Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
17 juin 2015 3 17 /06 /juin /2015 07:32

Le krach des subprimes en 2007 et 2008 a, comme l'accident nucléaire de Fukushima, révélé une instabilité systémique des dispositifs de qualification économique et légale des activités humaines. Ni l'industrie financière, ni l'industrie nucléaire n'ont montré leur capacité en elles-mêmes et par elles-mêmes d'assurer la qualité et l'innocuité des services rendus aux sociétés politiques qui les font fonctionner. Les autorités indépendantes de contrôle et de régulation de la stabilité systémique instaurées dans les deux industries ne sont pas efficientes à cause d'une logique libérale nominaliste du tout ou rien où les problèmes ne sont pas décomposables en éléments solubles par une responsabilité humaine réelle et pratique.

Grexit : le chemin inéluctable de la restauration des souverainetés

En pratique, et pour rester dans l'analogie, le grexit équivaudrait à la mise à l'arrêt d'une centrale nucléaire défectueuse. La production d'électricité est amputée mais on soustrait la population aux irradiations et à la mort lente. Les Grecs auraient à gérer la démonétisation de l'euro comme une panne d'approvisionnement électrique. Quelques semaines de pagaille totale mais une renationalisation de la monnaie et un réamorçage progressif de la liquidité sur des fondements domestiques au service de l'économie réelle. L'excédent budgétaire primaire que les prédateurs européens exigent de la Grèce pourrait être immédiatement réaffecté à gager les émissions de liquidité par la Banque Centrale de Grèce selon les lois et les intérêts des Grecs.

En fait le gouvernement grec est véritablement en train de sauver l'Union Européenne plus qu'il ne défend et protège les Grecs de l'hystérie des créanciers. La zone euro est un non-Etat de droit. Les gouvernements et la Commission Européenne n'ont aucun contrôle sur les banques, ni sur les entreprises transnationales, ni sur les gros patrimoines particuliers défiscalisés. Les États nationaux de la zone euro s'euthanasient pour essayer d'afficher des équilibres budgétaires avec des recettes d'impôts inexorablement amputées. La Commission Européenne produit des réglementations de concurrence "libre et non faussée" pour achever de décrédibiliser la puissance publique impartiale de solidarité. A cause de la cupidité des classes politiques nationales, l'Etat de droit est interdit à l'échelon communautaire et réduit à néant à l'échelon national et local.

Le Grexit pour mettre fin à la liberté de mentir

Le Grexit est maintenant ce qui peut arriver de mieux. Elle soulagera le peuple grec et mettra les gouvernements de l'euro devant leur réalité. Les Grecs ne perdront absolument rien en cessant de discuter avec les autistes libéraux pseudo-européistes ; les gouvernements de l'euro seront renvoyés à leurs responsabilités démocratiques devant les peuples qu'ils rackettent. Il sera impossible sous peine de retourner à l'âge de pierre de ne pas remettre à plat à l'échelle de l'ordre monétaire international, le gouvernement de l’État de droit, la régulation des dettes par l'application impartiale des lois, et le financement des charges communes par l'impôt.

Il faudra choisir entre remettre en ordre le financement de la puissance publique chacun chez soi ou avec un État confédéral de l'euro instaurant une solidarité fiscale et judiciaire. Quel que soit le degré de solidarité européenne choisie et assumée, il sera nécessaire de remettre les marchés de capitaux sous l'autorité des États. Il sera nécessaire de mesurer et de financer la responsabilité financière des gouvernements nationaux et supra-nationaux par des parités internes de change et une fiscalité cambiaire. Et il sera nécessaire d'assurer l'égalité devant la Loi et l'impôt par le contrôle des flux de capitaux inter-étatiques. Un État confédéral de l'euro est évidemment le moyen le plus économique et efficace d'arbitrer une politique européenne d'investissement et d'assurance des droits humains.

Reconstituer la condition de possibilité d'une égalité devant la Loi

Plus vite s'effondrera le non-système de la monnaie unique négatrice de l'État de droit commun, moindre seront les pertes financières systémiques à répartir entre les peuples et les citoyens. Aucune dette n'est réellement remboursable si elle n'est pas justifiée par des droits réels garantis par un État de droit disposant de ressources propres adossées à une fiscalité efficiente et juste. Il est impossible d'apurer toutes les fausses dettes accumulées dans le non-droit de l'euro libéral sans puiser dans des ressources fiscales, lesquelles ne seront levées que par des gouvernements responsables par l'économie de la Loi. Il n'a jamais existé de mesure stable et fiable des dettes sans fiscalité financière mise en œuvre par des États justes et impartiaux contrôlables par les citoyens contribuables.

La ré-étatisation des banques et de la monnaie est absolument incontournable dans la zone euro, comme partout ailleurs, s'il existe encore une possibilité humaine d'echapper à la guerre civile généralisée. Le Grexit est en réalité la mesure conservatoire minimale dont se sont dotés les Grecs grâce à Syriza, pour se protéger de la folie meurtrière de leurs créanciers en euro, dollar et franc suisse. Le Grexit équivaudra à un dépôt de bilan de la zone euro qui obligera à une mise sous séquestre de tous les actifs en euro qui sont revendicables par les créanciers de la zone. Il n'y aura que deux issues au dépôt de bilan de la zone euro : plan de continuation de l'activité sous l'autorité d'un gouvernement commun démocratique, transparent et respectueux des gouvernements nationaux ; ou liquidation de toutes les créances par attributions des actifs nationaux aux créanciers nationaux des États nationaux.

Partager cet article

Repost 0
Pierre Sarton du Jonchay - dans Monnaie Démocratie
commenter cet article

commentaires

Pierre Sarton Du Jonchay

  • : Le blog de Pierre Sarton du Jonchay
  • Le blog de Pierre Sarton du Jonchay
  • : La crise économique actuelle a ses racines dans la civilisation. La compréhension des phénomènes en cours exige une redéfinition de la monnaie, du crédit, du risque, du marché et de la responsabilité publique. La discussion est ouverte.
  • Contact

Pierre Sarton du Jonchay

Atlantico.fr

Le Cercle des Echos

LinkedIn

Viadeo

Recherche

Catégories