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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 16:40

Quelles sont mes possibilités réelles de faire naître la chambre de compensation dont je parle sur ce blog et chez Paul Jorion depuis maintenant deux ans ?

Il ne suffit pas en effet qu'un projet soit beau pour son auteur et généreux pour la société pour justifier l'énergie dépensée et la précarité économique et sociale qu'il induit. La vraie morale des gens responsables est ancrée dans la réalité telle qu'elle est et telle qu'elle peut devenir effectivement ; un projet est moralement viable s'il offre une perspective réelle et véritable d'apporter un bien économique pour la société ainsi qu'à ceux qui y travaillent.

Quelle est la réalité actuelle générale et particulière, pour moi entrepreneur en gestation, et pour tout entrepreneur en acte ? La crise dans laquelle nous sommes enlisés depuis 2008 et qui a déclenché la présente recherche, est une réalité très profonde. Les sources sont asséchées du capital financier et du crédit bancaire. Le niveau de vie ne progresse plus qualitativement et tend à stagner quantitativement à l'échelle mondiale. Des secteurs essentiels de l'économie s'affaissent. Les États de droit sont inexorablement mis en faillite.

Outre que le nombre de gens sans travail ou en situation précaire ne cesse d'augmenter, les dettes publiques ont explosé dans le monde entier. En France, la dette publique est passée en 7 ans de 60% à 100% d'un PIB (prix total de la production annuelle de la France) qui a stagné et peut-être régressé.

Notre système économique est en faillite selon ses propres critères de constitution. Il ne répond plus à sa finalité ni à sa raison d'être de donner au maximum de monde les moyens de vivre correctement en contribuant effectivement à la production des biens par le travail et l'entreprise. Sous l'angle comptable et financier, la masse mondiale des dettes croît irrémédiablement plus vite que la production et les revenus. L'effondrement des banques et des monnaies est depuis 2008 comptablement dissimulé par une énorme création de liquidité par les banques centrales. La banqueroute s' inscrit dans les réalités quotidiennes ; les services publics fondamentaux qui permettent la croissance économique sont en cours de démantèlement pour freiner provisoirement la croissance des dettes dans l'attente d'un système économique et financier alternatif.

Comme je suis issu de la banque, mon parcours professionnel est déterminé par la crise. J'ai accepté de prendre du champ parce que je ne voyais plus le sens de ce que je pouvais faire. En tant que cadre dirigeant, j'avais été obligé d'exprimer mes réserves sur la moralité, la légalité et l'honnêteté des opérations dont j'étais coresponsable. J'ai mis à profit ma liberté professionnelle retrouvée pour démontrer dans un livre que le système politique et financier mis en place dans les années quatre-vingts est économiquement incohérent, c'est à dire destructeur des réalités humaines. La désintégration à laquelle nous assistons est donc la conséquence directe de l'inconscience ou de la folie des élites de pouvoir.

J'ai choisi de m'exposer à la déchéance professionnelle pour montrer l'aberration de notre système économique qui, pour faire de l'argent avec de l'argent, ignore les compétences professionnelles à entreprendre et produire du vrai. En réalité je n'ai jamais autant travaillé, inventé et produit que depuis que je suis en congé du système. Bien évidemment, je survis grâce à la solidarité économique du pays hautement civilisé dont je suis un citoyen. Bien sûr, dans le système actuel de barbarie économique et financière, je suis un assisté et un parasite. Si je fais partie des pauvres, j'apprends à comprendre ce qu'est la précarité organisée par le système. En contrepartie je peux apprécier de ne pas vivre contre ma conscience.

Au stade actuel de programmation de la chambre de compensation, je prouve qu'il existe un système économique alternatif au délire actuel. Il consiste simplement en un rétablissement des lois et de la responsabilité personnelle telles qu'elles ont existé jusque dans les années quatre-vingts. Aujourd'hui, grâce aux technologies numériques d'information et de réseau, l'application de la loi, des contrats et de la responsabilité des personnes peut être rendue vérifiable par la monnaie. Il suffit que la monnaie soit numériquement émise proportionnellement au contrôle politique et juridique effectif des sociétés produisant des biens réels vrais, c'est à dire au service des gens qui achètent en vendant leur vrai travail. La monnaie qui comptabilise les prix ne pourra plus être utilisée comme un voile masquant la responsabilité des faux dirigeants.

La logique de la compensation est connue et appliquée au moins depuis Aristote. Les soi-disant élites qui ont pris le pouvoir mondial par la révolution libérale et par la globalisation financière, appliquent la compensation mais a leur profit exclusif grâce aux paradis fiscaux et à l'extra-territorialité financière du capital. La présentation que je fais des possibilités de la compensation numérique que je programme a évidemment pour les élites parasitaires un caractère hautement subversif.

Mon projet consiste à appliquer les techniques financières et juridiques d'aujourd'hui à la proposition qu'avait fait Keynes en 1944 d'un système monétaire véritablement international. Il réalise l'égale responsabilité des États et des intérêts bancaires dans l'équilibre général de l'économie, de l'échelle de la micro-entreprise à celle de la société mondiale. Comme le système actuel de la libre circulation du crédit en dollar donne tout le pouvoir aux banquiers et aux actionnaires privés anonymes, tout système alternatif qui rétablirait l'équilibre des droits et devoirs entre banquiers et non-banquiers se trouve par définition non finançable. Il précipiterait la liquidation des fausses dettes des non-privilégiés vis-à-vis des privilèges fabriqués par la finance dérégulée.

Au-delà du renouvellement au demeurant simple des techniques de compensation, nous sommes en réalité dans une crise morale très profonde ; en fait une véritable guerre de religion entre une poignée d'élus par la divine magie du "business" et un peuple mondial de gens de bonne volonté envoûté par la richesse virtuelle des puissants. La religion de l'argent substitue le capital financier fictif au travail réel collectif comme cause véritable du bien être.

Tous ceux qui entrent dans un dialogue direct avec leur concitoyens pour se répartir le travail qui réponde aux besoins humains délibérables et véritables, sont excommuniés par les prêtres du business. Les faux entrepreneurs se sont arrogés par l'argent le monopole de la rationalité économique. La religion de l'argent servie par le catéchisme du business libre a instauré le veau d'or au centre de toute réalité digne de l'attention humaine.

Vu du système actuel, la chambre de compensation est par nature et par définition vouée à l'échec. Chaque jour supplémentaire qui passe sans contrepartie en espèces sonnantes et trébuchantes, vient montrer que le rêve est rêve sans réalisation possible. La compensation des prix en monnaie par la réalité humaine commune ne commencera à fonctionner que dans la discrétion en marge du système actuel. Les premières communautés de compensation seront aussi marginales que les israélites et les premiers chrétiens dans l'empire romain. Mais le nouveau système d'échange rétabli sur la monétisation des biens économiques réels, supplantera le système financier actuel aussi massivement et rapidement que Google a remplacé nos répertoires et nos dictionnaires. L'humain n'a pas une capacité infinie à supporter l'inefficience de son labeur.

Dans le nouveau monde en construction sous les ruines visibles de l'ancien monde, le vrai défi n'est plus l'argent et la reconnaissance sociale mais le langage de la communion réelle, le langage de la finalité commune possible des biens. Pendant que les gens de business se dessècheront isolés dans leur fausse monnaie, les gens qui entreprennent et travaillent dans le réel vont inventer le langage du partage et du don de ce qu'ils sont capables de connaître et de transformer. Comme la révolution libertarienne a récusé la "communion des saints" depuis le XVIème siècle, nous ne savons plus comment elle opère. Mais nous sommes capables de réapprendre. Le mobile et la finalité de la compensation monétaire numérique des réalités humaines est tout simplement la communion des saints !...

Que croyons-nous et que voulons-nous ? Qu'allons-nous donc choisir ?

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Pierre Sarton Du Jonchay

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  • : La crise économique actuelle a ses racines dans la civilisation. La compréhension des phénomènes en cours exige une redéfinition de la monnaie, du crédit, du risque, du marché et de la responsabilité publique. La discussion est ouverte.
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