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28 octobre 2018 7 28 /10 /octobre /2018 14:59

Ce texte développe le volet monétaire de la thèse de Paul Jorion et Vincent Burnand-Galpin : La gratuité, contre la logique économique ?

La gratuité condition de la réalisation humaine du marché

La gratuité est une nécessité de l'existence civilisée entre citoyens égaux et solidaires par une loi et une réalité communes. Ce qui doit être gratuit, c'est le droit d'exister avec les mêmes obligations et les mêmes contraintes physiques que n'importe qui d'autre quelle que soit sa manière et sa façon d'exister. Depuis Aristote nous savons qu'économiquement la gratuité d'existence signifie que tout échange de réalité commune bonne et positive est régie par l'équivalence universelle de la chose au prix. Le prix manifeste un bien dans les limites du monde physique si et seulement si le bien est nommé de la même façon et valorisé par le même prix dans un même marché où tous les transacteurs effectifs ou potentiels ont la même possibilité d'accès à la réalité physique du bien échangé.

La gratuité d'un quelconque bien revient alors à poser l'obligation de toute la communauté humaine physiquement présente sur un marché défini de livrer la réalité quantitative et qualitative du bien à tout individu participant de la communauté indépendamment de son travail effectif direct à la production dudit bien. La gratuité n'est pas la négation de la production nécessaire de ce qui a un prix dans la communauté mais la livraison garantie du bien concret qui satisfasse un besoin vital même si le bénéficiaire ne participe pas directement à sa production. Le prix d'un bien gratuit ne dépend plus nécessairement du prix du travail de celui qui en bénéficie. Donc un bien gratuit engage le travail de production et de livraison de la communauté à la place du travail du bénéficiaire qui n'est plus une condition d'accès aux biens vitaux.

Assurer l'existence des personnes par la promotion du travail

La gratuité d'un bien en économie réelle signifie la mutualisation sur la communauté de son coût en travail indépendamment du prix attribué au travail éventuel du consommateur bénéficiaire. A l'échelle du marché ou s'instaure la gratuité d'un bien, il faut que le prix du travail nécessaire à sa production soit calculé et réglé indépendamment du travail et des revenus du bénéficiaire assuré. C'est là l'une des raisons d'être fondamentale de la fiscalité sur les prix et revenus réglés et versés dans un marché réel et concret d'une communauté humaine incarnée. La gratuité est nécessairement financée par la fiscalité à finalité redistributive : le prix de revient de tout bien dont certains soient gratuits doit être systématiquement majoré par la taxation de tous les revenus du travail effectif afin de compenser et financer le travail non effectué par les bénéficiaires de la gratuité.

La gratuité est économiquement une compensation de la quantité consommée indépendamment du travail effectué, par le prix de tout ce qui est produit par ceux qui travaillent gratuitement sans attendre de contrepartie physique pour eux-mêmes. Les biens et services gratuits ne sont pas consommables s'ils ne sont pas produits. La communauté est garante de la gratuité de certains biens pour les personnes qui n'en peuvent le prix, si elle achète par elle-même sur ses ressources propres à ceux qui travaillent et produisent effectivement les biens rendus gratuits. La gratuité implique un calcul économique de mise en équivalence réelle d'un droit universel à l'existence par certains biens définis, avec le prix du travail effectivement nécessaire à la production desdits biens.

La raison d'être de la monnaie dans l'existence gratuite du citoyen

La gratuité signifie que le prix d'un bien n'est pas seulement une évaluation du travail qu'il contient mais aussi de la réalisation de la justice entre des personnes individualisées qui n'effectuent pas concrètement le même travail. L'équité entre les individus est également la justice à l'intérieur de la personne qui existe gratuitement par le choix d'une communauté humaine qui s'y engage effectivement et réellement. Il apparaît alors que la gratuité n'est pas pensable ni calculable sans le recours à la monnaie qui quantifie le prix de la réalité effective par le travail qui fait exister, et par la morale qui produit le bien par la communauté effective d'existence. Quand Aristote parle de la monnaie comme d'une réserve de valeur qui compte et règle le prix réel des biens, il pose la matière d'une métaphysique calculable de la démocratie comme régime d'égalité possible des citoyens à tous exister par la même loi les uns par rapport aux autres.

La gratuité a donc un prix qui impose le calcul monétaire à l'intérieur d'un même marché circonscrit par une démocratie. La symétrisation monétaire du marché à une communauté de bien par la cité, c'est à dire aujourd'hui par la commune, établit la condition de possibilité d'une fiscalité qui finance et assure la gratuité universelle réelle de l'existence. La fiscalité redistributive n'est pas calculable ni juridiquement ni économiquement si le marché n'est pas délimité par l'unité monétaire qui rende les travailleurs solidaires des consommateurs par une représentation commune de leurs biens et de leurs droits. La fiscalité n'est pas juridiquement efficiente ni économiquement efficace si elle ne s'applique pas à tous les biens échangés sur un marché y compris le capital et le crédit qui accumulent et valorisent le travail dans le temps et dans l'espace de la commune.

La monnaie localise la réalité du crédit entre personnes physiques

L'effectuation de la gratuité est l'instauration d'une commune dans une société par une monnaie. La commune mutualise le travail d'assurance de l'existence de tous. Si tous les échanges qui réalisent le prix demandé des travaux livrés sont tracés dans la monnaie communale, il est alors possible de calculer et de prélever la fraction de chaque revenu qui doit être redistribuée en nature et gratuitement aux personnes qui ne peuvent ou ne savent en accumuler tout le prix. Pour que le revenu mis en commun ne s'échappe pas hors de la communauté au profit de la cupidité individualiste, la monnaie locale qui matérialise le capital de solidarité communale doit être inconvertible en monnaie extérieure sans passer par la chambre communale de compensation de toutes les dettes et prix. Ainsi devient-il impossible d'exporter un revenu à l'extérieur de la communauté sans s'acquitter de la prime fiscale qui règle le prix d'assurance de toute existence individuelle par la production solidaire des biens.

La matérialisation d'une solidarité communale par une même monnaie exclusivement convertible par un marché public des changes est aussi la possibilité pratique libre de l'individualisme cupide. Si la monnaie communale est exclusivement digitale et comptabilisée sous le contrôle d'une magistrature communale exclusivement rémunérée par la fiscalité, alors tout paiement effectué par un autre moyen que la monnaie scripturale locale exclut l'acheteur d'un bien ou le créancier en monnaie extérieure de la garantie communale d'existence attachée à la chose ou à son prix. L'accès par une monnaie extérieure au superflu offert par la commune moyennant la réalité effective de la communauté d'existence, n'est concrètement possible que par le paiement d'une prime fiscale de change qui vient financer la gratuité domestique des biens vitaux.

Actualité du paradigme monétaire keynésien

Le paradigme économique de la capitalisation du travail subordonnée à la gratuité des biens vitaux est la chambre de compensation keynésienne multinationale du crédit. Ce paradigme est applicable immédiatement si quelques États de droit recouvrent leur souveraineté monétaire en nationalisant leur marché des changes, du crédit, du capital et du travail et en délégant à leurs communes et fédérations de communes la gestion de l'émission monétaire en unité de compte locale. La compensation publique nationale et internationale des primes de convertibilité des prix entre masses monétaires locales permet alors de financer la gratuité de l'existence humaine par le système de la mutualisation fiscale de la loi égale pour tous entre les démocraties.

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Pierre Sarton du Jonchay
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