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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 13:07

La France va-t-elle sauver l'Allemagne en sauvant la Grèce européenne ?

La BCE est subvertie par les rigidités mentales issues de la non-politique franco-allemande face au retour de la politique en Grèce. La suspension de l'escompte des titres grecs est une nécessité juridico-contractuelle de la technocratie franco-allemande. La Grèce n'appliquant plus le programme de la Troika ne peut plus en droit monétaire nominal recevoir des crédits de la BCE. Mais sur un plan réglementaire international, la décision de la BCE est interprétable comme un événement de défaut qui déclenche un grand nombre d'appels en garantie sur les contrats de dérivés de crédit (CDS) dont les banques en euro sont gorgées en tant qu'assureurs et assurées.

Le marché mondial des CDS n'étant pas organisé ni régulé, la BCE ne peut que s'inquiéter de la réaction en chaine que le défaut grec officialisé entraine dans tout le système bancaire mondial. Pour la première fois depuis la panique de 2008, un événement de défaut frappe une banque centrale et ses actionnaires souverains qui n'ont pas de règles opérationnelles pour mesurer et se répartir la perte entre eux. La prise de position d'Obama en faveur de la Grèce est aussi un avertissement formel à la France-Allemagne que la Réserve Fédérale n'a plus les moyens constitutionnels et juridiques d'intervenir aussi massivement qu'en 2008 pour renflouer toutes les banques qui risquent de tomber derrière le défaut financier de la Grèce et de la BCE. Les gouvernements allemands et français sont donc obligés de faire leur comptes tout seuls le prix réel de l'attitude qu'ils entendent adopter face au peuple grec et à leurs opinions publiques.

La classe politique franco-allemande se retrouve complètement piégée dans le discours de la pseudo-rigueur qu'elle a tenu à l'opinion publique allemande. Le déni de réalité d'une monnaie non adossée à un pouvoir politique fiscalement cohérent apparaît massif aux opinions publiques qui voient leurs gouvernements nationaux dépassés. Et cette fois-ci, la zone euro ne sera pas soutenue par la Réserve Fédérale. La fuite de la matière fiscale et de la liquidité systémique dans le shadow banking et les paradis fiscaux ne sera pas compensée par des crédits centraux en dollar. Or dans la finance off shore, les conflits ne se règlent pas avec des juges publics mais avec des contrats mafieux où aucun argument n'est illégal. La zone euro qui ne repose pas sur un État supranational ni même sur une alliance militaire concrète d’États nationaux est totalement désarmée face aux arguments des États-Unis, de la Russie ou de la Chine.

La direction franco-italienne de la BCE est de fait en conflit ouvert avec l'actionnaire allemand majoritaire. La BCE mène donc deux politiques contradictoires vis-à-vis de la Grèce pour éviter le pugilat au sein de son conseil et entre les administrations française et allemande. La BCE ne fait plus directement la liquidité des titres grecs mais elle accorde une autorisation de découvert officiellement d'urgence aux banques grecques. La BCE est donc un machin inerte dans le jeu politique que la Grèce a initié. Devant le tsunami qui arrive, le gouvernement allemand oscille entre l'autisme et la pétrification. L'Allemagne sans tête s'achemine vers la sortie de l'euro. A moins que la politique française ne renaisse pour proposer de sauver l'Allemagne en sauvant la Grèce par un vrai système politique européen fondé sur un gouvernement financier confédéral où  la monnaie commune sera assurée par une fiscalité commune du capital en couverture de la stabilité du crédit des Etats et des banques en euro.

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