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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 11:40

Restaurer la condition monétaire de la démocratie

Régime mondial de la guerre de tous contre tous

Le capitalisme financier libéral est le système économique mondial depuis la chute en 1991 du capitalisme communiste autoritaire de l'empire soviétique. L'effondrement du système de la propriété collective des moyens de production en Russie et en Ukraine a laissé la place à un capitalisme oligarchique sauvage que des États de droit nominaux trop faibles ne peuvent ni réguler ni tempérer. Comme dans l'Occident libéral, le capital productif est entre des mains exclusivement privées poursuivant des intérêts particuliers inconvertibles en bien commun.

L'Occident libéral et l'Occident russe ont le même système de propriété du capital. Mais il demeure aux États-Unis et en Union Européenne un résidus de structures étatiques qui interdisent la guerre ouverte entre les intérêts particuliers. La discussion publique sur la possibilité d'un intérêt général n'est pas totalement abolie à l'Ouest. En Russie et en Ukraine, tout est de fait privatisé derrière une loi publique quasiment décorative. Les clans et les mafias industrielles, financières contrôlent intégralement la politique économique de production et de distribution des moyens de vie et d'enrichissement.

A l'Est comme à l'Ouest, il y a la même explosion des inégalités de niveau de vie et de responsabilité entre ceux qui vivent du prix de leur travail et ceux qui spéculent sur l'instabilité du capital. La différence majeure est dans la persistance d'une puissance publique d'arbitrage et de régulation de l'économie plus forte à l'Ouest qu'à l'Est. Les cadres idéologiques opérant sont identiques : inexistence d'un intérêt général réel, c'est à dire d'un régime d'égalité des droits et devoirs à vivre des fruits de son travail plutôt que du pillage du bien commun qu'est le désir de justice dans le vivre ensemble.

La chute de l'empire communiste a levé à l'Ouest toutes les barrières morales à la prédation du bien commun par le capitalisme financier libéral. Le financiarisme libéral pose l'impossibilité du bien commun par l'individualisation absolue de tout intérêt. L'intérêt général ne peut pas exister du fait que tout individu se retrouve en guerre contre tous les autres pour le pouvoir et la richesse individuels. L'effacement de l'intérêt général par le capitalisme libéral a été accompli dans deux guerres mondiales qui ont rendus les États souverains infiniment débiteurs du système financier privé de collecte de l'épargne des citoyens.

Fin du non-système de la guerre des systèmes

La guerre civile ukrainienne est l'un des derniers spasmes de l’État du droit nominal qui rend non réalisable le régime de la souveraineté de l'intérêt général. Le système de souveraineté par les États-nations a été maintenu au sortir de la deuxième guerre mondiale parce qu'il rendait lisible la guerre idéologique entre la liberté formelle et l'autoritarisme communiste. Plus profondément, le remboursement des dettes de guerre des États à leurs citoyens obligeait de toute façon les nations à se soumettre soit au système financier libéral en dollar soit au Gosplan soviétique. Les nations n'étaient plus libres car les États avaient perdu leur capacité d'émission monétaire au bénéfice du système bancaire international garanti par la Réserve Fédérale des États-Unis.

Le financiarisme libéral arrive au bout de sa course en Ukraine. Il est incompréhensible et incontrôlable par les peuples et il ne permet pas à différents peuples de cohabiter sur une même terre. La rentabilité marginale du financiarisme libéral repose sur la guerre nécessaire. L'Ukraine est à la frontière des deux visions nationaliste et internationaliste du capitalisme libéral antagonique. Ce pays ne peut basculer ni du coté de l'OTAN-Union Européenne ni du coté de l'empire russe : le basculement de l'Ukraine signifierait la fin de la guerre civile mondiale nécessaire au contrôle du vivre ensemble par la finance capitaliste privée.

Le président russe s'est opposé à l'intégration de l'Ukraine dans l'espace de l'Union Européenne car les oligarques russo-ukrainiens auraient perdu le contrôle de la frontière occidentale de l'Ukraine, donc des recettes commerciales et douanières qu'elle génère. La position de l'UE est elle, totalement indéterminée : l'intégration de l'Ukraine est politiquement valorisante car elle accroît le prestige d'une union de façade qui n'a par ailleurs aucune prise sur les réalités économiques et politiques. Sur un strict plan économique, les banques et firmes multinationales européennes ont plus à perdre qu'à gagner dans le pourrissement des relations entre l'Est et l'Ouest.

Le gagnant provisoire, s'il y a quelques plus-values financières à réaliser, est le système politico-financier des États-Unis. Barack Obama peut rappeler qu'il préside quelque chose en faisant manoeuvrer militaires et diplomates. Mais c'est surtout le système financier en dollar qui gagne quelques semaines de survie en paraissant plus éloigné de la zone de conflit et en finançant les belligérants de tous les cotés. Le perdant provisoire de la guerre civile ukrainienne est à coup sûr la démocratie et le reste d'amour de la démocratie que la kleptocratie libérale n'est pas parvenu à éradiquer dans l'âme des peuples.

La guerre civile ukrainienne ressemble furieusement à la Guerre des Balkans provoquée par le démantèlement de l'Empire Ottoman à la veille de la première guerre mondiale. Le pouvoir politique européen complètement polarisé par la guerre des intérêts économiques et financiers avait été incapable du moindre arbitrage au nom de l'intérêt général. La première guerre mondiale devint l'issue nécessaire à l'effacement du pouvoir politique par le financiarisme libéral. Quand l'intérêt général n'a plus de représentation efficace, la guerre de tous contre tous est le plus sûr moyen de soutenir la rentabilité du capital nominal mis en sûreté dans les paradis fiscaux.

La finance et la politique en guerre contre l’État de droit

Vladimir Poutine et Victor Porochenko sont dos au mur à cause de la fuite des capitaux et de l'effondrement des recettes fiscales de leurs États officiellement rivaux. Derrière les apparences politico-médiatiques d'une rivalité Est-Ouest, le capitalisme libéral fait tout simplement la guerre aux peuples au cas où ils voudraient travailler pour vivre les uns par les autres plutôt que comme esclaves des oligarchies de l'argent. Ce qui se joue en Ukraine, c'est l'alternative entre une transformation de la guerre froide de la finance en guerre civile mondiale généralisée ou bien la reconstruction d'un ordre politique international stable du vivre ensemble.

L'ordre géo-économico-politique issu de la deuxième guerre mondiale est totalement obsolète. Il conduit nécessairement à la guerre générale pour simuler la solvabilité financière. L'accumulation de dettes par la guerre chaude ou froide ne permet plus d'asservir les peuples. La mondialisation dans la transparence numérique ne permet plus de dissimuler le gaspillage de la richesse empruntée aux peuples par la sous-rémunération du travail. Si les États emploient les maigres recettes fiscales qui leur restent à financer les guerres que les politiciens provoquent pour cacher leur impéritie et si les banques prêtent l'épargne des travailleurs à l'industrie de la guerre capitaliste, tout le système se précipite dans l'insolvabilité car il devient explicitement suicidaire de travailler pour payer des impôts et rembourser ses emprunts.

Le krach des subprimes n'est jamais que la faillite du système financier libéral ; celui qui a financé les guerres des États-Unis contre les peuples qui se construisent par la souveraineté monétaire. L'Union politique des Européens a été sabotée par la monnaie unique ; elle instaure la guerre économique entre des vieilles nations privées de vrais États souverains nationaux et fédéral qui puissent garantir le remboursement des dettes par leurs ressources fiscales propres. L'euro pérennise l'obligation mondiale d'emprunter à la Réserve Fédérale des États-Unis. Maintenant qu'il n'existe plus aucun pouvoir politique responsable dans le magma européen, l'Otan peut prononcer des sanctions contre la Russie pour exciter les peuples les uns contre les autres.

La rupture majeure entre 1914, 1939 et aujourd'hui est dans la révélation désormais explicite de l'incongruité économique du financiarisme libéral. La contradiction réside dans la disjonction absolue et délibérée entre la dette financière mondiale et l'économie réelle du capital et du travail. Aucun observateur attentif et honnête de l'équilibre géo-économique mondial ne peut ignorer que la réalité économique interdit le remboursement de toutes les dettes comptabilisées dans le système financier. Il est désormais impossible de ne pas répartir les pertes. Le problème est bien politique.

La Russie et l'Ukraine cherchent à contrôler le Donbass simplement pour saisir du collatéral réel contre leur émission monétaire dont la crédibilité s'effondre auprès des acteurs économiques réels. Bien évidemment, ce que pensent et veulent les ukrainiens russophones du Donbass n'a aucune espèce d'importance quand il s'agit de faire rentrer les impôts en Russie et en Ukraine. Le raisonnement d'Angela Merkel et de François Hollande obéit à la même logique. Il faut faire peur pour que les impôts rentrent afin que l'Allemagne et la France soient crédibles à garantir leurs banques en faillite qui financent les belligérants d'Ukraine.

Pas de démocratie sans marché des changes régulé par la responsabilité politique

Comme les capitaux circulent en totale liberté, grâce au dollar et à l'euro, hors de tout contrôle et de toute fiscalité d'intérêt général, un responsable politique ne peut que brailler et gesticuler pour donner l'illusion qu'il agit pour le bien de ses électeurs. S'il existe encore un pouvoir politique qui veuille prévenir le chaos général, il décidera de rétablir la responsabilité politique de l'économie par la souveraineté monétaire. La monnaie est la capitalisation économique d'un bien commun assurable par des États de droit délimités et identifiés. Sans la territorialisation des monnaies par la souveraineté du Droit, il est impossible de mesurer l'efficacité économique d'un pouvoir politique constitutionnellement régi par la Loi et le service de tous les citoyens.

La finalité économique d'un marché des changes entre des monnaies adossées à des systèmes juridiques souverains est d'assurer le risque d'injustice par la mutualisation fiscale entre et dans les communautés de citoyens. Les États-Unis d'Amérique ne sont pas une vraie démocratie car le même dollar sert à mesurer la responsabilité des gouvernements fédérés, du gouvernement fédéral et de tous les autres gouvernements du monde emprunteurs obligés sur le marché du dollar.

L'Union Européenne n'est pas une démocratie car la parité de l'euro en dollar mesure l'efficacité du système politique européen comme si les gouvernements allemand, italien, espagnol et français étaient identiques dans leurs politiques territoriales, sociales et économiques. L'Allemagne et la France ne sont plus gouvernées mais administrées par un pouvoir financier vaguement communautaire qui ne contient aucun principe de solidarité. Le capitalisme libéral est le régime de l'irresponsabilité parfaite du réel. La politique de la zone euro est dirigée par les algorithmes des traders et avocats de Londres, New-York, Dubaï et Singapour.

L'Ukraine et la Russie ne peuvent pas construire leur démocratie car tous les actifs réels de leurs marchés interdépendants sont titrisés dans les bourses de l'Ouest et déposés en garantie de leurs dettes en euro et en dollar. Les oligarques russes et ukrainiens négocient d'égal à égal avec leurs pouvoir politique du fait que les dépôts privés qui financent les dettes publiques sont dans les paradis fiscaux de l'Ouest. Le système financier libéral en euro-dollar est la cause de la guerre civile ukrainienne qui nourrit toutes les filières de corruption et de spéculation contre la paix civile.

De la même manière qu'il y a abandon définitif de la démocratie en Amérique et en Europe tant que les monnaies ne sont pas re-nationalisées et re-souverainisées, il n'y aura pas de paix et de démocratie en Ukraine tant que l'Ukraine russophone n'aura pas sa propre monnaie dans une confédération ukrainienne ; tant qu'il n'y aura pas un vrai marché des changes européo-russo-ukrainien régulé et supervisé par un État confédéral européen qui garantisse la démocratie par un euro confédéral convertible en responsabilité politique nationale.

Il est temps que les citoyens d'Europe se remettent au travail !

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