Partager l'article ! La réforme annoncée qui ne se fait pas: Principe de régulation financière La finance travaille-t-elle pour elle-même et la rééle ...
Un élève très intelligent avait reçu pour sa rentrée une paire de ciseaux très efficace emballée dans un plastique transparent indestructible. Il aurait fallu pour ouvrir l'emballage accéder à la paire de ciseaux. Notre élève organisa dans sa classe le concours de l'élève le plus intelligent : celui qui parviendrait à ouvrir l'emballage des ciseaux très efficaces qu'il exhibait. Aussitôt plusieurs élèves comprirent que les ciseaux pourraient ouvrir l'emballage. L'un d'eux proposa à l'élève très intelligent d'échanger sa paire de ciseaux communs contre la paire très efficace. L'échange conclu, l'élève très intelligent se saisit des ciseaux très efficaces et ouvrit l'emballage avec la paire de ciseaux communs. Il se déclara gagnant de son concours, suscita l'admiration de tous ses camarades et constata en lui-même que sa seule intelligence avait transformé des ciseaux virtuels en ciseaux réels. Sa maîtresse très intuitive lui promit qu'il ferait un bon trader.
Le système financier ne reconnaît pas sa fin hors de lui-même ; il est autonome sans principe de régulation. Cette crise comme les précédentes provient d'une prise de conscience brutale au sein du système financier d'une divergence de ses orientations avec celles de l'économie réelle. Le système financier fait partie de l'économie réelle dans la mesure où il alloue dans le temps et dans l'espace les ressources nécessaires à la production des richesses. Sont de l'économie réelle les richesses matérielles qui satisfont en elles-mêmes les besoins humains. Pour faire circuler la richesse de l'offre à la demande dans le temps et dans l'espace, le système financier offre à l'économie réelle la mesure dans le temps et dans l'espace des richesses qu'elle produit.
Le système financier répond à la demande de calcul économique de l'économie réelle qui lui permette de produire effectivement plus de richesse qu'elle n'en consomme. La finance mesure la rentabilité de l'activité économique par laquelle les hommes apprécient s'ils enrichissent ou s'appauvrissent de leurs activités. La finance ne satisfait pas des besoins réels mais l'intelligence de ces besoins sans laquelle ils ne s'expriment ni ne peuvent se satisfaire. Travail sur la réalité de la réalité, la finance pose la question du statut de l'intelligence dans la réalité et du statut du sujet de l'intelligence dans l'objet de l'intelligence réelle.
Le système financier est le déploiement de l'intelligence économique à l'intérieur de l'économie réelle. Dans le régime de la dérégulation néo-libérale, les acteurs financiers choisissent librement leurs objectifs. Rien ne délimite l'introduction dans les mesures des prix d'équilibre de l'offre et de la demande de toute richesse la demande spécifiquement financière qui opère un prélèvement sur l'offre réelle. S'il est nécessaire que la fonction économique de la finance soit rémunérée en richesse réelle, la dérégulation ne prévoit aucun moyen de mesurer la part du coût du risque, du crédit ou de la liquidité pesant sur l'économie réelle qui revient effectivement au système financier. Ainsi se développe-t-il sans règle de proportionnalité à la contribution réelle qu'il apporte à la production de richesses.
L'équilibre réel de l'offre et de la demande est livré à la subjectivité financière pendant que le prélèvement financier sur l'économie réelle croît sans contrôle réel. Le cancer financier est admis par le pouvoir politique qui accroît en contrepartie sa capacité d'endettement sans justifier de l'efficacité de son action. Avec la complicité du pouvoir politique, le système financier masque la réalité des prix dans le calcul économique. Régulièrement le soupçon explose sur les marchés financiers d'un décrochage de l'économie réelle par rapport aux directions prises unilatéralement dans son intérêt propre par la finance.
La crise actuelle est vraisemblablement l'agonie de la finance dérégulée. Trop d'opérateurs financiers ont compris que la croissance irréversible de l'endettement public et privé ne reflète plus une anticipation réaliste de la croissance à venir. La sur-liquidité monétaire induit une volatilité des prix financièrement ininterprétable ; elle interdit toute anticipation rationnelle du risque et du crédit de la richesse à produire. L'impossibilité de justifier économiquement le prélèvement financier dans l'économie réelle va déboucher sur la mise sous tutelle autoritaire de l'activité financière. L'administration publique reprend la gestion de la croissance économique devenue impossible.
Aucune réforme financière ne restaurera la croissance économique qui ne garantisse à l'économie réelle la subordination de la mesure financière aux besoins et capacités du réel. L'économie a besoin d'anticiper la richesse future certaine pour se financer par le crédit et la richesse future incertaine pour se financer par le capital. Pour empêcher le système financier de produire artificiellement du risque par le crédit et le crédit par le risque, les activités de crédit, de risque et d'assurance doivent être exercées par des institutions financières distinctes. La séparation est mise en oeuvre par l'activité de marché qui supervise tout le processus d'accumulation, de certification et d'engagement de l'information financière dans les prix.
Le principe de la séparation des pouvoirs financiers instaure ipso facto l'étalon universel de la valeur économique réelle. La liquidité issue du crédit intégralement garanti par le capital et l'impartialité financière du marché constitue une monnaie parfaitement stable. L'adoption par quelques grands pays démocratiques du principe de la responsabilité financière différenciée pose les bases d'un système financier transnational parfaitement équitable et efficace à réguler la croissance mondiale. Un système de régulation financière de l'économie mondiale émerge fondé sur la responsabilité personnelle extra-nationale de toute richesse produite ou à produire.
Le basculement dans la finance régulée est un choix éthique donc politique. La finance travaille-t-elle pour elle-même et la réélection des responsables politiques ou pour l'enrichissement de tous les membres de la société ?
Le principe de régulation financière synthétisé ici est développé dans le document suivant (20 pages) :
Pierre Sarton du Jonchay
dans le Cercle des Echos
sur Atlantico.fr
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