Mardi 24 janvier 2012 2 24 /01 /Jan /2012 23:55

La crise de la zone euro est l'épiphénomène d'un défaut systémique mondial : la masse mondiale des crédits construite sur la liquidité non régulable du dollar internationalisé ne peut plus être ré-indexée sur la croissance de l'économie réelle. Le système bancaire international prend ses dernières plus-values sur la zone euro qui est le seul système monétaire à extérioriser le risque de crédit entre des économies nationales différentes à l'intérieur d'une même politique monétaire.

En l'occurrence, l'Allemagne est attentive au surendettement de ses partenaires qu'elle finance directement par la monnaie unique. La menace d'une sortie de l'Allemagne de l'euro rend crédible la faillite possible des autres États de la zone. Cette possibilité est achetée en dollar avec les CDS grâce aux liquidités empruntées à la BCE ; lesquelles doivent être réemployées dans des placements sans risque ; c'est à dire couverts par des CDS contre le risque de défaut des États Européens.

La principale utilisation de la liquidité quasiment gratuite en dollar et en euro est désormais l'accumulation de créances off shore sur des États qui ne peuvent plus ne pas tomber formellement en faillite à cause de leurs engagements hors-bilan. Les emprunts illimités des banques à la BCE sont garantis par les États qui détiennent le capital de la BCE. Plus les banques spéculent avec les liquidités de la BCE plus elles gagnent sur la couverture de leur risque public ; lequel croît indéfiniment avec l'exposition des États au risque systémique de la BCE.

Spéculer contre les États et la BCE est une obligation systémique à l'intérieur de la zone euro à cause de la réglementation prudentielle. A l'extérieur de la zone euro, la spéculation contre la BCE est une source de plus-value à saisir impérativement pour ne pas tout laisser à la concurrence. La zone euro est donc déjà morte dans le système actuel de la spéculation libre entre monnaies. Les eurobonds n'y changeront rien : il est clair que l'Allemagne en portera l'essentiel du risque ce qui attirera contre elle toute la spéculation au fur et à mesure que les autres pays européens tomberont sous assistanat financier permanent les uns derrière les autres.

Absorbé par l'obsession de rester liquide, le système financier international ne voit pas que l'éclatement de la zone euro précipitera tout le système dans l'abime. Les créances off shore accumulées contre l'euro bloqueront instantanément toute liquidité des capitaux en dollar. Les paiements internationaux seront interrompus et toute l'économie mondiale s'effondrera dans la disparition totale de toute confiance.

Les gouvernements n'ont plus aucune influence sur le système bancaire international tant qu'ils ne reprennent pas le contrôle nominal de la liquidité des banques centrales. Si le système bancaire mondial ne se remet pas de lui-même sous le contrôle juridique des États, l'opération se fera dans la violence : soit par des coups d’État, soit par des émeutes, soit par des guerres.

La libre circulation des capitaux apparaît clairement comme mystification financière. La liberté en vigueur est simple alibi d'opacité pour prélever en toute impunité des plus-values fictives sur l'économie réelle. La zone euro a tout les moyens de mettre fin à la prédation financière par un marché interne de capitaux qui soit dissocié des intérêts de crédit, d'investissement, d'assurance et de change.

Un marché transparent en euro sous contrôle des institutions financières publiques de la zone euro produirait bien un équilibre des prix, des échanges et du droit. Une compensation en euro des pertes de crédit bancaire par les pertes de crédit public peut être réalisée par la restauration des monnaies nationales exclusivement convertibles en euro. La dévaluation des euro-monnaies des membres trop endettés de la zone rétablirait la liquidité par la dépréciation des dettes, la resolvabilisation des emprunteurs par la compétitivité du travail et la réévaluation du capital réel.

La consolidation du crédit et des monnaies dans la zone euro doit être opérée avant l'effondrement général politique et financier. La majorité des professionnels de la finance sait le régime actuel de la dérégulation incompatible avec la croissance humaine. Il ne faut pas attendre la catastrophe pour construire la crédibilité de l'alternative.

Le schéma de la compensation européenne en euro transformé en étalon de crédit est la solution économique la plus crédible. Compte tenu de la neutralisation du pouvoir politique par les divergences culturelles et doctrinales internationales, les banques et les banques centrales doivent engager la discussion des réformes monétaires qui leur évitent le défaut général.

Par Pierre Sarton du Jonchay - Publié dans : Débat
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Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 16:40

Quelle équivalence s'établit entre les nouvelles allocations de liquidités la BCE et le prix réel des collatéraux pris en pension ? Comme le dollar et la livre sterling, l'euro est délié de la réalité économique. Les sources de richesse réelle, le travail et les entreprise, ne sont plus identifiables dans la demande de crédit et ne sont donc plus financées. L'économie réelle devient invisible tout au fond de l'océan des liquidités. La BCE alloue ses crédits au système bancaire qui les réalloue à ses principaux débiteurs indépendamment de leur solvabilité réelle, c'est à dire indépendamment de la capacité réelle des emprunteurs à produire des richesses qui remboursent les dettes.

La conséquence de l'irréalité monétaire en dollar, livre sterling et euro est malheureusement simple. Toute la production réelle va fuir dans les pays où la monnaie est allouée au travail, à l'entreprise et à l'investissement. Les économies domestiques en dollar, livre et euro vont sombrer dans la désindustrialisation absolue et la désintégration sociale et politique. A moins qu'un sursaut politique européen ne refonde l'euro comme unité de compte en crédit de la réalité économique ; à moins que les Européens ne ré-indexent leurs monnaies sur le prix réel des collatéraux ; à moins donc qu'un marché européen des collatéraux ne soit organisé indépendamment du marché du crédit, du marché de l'investissement, du marché de l'assurance et du marché des changes.

Par Pierre Sarton du Jonchay - Publié dans : Régulation
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Vendredi 16 décembre 2011 5 16 /12 /Déc /2011 18:38

Le Cercle des Echos : république ploutocratique et démocratie financière

La république de l'argent

L'actuelle crise financière est une crise de la république qui ne sait pas être une démocratie. La république des citoyens et la république des marchands est une seule et même réalité publique. Le citoyen est libre dans la république d’échanger par lui-même à la condition d’agir publiquement ; à la condition de se soumettre au jugement public.

Dès que l’échange est libre, la république différencie par la monnaie les échanges qu’elle accepte des échanges qu’elle n’accepte pas. Un échange acceptable a un prix public en monnaie tandis qu’un échange inacceptable reste privé et sans prix en monnaie. Échanger en public sous le contrôle de la république, c’est se mettre sur le marché pour former des prix par la loi. Le citoyen de la république est nécessairement un marchand qui offre et demande librement en s’exposant au jugement public matérialisé par la monnaie.

Inévitablement la république discrimine les citoyens par l’argent car le jugement public distribue l’argent par le marchandage. Le marchandage est la liberté de proposer différents critères de la valeur : le plus convaincant capte le plus d’argent. Si la république ne pose pas de critère de valeur supérieur à la libre confrontation des idées sur le marché, la rhétorique détermine le prix des échanges. La rhétorique est aujourd'hui la spéculation financière.

Finance et monnaie de la démocratie

La seule manière de soustraire la république à la ploutocratie, est la démocratie. La démocratie n'est pas le pouvoir du nombre mais le pouvoir de la délibération. La délibération est la confrontation des discours qui libèrent ; c'est à dire des discours qui laissent toujours le choix de la réalité derrière les mots. La délibération démocratique laisse à chaque personne la liberté de son jugement sur ce qu'elle choisit comme son bien. La démocratie est la délibération des limites de la liberté qui permettent la liberté de chacun.

La démocratie s'est opacifiée depuis trois siècles à cause de la libre monétisation républicaine des échanges. La fondation de la démocratie par la distinction radicale du sujet et de l’objet a disparu dans l'opacité des marchés non régulés par la loi. Dans la démocratie, tout sujet a un statut dont Aristote explique qu’il est le déterminant premier du prix. Un statut signifie que la place du sujet dans la démocratie est indépendante des objets qu’il manipule et échange.

Le statut du citoyen crée une valeur de l’individu dans la démocratie absolument indépendante de ce qu’il peut vendre ou acheter. C’est la raison par laquelle les états nationaux se sont constitués. Les nations démocratiques se sont forgées par une conception partagée et commune du statut du citoyen. La citoyenneté a impliqué des systèmes de solidarité économique indépendante d'une valeur marchande des individus.

Les monnaies nationales sont apparues variables les unes par rapport aux autres à cause de l’efficacité différente des systèmes nationaux de solidarité entre citoyens. Un même objet issu de deux marchés nationaux distincts a le même prix sur le marché mondial mais s'exprime en monnaies distinctes selon les droits effectivement reconnus à la personne qui produit et qui vend.

Chute de la ploutocratie républicaine

La république mondiale du libre échange a à partir du XVIIIème siècle détruit les démocraties nationales. La destruction s’est opérée par l’idéologie libertaire et par la monnaie. Les libertaires ont proclamé que la liberté ne souffrait aucune loi. La monnaie est devenue une matière de même valeur pour tout pays indépendamment du droit positif. Le crédit public de l’État de droit a été remplacé par la spéculation privée sur l’étalonnage physique de la valeur.

Jusqu'à la Révolution Française, l'émission monétaire est un monopole régalien. Il est nécessaire que la monnaie à l'effigie du souverain témoigne de l'existence d'une comptabilité de la valeur fondée sur une responsabilité humaine de la loi du vivre ensemble. L'avènement de la république comme souveraineté de la loi détachable de ses interprétations humaines change la nature de la monnaie et la source de l’émission monétaire.

La décision privée du monarque républicain ou des représentants de la république devient moralement suffisante pour émettre la monnaie. La monnaie ne réprésente plus la loi vivante d'un bien commun effectif mais la nomination abstraite d'un bien théorique non nécessairement vérifié. L'étalonnage de la monnaie se fait sur la seule matérialité physique, par exemple l'or, et non sur la vérification de la justice des échanges par le souverain.

Dans le régime de la souveraineté exclusivement populaire ou nationale, il n'y a plus d'interprétation humaine de la loi dans l'émission de la monnaie. L'étalonnage physique de la monnaie introduit un critère apparemment objectif de valeur de la monnaie. En réalité l'émission monétaire est le fait d'un jugement bancaire de la valeur attribuée à des créances privées. Le critère de la valeur n'est plus délibéré en public.

Après l’abandon de l’étalon or, c’est la spéculation des États les uns contre les autres puis la spéculation privée qui sont devenus les seules causes de représentation de la valeur par la monnaie. Dans le libre échange marchand mondialisé d’aujourd’hui, le citoyen n’a plus aucun statut. La valeur du citoyen de la république mondiale est strictement proportionnelle au capital monétaire qu’il est capable de capter. Le résultat est la guerre économique de tous contre tous qui engloutit les États dans la confrontation généralisée des intérêts ploutocratiques.

Restauration financière de la démocratie

La seule et unique façon d’en sortir est l’instauration de la démocratie au-dessus des républiques nationales. Si la monnaie est redéfinie comme unité de compte de l’option mondiale de démocratie, alors toute évaluation de prix peut se subordonner à l’achat marchand d’une prime de garantie du droit de l’acheteur d’un objet. Tout vendeur de quoi que ce soit ne gagne de l’argent sur le marché mondialisé qu’à la condition de servir la citoyenneté d’un acheteur quelle que soit sa nationalité.

Concrètement, le système de la monnaie limitée par les choix effectifs de la démocratie est celui qu'avait proposé Keynes en lieu et place de l'actuelle république mondiale du dollar. L'unité de compte internationale représente l'égalité entre les démocraties. Elle mesure le crédit des souverainetés à délibérer et appliquer la loi des citoyens.

La monnaie sous-jacente à l’option rétablit la primauté du sujet citoyen qui ne peut plus vendre sans être garanti par l’acheteur de sa prime lui-même soumis à la loi nationale d'une démocratie. Le bancor de Keynes sous-jacent au marché financier transnational est émis à proportion des garanties internationales souscrites sur des emprunteurs internationaux impérativement tenus par la loi de la monnaie empruntée.

Le bancor est une prime de crédit sur le prix du réel. Il transforme les démocraties nationales en acteurs de la démocratie universelle. Il suffit de domicilier les transactions financières internationales dans les pays où la démocratie est vivante par l’indépendance du pouvoir judiciaire. Les engagements internationaux sont contrôlables par la démocratie s'ils sont déposés sous le regard d'un juge indépendant exclusivement tenu par la loi de la démocratie.

L’Union Européenne se revendique société multinationale de démocraties. Elle s'est justement dotée d'organes communs du bien de ses citoyens dans leur république. Elle dispose de pouvoirs judiciaires constitutionnellement indépendants. Les citoyens européens peuvent fonder la démocratie s'ils libèrent leurs républiques de l’argent. Si les citoyens retirent aux banques le pouvoir d'émettre le prix de leurs droits. Si les citoyens redonnent au pouvoir politique la responsabilité de la valeur de leurs droits. Aux armes les citoyens !

Par Pierre Sarton du Jonchay - Publié dans : Débat
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 17:06

L'Europe à l'épreuve d'une nouvelle vérité économique

Dans sa conférence du premier décembre 2011 au petit-déjeuner du Centre des Professions Financières, Michel Aglietta montre les dysfonctionnements de la zone euro au regard des buts qui avaient justifié sa création. Le surendettement privé en euro révélé par le choc des subprimes n'a pas été résorbé. La dette publique a pris le relai de la dette privée afin que la liquidité des échanges soit préservée dans la zone. Les disparités de régulation du crédit entre les États membres ont débouché sur la crise des dettes publiques.

Le choc des subprimes venu des Etats-Unis a cristallisé l'hétérogénéité des cultures financières européennes. La politique monétaire unifiée en euro s'est adossée à des politiques publiques divergentes de solvabilité publique et privée. L'ajustement économique par les parités monétaires étant par construction exclu, l'accumulation de dettes intra-européennes a servi à différer les restructurations dans les pays en déficit de financement intérieur et extérieur.

De fait les excès de dette en dollar se sont mécaniquement transformés dans la zone en excès de dette en euro. Le phénomène débouche au minimum sur le défaut d'un pays entier comme la Grèce. Il n'est plus possible d'envisager la résolution du défaut grec à l'intérieur des lois et des principes qui ont fondé la zone euro.

La fin du dogme de la neutralité monétaire

Michel Aglietta juge le rétablissement de la drachme inévitable afin de produire un ajustement des prix grecs face à la dette en euro. Le redémarrage de l'économie grecque par la baisse des achats en euro et la hausse des ventes en drachme devient la seule voie de possibilité d'un remboursement des dettes publiques et privées. A la dévaluation de la monnaie grecque, il faut ajouter des investissements européens pour soutenir la transition économique de la Grèce à l'intérieur de l'ensemble européen.

La renationalisation de monnaies à l'intérieur de la zone euro peut se concevoir comme un outil collectif européen d'ajustement économique. Aglietta réhabilite les deux dimensions politique et économique de la monnaie. La politique monétaire unifiée par l'euro peut se révéler défaillante à signifier l'efficacité économique de la coopération européenne. Il faut donc s'interroger sur l'impact d'une spécification monétaire de la Grèce dans le cadre de la zone euro.

Le défaut de la Grèce dans la zone euro est-il structurel ou conjoncturel ? La zone euro est-elle organisée et outillée pour traiter les divergences économiques et politiques qui justifient une dévaluation spécifique à la Grèce ? Le rétablissement de la drachme pose la question de la soutenabilité de la monnaie unique pour les autres partenaires de l'euro.

Une régulation publique de la finance à construire

Aglietta plaide pour de nouveaux instruments de politique économique dans la zone euro. Le budget et les investissements communautaires doivent être renforcés par rapport aux budgets nationaux. Le pouvoir politique communautaire doit avoir une capacité propre d'émission de dette dont les Européens soient solidairement responsables indépendamment de leur nationalité.

Le nouvel instrument est donc la dette spécifiquement européenne. Les eurobonds constitueraient un nouveau collatéral solide pour la politique de liquidité de la BCE ; laquelle obtiendrait davantage de liberté à émettre de la monnaie surtout dans le contexte déflationniste actuel. La dette publique européenne serait adossée à une titrisation financière des responsabilités proprement communautaires comme l'environnement et le cadre de vie.

En amont de la nouvelle gouvernance européenne, les fiscalités peuvent être harmonisées ; des recettes sont pré-affectées au budget européen. En aval de la gouvernance, le système bancaire européen revient dans un cadre spécifiquement européen où les paradis fiscaux ne sont plus librement accessibles et où les mouvements de capitaux avec l'extérieur de la zone sont contrôlés.

La zone euro devient donc clairement un espace de réglementation financière. La possible mobilisation des ressources fiscales pour compenser les pertes éventuelles du système bancaire implique la séparation des activités de dépôt garanties par le crédit public et les activités d'investissement. La banque d'affaire doit assumer seule ses risques et pouvoir être mise en faillite si ses pertes sont insuffisamment anticipées.

Reprise politique de la définition de la monnaie

Aglietta rompt trois dogmes dans ses propositions de transformation de l'Europe. Une politique d'unification européenne doit passer par des chemins autres que la seule monnaie unique. Le libre-échange doit avoir des limites politiques qui établissent la raison d'être économique de l'unité européenne. La finance utilisant les liquidités de la BCE ne peut pas échapper à une régulation publique faisant intervenir directement les institutions politiques communautaires.

La rupture avec les principes de politique économique à l'origine de la crise actuelle a pour Aglietta une traduction concrète : la parité de change de l'euro dans les monnaies non-européennes doit pouvoir évoluer dans l'intérêt explicite des Européens ; lequel n'est pas nécessairement contradictoire avec l'intérêt général mondial. L'Union doit se doter des instruments d'une politique de change.

Le problème posé est finalement celui de la politique de change de l'euro. En confiant leur politique monétaire à une BCE autonome, les membres de la zone euro ont posé leur monnaie comme un outil politiquement neutre obéissant à sa propre logique indépendante du débat sur le vivre ensemble euro-européen. La définition de l'euro ne doit plus être détachable de la délibération politique nationales et communautaire.

Le postulat de la neutralité monétaire de l'euro a impliqué l'absence de position politique délibérée sur le taux de change avec les autres monnaies de l'Union et avec les grandes monnaies internationales dont le dollar et le yuan. La convertibilité internationale de l'euro est restée sous la responsabilité des intérêts particuliers des banques. La solvabilité des États européens à l'origine de la valeur d'échange de l'euro est restée sous la seule appréciation des banques et des marchés internationaux.

Défaillance mondiale de la régulation du crédit

De fait, le système financier européen n'a pas été outillé pour mesurer le risque de la liquidité en dollar. Les banques empruntant à la BCE utilisent librement la liquidité en dollar dont les conditions sont concurrentes de l'euro. De fait, les euro-États ont emprunté la loi du dollar pour ne pas discuter de la loi du crédit en euro. De fait, la politique monétaire de la BCE n'a pas porté sur une régulation de la masse et de la répartition des crédits en euro.

Le maniement central des taux d'intérêt n'a pas établi les normes européennes commune de solvabilité applicables à tous les emprunteurs. L'effondrement actuel de l'économie réelle mondiale sous le poids de la dette met en cause le statut de la monnaie dans le crédit ; dans la zone euro comme dans le reste du monde.

La cause première du dérapage de la dette mondiale est l'endettement illimité du Trésor Étatsunien en dollar. La cause seconde est la monétisation illimitée des dettes en dollar par la Fed. La zone euro s'est imbriquée dans la monétisation libre de la dette en dollar sans fixer de loi de régulation de la liquidité du crédit.

Les propositions d'Aglietta ajoutent une finalité à l'euro que le dollar n'a pas. L'euro doit être un instrument non neutre de régulation du vivre ensemble politique et économique européen. Cela signifie que la valeur intrinsèque de l'euro doit refléter l'intérêt des Européens différencié des pays qui ne partagent pas les mêmes conceptions politiques et économiques.

Si les Européens s'engagent sur les mêmes normes communes de crédit, l'euro ne doit pas masquer les disparités objectives entre Européens. L'euro doit être un instrument de responsabilité financière pour les institutions de l'Union, pour chaque État, pour chaque banque bénéficiaire de la liquidité de la BCE et donc pour tout emprunteur face à ses prêteurs. En d'autres termes, l'euro doit être un outil d'indexation matériel et juridique du crédit sur l'économie réelle du vivre ensemble européen.

Synthétiser la monnaie dans l'équilibre du crédit

Que pense alors Aglietta d'un système d'euro-monnaies nationales exclusivement convertibles en euro ? Un système de compensation centralisé garanti par une juridiction publique européenne ; une chambre de compensation publique indépendante des opérateurs, auto-financée et garantie par une fiscalité sur les transactions de marché ; des transactions intégralement soumises à l'actuelle réglementation européenne.

Le système des euro-monnaies adosserait la politique de liquidité de la BCE à des transactions financières garanties ; structurellement garanties par une solidarité de marché transparente en euro. Les euro-monnaies compensées et convertibles en euro actualisent la responsabilité propre à chaque pays. La zone euro explicite et mesure les responsabilités nationales de maîtrise des finances publiques et de régulation des banques.

La parité de l'euro-monnaie nationale compensée en euro évalue en droit européen contre de l'épargne en euro le prix de chaque politique économique, budgétaire et financière nationale. Les pertes de solvabilité en euro sont sanctionnées par la dévaluation. Les excédents nationaux d'épargne entraînent la réévaluation de l'euro-parité.

Les investissements européens et le budget commun sont libellés en euro. Les coûts et bénéfices de chaque contribution nationale aux actions communes sont mesurés en euro-monnaie nationale ; laquelle s'évalue en euro par des bénéfices de valeur supérieure aux coûts et se dévalue dans le cas contraire. Les monnaies européennes s'évaluent en unité du temps efficace : l'euro-parité varie pour que tout engagement à terme puisse être tenu.

L'euro étalon de financement du bien commun de l'Europe

L'euro monnaie unique a été fondée comme le dollar sur l'absence de responsabilité financière des emprunteurs et prêteurs systémiques. Le statut de personne publique ou d'entreprise financière multinationale dispense de fournir une comptabilité vérifiable des engagements actifs et passifs. L'euro monnaie commune devient un étalon universel du crédit : l'effort du crédit véridique est objectivement partagé entre le prêteur, l'investisseur et l'emprunteur.

Dans une compensation publique en euro, la puissance publique nationale et communautaire est garante de la démocratie dans le long terme. Elle protège les personnes physiques par l'application du droit et de la solidarité économique. Elle finance les investissements dont les bénéfices sont généraux et dont le coût n'est pas raisonnablement imputable à des contribuables particuliers.

La compensation adosse l'euro à un équilibre européen de la démocratie économique. Les primes de change des euro-monnaies sont compensées en euro par les primes de capital des banques de crédit et les primes de crédit des débiteurs en droit européen. N'est-il pas temps que l'Europe récuse la neutralité politique et économique de la monnaie ? N'est-il pas temps que l'euro matérialise une volonté européenne de démocratie et d'économie humaines ?

Par Pierre Sarton du Jonchay - Publié dans : Régulation
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Dimanche 4 décembre 2011 7 04 /12 /Déc /2011 17:38

La bible judéo-chrétienne est le plus ancien traité d'économie politique dont dispose l'Occident. La monnaie y est présentée comme un instrument matériel de l'économie interpersonnelle de l'amour. La tragédie civilisationnelle politique et financière en train de s'accomplir est celle de l'adoration du veau d'or dans le Sinai pendant que Moise reçoit la Loi. La monnaie est la matérialisation de la loi de vie en société ; donc la quantification politique du travail humain de transformation collective de la matière en objet d'expression de l'amour entre les membres de la société.

Depuis le début de l'ère industrielle moderne, la civilisation humaine découvre, derrière la loi de vie en société organisée, son extraordinaire capacité de transformation de la matière par le travail. La loi de vie est contenue dans la monnaie qui compte le prix des activités humaines. Elle a été oubliée derrière ce qu'elle produit : la monnaie a été déconnectée du crédit ; et le crédit a été détaché de la rémunération du travail. Les hommes perdent dans la crise actuelle la signification de leur travail ; le travail n'est plus production de vie pour les autres mais sacrifice d'adoration du veau d'or. Toute la finance spécule sur l'image quantitative de la richesse et cesse de financer l'économie de la réalité humaine travaillée.

Derrière l'humanité qui se détruit dans la spéculation idolâtre, l'humanité qui anticipe, entreprend et travaille continue de se recevoir de la loi de l'amour. Pour protéger l'investissement humain de l’idolâtrie financière, il suffit de rendre distincte la vraie monnaie des monnaies falsifiées par la spéculation. L'Union Européenne peut convertir l'euro en étalon de crédit objectif, c'est à dire en unité de compte infalsifiable du prix du travail mu par la loi du vivre ensemble dans la durée. L'UE est un espace multinational de vivre ensemble par la réception de la Loi dans des nationalités et des cultures distinctes.

L'UE peut créer un marché financier unifié de compensation des lois nationales, du crédit de tout emprunteur et du travail personnel de production. L'euro est alors converti en monnaie européenne véritablement commune de mesure de la justice, du crédit et du travail comme biens universels de l'humanité. L'euro commun permet de réguler la convertibilité des monnaies nationales rétablies. A l'intérieur de la communauté juridique européenne, les monnaies nationales quantifient la responsabilité des nationalités à appliquer les lois communes de la justice, du crédit et du travail.

Le marché européen de compensation en euro est la mise en commun de la loi dans les coeurs. Il expose en pleine lumière les compensations privatives opérées par le système financier opaque en monnaie spéculative. La compensation européenne instaure simplement la transparence et le traçage des contrats financiers d'assurance, d'investissement et de crédit qui financent un vrai travail de transformation du réel dans la Loi. L'euro étalon de crédit multinational européen devient outil de moralisation de la finance ; les acteurs de l'économie réelle sont restaurés dans la Loi du vivre ensemble. La spéculation reste libre mais ne peut plus détruire le vrai travail sans que personne ne puisse en juger de bonne foi.

Par Pierre Sarton du Jonchay - Publié dans : Débat
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