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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 10:57

Développement critique de l'analyse de Michel Leis sur le Blog de Paul Jorion : Productivité, compétitivité, emploi et État social.

La différence entre le plan mathématique et le plan et la réalité

Dans sa mise à plat récapitulative du discours officiel actuel de la productivité et de la compétitivité, Michel Leis nous donne à constater les falsifications libérales du calcul économique. Le discours libéral de la productivité évide la réalité des sociétés humaines en masquant les mobiles du travail et de l'échange. La privatisation des bénéfices du travail au mépris du travailleur réel est dissimulée dans une raison épistémologique où l'universalité n'a pas de sujet et le sujet n'a pas de finalités. En décortiquant les hypothèses et les raisonnements de la productivité, on découvre l'inanité des pseudo sciences économiques alléguées par la politique libérale d'anéantissement du travail.

La productivité se définit mathématiquement comme un rapport de quantités entre ce qui entre comme intrant dans un processus de production et le produit fini qui en sort. L'économie du calcul et du raisonnement dans toute entreprise humaine est bien d'augmenter les quantités produites et de réduire les quantités consommées. L'entrepreneur qui réussit à augmenter sa productivité peut vendre plus pour une même consommation intermédiaire. Avec un potentiel de marge plus grande entre le prix de vente et le prix de revient, il peut alors modifier l'allocation de la valeur ajoutée aux facteurs humains de production que sont le capital et le travail. Sur le plan de l'économie politique, le capitaliste et le travailleur peuvent se reconnaître ou s'anéantir.

Notons ici que le calcul de la productivité se rapporte à des quantités alors que la mesure du résultat en valeur ajoutée passe nécessairement par des prix. En matière de productivité, la théorie ne rejoint jamais la réalité. Comme le rappelle Michel, si l'on se contente de rapporter une quantité d'intrant quelconque à la quantité finale produite, on reste incapable d'en tirer le moindre enseignement. Une quantité d'énergie ne se compare pas à une quantité de travail ni à une quantité de recherche ou d'innovation, sauf à ramener les quantités à des prix. En transformant les quantités en prix afin de comparer les intrants d'une même production entre eux et dans le temps, il faut nécessairement monétiser les quantités.

La fonction de la monnaie dans le calcul économique

La réalité objective ne peut rien signifier en économie sans la monnaie de conversion des quantités en prix. La productivité est en théorie un rapport de quantités. En réalité, la productivité mesurable est nécessairement un rapport de valeurs donc un rapport de quantifications subjectives. Toutes les mesures d'évolution de la productivité sont des appréciations subjectives reposant sur des transformations de quantité en prix. Concrètement, dans l'entreprise, le secteur économique ou le territoire de souveraineté, la productivité est toujours le rapport du prix de la valeur ajoutée en monnaie au prix effectivement réglé en monnaie des facteurs employés d'une production.

Comme il faut nécessairement une monnaie pour mesurer la productivité, l'enseignement d'une mesure déclarée objective et factuelle est toujours en fait le résultat du choix subjectif délibéré de la monnaie de compte. Or la monnaie est la quantification d'une certaine politique. La productivité du travail baisse en France simplement parce que l'euro place le salaire horaire français au-dessus des salaires horaires étrangers dans des savoir-faire équivalents. La productivité du travail est mesurée plus stable en Allemagne parce que les salaires y sont abaissés en euro par rapport au niveau des salaires en monnaie étrangère dans les savoir-faire équivalents.

En revanche, dans les savoir-faire que l'Allemagne, tout comme la France, ont su développer spécifiquement, la productivité mesurée n'augmente pas car les entreprises sont obligées de rémunérer ces facteurs de production spécifiques à leur prix moralement juste. Le concept de productivité utilisé sans explicitation des hypothèses monétaires qu'il contient est un outil de manipulation mentale. Il masque la réalité morale de l'économie qui consiste à raisonner sur des faits avec des lois de nature politique matérialisées dans les monnaies. L'utilité du raisonnement par la productivité est de rationaliser la déshumanisation du travail et du travailleur au profit de la rémunération du capital et des propriétaires du capital.

La productivité des facteurs de production dans la croissance de la valeur ajoutée permet d'éviter la véritable problématique de l'économie : la répartition du prix de la valeur ajoutée selon la hiérarchie morale des facteurs de production. Les facteurs de production réelle des biens sont les matières premières, le capital de machines et d'infrastructures physiques, le travail effectif de transformation et le capital humain de savoirs techniques, politiques et moraux. La différence entre le prix de revient d'un bien et le prix de vente est la rémunération du capital humain. Par le calcul économique, il y a bénéfice quand le capital humain peut être positivement rémunéré après dépense dans les trois premières catégories de facteur.

Les matières premières, les infrastructures matérielles et le temps de travail sont rémunérés avant le capital humain parce qu'ils sont la condition d'existence réelle positive d'un bénéfice de valeur ajoutée effective. Sans l'engagement et le règlement préalable des facteurs matériels de production, les facteurs finaux de production, en l'occurrence la possibilité effective d'une production finale, ne peuvent pas être évalués ni engagés. La rémunération du travail physique nécessaire à la disponibilité des matières premières, des machines de production et du temps de transformation, relève de la nécessité objective sans laquelle le bénéfice ne peut pas exister. Si les quantités d'intrant ne sont pas déterminables ou si leur prix unitaire apparaît trop élevé, il n'y a plus de motif à produire car il y aurait au final destruction nette de valeur.

La fonction politique du prix en monnaie

En revanche, la rémunération des acteurs du capital de savoir-faire, d'invention, d'anticipation et d'organisation, relève de la nécessité subjective, c'est à dire du choix politique de valoriser telle ou telle cause du prix du bénéfice escompté de la vente finale. Au stade de la répartition du prix de la valeur ajoutée entre les différents acteurs efficients de la production, il y a deux manières de décider du partage économique des bénéfices. La voie libérale consiste à laisser jouer les rapports de force physique sans équilibre de loi morale. Tous les arguments y sont bons ; la force est dans la puissance individuelle à imposer sa propre finalité, sa propre définition des biens, à un maximum d'individus moralement dissociés.

La guerre de tous contre tous est stabilisée dans la causalité libérale par la libre circulation du capital abstraitement défini et compté hors de tout travail de finalité humanisante. La voie démocratique consiste à placer la délibération de l'économie des biens au bénéfice possible et recherché de tous les citoyens. La loi morale est donc discutable et négociable entre tous les individus solidaires par des sociétés politiques. En démocratie, l'économie de la loi commune est la condition préalable à toute négociation du prix des biens, lesquels sont obligatoirement définis indépendamment des intérêts individuels.

Le marché de démocratie détermine la rémunération du travail par la production publique mesurée de capital humain dont la définition est extérieure aux forces individuelles d'offre et de demande. Donc le raisonnement de productivité y est appliqué dans un état d'égalité réelle des droits entre les acteurs des facteurs de production. La matérialisation de la légalité nécessaire à l'efficience des biens est réalisée par la monnaie émise séparément du marché physique où s'échangent les biens et du marché financier où s'allouent les crédits d'anticipation économique de la production.

Le calcul libéral de la productivité cache le jeu libre de la cupidité des capitalistes riches en monnaie sur les pauvres qui travaillent. La cupidité libre s'applique par la libre circulation du capital monétaire non transformable en travail par la loi morale des citoyens. L'inconvertibilité du capital en travail est obtenue par la monnaie non rattachable à une souveraineté politique responsable dans des sociétés délimitées par des frontières financières. Les prédateurs déploient librement leur rhétorique pseudo-économique de la productivité grâce à des banquiers qui allouent unilatéralement la liquidité monétaire hors de tout contrôle public effectif de la loi morale des citoyens.

Comme tous les citoyens européens ont pu le constater, le pillage des bénéfices du travail par la spéculation du capital financier monétisé en euro, en dollar et en livres, s’accommode parfaitement des procédures de la démocratie formelle que professent la démocratie chrétienne et la sociale démocratie. Sans souveraineté monétaire des États, sans réalisation monétaire de la démocratie, le social libéralisme de la zone euro ne coute rien aux capitalistes. Sans un État de droit armé fédéralement, nationalement et localement par la responsabilité de pouvoirs politiques financièrement identifiables et monétairement définis, l'efficience de la Loi et d'une quelconque communauté reste non mesurable.

Pour que la productivité croisse de tous les facteurs de la valeur ajoutée, il faut que la valeur ait sa cause dans le sujet de la loi morale. Hors de la démocratie, il n'y a pas de loi qui définisse les biens réels, c'est à dire des biens que seul le travail effectif puisse acheter. Tant que les libéraux sont intéressés par la monnaie qui ne mesure pas l'application de la Loi, les forts peuvent se servir librement sur le travail des gens qui produisent effectivement les biens. Le signe de la réalité déconnectée des biens communs est la dette publique définitivement non maîtrisable en dollar et en euro. La théorie de l'indépendance des banques centrales achète gratuitement la passivité politique des citoyens. Le néant libéral n'a pas de limite sauf sa mort qui s'approche inéluctablement. Avec ou sans nous ?

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commentaires

dagophel 20/01/2015 15:01

Le travail est un concept non opératoire, il doit être remplacé par l'exploitation. Un contrat de travail ou un contrat d'exploitation ne se négocie pas de la même façon. Exploiter quelqu'un et accepter de se faire exploiter ouvre un dialogue les yeux ouverts sur le réel. Tout comme exploiter la nature , cela a un résultat, Exploiter des matières quelles qu'elles soient cela se chiffre et impose des limites ce qui manque totalement au concept de travail. Je vous confie cette conception afin que vous la développiez à votre façon, je suis certain que vous saurez l'exploiter.
Bien à vous

Pierre Sarton du Jonchay 21/01/2015 08:57

Vous posez l'hypothèse que le travail est une simple dépense d'énergie physique dans le temps : W=Pt. Je pose une autre hypothèse qui ajoute la polarité sujet-objet de l'intelligence humaine à la phénoménologie physiciste. Je dis que la personne à la fois individuelle et sociale est sujet électeur du travail qui n'est pas dissociable de ses objets dans la réalité des sujets humains. Autrement dit, si l'économie n'est pas politique, je ne vois pas pourquoi on ajoute une autre appellation à ce qui est déjà la science de la physique dont la trame est purement mathématique.

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