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22 avril 2014 2 22 /04 /avril /2014 07:57

Titriser le travail par la monnaie, indexer la monnaie par le prix du travail

Je crois que s'il y a erreur elle n'est pas initiale mais actuelle. Elle consiste à ne pas faire la différence entre le sujet et l'objet du travail. Le libéralisme absorbe la personne sujet du travail dans son objet afin de contraindre la liberté du sujet. Grammaticalement, l'objet du travail est la conjugaison du verbe dans la réalité produite à partir du sujet mais bien hors du sujet, en altérité du sujet. Si l'objet du travail n'est pas séparable de son sujet alors le travail disparaît comme bien et comme source de bien. Le matérialisme libéral oublie que le travail a un sujet pour traiter la source du travail comme une machine ou un automate ; et donc pour acheter le travail dans les mêmes conditions qu'un simple objet matériel.

Si nous montons à la vision aristotélicienne de notre réalité platonisée, le travail est analysable dans sa matière par la forme, la finalité et l'effet. L'effet de la matière travail est alors l'effort délibéré (forme finaliste) d'un sujet vers sa fin objective (finalité matérielle). Le travail ne peut pas être une matière passive sans sujet mais un acte originé dans le sujet et finalisé dans l'objet. Comme une origine contient sa fin et qu'un objet n'existe pas finalement sans avoir d'origine, le travail ne doit pas être considéré sans la finalité qui est nécessairement dans le sujet libre et dans l'objet matériel.

Le travail réel, qui est d'un autre ordre que le travail matérialiste idéalisé dont parle le libéralisme idéologue, est un sujet pour son acheteur autant que pour son vendeur. Autrement dit, le travail est la manifestation économique du vivre ensemble dans l'intersubjectivité démocratique. Dans le régime politique de la démocratie, acheter le travail d'un autre n'a de sens que par la vente de son propre travail. Le travail échangé est la manifestation matérielle de l'éthique et de la philia qui sont la condition d'un bien commun objectivement matérialisé et subjectivement finalisé. Dans le marché aritotélicien il n'y a de prix que dans la finalisation de l'objet et dans la subjectivation de la matière par le travail.

La cause du prix est dans le travail. Acheter le travail signifie investir sa fin propre dans l'objet. Vendre le travail signifie matérialiser l'objet dans la forme de l'acheteur. Rémunérer le travail signifie échanger des fins objectives par la subectivation commune d'une matière formellement différentiable dans des objets distincts. Ces trois affirmations sont réalisées dans la monnaie qui matérialise le vivre ensemble dans une loi commune d'interdépendance subjective. Titriser le travail revient à proportionner l'émission monétaire dans une communauté de biens objectifs par le prix liquide au présent de tous les échanges de paroles, d'actes et de réalités que les acteurs citoyens jugent équivalents.

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Pierre Sarton du Jonchay - dans Théorie Débat Démocratie
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jean-luce morlie 30/04/2014 20:43

Pierre, merci d’avoir détaillé votre concept de « travail » ; comment, dans votre perspective, y replacer le concept d’œuvre chez Hannah Arendt ?

Peut-être vous lis-je de travers, mais il me semble y retrouver les concepts marxiens de « travail marchandise » et ses prolongements par la notion « réification » selon les sens diversement élaborés par Lukacs, et un tas d’autres.

Lorsque vous écrivez, en substance, que le matérialisme libéral détache les sujets et de leur « travail » et réciproquement, l’objet travaillé de son sujet créateur, je vous suivrais entièrement, puisque, dans mon sens, le travail pour autrui, s’il est séparé de soi, est effectivement une malédiction. Ce que confirme, imparablement, l’étymologie de la racine indo-européenne (R-B) de travail via « l’orb » de l’orphanage (hors du cercle réciprocité de familiale). La fable du « tripalium », masque en effet la récupération chrétienne doloriste, laquelle, précisément, réifie le travail en lui nommant arbitrairement une qualité attachée à un instrument de torture, ce qui permet en retour d’éliminer de la conscience les désagréments de la trans subjectivité du rapport de domination. Ainsi, le travail est d’entrée de jeu marqué par la séparation de soi à soi ; le « ne travaillez jamais », tracé à la craie sur un mur de la rue de Seine en 1953, sous-entend « pour autrui, sans réciprocité ».

Par contre, lorsque vous écrivez « Titriser le travail revient à proportionner l'émission monétaire dans une communauté de biens objectifs par le prix liquide au présent de tous les échanges de paroles, d'actes et de réalités que les acteurs citoyens jugent équivalents. », je ne m’y retrouve pas, car votre conception de la monnaie m’apparaît comme une réification de la trans subjectivité, alors qu’il me semblerait préférable que pour les premiers niveaux de l’organisation sociale, l’échange intersubjectif en réciprocité complète serait bien plus humain. Pour donner un exemple, lorsqu’ Isabelle accroche à mon oreille un pendant de cerises, celui-ci ne vaut pas deux millionièmes de la valeur monétaire du camion de caisses de cerises en partance pour Rungis. Plus avant, il me semble que le concept de monnaie devrait être éclaté en concepts de monnaies adaptées selon les niveaux d’organisations auxquels s’effectuent mes échanges : « une chambre de compensation » entre blocs monétaires continentaux n’a, à mon avis, pas le même sens que celle par laquelle passeraient les échanges avec ma crémière, mais nous pouvons-nous pas mettre d'autres dispositifs sociaux permettant d'assurer la "réciprocité keynésienne" ?

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