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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 16:04

Après lui, le déluge ?, par Jeanne Favret-Saada

5 septembre 2014 par Paul Jorion

Billet invité.

La présidence de François Hollande se défait de plus en plus vite, au gré d’événements désormais incontrôlables...

L'élection du président au suffrage universel, tant appréciée des Français, est désastreuse dans la Ve République, pas nécessairement dans tout régime présidentiel.

Si l'on pouvait interroger le psychiatre du Président Hollande, il nous dirait certainement que François est en profonde dépression. L'élection du président de la République Française au suffrage universel a la valeur d'un mariage entre la personne de l'élu et la personne morale qui l'élit, c'est à dire la Cité des gens de toute race qui se reconnaissent membres de la République Française. Peu importe ce que François a raconté à la France pour coucher avec elle. Peu importe ce que la France s'est racontée à elle-même pour se laisser pénétrer par François. L'élection de celui-ci par celle-là les unit par la chair, même s'ils ne se comprennent plus du tout. Même si celui-ci se moque des sans-dents de celle-là.

En politicien professionnel, François Hollande ne peut pas être autre chose que détaché de la belle qu'il engrosse. Mais l'homme est profondément mal avec lui-même. Il fait l'amour sans Amour et sans préservatif en sachant parfaitement qu'il est séropositif. Séropositif du syndrome d'immunodéficience libérale acquise. Ce syndrome réduit la politique à des éléments de langage qui programment le cerveau des nations pour qu'elles fassent semblant de jouir sous les violences de la religion féroce. La religion de la monnaie virtuelle qui ne féconde aucune réalité que celle des représentations idéologico-mathématiques des technocrates politico-financiaristes.

L'intellect du Président Hollande fonctionne parfaitement ; il virevolte avec les concepts et les sondages d'opinion. Mais la chair de François est profondément blessée comme celle de la République Française qu'il a épousée. C'est la magie de l'élection du Président au suffrage universel. François peut dire ce qu'il veut à sa belle ; il ne peut radicalement pas nier qu'il l'a baisée et qu'il est en train de la jeter. La France est en plein divorce avec son Président parce qu'ils se sont bel et bien mariés pour le meilleur et pour le pire jusqu'à la fin du quinquennat.

Il faut ici voir la différence abyssale entre la position de François et celle de sa maitresse Angela. Angela n'est pas élue par les Allemands mais par ses partisans élus députés de la coalition électorale qu'elle dirige comme chef de parti. Angela est patronne d'une entreprise d'éléments de langage électoral. Son boulot se limite à discuter avec les cadres de sa coalition politique. François est lui personnellement et directement responsable devant chaque Français, même ceux de la minorité qui se sont soumis à la décision de la majorité. Si les Français sont au chômage et mettent leurs entreprises en faillite, François en est personnellement responsable. Angela, elle, est juste comptable de l'équilibre des dépenses et des recettes de l’État fédéral allemand, lequel est juste responsable du marché unique allemand à l'intérieur de la zone économique de libre échange qu'on appelle Union Européenne.

La position de François n'a rien à voir non plus avec celle de Manuel. Manuel est le copain d'Angela parce qu'ils font le même métier : produire du discours et tenir les comptes avec les cadres du parti. La réalité des sans-dents en France ou en Allemagne n'est absolument pas leur problème : ni dans leur intellect, ni dans leur chair. La Vème République Française est grâce à l'élection du Président de la République au suffrage universel le seul régime politique de la zone euro qui puisse prétendre accéder à la démocratie. Pour une raison toute simple : que le pouvoir y est incarné dans la chair d'un humain en relation personnelle avec d'autres humains.

Tous les technocrates de France, d'Europe et du monde ne souhaitent qu'une seule chose : que François Hollande abolisse l'élection du Président au suffrage universel afin d'annuler définitivement toute incarnation possible de l'économie du capital par le travail de la politique. La démocratie des sans-dents ne doit plus exercer la moindre contrainte sur la république de l'argent. Les partis politiques et les cabinets de finance doivent avoir l'exclusivité de la modélisation de l'humain. La modélisation se substitue à la représentation. Seule la pureté mathématique d'un capital ou d'un solde budgétaire mérite d'avoir un prix. Le travail de conceptualisation politique de l'économie doit avoir pour seul objectif de maximiser ce que la finance libérale sait penser : la plus-value monétaire nominale. La plus-value qui s'écrit en chiffres sans réalité nécessaire pour la vie des gens.

La position de François Hollande est la pire qu'ait jamais connu un président de la Vème République. Le Président est l'humain de chair et d'os à qui les Français demandent des comptes sur leur vie concrète. Mais la technocratie européo-mondialiste a ôté par le dollar secondé par l'euro tout pouvoir d'action réelle à la Présidence française. La monnaie, par laquelle les Français et les autres Européens se rendent des services dans un État de droit commun, a été arrachée au pouvoir politique, lequel a dans un régime de liberté des citoyens, pour fonction de garantir la justice par la justesse économique entre des humains égaux en droit à la bonne vie.

La technocratie libérale a capté le pouvoir monétaire pour qu'il ne soit plus possible de donner un prix à la vie des sans-dents. Pour que la démocratie soit un pur élément de langage électoral qui ne coûte rien en n'engageant à rien. Il faut ici mentionner la brillante efficacité de la constitution présidentialiste des États-Unis d'Amérique. Le Président des États-Unis est bien élu au suffrage universel indirect mais à la tête d'une fédération de 50 souverainetés juridiques différentes dans une seule zone monétaire fédérale. Le métier du Président des États-Unis est de raconter les histoires que ses électeurs lui achètent sans avoir le droit de contrôler l'origine réelle des financements qui font une politique à mettre en oeuvre.

La République des États-Unis et la République Fédérale d'Allemagne sont des démocraties nominales à cause du fédéralisme qui ôte au chef de l’État la responsabilité charnelle en dernier ressort d'appliquer la justice entre les citoyens d'un même État de droit. La seule responsabilité humaine réelle du Président des États-Unis est de flinguer ou non des Afghans, des Irakiens ou des Soudanais avec des drones. La seule responsabilité du Président allemand, dont seuls les juristes connaissent le nom, est de dire si les comptes budgétaires d'Angela Merkel sont justes ou faux.

Le Président Hollande est le seul chef d’État membre du Conseil de Sécurité de l'ONU, qui soit obligé d'être en dépression si ses électeurs concitoyens le sont. Tous les autres dirigeants occidentaux sont ontologiquement irresponsables de ce qui peut arriver au monde, à leur peuple et à l'humanité. Si notre président est en condition d'accéder a la conscience de sa responsabilité humaine, la bonne nouvelle est qu'il a la possibilité constitutionnelle de prononcer l'état d'urgence financière de son pays. L'article 16 de la Constitution dispose :

« Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel.

Il en informe la Nation par un message.

Ces mesures doivent être inspirées par la volonté d'assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres délais, les moyens d'accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consulté à leur sujet.

Le Parlement se réunit de plein droit.

L'Assemblée nationale ne peut être dissoute pendant l'exercice des pouvoirs exceptionnels.

Après trente jours d'exercice des pouvoirs exceptionnels, le Conseil constitutionnel peut être saisi par le Président de l'Assemblée nationale, le Président du Sénat, soixante députés ou soixante sénateurs, aux fins d'examiner si les conditions énoncées au premier alinéa demeurent réunies. Il se prononce dans les délais les plus brefs par un avis public. Il procède de plein droit à cet examen et se prononce dans les mêmes conditions au terme de soixante jours d'exercice des pouvoirs exceptionnels et à tout moment au-delà de cette durée. »

Comme Louis XVI, François Hollande joue sa tête. Mais aujourd'hui, ce n'est pas seulement la France qui est en faillite mais la zone euro, la zone dollar, donc tout le pseudo-système monétaire international. Une faillite délibérément construite par la technocratie libérale pour faire disparaître les États et ne plus avoir à supporter le prix fiscal du vivre ensemble. Une faillite qui est concrètement la disproportion radicale entre les dettes publiques et privées accumulées et la productivité de l'économie réelle dans le monde. Une faillite qui est l'insolvabilité nominale des citoyens qui travaillent face à des capitalistes qui spéculent hors de toute loi et de toute réalité du vivre ensemble.

Les pouvoirs exceptionnels que doit prendre François Hollande si la République Française a encore une existence légale sont simplement de rétablir la souveraineté monétaire de la France et de l'Union Européenne. L'Allemagne part en vrille emportée par ses vieux démons impériaux au centre du continent européen. Les banquiers européens et étatsuniens ne savent plus quoi inventer pour titriser le néant afin d'obtenir des liquidités auprès des banques centrales. Et les dettes publiques qui permettent légalement de gager l'émission monétaire sont hors de contrôle si l'euro-franc et l'euro-dollar ne sont pas dévalués en euro-mark et en euro-yuan.

L'euro-livre a été dévaluée dès le krach des subprimes pour que l'économie britannique et la City restent liquides dans l'économie mondiale. C'est quand-même à la portée de notre Président d'ouvrir le prochain livre de Paul Jorion sur Keynes pour apprendre le b-a-ba d'une chambre de compensation internationale qui fonde la monnaie sur la démocratie !

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