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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 15:55

Denis Guedj et les mathématiques financières


La valeur de l'outil n'est pas celle de l'ouvrier

La colère de Monsieur Guedj est vraiment stimulante ! NicoDim dans son commentaire nous livre une juste explication de ce qu'est le travail du banquier, de l'utilisation qu'il a des mathématiques et de sa responsabilité. Tout cela est lié dans les faits autant que certains le veuillent mais nous renvoie à des réalités bien distinctes.

«L’essence des mathématiques est la liberté» : les mathématiques sont une logique de raisonnement sur les quantités. Nullement contraintes par le réel, que nous regardons sous l'angle que nous voulons, et nullement déterminées, puisque nous choisissons nos objectifs et les raisonnements qui nous y conduisent.

Les MAF existent parce que nous voulons échanger des biens rares, quantitativement limités, en leur donnant un prix, une mesure de quantité, au présent et dans le futur. Le transporteur qui veut continuer de travailler en 2010 se pose aujourd'hui des questions sur le prix de son kérosène en 2010. C'est pourquoi le banquier lui propose une garantie de prix par laquelle il prend en charge la différence positive ou négative entre le prix calculé aujourd'hui pour 2010 et le prix constaté en 2010 pour 2010.

Les mathématiques sont utilisées pour calculer le prix futur. Elles ne décrètent pas la réalité en 2010 ; elles ne prédisent strictement rien ! Elles modélisent quantitativement le passé pour estimer le futur qui sera tel qu'annoncée à la condition que la tendance ne change pas et que les mesures utilisées dans le modèle soient bien fidèles à la réalité passée...

C'est là qu'interviennent les responsabilités et la morale. Les bons mathématiciens s'intéressent aux outils de mesure et à la délimitation de l'objet mesurable. Les bons financiers calculent des prix futurs possibles pour gérer la différence entre le prix anticipé et le prix réel de l'achat réel. La malhonnêteté financière consiste à partir d'un réel passé insuffisamment et imprécisément mesuré et à masquer l'incertitude de l'avenir par une rationalité mathématique qui ne se confond pas à la réalité.

L'exemple de NicoDim est lumineux : il suffit de réussir à leurrer quelqu'un une fois avec un mauvais modèle pour que le premier contrat vendu donne réalité à l'artifice conceptuel. Une fois vendu et payé, le modèle a produit un flux financier qui est la mesure bien réelle d'une fiction. On le revend, on l'achète, on le dérive et toute l'attention se porte sur l'artifice financier plutôt que sur le vrai prix du kérosène en 2010.

La colère de Monsieur Guedj est salutaire : est-il honnête d'engager l'intelligence mathématique dans des syllogismes dévastateurs ?

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie
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