix financiers et de l'instabilité financière. André Orléan pose donc que le cadre de négociation des prix et les objets définis des prix ne sont pas les seules causes du prix. La négociation-même du prix entre les acteurs de la négociation indépendamment du cadre et de l'objet doit être analysée pour exhumer une rationalité des variations constatées.

Le postulat de la valeur dont la qualité et les variations ne sont pas mesurables en relation avec les variations de prix entre les acteurs économiques est objectivement inefficace. André Orléan propose par conséquent d'inspecter la substance du prix au-delà du travail et de l'utilité des biens : il voit la monnaie. La monnaie n'est pas seulement la rémunération du travail dans la valeur ou la mesure de l'utilité sous-jacente à la valeur échangée. La monnaie est recherchée pour elle-même davantage que comme contrepartie du travail ou de l'utilité. Cette affirmation induit une vision totalement renouvelée de l'économie qui ne peut plus être réelle sans être financière. Mais la finance est-elle alors toute la finalité ou toute l'origine de l'économie ?

La monnaie est bien une substance marchande sui generis a soi seule capable d'expliquer la variation des prix indépendamment de l'utilité et de la valeur "fondamentale". Orléan affirme que « les interactions marchandes peuvent produire d’elles-mêmes leurs propres médiations, sans qu’il soit nécessaire de mobiliser un principe qui leur soit extérieur ». Je souscris à cette thèse et propose sur le Blog de Paul Jorion l'analyse axiomatique de la médiation marchande qui conduit à une théorie de la monnaie "méta-stable".

Si la monnaie suffit à faire varier le prix indépendamment du travail nécessaire à l'objet du prix et indépendamment du besoin de l'objet produit et négocié, alors la théorie du prix par la monnaie a une valeur explicative complète si la monnaie rationalise également la relation entre le travail et le besoin-utilité ainsi que la relation entre le travail et le prix et la relation entre l'utilité et le prix. La monnaie est facteur de stabilité de l'économie des prix si la monnaie est méta-stabilité de la science économique. Si la méta-stabilité monétaire de l'économie est vérifiée, alors la monnaie est l'explication des prix, de la variation des prix par le travail et par l'utilité marchande mais aussi de la variabilité de l'équilibre économique des prix par la rationalité monétaire.

J'appuie la méta-stabilité monétaire du marché sur la théorème aristotélicien de la démocratie qui fournit une relation d'équilibre virtuellement stable de coopération des individus dans la collectivité par une délibération de la loi. La virtualité de la loi démocratique est de former les prix de la matière dans des finalités possibles négociables. La loi de la démocratie est une rationalité active que la monnaie enforce dans les limites de la matérialité physique.

La démocratie aristotélicienne fournit une armature au marché par laquelle toute transaction est une option libre entre un acheteur, un vendeur, un garant et un État de légalité ; les matières de l'option sont les choix subjectifs, la loi commune, le prix et le crédit entre les sujets du prix. Le principe "limite" de la démocratie introduit en économie l'extériorité du sujet dans l'objet prix que matérialise la monnaie. La monnaie se pose alors comme l'objectivité politique de l'économie qui n'a donc rien d'une science physique mais constitue la texture mathématique des sciences morales.

La monnaie définie par le marché ET par la démocratie me conduit à la proposition d'une systémique monétaire synthétisant l'économie marginaliste classique, l'économie dirigée keynésienne et l'économie physiocratique du travail et de la production réelle. Cette systémique produit par elle-même la définition de la monnaie comme prime de toutes les options négociables à l'intérieur d'un marché dédié à la satisfaction en acte de tous ses acteurs subjectifs.

Si la monnaie méta-stable est un moteur de rationalité économique et non l'élément manquant de la téléologie économique, alors il est possible que le paradigme alternatif de la science économique étudié par Orléan dans l'empire de la valeur existe bien. Si la critique scientifique ne parvient pas à invalider la logique de méta-stabilité monétaire de la démocratie, il faudra que la dictature des marchés consente à son expérimentation opérationnelle. Le seul risque que la démocratie monétaire comporte est la remise en cause des privilèges d'opacité financière dont le coût est devenu tellement exorbitant qu'il détruit la matière des privilèges avec l'ensemble de l'activité économique.

« Le désir de monnaie, et non la quête de biens utiles, est la force qui donne vie à toute la mécanique marchande ; il en constitue l’énergie originelle. Il découle de cette analyse un cadre d’intelligibilité qui pense l’activité marchande dans sa radicale autonomie, sans l’assujettir dès l’origine à l’utilité ou à toute autre finalité. L’échange suit une logique sui generis.. ». En introduisant par la monnaie le désir en économie, Orléan nous offre un cadre de théorisation tout à fait novateur des phénomènes économiques déformés par la cupidité, c'est à dire par le désir sans finalité. L'empire de la valeur est-il une recherche de la démocratie monétaire ?

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Débat
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